CHAPITRE IIL
SYHOMYJttlB d'un verbe A l'iUDICATIP AVEC CE ttiMfi VERBS AU ÔtJBJOSCTIP.
Croyez^vous qu'il le fera? Croyez-vous qu il U fasse?
Ces deux tours de phrase ont cela de commun, qu'ils peuvent être l'un et l'autre employés par un homme qui doute, qui est dans Tin* certitude et qui interroge quelqu'un pour en sortir.
Leur difTérence a été incomplètement saisie, et indiquée sans Justification, par le grammairien Andryde Boisrrgard, et ensuite par Roubaud. Ils auraient dû la dériver de ridée des rôles de l'Interrogation et du subjonctif dans le discours; car cette idée seule peut Jeter du Jour sur la question.
L'interrogation dénote, de la part de celui qui la fait, un doute, ou touchant le fait dont il s'agit, ou touchant ce qu'en croît celui qu'il interroge. J'envoie chercher un ami; la personne chargée de l'aller trouver rentre ; Je lui demande : Yiendra-t-il ? Ma question suppose que J'ignore si le fait lui-même de l'arrivée de mon ami aura lieu ^ et non pas seulement si la personne envoyée à sa recherche pense ceci ou cela au sujet de ce fait. D'autres fois, celui qui interroge sait parfaitement que le fait aura ou a eu lieu, et son doute porte uniquement sur ce qu'en pense la personne interrogée. Je dois sortir dans quelques heures ; une personne m'engage à ne le point faire, parce qu'il doit pleuvoir, le ciel étant chargé de nuages; quelqttes instants après, le ciel est parfaitement pur, le soleil brille, je demandée la même personne : Êh! bien, pleuvra-t-il? sachant bien qu'il ne pleuvra pas, et n'ayant de doute que sur la pensée ou l'aveu de la personne à qui Je parle.
De son côté, le subjonctif a par lui-même, et essentiellement pour caractère, de marquer le doute sur ce qui fait Tobjet du discours.
Ces simples notions peuvent seules aider à découvrir entre les phrases proposées une distinction vraie, et à comprendre celle qu'a exclusivement établie chacun des deux philologues qui ont cherché à résoudre cette difficulté.
Dans croyez-vous qu'il le fera ? il n'y a pas nécessairement deux
DES STNONYMKS GRAMMATICAUX. Ii7
doutes tombant > l'an sur votre croyam^e, l'antre sur TéTénement latar dont il s'agit; il se peut qu'il n'y en ait qu'un, le premier. Je suis persuadé qu'il ne le fera-pas, et c'est comme si je disais : Est-il possible que vous soyez aisex bon pour croire qu'tV le fera P Au contraire^ quand je dis : Croijez^vous quHlle fa^se? mon doute porte à-la-toîs, et sur votre sentiment à l'égard du fait, et sur le fait lui-même; c'est comme si je disais : Je ne sais s'il le fera, qu'en penseje-vonst
Telle est la solution d'Andry de Boisregard. Elle n'a qu'un défaut, celui de vouloir embrasser tous les cas ; car, s'il se peut que la première phrase ne contienne qu'un doute^ celui qui se rapporte au sentiment de la personne interrogée, il se peut aussi, conformément au rôle ordinaire de l'interrogation, qu'elle en contienne deux, c'est« à^dire, outre ce premier, celui qui concerne le fait en lui-même j e( c'est alors qu'il devient difficile de distinguer le sens précis de cette pbrase d'avec celui de la seconde.
Honbaud prétend que tom'ours elles impliquent toutes deux U9 doute sur le fait, et par conséquent, il rejette totalement l'explication de son devancier. Il n'eût point eommis cette injustice, s'il eftt dit, comme il le devait, quelguefbù, au lieu de toujours.
Quoiqu'il en soit, en considérant les deux tours de phrase comme dubitatifs sur le lait même, ce qui est vrai le plus souvent, on arrive Inévitablement à la distinction de fWubaud< Quand je demande si V0U9 croyez gu'H le fera, il y a dans mon esprit un doute rela^ Mvement h l'événement futur, et ce doute est marqué par finterro^ gation. Quand je demande si vous croyez qu*U le fasse, ce même événement me parait doublement douteux, et mon double doute s'exprime d'une part, par l'interrogation, et de l'autre par le subjonctif. Le premier tour témoigne que je suis incertain, que je ne pencbe'ni pour ni contre^ le second, que je suis plus qu'incertain^ que je iaî| plus que douter, que j'incline à croire qu'il ne le fera pas* Croyez* fHfus qufil le fera? s'emploie donc quand on ne saitpas^ quand on n'a pas d'opinion, quand on doute simplement; oroyez-^ous qu'il Is fasse? s'emploie quand on a une opinion plutôt négative qu'af-* ftrmative, quand on doute fort que la chose doive avoir lien.
Roubaud ajoute deux remarques assez importantes: i" Le sens de ces propositions dépend souvent de la manière dont elles sont, on doivent être prononcées. 2'' Oroyez^vous qu'il le fera ? annonce toujours nne chose future, et quelquefois, croyez*vous qu'il le fasse P une chose présente t Vous venez d'ordonner à quelqu'un d'aller (aire soMe^^hamp lelte ^ t^lle chose ; ei vous ne desandez,
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quelque temps après, croyez-vous qu'ailla fasse? (fesi-k-àire, quHl la fait, qu'il est actuellement à la faire.