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CHAPITRE X. IQUE

Cette terminaison dérive do grec txoc ^ du latin ieus. È^oînx, her4deus, héroïque', itoHr u6ç,politie9is, politiqus; Urof w^ hiilO'ritms, historique^ içoo^Mi^physicus, physique; <^o<i(fLMç,phiiosO' phùms, philosophique; vm-nKéçypoetieus, poétique. Il ne faudrait pas conclure de ces exemples que tons les adjectifs grecs en yoo^ se retrouvent en latin et s'y retrouvent avec la désinence ièta, et que tons les adIJeetifs latins en ieus aienAengree des correspondants et des correspondants termîaés par w^. Sous ce rapport , les deux langaes sont indépendante» l'nne de l'antre, malgré leur parenté évidenle : on chercherait aussi vainement en latin des formes éqni-

62i TRAITÉ

valcntes à ««(AaiMcoç, <lfl>x«w'«, àvaXunxoç, TQ-yE^ovtxoç, àv^ptiftoç, à^txçdç, qfi'ea grec des formes équivalentes à eivicUs, publicus, modicug, lubricus, anliquus. £n français^ la désinence ique répond tantôt aa grec ucoç, tantôt au latin tous, tantôt à tous les deux en même temps ; le plus souvent même l'adjectif qui finît par ique, bien que formé sur une base grecque/ est d'invention française et non calqué sur un adjectif ancien^ Quoi qu'il en soit, et sans prétendre assigner au grec ixoç et au latin iciis une signification toujours aussi restreinte et aussi précise, nous pensons qu'en français la terminaison adjective ique se distingue par les caractères suivants.

Elle a d'abord avec la terminaison al une ressemblance incontestable. Elle marque comme elle un rapport entre la chose dont on parle et celle qui est signifiée par le radical de l'adjectif. Une action héroïque est une action de héros, qui convient à un héros , qui a rapport au héros, considéjré comme un type; un traité p/«7oëophique se rapporte ou a trait à la philosophie; mélancolique y qui a un rapport avec la mélancolie, qui y est enclin. Le tout est de déterminer précisément la nature de ce rapport, car par là se trouvera déterminée la valeur toute spéciale de la terminaison ique, et par conséquent préparée sa distinction d'avec les 'autres terminaisons plus ou moins équivalentes.

Si a/ est relatif à la forme, ique l'est à la matière. Celui-ci regarde ce qui entre dans la composition, les éléments. De là vient que les noms d'un très grand nombre de sciences finijssent en ique^ comme physique, arithmétique, logique, acoustique, rhétorique, éthique, c'est-à-dire, sciences qui ont pour objet, qui travaillent sur la nature^ <puai;, sur le nombre, àpidfi.o(, le raisonnement, Xopç, etc. De sorte que l'adjectif fait connaître la nature du contenu de ces sciences. Mais ce n'est encore là qu'une indication. £n général, l'adjectif en ique caractérise ce ou celui qui participe et en tant qu'il participe aux qualités intrinsèques, essentielles, génériques, de ce ou de celui qui est marqué par son radical. Un homme apathique, caustique , cynique, despotique, énergique, impudique, mystique, est, non pas dans un rapport de juxla-position, de forme ou de fin, mais dans un rapport de participation à l'égard de V apathie, de la causticité, du cynisme, du despotisme, de V énergie, de Vimpudicité, de la m,ysticité. Une chose comique, angélique , authentique, chimérique, classique, didactique, historique, inique., scientifique, est à l'égard du type représenté par le radical de ces adjectifs comme l'espèce relativement au genre, elle en reproduit les caractères essentiels :

