‹ Synonymes françaisChapitre 20 sur 218 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

STXOHTMIB DBS YBRBES ACTIFS BT DK LBUB DÉFIITITIOX COMPOsis DU YBRBB faire BT d'un SUBSTAUTIP GORBBSPOITDAIIT.

Cureuer ^ faire des caresses. Réfléchir , faire des réflexions. Crier, faire dèê cris. Questionner, faire des questions , Rêver y faire des rêves, 0>mplimenter, faire des compliments. Argumentera faire des arguments. Sauter, faire des sauts. Dessiner, faire des dessins. Broder, faire des broderies*

Les dictionnaires définissent plusieurs verbes actifs ^, faire telles ou telles choses, dont l'idée se trouve contenue dans le radical. Ainsi, ils expliquent caresser par, faire des caresses, com" plimenter par, faire des compliments, et de même de beaucoup d'autres. Mais, quoique ce soit, à tout prendre, la manière la plus

(i) Gomme le verbe désigne avec toutes ses circonstances la réalisation ou Facquisition de la qualité dans le temps , il doit être concret et faire assister en quelque sorte à Topération (l*où provient le changement, montrer la chose se faisant telle ou telle, l'actioo en train de s'accomplir : c^est là en effet yn de ses caractères essentiels. Cependant, s'il marque comme instantané, «n ohtn« gement que son synonyme représente comme progressif , conine produit ca vertu d'une cause lente» ce sera ce dei'uier qui paraîtra faire image et montrer Taclion en progrès. Ainsi, il a pâli, il a rougi, désignent un fait si subit qu'on a eu à peine le temps de le remarquer. Il est devenu pâle ou rouge annonce au contraire un événement assez long pour qu^on en ait suivi graduel* lement toutes les phases. La phrase "explicative serait donc expressive en méfloe temps qu*indicative ; elle peindrait le changement et ne ferait pas qoe renoncer d'une manière abstraite. Ce serait pourtant one erreur de le croire^ Il ne résulte de ces exemples particuliers autre chose, sinon que les définitions expriment des changements plus complets, qui demandent plus de tenaps pour s'accomplir ; mais ils n'en peigneut point du tout la gradation, tandis que les verbes neutres peignent et représenlenl le fait qu'ils signifient, quelque instantané qu'il soit.

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juste et la plas conrenable de déterminer le sens de ces sortes de verbes, il n'y a point d'identité entre la définition et le défini, i'nne n'équÎTaut point à l'autre, et ce serait souvent une faute de substi-* tuer i'nne à l'autre*

Quelquefois ia définition ne rend pas exactement l'étendue de l'idée ) oa elle l'augmente, ou elle la diminue. Faire des choses marquée^ par le. radical signifie en faire quelques-unes. Or, le même Terb« veut dire, tantôt en faire une seule, tantôt en faire beaucoup. Ainsi ^ caresser répondrait plutôt à faire une caresse dans certains-cas^ et dans d'autres à faire beancotip de caresses. Parmi les verbes ainsi définis, il y en a même qui indiquent essentiellement^ les uns qa'il s'agit plutôt d'une seule chose, les autres qu'il s'agit plutôt de beaucoup: sauter, complimenter, dessiner, broder donnent souvent l'idée d'un seul saut, d'un seul compliment, d'un seul des-* sin, (Fune seule broderie ; tandis que caresser, crier et rêver, c'est plutôt faire une suite de caresses, de cris et de réres. D'ailleurs^ quand on emploie le verbe, on a rarement l'intention d'exprimef que le sujet fait une ou plusieurs des choses marquées par son radi-» cal, on ne se décide point, comme le ferait croire la définition^ entre l'unité et la pluralité.

Mais supposons que la définition ne changeât rien à l'idée du verbe quant à son étendue, elle la modifierait encore sous deux aa** très points de vue assez importants.

