EUR, ANT
£n s'ajoutant h un même radical verbal, ces désinences Umt naitre deux qualificatifs verbaux presque entièrement semblables pour le sens. Tels sont, conciliateur et conciliant, séducteur eX séduisant, consolateur et consolants moteur et mouvant, àsm les expressions synonymiques, esprit conciliateur et conciiiimt, discours ou ton séducteur et ^duisan^, espoir consolateur et espoir consolant, force motrice et force mouvante. On peut y joindre dominateur et dominant^ puis les substantifs, ar^t^m^n^ tateur et argumentant , fabricateur et fabricant, et enfin, quoique ces derniers semblent ne pas différer seulement par la terminaison, auditeurs ei écoutants, spectateurs tiregardants^
Les qualificatifs en eur n'ont de rapport qu'avec le verbe. Les qualificatifs $n oM tirant leur origine du participe présent, ont deux faces, savoir, outre la face verbale, une face adjective. De là la différence des uns aux autres. Les premiers ne marquent point un état , la possession passive d'une capacité ou d'une qualité naturelle, mais la mise en exercice d'une faculté, l'action, et cela dans des circonstances particulières déterminées^ les seconds expriment
un état habitnel , ane disposition durable , la présence constante d'une capacité on d'une qualité dans un sujet (i). La désinence eur est une terminaison de substantifs^ et , ceux-ci ;. comme on sait , signifient les sujets qui agiss^t, qui font l'action^ qui jouent un rôle dans des cas d'ordinaire indiqués ; la désinence ant est une véritable terminaison d'a^'ectifS; et les adjectifs désignent les propriétés qui appartiennent^ qui sont inhérentes naturellement et toujours aux sujets. En effet, conciliateur, séducteur, etc., sont primitivement, et aujourd'hui encore dans la plupart des cas, employés substantivement; conciliant, séduisant, etc., sont de vrais adjectifs , et , s'il en est quelques-uns de terminés ainsi, qui se prennent substantivement, c'est par exception (2) : les uns se disent surtout des personnesj^les autres, presque toujours, se disent seulement des choses. Entrons dans les détails, et partout nous trouverons, dans les mots terminés en eur un déploiement actuel d'une activité propre au sujet, mais un déploiement passager et dans des circonstances déterminées ; et, au contraire, dans ceux en an^un état constant, une disposition innée, reçue, potentielle plutôt qu'actuelle, ou du moins qui«st marquée d'un caractère d'activité plus faible, et sans indication des temps, des lieux, où elle se manifeste. 1. Conciliateur, conciliant. L'esprit conciliateur pousse à la conciliation, il j détermine, il prend l'initiative, il fait les démarches, il est acteur, fait effort, se donne du mouvement et se met volontairement à l'œuvre; l'esprit conciliant est un esprit continuellement disposé à la conciliation, un esprit de tranquillité, de douceur, accommodant, qui écoule volontiers les propositions de paix, naturellement porté à ne point résister aux démarches faites près de lui à l'effet d'amener un accord. Mais, au lieu que, la conciliation une fois opérée , l'esprit n'est plus conciliateur, à moins de nouvelles querelles à terminer, l'esprit conciliant reste toujours tel. Un esprit fort peu conciliant peut avoir été conciliateur dans une certaine circonstance. D'un autre côté , il se peut qu'un esprit ^(metY/a??/ n'ait jamais été esprit conciliateur, soii îaiute d'énergie, soit faute d'occasion.
(i) Gicéron trouve la même différence entre amator et amans, qu'entre eàrius et ebriosus, qui signifient, celui-là ivre, et celui-ci ivrogne.
(a) Contradicteur el triomphateur soni purement substantifs, contredisant et triomphant purement adjeclifs^ et il n'y a entre les uns et les autres aucune synonymie, parce qu'ils ne peuvent se prendre, ni les premiers dans le sens adjectif, comme conciliateur^ séducteur, dominateur^ ni les derniers dans le sens substantif, comme argumentant^ fabricant, écoutant.
a. Séducteur y séduisant. Ce qui est séducteur, l'est par adresse, par artifice, et ce mot entraîne l'idée d'un effort pour séduire. Ce qui est séduisant, l'est sans art, naturellement, sans qu'on veuille qn^il le soit, sans qu'on agisse pour le rendre tel. Les attraits d'une femme ne sont séducteurs, qu'autant qu'elle s'est appliquée à les rendre tels; il sont séduisants, sans qu'elle le veuille, quelquefois même sans qu'elle le sache. De plus , on ne donne le nom de séductrice à une chose, qu'à raison d'une occasion particulière, où elle séduit ou a séduit ; ce qui est séduisant, l'est toujours, puisqu'il l'est par nature. Du reste, il se peut qu'une ^Yio^e séduisante n'ait jamais été séductrice, qu'un homme, qui a le ton séduisant, n'ait jamais pris le ton séducteur.
3. Consolateur, consolant.Mnes^t consolateur t^Xm^-^vo^ pos ; il a par lui-même le pouvoir de consoler, il agit par lui-même, mais il n'est fait que pour la circonstance. Un espoir consolant est un lieu commun ; c'est quelque chose de propre à consoler tous ceux qui viendront à se trouver dans une certaine situation; mais, pour qu'il soit efficace, il faut qu'on l'approprie aux temps, aux lieux, aux personnes; on peut y trouver de quoi se consoler, mais encore faut-il savoir l'y trouver.