dànd tine chose comique vous retrouvez tes traits constitutifs du comique, dans une figure angélique ce qui compose i'idéal d'un ange sous le rapport de la figure, dans authentique les caractères de l'authenticité, et ainsi des autres. Une question ou une science philosophique se rapporte à la philosophie quant à ses caractères essentiels; on la reconnaît à ses traits principaux pour être du domaine de la philosophie. Ce n'est plus une ressemblance déforme, un rapport de juxta-position ou de fin, mais une identité de nature, d'essence. De même, héroïque, athlétique, pindarique, homérique, anacréontique, marquent une conformité essentielle à un type qui est le héros, l'athlète, ou à un genre fondé parPindare, Homère, Anacréon. Voilà pourquoi l'adjectif en ique, en cela différent de l'adjectif en al, est d'ordinaire formé d'un substantif féminin abstrait, marquant un genre: poétique, de poésie; analogique, d'analogie; énergique, d'énergie ; magique, de magie; allégorique, d'allégorie; et ainsi d'une foule d'autres. Voilà pourquoi avec beaucoup d'entre eux on peut et on doit sous-entendre le mot genre : comique, dramatique, cynique, didactique, satirique, académique, aphoristique, alcaïque.

En un mot, al désigne un rapport éloigné, extrinsèque, formel , résultant de la considération extérieure de la chose. Ique désigne un rapport prochain, intrinsèque, matériel ou essentiel, faisant connaître de quelle nature est la chose, à quel genre elle appartient, à quel type elle est conforme, ou ce qui entre dans sa composition, son objet. Les adjectifs en ^/ont d'ordinaire pour base un nom de lieu , de temps , d'homme en dignité, d'objet ayant une certaine forme ; les adjectifs en ique dérivent d'un substantif féminin abstrait en ie, ou d'un nom d'homme considéré comme créateur d'un type ou d'un genre. Les uns expriment conformité pour le lieu, le temps, la forme, la fin, ou l'extérieur, de quelque façon que ce soitj les autres, conformité pour la nature, l'essence, l'ensemble des propriétés intrinsèques.

Le sens propre de la terminaison ique mis en lumière, il faut commencer par distinguer les acyectifs qui la possèdent d'avec ceux de leurs synonymes, >qui leur ressemblent tout-à-fait sous le rapport grammatical, si ce n'est qu'ils ne la possèdent pas. Quelle différence y a-t-ii donc, par exemple, entre colère et colérique, droit canon et droit canonique; entre un et unique, quand ils signifient seul : Dieu est un; la chasse est Vunique occupation de cet homme?

L'adjectif marque la possession de la qualité sous deux points de yue^dans les personnes et dans les choses. Il la représente d'ordi-!

Baire dans le» penonnei comme pleine^ entière > abiolie^ âane ks choses, comme incomplète y relative^ comme quckpie chose d'enapronté^ dépossédé par participation. Of| il arrive asseï sonyenl as même adjectif d'exprimer à-la-fois les dèuk points de yne* Ain^j /onatique, hérétique, sceptique ^ comique ^ claêêique\ eynique, s'appliquent également^ et dans le sens absolu anx personnes douées des qualités dont ils sont les signes, puis, dans le sens relatif, aux choses dans lesquelles il y en a quelque trace : un fanatique, un hérétique, nn sceptique, un cùmique, un classique, Un cynique f doctrine fanatique, hérétique, sceptique, comique, classique, cynique. D'antres fois, ces deux fonctions sont remplies par deux sortes d'ad*jectife, et quand deceux*ci l'un se termine en ique, c'est toujours celui qui s'emploie relativement et en parlant des choses. Ainsi dif^ fèrent aristocratique A^ aristocrate, démocratique de démocrate, astronomique &' astronome, philologique ûe philologue, géométrique de géomètre, prophétique de prophète, et même synonymique de synonyme, quoique ce dernier tie se dise pas des personnes*— Une chose remarquable, c'est que parfois la langue hésite beaucoup à ajouter l'adjectif relatif unique h Fadjectif absolu qui lui correspond, tant elle eraint de se surcharger de mots inutiles. Quoiqu'il existât en grec et en latin dent formes semblables kphilosophe et à philosophique , nos meilleurs écritains^ Comme Mo^ lière^ Montesquieu et J.*J. Rousseau^ ont donné quelquefois hphiio^ sophe la signification àe philosophique. « Un ton philosophe sans pédanterie.» J.-J. Jdolâtrique est un itipt nécessaire^ quand il s'agit déqualifier des choses dans lesquelles on remarque un peu d'idolà^ trie, une sorte d'idolâtrie : rendre à l'antiquité un culte ou des hommages idolâtriques. « Les Jésuites, en Chine, permettaient à leurs néophytes des cérémonies superstitieuses et idolâtriques. )• S. Si- MOU. Cependant l'Académie ne le mentionne point : ce qui étonne d'autant plus que son Secrétaire perpétuel, qui n^est rien moins que novateur en fait de langage , s'en sert au besoin sans scrupule. Un autre adjectif du même genre â peine à s'intfodoire : ar- Osiique excite Une répugnance presque générale, mais mai fondée. Sa nécessité d'abord n'est pas douteuse. Comment l'éviter dans ttne. phrase telle que celle-ci t examiner une œuvre sous le point de vue moral et sous le point de vue artistique? Dirai-je, sous le point de vue de rar/? Mais je serai moins concis, et c'est uniquement pour éviter l'inconvénient d'une semblable périphrase, que j'emploie mora/, philosophique, littéraire, quoique je pusse m'en passer en disant^ p«r exemple, sous le point de vue des miJdim,~4t la

