CHAPITRE XIV;'IEN
Cette lerteinalson a pour origine lé latin û^kus, a, uni, éê fliêftië que la terminaison ain, dont elle n'est qu^une variété : iroîen, tra* janussprétonm, prcètorianus. Elle a aussi le riiême sens; elle désigne des relations extérieures de terapë, comme quotidien, «mtnen, et plus souvent de lieu, comme phénicien, assprien, athi^ nieû , égyptien , indim , péruDÎen , pàHnen , lesquels tnarqûeUt tous un rapport dtt sujet, qualifié avec le pays où il est, ou plutôt
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d'où il est. Par analogie , elle sert à marquer , non plas à qnel lien on appartient, mais à quelle société, à quelle école, à quelle secte, à quelle profession : témoin les mois, chrétien, théologien, eartégien, épicurien, logicien, grammairien, chirurgien, musicien, opticien, physicien, pharmacien, comédien, galérien. Après ce court , mais suffisant aperçu , l'ordre exige avant tout la comparaison du substantif qualificatif gardien avec son synonyme garde à terminaison indifférente.
Garde, gardien. Ces deux mots marquent également une personne au soin ou à la garde de qui Ton a confié quelque chose. Leur différence tient à la terminaison du second, et beaucoup plus encore à l'absence de terminaison dans le premier. Garde étant un radical nu, exprime l'idée commune en soi , d'une manière absolue et objective; par la raison conivdXv^ , gardien l'exprime relativement et subjectivement. Dans ^are/^, ce qui domine, c'est l'idée d'un état et d'un état bien déterminé, réglé, soumis à des lois qu'on ne peut enfreindre; gardien annonce l'exercice plutôt que l'état, l'exercice d'une charge plus particulière , plus relative , qui laisse plus de liberté dans le choix des moyens; et c'est pourquoi ce mot convient surtout au figuré, pour désigner une sorte d'office ou un office moins rigoureux, dont les attributions ne sont pas fixées par des règlements. «Le sage ne doit jamais avoir d'autre ^arrftcw de son secret que lui-même. » GiR. ft Suis-je donc gardien, pour employer ce style, de la virginité des filles de la ville? » Mol. « Le travail et la sobriété furent les premiers gardiens de celte liberté. » Volt. Un prince a des gardes qui veillent à sa sûreté de la manière qui leur est prescrite. « Il n'y a que quatre ou cinq siècles qu'un roi de France (Philippe-Auguste) prit des gardes. » Montesq. Le christianisme enseigne que chacun de nous a un ange gardien, chargé de diriger notre conduite et de nous secourir comme et quand il le juge à propos. Ensuite , dans garde on considère surtout l'état , et dans gardien l'exercice : l'un est plus objectif, se rapporte davantage à la chose gardée; l'autre est plus subjectif, rappelle particulièrement l'action de la personne qui garde et la manière dont elle garde. Avec garde et le nom del'objet gardé on forme une foule de désignations complexes qui représentent la personne sous le point de vue objectif, gardecôtes, garde- chasse, garde^vaisselle, garde-malade. Et le mot garde ^^l, en effet, si peu subjectif et si peu significatif de l'action, qu'il se dit des choses même inanimées dans lesquelles l'objet est conservé intact, garde-meuble , g ardcrrobe , garde-manger. Gardien, au contraire, a plus rapport à ce qui se fait qu'à ce qui est; il
DES SYNONYMES GRAMMATICAUX. B^l
marque spécialement la surveillance effective ^ accomplie , et le soin avec lequel on s'acquitte de sa charge. Le garde veille de plus loin, et le gardien de plus près. Ily a dans les prisons des gardes, c'est-à-dire des soldats qui veillent de la nianièredéterminée, ordonnée, à la sûreté extérieure 5 et des gardiens , c^est-k-àïre des agents qui, par des moyens qu'ils jugent convenables, veillent à la sûreté intérieure. L'expression, garde^des-sceaux, donne-t-elle le moins du monde l'idée du zèle et de l'attention du ministre de la justice à garder les sceaux qui lui sont confiés ? Or, c'est précisément une des idées attachées au mot gardien. « Outre j' Aréopage, il y avait, à Athènes, des gardiens des mœurs et ùts gardiens des lois. » MoiTTESQ. <c Ces yerroux et ces grilles, ces misérables </ardiens qui vous observent, me mettent en fureur. »Td. Dans les Lettres persanes , Usbek écrit au premier eunuque noir : <c Tu es le gardien fidèle des plus belles femmes de Perse ^ je t'ai confié ce que j'avais dans le monde de plus cher. » S'agit-il d'une garde moins attentive , moins étroite, le même écrivain se sert du substantif sans terminaison significative : <c Ce roi de la côte dé Guinée avait trois on quatre gardes avec des piques de bois. »
irN, EUR.
Rhétoricien, rhéteur. Ces noms se donnent tous deux à ceux qui cultivent le talent de la parole. Mais l'un qualifie le sujet en raison de ce qu'il sait, des règles, des doctrines, qu'il a adoptées; l'autre, en raison de ce qu'il enseigne, des moyens de succès , qu'il propose à l'orateur. Dans l'un vous considérez son érudition , son attachement aux règles de la rhétorique; dans l'autre, son originalité et la profession qu'il fait de tels ou tels procédés oratoires. Le rhétoricien consommé connaît et possède toutes les ressources de l'art décrites par les rhéteurs ;k cet égard, il n'y a plus rien à lui apprendre. Le rhéteur consommé comprend l'éloquence et en expose les préceptes d'une manière qui ne laisse rien à désirer. Un discours de rhétoricien esi celui d'un homme compassé; on y remarque une observation trop scrupuleuse et trop étroite des règles de la rhétorique. Un discours de rhéteur est tel qu'on peut l'attendre d'un homme qui enseigne à bien parler, qui se préoccupe plus de la forme que du fond , c'est-à-dire un discours apprêté , vide , emphatique et déclamatoire.
lEN, IQUE.