4. Moteur, mouvant. Une force motrice est celle qu'on considère par rapport à un mouvement particulier, qu'elle produit effectivement et par elle-même. Une force mouvante a naturellement et toi\jours la propriété générale de produire le mouvement ; mais il faut qu'on lui donne l'impulsion, qu'on la mette enjeu; par ellemême elle n'est point spécialisée , appliquée à produire tel effet dans telles circonstances. L'eau par elle-même demeure stagnante et immobile ; cependant Fénelon a raison de l'appeler l'une des plus g^ndes forces mouvantes que l'homme sache employer. Les théologiens attribuent à Dieu une puissance mo^céuniverselle, et non une puissance mouvante. Dans moteur le mouvement est actuel et déterminé , c'est une action; dans mouvant il est potentiel et indéterminé , c'est un état. Une force mouvante pourrait ne jamais mouvoir, comme un esprit eoneê/za/i^ ne jamais concilier, etc.
6. Dominateur, dominant. Ces deux mots diffèrent absolument comme prédomination et prédominance : l'un se rapporte à l'action, et l'autre à l'état. Dominateur exprime une qualité développée par le sujet et considérée par rapport aux faits qui «n émanent ; dominant désigne plutôt une qualité soufferte par le sujet et considérée en lui : pouvoir dominateur, force dominatrice; passion dominante, humeur dominante,
jj, F^bricqteur^ fabricanLOn appelle /aôn<?a/ewr^ lfi« ouvriers quiréaUsjsnl et actualisent^ eu quelque sorte, la propriété Avifahrir çant, c'est-li-tfire du mattre d'une fabrique; car fabricant désigne l^elui qui a la propriété de fabriquer^ sans fabriquer jamais luii^nK^me. ensuite, fahricaVit marque un état permanent et se prend dans un ^qs général et vague : on ne dit pas le fabricant^ mais \mi le fabricateur d'une machine. « Tel qui sera toute sa vig un mauvais versificateur, serait peut-être devemi un grand fabricateur 4'étoffes. ^> h-h I( ^1^ bon de remarquer ici^ en confirmation de U régie posée eo oommençant| que les adjectifs terminés en eur^ à la différence des auf:res, j^pit en continuanl; à en être synonyme, soit en passant à une autre signification, désignent des qualité .moralement ifnput^bjes; par la seule raison qu'ils snpposent de la part de ragent déploiement d'activité, intention de parvenir à np but et moyens employés pour l'atteindre. Il y 4 mérite ou démé rite k étre> non pas conciliant ou séduUant^ ic'est l'affaire de la iiature, mai5 conciliateur pyy réducteur. De même, lempt fabricfitewr s'emploie seul pom* signifier un défant moral ; fabricatewr de Cam acte^, fabricateur de jiouvelles, etc,
7. Argumentateur ^argumentant, hQierv^eà'argumentaSeur est nne qn^Ufiication particulière et active, qni montre le sujef iïonune atteint delà manie d'argumenter; celui d^argummiant^stm/» qnalifiicatipn commun^ e^ passive, qui n'exprime, de la part du sujet, 9f}cune aptioj9 louable ou rcpréhensible. On est argumentaUtyr en vertu d'uuç ^^tivité propre qui fait /qu'on se pl^^U , qu'on ^b^rpbe à argumenter dans différenf^ss circonstances particulières ; on est npmméi constitué, argumentant par le choix d'un président ou par le sort, On n'e^t argumentateur qu'autant et que pour le teuips qu'on manifeste ;$a démangeaison d'argument^; on est et 00 demeura argumentant, v^èm alors qu'on n'argumente pas encore ou qu'on nV^JMin^te plus- • ^
6- Auiitmrs, écoutants,- spectateurs, regardants. Les audiieurset les spectateurs sont des personnes qui se rendent exprès en un cerl^in Ueu^ à nue certaine heure, pour y entendre ou ponr y voii' certain^ choses. Les écoutants et les regardants ^ disent des personnes qui ^ trouvant sur leur passage quelque chose de cfi-rieux qu'elles ne venaient pas ^h^rcher, s'aiTétent pour l'entendre ou pour le vpii* pendant un temps indéfini^, indéterminé. Il y a doms plus d'activité dans les premières, leur attention est plus expresse ; il y a plus de i)a$sivité dans les dernièi^es, elles ne donnent aux choses qu'une attention ordinaire, que cette ;|ttention qui forme ponr ainsi
DES SYNONYMES GRAMMATICAUX. 40i
dir^e notre ét^( h^Hml Uê éeoutfmfM «t \e% fegar^m^^ fmX Uê geps oisifti, le^ bad/^uds, les flanesr^, qui ^ tripuf «nt m se j^mnèm jieat «n ui^ llea «ajis bu( et «ans dessin* f>m9 um foire, da /Dhartar* tan attire des écoutn^nêê ej deg regm'dantB; il an tait des au4UmrM et des sp0fitaUu/rBf s'i( parvient ^ les persuader d'entrer fi^jossi tente pour y entendre ou pour y mrdes.représeotattonsdesaCafOQ, Il faut parler bas, de peur des écou4anU, ç'est^à-dire, d(9 peur qu'il ne sa Itou ve là par hasard quelqp'nn qui entende Yosparoles* ik9i|'0Voii« nous pomt iqi quelque écoutant? p Mo^. IHins la fabi^ deis f)^pin nereêse^, |.afontaine dit q>i'il a ?n certain piçrsonnage^agiief gr»s, nniquement parce qu'il était affublé comme tel charlatan, ^nlérieureT* ment connu et qui traînait après soi force écoutants, a I) n# faot ja-' mais dire mi gens : écoutez qn bon miot, oyez pne mervçilte, ;Ba« vez-vous si les écoutants ^n fcroïit une e^Um^ h la f f»tro pamlle ?» Ji), La tortq^ , portée en l'air par den:i^ canards, tombe «| ^^?a aux yeni^ d»^ regardants, c'estrMire dç ceux qui l'avaienliperçutf par hasard*