£q analysant et en étendant cette idée, qui est comme compacte el comme concentrée dans le verbe, la phrase explicative lui ôte beaa« eoup de sa rigueur: elle ja rend susceptible d'applications qui l'éloi^ gnentplus ou moins de sa valeur propre. Ainsi, suivant une remar-^ que de Bouhours approuvée par Roubaud, caresser ^ conformément an sens primitif du radical^ se dit plutôt en badinant et à l'égard des enfants à qui l'on fait de petites amitiés, au lieu que faire des ca-^ resses ne se dit guère que' sérieusement, et c'est traiter iesgeoâ d'un air qui marque l'amitié ou l'estime. A quoi Roubaud ajoute : « Le verbe car«##^ exprime proprement une action unique, tout en caresses; tandis que faire des caresses comporte diverses ac^^ lions ou du même genre ou de genres différents, distinctes, entrecoupées, variées, entremêlées. Il est bien évident que faire des caresses n'a pas le sens absolu, plein et entier qu'emporte le verbe caresser, qui exclut de l'action tout ce qui n'est pas caresses, et la remplit tout entière par des démonstrations affectueuses, même jusqu'à en combler. » Insistons sur cette différence pour la rendre sensible.

Le verbe renferme plutôt une pléniinde de senS; en raison de laquelle il est propre à être employé d'une manière absolue, et non distribulÎYement^ à certains égards. L'homme est un animal qui réfléchit ;yom ne direz point, qui fait des réflexions. De même, dans une acception moins générale, un homme qui réfléchit n'est point seulement un homme qui fait des réflexions y car qui n'en fait pas, an moins quelquefois ? C'est un homme qui en fait beaucoup, souvent, qui a l'habitude d'en faire. Par cette qualification on le caractérise absolument (1). Dans un examen, c'est ordinairement le président qui questionne, et non pas, qui fait des questions le premier. Il vaut mieux laisser crier les enfants, et non pas, leur laisser faire des cris, que de courir au devant de leurs moindres caprices. Vous direz à une personne d'une manière toute générale et absolue : rêvez-vous la nuit P et d'une manière particulière et relative: avez>vous fait des rêves cette nuit, après avoir entendu le récit de. cette sombre histoire? Pour s'élever aux idées générales, l'esprit est obligé é'abs^ traire, et pour raisonner juste en parlant des opinions d'une personne, nous devons faire abstraction de nos sentiments pour elle.

Ensuite, le verbe a plus de rapport à la forme, et son explication en a davantage à la matière ; l'un exprime le mode d'action ou d'occupation du sujet, l'autre a trait à la nature de ce qu'il fait ou de ce qui l'occupe. Cela doit être. Le verbe contient implicitement le substantif, mais sans le laisser apparaître, saillir; au contraire, dans la définition, le substantif est dégagé et misa nu, et c'est pourquoi il attire particulièrement l'attention sur la nature des choses qu'il signifie. Ne le troublez point, il réfléchit \* maintenant qu'il est ruiné, qu'il a commis la faute, \\ fait des réflexions. Un observateur de la nature humaine soutiendra que, dans le sommeil, nousr^voîis toujours, quoique nous n'en gardions pas toujours le souvenir; après une journée remplie d'agitation, nous faisons des rêves. Dans les écoles de la philosophie scolastique on argumentait : c'était en général l'occupation à laquelle on se livrait; pour résoudre les questions agitées alors on faisait des arguments : c^est à ce genre de moyen de connaître qu'on avait recours. C'est l'habitude

(i) C'est le méme'rapport qui existe enlre être faible et avoir des faibles* ses. Dans ceUe dernière locution, le mot des étant partitif, distributif, ôle au sens de sa plénitude et Paffaiblit. On est faible par raractère; on a des faU blesses par accident, par un entraînement de circonstance. On ne peut dire de chacun qu'il est faible ; mais personne n'est exempt à^ avoir des faiblesses, « Tous les hommes célèbres ont eu des faiblesses, nul d'entre eux n'a été un un homme faible. •» J.. J,

