AELE, ANT
A la rigueur, il ne saurait y avoir de sjmonymie entre les adjectifs en able et les adjectifs en ant^ car les uns expriment la possibilité d'une qualité dont les autres marquent la réalité : déêhonorable, qui est capable de déshonorer, déshonorant^ qui déshonore; eont?^nable, qui est de nature à convenir, convenant, qui convient ; effroyabley qui est propre à effrayer, effrayant, qui effraie. Mais, ce qui en fonde la synonymie, c'est que les adjectifs en able se prennent aussi dans le sens de la réalité ; de telle sorte que ce qui est déihonorable, convenable, effroyable, tout comme ce qui est déshonorant, convenant, effrayant, déshonore, convient, effraie. Cependant leur différence est facile à trouver. Ce qui frappe principalement, sinon uniquement, dans l'adjectif en able, c'est la propriété ; et, dans l'adjectif en ant, c'est l'action, l'effet présent. Le premier, quoiqu'il puisse avoir aussi un verbe pour base, est un pur adjectif, et, à la différence du second, ne participe à aucune jdes propriétés -du verbe. La qualité est présentée par l'un comme inhérente an si^'et, comme permanente et durable, et par l'autre comme actuelle, passagère, spécialef, coipme se manifestant dans des circonstances déterminées. Une chose déshonorable ou convenable déshonore ou convient partout et toujours, essentiellement; une chose déshonorante ou convenante ne déshonore ou ne convient que dans le moment et dans le cas particulier. C'est, d'une part, une qualité fixe, de droit, qui ne dépend pas de l'application ; de l'autre, une qualité de fait. Que d'actions déshonorables ou convenables ne sont ni déshonorantes ni convenantes dans certaines conditions, grâce à l'opinion, à la mode, aux usages et aux préjugés! Et que d'actions, jugées déshonorantes ou convenantes, ne seraient pas trouvées déshonorables ou convenables, si l'on avait égard à toutes les circonstances où se sont trouvés ceux qui les ont faites!
Effroyable, effrayant Qui cause une grande peur. Le radical de ces deux mots est le même , effroi , d'où l'on a formé effroyable et effroyer; ce dernier a été écrit et prononcé à l'italienne, ef-frayer, et de ce verbe sont sortis effirayant et frayeur. Effrayant exprime une qualité de fait, effroyable une qualité de droit, ou une qualité de droit et de fait en même temps ; en sorte qu'un spectacle effrayant eftme., et qu'un spectacle effroyable est bien fait pour
f^\» TRAïTÉ
e{rray«r> on ^ capable d^effrayer^ et effraie, U <9bo«e effrayemU frappe et prQ4u|t tout son effet en un sefil coup ; la chose fiffroy^h ble a un fond d'effroi y en quelque sorte , ce qu'o^ redoute ^Ji eli^ c'est elle et ses suites y et non son im^ession du moment. Ce qui est effrayant ne l'est souvent qu'à raisoa de notre ignorance et par l'effet instantané qu'il produit; ce qui est effroyable Test par nature «t demeure toujours tel. Un songe est effrayant, a l'ai* vu ce même enfant, dont je suis menacée,, tel qu'un songe effrayant Pa peint à ffla pensée. » Rac. « Les effets de Tamour sont effroyableêy dit Pascal. » Quoique ayant même radieal , effroyable a plus de rapport avec effroi , et effrayant ^sec frayeur; or , on ne dit pas qu'on tyran est la frayeur y comme on dit qu'il est Veffroi de ses sujets , et c'est parce que le mot frayeu/r et le mot effrayant ne marquent pas, comme effreiet effroyable, une qualité permanente, mais bien une qualité passagère^ considérée toute par rapport à son effet du moment.