‹ Synonymes françaisChapitre 170 sur 218 · CHAPITRE XVII. AIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. AIN

Adjectlv£, fiomme substantive, cette terminaisoii, dérivée de la la^ tine anus, a, um, a toujours le même se&s: elle marque propre?? meatiiq rApport au lieu d'où la personne oa la «hioçe tire aoft âri*

gine, cl par extension an rapport à la société, à la secte, à la profession à laqnelle la personne appartient. Il n'est pas besoin à cet égard d'entrer dans de plus longs détails. Mais il s'agit principalement ici de déterminer la différence, qu'apporte la terminaison ain entre un adjectif composé qu'elle distingue et un adjectif simple qui est le radical du premier, entre hautain ei haut, prochain et proche, par exemple. Elle exerce en pareil cas une influence atténuaiive : la qualité, exprimée par le radical d'une manière absolue et directe, se trouve dans l'adjectif composé représentée relatÎTcment et médiatement, moins comme une propriété de fond, qu'on possède par soi-même, que comme quelque chose d'emprunté et dont on jouit par participation, moins comme une qualité essentielle, que comme une qualité de fait. Ce qui est haut a telle qualité, la hauteur, absolument ; ce qui est hautain sent la hauteur, a des airs de hauteur, rappelle la hauteur comme le lieu de son origine, ou Perdre auquel il appartient. Ce qui est proche se trouve tout prèS} ce qui est prochain est comme ce qui est proche. Chacun de ces exemples mérite desdéveloppemens particuliers.

1. Haut, hautain. Dans qui ou dans quoi il y a c^ la hauteur, de la fierté. Haut est un mot simple, générique, qui reproduit l'idée de la hauteur de toutes les façons et sous tous les rapports, susceptible par conséquent de se prendre en bonne comme en mauvaise part: il y a une hauteur, comme une fierté et un orgueil convenable; il sied quelquefois d'avoir le cœur haut ou l'âme haute, c'est-à-dire élevée. Hautain, qui se montre haut, qui affecte la hauteur, ne se trouve guère employé que dans un sens défavorable. Mais la véritable différence entre ces deux mots, ou la principale , consiste en ce que le premier exprime l'idée commune d'une manière essentielle, dans le fond, dans l'àme, dans les sentiments ; tandis que Tautre la représente extérieurement, dans la manifestation, dans les manières. Le premier sert à caracléris.er une personne moralement et en soi; le second la fait voir qui se donne des airs de hauteur. L'homme haut se considère absolument et en lui-même; l'homme hautain, relativement, en rapport avec les autres : l'un ne s'abaisse pas , souffre impatiemment Thumiliation, se tient sur la défensive; l'autre vous rabaisse, hait la contradiction et vous blesse par son allure, son ton, ses prétentions, son air, sa parole. Il y a plus dans celui-là de l'homme absolu, et dans celui-ci de l'homme impérieux. En un mot, haut annonce une hauteur intrinsèque, qui tient au fond^ et hautain une hauteur apparente, affectée, odieuse, choquante, vaniteuse.

2. Proche, prochain. Qui est près de l'endroit où l'on parle ou

dont on parle. Ces mots viennent tous deux de prapè, près de^ ou de proximusy le plus proche, ou bien, comme le veut Dœderlein, du grec irpoxa, qui se trouve dans Hérodote et signifie, aussitôt; mais à coup sûr ils ont même radical, et toute leur différence doit provenir de l'absence pour l'un et de la présence dans l'autre d'une terminaison significative. Dans^oe^^ la proximité est essentielle, rigoureuse ; ce mot exprime surtout un rapport de lieu, et, par une analogiebien naturelle, un rapport de parenté: ces maisons sont^ocheê l'une de l'autre, c'est-à-dire, contiguës ; -proche parent; c'est un de mesproches. Prochain indique la proximité d'une manière plus relative, plus faible, moins directe; aussi se dit-il particulièrement bien pour désigner un rapport de temps: le mois prochain; ou un rapport de personne à personne, moins étroit que celui de la parenté: leprochain, notre prochain, aimer son prochain. Si proche admet tous les ^degrés de comparaison , c'est seulement lorsque et parce qu'il se rapporte plus spécialement à Tespace : et siprochain les exclut, c'est seulement lorsque et parce qu'il se rapporte plus spécialement à la durée: on dit Vannée prochaine , comme on dit, l'année suivante, ou l'année qui vient, en parlant descelle qui vient la première, immédiatement. Mais il ne s'ensuit pas, comme le prétend Roubaud, que proche soit relatif de sa nature, etprochain absolu. C'est le contraije qui est vrai. On va s'en convaincre de plus en plus, en comparant maintenant les deux mots par rapport au lieu d'abord, puis par rapport à la durée.— On dit^ que la ville estprO" che; et, la ville prochaifie. D'une part, on affirme qu'elle est proche, c'est une qualité qu'on lui attribue, qu'on lui assigne expressément; de l'autre, on la traite Ae prochaine en passant^ sans insister, c'est une épithète qu'on lui donne, et de là vient qu'on peut placer cet adjectif devant son substantif : au prochain village, dans la plus jrrochaine ville. Deux villages sont plus, moins, aussi proches de Paris l'un que l'autre, et non ^^as prochains; le mot prochain ne peut pas servir ainsi d'attribut dans une proposition, ce n'est qu'une épithète. On dit, dans la chambre prochaine {^Ac.y, gagner la cam- ]^2iëneprochai7ie (L af.); dans une cour prochaine (Id.); aborder au riyase prochain (Montesq.); prendre le fraisdes arbres prochains (Mol.). Et non-seulement l'idée de proximitéest dans ^^roc^e essentielle, prédominante, caractéristique, tandis qu'elle n'est qu'accessoire et indicative dans prochain,m9is encore prochain suppose une proximité éventuelle et incertaine. L'une des villes les plus ;?rocA^* de Paris est Versailles; nous nous arrêterons dans la ville la ftlns prochaine, c'est-à-dire, dans celle qui viendra la première,

—Même différence entre ces mots quand ils signifient un rapport de durée. Je sens que ma dernière heure est jTroeAe^ marque une proximité*plus Sûre et plus grande que^ je sens ma fLn prochaine. Dans Bajazêty Racine oppose même prochain à certain, a Mais on me présentait votre perte jprocAamc. Pourquoi faut-il^ ingrat! quand la mienne est certaine, que tous n'osiez pour moi ce que j'osais pour vous? » Dans, à \a prochaine occasion, rien n'annonce que l'occasion doive se présenter de sitôt.

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