‹ Synonymes françaisChapitre 23 sur 218 · TRAIT · texte numérisé non relu

TRAIT

trouve la préposition à, il en résulte une locution ragueet indéterminée, sjgnifîcatiTe d'une action plutôt générale et abstraite que particulière et physique. De sorte que l'action précise , directe, spéciale, se terminant entièrement et complètement dans le premier cas, devient dans le second une action vague ; indirecte, générale, abstraite ou incomplète.

1. Prétendre quelque chose, prétendre à quelque chose. On prétend à la première place, quand on y aspire, quand on travaille à l'obtenir dans un avenir indéterminé. On prétend la première place, quand on l'exige actuellement comme un droit, comme une prérogative qui nous appartient. On prétend à une charge, à une place, à quelque chose d'élevé, à, la main d'une personne. « Quel est le cœur où prétendent mes vœux? » Rac. Avec vœiix, l'auteur ne pouvait employer que prétendre à ; ce qui nous est dû , ce que nous pouvons prétendre est plus que l'objet de nos vœux, c'est celui de nos réclamations , de nos exigences. Avec le mot faveur, prétendre à est aussi le ^eul tour qui convienne. « A de moindres faveurs des malheureux prétendent, » Id. Dans le même poète, Iphigénic dit à Agamemnon : « Quelle félicité peut manquer à vos vœux? à de plus grands honneurs un roi ^t\ï\.-\\ prétendre ? » fi kvXmvs i{\i\ prétendez aux honneurs du comique.» Boileau. « Mon fils au consulat a-t-il oséprétendré avant l'âge où les lois permettent de l'attendre. » Volt. (Brutus), On prétend une part dans une distribution , le remboursement de ses avances, etc. « Le frère de Tacite, Florieii, prétendit l'empire par droit de succession , comme le plus proche héritier. » Boss. « Un aigle sur un champ prétendant droit d'aubaine ne fait point appeler un aigle à la huitaine. » Boil. Le lion ayant dépecé le cerf touché dans les lacs de la chèvre, s'attribue toutes les parts : « ta seconde, dit-il, par droit, me doit échoir encore; comme le plus vaillant, \t prétends la troisième. » a L'estime où je vous tiens ne vous doit point suriwrendre, et de tout l'univers vous la pouvez prétendre, » Mol., (Misanthr,, Oronte à Alceste). « Ce grand maître avec un pouvoir arbitraire sur les sujets conquis, \e prétend exa^ov^ sur les sujets conquérants. » Montesq.

2. Toucher wwQ chose , toucher à une chose. Toucher une chose, c'est meure la main dessus pour la palper, s'en emparer, la recevoir, etc. Toucher à une chose, c'est y porter la main de manière seulement à être légèrement en contact avec elle ou avec quelqu'une de ses parties. Quelquefois même toucher à, loin d'indiquer un <;ontact entier, précis, n'indique qu'une simple proximité. Ainsi, un