1. stoïcien, stoïque. Conforme à la philosophie de Zenon, qui enseignait, à Athènes, sous un portique, oioa. Stoïcien fait entendre
«i8 TRAITÉ
f tt'on appartient à la secte fondée par Zénoh, ei^toîquey qii'oA participe essentieilemèrtt aux qualités d'un type moral, conçu par les Stmciensj type de tertii austère et qui demande nrt c(Hitage inébranlablé. Le êtoteieft est partisan du êtoteisnie^ il professe les doetrines, il tient à l'école de Zenon ; le itoîquèj sans être de cette secte, sans peut-être avoir jamais enteiidd paHer de sort èxisteiice et de son enseignement, sans pouvoir en comprendre les idées, a lil qualité de la êtoïcUé, c'est-à-dir^ éSt en rapport de participation Intime avec l'idéal de sagesse et de fermeté que lés Stoïciens ont établi. L'un de ces mots a naturellement sa place dans Phistoirë des systèmes et des opinions ptiilbéophiqties ; il ne regarde que l'és^^ prit et la doctrine : l'autre convient dans les traités de morale od les peintures de caractères; il eitprime linè qualité intérieure qiil est un principe de conduite. « Des maximes Hoïcièfitii^ sent eelM que Zénoii on ses disciples ont enseignées ; les ouvrages de ^lièqdë en sont pleins et en tirent leur principal mérite. Dès maximes itotqûes sont celles qui persuadent un attachement inviolable â \i Tenu la plus rigide et le mépris de totite antre chose, indépendamment des leçons du Portique; telles sont tant de belles maximes répandues dans le Télémaque, Une vertu stoïque est une vertu courageuse et inébranlable; une vertu Btdicienne pourrait bien li*étre qu'un masque de pure représentation ; car il nV a èii, dans aucune école, autant d'hypocrites que dans celle de Zenon. Panétius, Pun de ses disciples, plus attaché à la pratique qu'aux dogmes de sa philosophie, était plus stoïquê que Hoïcien. » Bëàuzée.
2. Platonicten,plûtoniqué. Conforme auxidéès de Platon. Même différence entre ces deux mots qu'entre les deux précédents , si ce n'est ({Wt platonique A ùri sens moins étendu que stoïquè. Platonicien , dé l'école de Platon ou qui s'y rapporte ; platonique, conformé à un type créé par Platon. La docirine piutonicienne était enseignée dans Técole de î^laton, dans l'Académie; par amour ^'^atonique oh entend une sorte d'amour entre dés personnes de différent sexe, qui a poiîr caractère essentiel de ne s'adresser qu'à l'àmé et d^êlre dégagée des désirs physiques, suivant la déûhition que Platon en a donnée.
3. Ionien, ionique; éolien, éolique; dorien, dorique /italien, italique. Tous ces adjectifs servent à qualifier les choses relativement aux pays qu'ils signifient par leur radical. Mais, terminés en ieh, ils qualifient , en faisant connaître simplement le lieu; et, terminés en ique , ils qualifient , en caractérisant, en déterminant la nature, en annonçant que la chose est de tel ou tel genre. On dira
DES STNONTMES GRAMMATICAUX. «$§
dialecte^ mode^ ionien ^ éoliefh^ dorien^ si onreut uniqUieDoeiit exprimer en quels pays de la Grèce ils étaient usités; mais s'agit-il de marquer que ces dialectes et ces modes forment des genres à part, ekde les opposer comme telS) il faudra donner atix mêmes adjeetifâ la terminaison iguoi En cas de doute sur la patrie d'uii écrivain greC) on peut obtenir quelque lumière en examinant s'il écrit dans le dialecte ionien ^ eolien ou dorien.Dam les grammaires grec^* ques se trouve d'ordinaire un chapitre consacré aux caractères dis^ tinctifs des dialectes ionique , éoltque ^ dorique et atHqUe/ dii moins , c'est ainsi qu'on devrait les appeler. Pourquoi dit-^on plutôt^ philosophie ionienne, et philosophie italique ? C'est que la philosophie des Ioniens a été diverse dans ses directions et ses méthodes^ tandis qn'en Italie^ en suivant toujours la même voie^ elle a doiiné naissance à un geiire de doctrines > à un mode de philosopher qUi d ses caractères propres.
4. Sardonien^ sardonique. K\%sardonien on ènrdonique ^ êoHe de ris convulsif, qui^est l'effet d'une contraction dans les muscles du visage; On l'appelle ainsi à cause de sa ressemblance avec celui que causait^ dit-on^ nne plante de Sardaignè, sardoa (herba). Mais sùrdonien marque seulement le lieu où croissait cette plante > et d'où est venue au ris sa dénomination. Sardonique caractérisé ce ris en lui-même ; il en exprime le genre > et c'est pourquoi il se dit seul au figuré) en parlant d'un ris qui annonce beaucoup de ihali-' gnité. Même au propre , sardonien s'emploie peu ; ce ne peut être qu'une expression d'érudit^ qui veut faire connaître lacfaose^ non par sa iiaturc; inais par soîi origine.