DES SYNONYMES QUAMMATICAUX. «^

philoê4fphiê, des /«^^«.Serail-oii ehoquédela €<NBpoftiiioii damel? Elle n'a cependant rienque de régulier^E^arl^latin arê^ iksktartisiê, d'où ariiêtiqueg tout comme de /tn^ua^ langue^ linguiste ^ d'où /inguiiiiguey science du linguiste^ tout comme àepape^ papiste, d'où papiêtigue, fréquemment employé par Bossuet; tout comme de cabale, cabaliête, d'où cabalistique^ tout comme de caractère, coractéristique, au moyen de Timagioaire caractériste/ tout comme é'aphoriime, aplunistiqite, de syllogUme, syllogistique. Ar~ ^to qualifie la personne; artistique peut seul qualifier ce qui la concerne^ ses ceUTres, son genre d'occupation. Les deux mots exprimant deux vues de l'esprit^ méritent d'avoir cours Tun et l'autre. Un jÉrabe, un Perse , sont des hommes nés et demeurant en Arabie, en Perse, ayant les mœurs et jouissant des droits de ces ' pays; TOUS appelez arabique y pernqus y certains genres declioses, et ces choses ont atec l'Arabie et la Perse un rapport moins étendu, moins complet; elles se trouvent en Arabie^ en Perse, ou elles en viennent. De même, la désinence latine icus s'applique particulièrement aux choses et dans tous les cas elle est dimitiutive^ atténuatîve. Qalluê se dit d'un homme bien plus Gaulois que le Gallicuê: eelui-lli est né en Gaule; celui^i ne fait qu'habiter la Gaule où il n'est pas né : capiœ gaiHcœ, les troupes de la Gaule*

En général, hi confusion n'est guère possible entre les deux qualificatifs, l'an en ique, l'autre dépourvu de terminaison a^jective qui ait un sens assignable, puisqu'ils s'appliquent, le premier aux choses et le second aux personnes. Leur synonymie n'a lieu que quand ils se disent, ou tous deux des choses , comme idolâtre et idêlâirique, canon et canonique, ou tous deux despersonnes, comme colère ti colérique y ou tous deux des choses et des personnes , comme un et unique* Idolâtre et idolâtrique ayant été déjà distingués, les autres exemples méritent seuls un examen à part.

1. Droit canon , droit canonique. Droit des canons. Une première différence entre ces deux expressions tient à ce que le radical commun n'a pas de terminaison significative dans l'une, tandis que dans l'autre il en a une qui restreint le sen^. On dira le droit canon, c'est-à-dire le droit qui s'appelle canon, lorsqu'il s'agira de la chose, du droit, de la science en général ; et le droit canonique^ lorsqu'il s'agira de ce qui a simplement rapport au droit canon, de particularités, de détails, de recherches, de diseussions, déconsidérations, relatives à ce droit. Nous disons ou on a dit, le droit canon, par opposition au drait civil; chaire ou cours de droit canon, professeur en droit canon ; mais on donnera une