des enfants de questionner les personnes avec lesquelles ils se trou- Ycnt; voulez- vous qu'ils vous révèlent ce qu'ils savent, faiteêAevLt des questions. Les enfants crient sans cesse et à tout propos ; on fait des cris quand on est violemment affecté^ en présence d'un pé« ril, et qu'on appelle du secours. Le verbe complimenter est tout-àfait indépendant de ce qui fait le sujet des paroles agréables qu'on adresse : on complimente sans rien dire, ou plutôt en disant des riens, en répéunt des formules à-peu-près vides de sens ; faire des compliments se rapporte aux choses dites en complimentant. Il est d'usage d'aller ou d'envoyer complimenter un grand, mais non pas, lui faire des compliments, à l'occasion de la mort d'une personne qui lui a été chère. Ce qu'il importe d'exprimer dans ce cas, c'est le fait de la démarche et non le genre de discours tenu ù la personne complimentée. Mais on est plus ou moins habile à faire des compliments.

Remarque 1. Il arrive quelquefois aux dictionnaires, dans leur explication du verbe, de ne pas mettre au pluriel et de ne pas faire précéder de l'article le nom de la chose qu'on fait. Exemple : choisir j faire choix. Alors la différence du verbe et de sa définition se réduit à celle que constitue l'opposition de la forme et de la matière. Ainsi, choisir ^%l formel, subjectif^ significatif du genre d'action en lui-même, et indépendant de l'objet vers lequel porte cette action : c'est à vous de choisir. Faire choix, au contraire, est matériel et exige qu'on indique l'objet précis et particulier du choix: faire choix de quelqu'un ou de quelque chose. C'est ce que Girard veut dire, mais ce qu'il exprime peu nettement dans le passage qui suit : « Le mot de choisir marque plus particulièrement la comparaison qu'on fait de tout ce qui se présente, pour connaître ce qui vaut le mieux, et lé prendre. Le mot de faire choix marque plus précisément la simple distinction qu'on fait d'un sujet préférablement aux autres. Les princes ne choisissent pas toujours leurs ministres ; on n'a pas fait choix en tout temps d'un Colbert pour les finances, ni d'un Louvois pour la guerre. »

Remarque 2. Le verbe de là définition n'est pas toujours faire, mais quelque autre verbe presque aussi commun et usuel, comme mettre et avoir, Wo\\, par exemple, les expressions synonymiques, écarter et mettre à V écart, c'est-à-dire, faire disparaître de la vue ou de sa vue quelque chose, envier ei avoir envie, c'est-à-dire, désirer la possession de ce qu'on n'a pas. Leur différence revient toujours à l'une de celles qui ont été ci-dessus indiquées. Ainsi, mettre à l'écart atténue le sens ô^écarter en l'étendant. « Écarter, dit

l%% TRA.ITÉ

l^Encyclopédie, est plus fort que ^neUrê à Péeart. On écarte et dont on veut se débarrasser pour toujours : on met à V écart ce qu'on yeut ou qu'on peut reprendre ensuite. Un juge doit écarter toute prévention, et mettre à V écart tout sentiment personnel. » « Je souhaiterais que la mort écartât d'ici cette femme pour jamais. » Mol. Et dans VÉcole des femmes, Arnolphe raconte que, de peur des damoiseaux, il a mU Agnès à V écart dans un couvent.

De même, envierait plus que avoir envie; c'est éprouver un sen- Mment décidé, une sorte de chagrin à la vue des avantages d'autrui; avoir envie, c'est seulement éprouver un léger désir concernant quelque chose de petit, de frivole^ de peu considérable. « Les subalternes envient l'autorité des supérieurs : les enfants ont envie de tout ce qu'ils voient. On dit, envier le bonheur de quelqu'un^ et, avoir envie d'un mets. » Gia.

De même encore, mentir est plus fort que dire des mensonges, parce qu'il est essentiellement significatif du genre d'action. « L'amour qui loue en nous des perfections que nous n'avons pas, les voit en effet telles quHl les représente ; il ne ment point en disant des mensonges, » J.-J.

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