CHAPITRE V. ABLE
Àble i latin abilù , est une terminaison qui correipnd exactettétft à la terminaison </* dont elle exprime le contraire. Toute» ètût sont abuse terhale et signifient une disposition^ une aptitude ) maii if ié^gue la puiâssfnce^ \^ faculté dé faire/ dbk la possibilité^ la capà^ eité ^èiH fait ou de détenir; et, comme à l'ifne contieut la dénomi^ tMfôii de facultative active, l'autre peut s'appelef facultative passive 4 II n'est personne qui ne comprenne par comparaison, dans les exemples suivants, la valeur de l'une et dePaUtre désinence» : pé*nétratif, pénétrablej Imaginatif, imaginable; jmtificàtff, fuêti fiable; explicatif, explicable ; cùmmuniàatif^ cêtmmu^ nicable,
Vrai, vérUablCé Qui n'est pas fâux^ (f\\ est conforme à la vérité; eu bîeuy qui est réel^ solide, effectif, sur quoi on peut faire fohd, qui if eét pas qu'apparent, superficiel. Ces deux mots ont évidemment le même radical, t^érusy vrai, d'où veritas, qui a servi à former té* fitable. Contrairement à l'analc^te, véritable est à base nominale^ ce qui n'empêche pas sa terminaison de éonserter son sens général. La différence des deux mots se tire de cette double éonsidérartion, qrie le premier n^a pas de terminaison significative, le second en ayant une, et que véritable veut dire proprement, non pas vrai, mais qui a de la disposHionfi, de Faptrtude àf être vrai. Elle peut S'énoiifcer - sousCettefi^me générale : t?!rat est absolu et objectif; véritable, relatif et stab^ltf ; Fùn éd considère enf *0î, in ùrdinê adée^ l'autre rêtativemenf à nouaf, in crdifié ad nùê$ Tutt regarde l« chose en eiie-méme, (fews sa natufe, Fsfutre FaWégâfilmi ou Pafftrtnatîtm et Feffet produit sur nous. Ce qui est vhrai est fef qu^îdn le éii\ ce qui est véritable est dit tef qu'il est et ne trompe point. Girard, Rouband et Cohéiflafc ont aperçu et signalé it la même manîjfere le ca--
ractère spécial de vrai, mais dlTersement la relativité de véritable. Girard et Roubaud ont tu que véritable se rapporte à la vérité de rafftrmation ou du récit , ce que Girard fait. bien comprendre par l'exemple suivant : « Quelques historiens soutiennent qu'il n'est pas vrai qu'il y ait eu une papesse Jeanne, et que l'histoire qu'on en a faite n'est pas véritahle. » Mais, de son côté, Condillac a reconnu que les choses véritables sont, non seulement celles qui sont dites, rapportées, alléguées par l'homme, mais encore toutes celles qu'on regarde comme conformes à ce que les hommes en pensent, comme . ne les trompant point. Et cette idée plus générale et plus large de la relativité de véritable , il l'a transportée avec raison du sens primitif des deux mots à leur seos dérivé. Voici en propres termes comment il s*en explique, a Celte histoire n'est pas véritable, c'est un vrai roman. Cet exemple sufGrait pour faire sentir que vrai ne se dit que du fond de la chose, et que véritable se dit de la chose considérée sous quelque rapport. Il me parait même que ces mots conservent toujours celte différence. Par une vraie histoire, un vrai amour, une vraie amitié, on entend seulement que ces choses sont ce qu'elles doivent être : par une véritable histoire, un véritable amour, une véritable amitié, on entend que ces choses ne trompent point C^est mvl véritable gentilhomme, c'est un t^rat gentilhomme, ne signifient pas absolument la même chose. Le premier se dit de celui qui joint la noblesse des sentiments à la noblesse de la naissance, c'est-à-dire qui réunit en lui tout ce qu'on est en droit d'exiger d'un gentilhomme. Vrai se rapporte à la chose considérée en elle-même et comme ayant tout ce qui est nécessaire à son essence, tout ce qui est nécessaire pour qu'elle soit parfaitement ce qu'elle doit être: vrai Dieu , vrai bieu, vrai rejws, vrai or, vrai rubis, vrai portrait, etc. En pareil cas, véritable ne serait pas bien. Celui-ci fait envisager la chose sous deux points de vue, c'est-à-dire en elle-même et par rapport à nous. Je dirai qu'un homme est vrai, lorsque je le considère en lui-même sans aucun rapport particulier, et cela signifie qu'il est incapable de déguisement, qu'il aime la vérité pour la vérité; je dirai qu'il est véritable, lorsque je le considère dans ses propos, dans ses actions, et cela signifie qu'il ne veut pas tromper. Celui qui est vrai est nécessairement toiyours véritable; mais rien n'empêche que celui qui n'est pas vraine soit quelquefois véritable. » —Ainsi, en résumé, vrai qualifie les choses en elles-mêmes, d'une manière absolue, et signifie qu'elles sont ce qu'elles doivent être, il regarde le vrai idéal, essentiel $ véritable les qualifie relativement à nous, et signifie qu'elles sont dites par nous ou qu'elles sont par rap-
DES SYNONYMES ORAMMATICAlfX. 600
port à nous eomme H faut pour qu'il ny ait pas mensonge ; il regarde cette vérité morale en quelque sorte qui fait qu'on dit vrai; qu'on ne ment ni ne trompe.