leçon panictiHère de droit canonique, on discutera des points^ on fera des institutions et des maximes de droit canonique. Seconde«ment, canon est et demeare un substantif, un siqet d'action ; il re^ présente la loi comme un maître qui commande, règle, ordonne; dans droit canonique, la désinence du dernier mot lui donne un rapport particulier à la matière, à l'objet de la' loi. De là une nouvelle différence. Le droit canon est la législation même des canons considérée comme exerçant sa puissance^ c'est le corps on le code des canons :1e droit canonique est le sujet traité, Ja matière éclaircie, la chose établie par les canons. Vous décidez par le droit ca^ non une question de droit canonique. Un livre contenant les canons de l'église et les décrétales des papes, sera appelé livre de droit canofiy si on n'y voit qu'un recueil, ou si on a égard surtout à la valeur, à la portée, à l'action de ces règles ecclésiastiques; et un livre de droit canonique , si on veut attirer l'attention sur les matières qui y sont traitées, discutées, commentées, ou sur les décisions qu'on en peut tirer.

2. Colère, colérique. Qui se laisse aisément emporter à des moavemens de colère. L'adjectif simple indique un caractère déterminé, décidé, parfaitement établi ; l'adjectif dérivé n'énonce qu'une disposition du caractère, ou un défaut au lieu d'un vice. L'homme eo- 1ère a l'habitude de la colère ; l'homme colérique est entraîné par une pente naturelle à la colère; la colère est plutôt dans son humeur que dans ses mouvements. De plus, l'homme colère s'abandonne à la colère sans mesure ou sans réserve, au lieu que l'homme colérique se laisse moins dominer par son penchant. Pareillement, le despote gouverne de fait d'une manière absolue et arbitraire ; V homme despotique a le goût' de cette sorte de gouvernement.

3. Un, unique. Seul. Dieu est un ; la foi ou la religion est une. Son û\sunique;son unique soin; son unique intérêt. Dans un l'idée de l'unité est plus dominante et plus essentielle que dans unique. Ce qui est un ne peut pas être plusieurs, on tenterait en vain de lui susciter un rival : ce qui est unique se trouve n'être pas plusieurs. Un entraîne l'idée de l'obligation de respecter l'unité et de l'impossibilité de la détruire ; c'est pourquoi la république française s'était appelée une et indivisible. Un est abstrait, purement numéral , et dans les locutions qui le comportent, il attire toute l'attention ; unique se place avant ou après un substantif sur lequel il n'empêche pas l'esprit de se porter : le malade a fait venir son tmtque héritier.

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TQUE, IF.

Soporifiquey ioporatif. Termes de médecine; qui assoupit on fait dormir; ée^apor, assoupissement^ sommeil profond. La terminaison du premier n'est pas simple, non plus qu'en latin son analogue ficus; elle comprend, outre la désinence iqu€y le mot /*acere, faire, et signifie que l'objet qualifié fait ou produit ce qui est exprimé par le radical de l'adjectif: béattfique, qui rend heureux ; frigorifique, qui cause le froid ; sudorifigue, qui provoque la sueur; morbifigue,qm engendre la maladie; mti/^/îçu«, qui produit le mal, qui a une iofluence maligne. L'opium est soporifi-queow soporatif: c'est un soporifique om un soporatif^ Soporifique, à base nominale, désigne surtout le genre d'état produit, et soporatif, à base verbale, sqporare, la puissance de le produire. Le médecin voulait qu'on l'empéchàt de dormir ; mais la potion qa'on lui avait donnée était justement soporifique : on peut classer les soporcUifSy suivant leur degré de force ou d'efficacité, ou leuf promptitude à agir. Ce qu'on considère dans Tun, c'est le genre ou la nature de l'effet, et dans l'autre, c'est la vertu, la capacité de le caaser.Un soporifique ne doit pas être confondu avec un autre spécifique quelconque; il y a des soporatifs qui agissent plus énergiquement que d'autres. Si on dit communément soporifique, plutôt que soporatif, c'est qu'on a bien plus souvent l'idée d'exprimer le genre d'état on met l'objet qualifié , que sa propriété de le produire considérée en elle-même. Soporatif nt se maintient qu'en termes de médecine (1).

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