édifice iauehe ànn aatre^ quand il en est voisin à une distance indcterminée; au lieu que^ ma maison louche la sienne, le lambris touche le mur, signifient qu'il n'y a rien entre deux. On dit aussi, il C8l si grand qu'iUowcAc cw plancher, c'est-à-dire, qu'il est près d'y atteindre, et nous touchons au printemps, à Fêté, à la fin, etc., pour, nous en approchons. De là la raison pour laquelle, quand on défend, on dit plutôt, ne touchez pas à cela , que ne touchez pas cela; c'est qu'on veut marquer qu'il ne faut pas se permettre le plus l^er attouchement. Or, ne pas toucher à une chose, signifiant s'abstenir d^y porter la main de peur de l'endommager, d'en altérer, OBd'en détacher quelque partie, ce tour a été employé figurément dans le sens de, ôter quelque partie d'une chose, ou simplement la modifier. Ainsi, i|u lieu que toucher ses reyenus^ c'est mettre la main dessus, les recevoir, toucher à ses revenus, c'est les écorner, comme on dit, en employer, en dépenser une partie. On dit continuellement avec la négative, ne pas toucher à une loi, à un ouvrage, à un article de règlement, à la religion, pour, n'y rien changer. 3. Satisfaire quelqu'im ou quelque chose , satisfaire à quelque chose. Le verbe actif satisfaire signifie donner un plaisir, un contentement précis, causer une satisfaction, et se dit toujours en parlant des personnes, de leurs passions, de leurs facultés, de leurs besoins, de leurs espérances. Satisfaire à indique, non pas une satisfaction précise donnée effectivement à une personne ou à une passion précise, mais une conformité à une règle morale, à une obliga^ tioa générale. On satisfait ses parents, ses créanciers, un homme qu'on a offensé, ses passions, l'esprit, les sens, en faisant en sorte qu'ils soient contents; et ce tour est plus relatif à l'effet produit, lequel effet est toujours bien déterminé. « Les délicats sont malheureux. Rien ne saurait les satisfaire. » Laf. « Cela ne leur suffit pas encore (aux jésuites). Il faut pour satisfaire leur passion qu'ils accusent ces saintes filles d'avoir renoncé à J.-G. » Pasc. On satisfait àson devoir, à une loi,à une objection, à un ordre, etc., en prenant les moyens de faire par rapport à eux ce qu'on doit; et l'attention ici est appelée, non sur l'effet spécial qui est produit, mais sur la ma^ Bière générale dont on se comporte par rapport à uiie règle. « Pourrai-je satisfaire aux devoirs et de sœur et de femme ?» Cork. «À?cc quelle tranquillité a*t-elle satisfait à tous ses devoirs?» Boss. aici l'honneur m'oblige et j'y dois satisfaire.y^ Corn, a Cette variété de la terre fait le charme des paysages, et en même temps die satisfait atuc divers besoins des peuples. » Fbn. «Cette lettre ^aiUfait à la plupart de ses difficultés. » Pasc. « S'arrêter à éclair-

cir un équivoque^ pour satisfaire dia demande d'an anteor.)» Mall. 4. /rmi//^ quelqu'un , insulter à quelqu'un ou à quelque chote. Insulter quelqu'un n'est relatif qu'au fait de Tinsulte, et il se dit toujours d'une personne spéciale qui reçoit une insulte dans un cas particulier. Insulter a ne se dit guère que des choses on de toute une classe d'hommes^ et il est relatif^ non pas au fait de l'insulte, mais au genre de faute qu'on commet en tenant une conduite insultante. En conséquence; le premier s'emploie bien dans les récits pour marquer qu'une insulte est ou a été faite. « Cet ivrogne a insulté son hôte. Il est allé Vinsulter jusque chez lui ». Agad. «Est-ce mon maître ou moi que l'on yeut insulter » ? Volt. <c L'impie parait élevé comme le cèdre du Liban et semble insulter le ciel par Qne gloire orgueilleuse ». Mass. « Les grands hommes du paganisme n'auraient osé insulter tout haut un culte si insensé. » In. Insulter à convient mieux dans la morale et en style dogmatique où l'on défend ^Hnsulter et où l'on raisonne sur l'inconvenance de l'insulte. « Il ne faut pas insulter atia? malheureux, à ses juges, au poblic, à la misère publique, à la raison, au bon sens, au bon goût, à la douleur d'un affligé, etc. ». Acad. « Il n'est pas permis éHnsulter à un mourant ». Volt, a Insulter à la piété par des dérisions insensées ». Mass. Lorsqu'un homme a sujet d'être dans la tristesse ou dans la joie, c'est lui insulter en quelque sorte, que de ne pas entrer dans son sentiment, » Mall. « Comme satisfaire à exprime moins l'effet spécial, la satisfaction, que l'action, ou la teihitative de le produire, de même insulter à se rapporte moins à rinsulte effectuée qu'à l'action qui y tend. Nous n'insultons pas celui, mais nous insultons à celui qui est au-dessus de nos insultes, de manière que l'action n'aboutit pas à son but: « Astarbé, en mourant, regarda le ciel avec mépris et arrogance, comme pour insulter auof dieux ». FÉif. « N'approche pas de lui, mon fils, car il croirait que tu voudrais lui insulter dans son malheur ». In. C'est ainsi que Pascal s'est servi de satisfaire à en parlant de Dieu : <( L'àme doit lui rendre grâce comme redevable, lui satisfaire comme coupable ».

5. Suppléer quelqu'un ou quelque chose, suppléer à quelque chose. Quand on supplée une chose, le supplément est justemeutoe qu'il faut pour réparer le manque ou l'absence , et il est du même genre que ce qui manque. Un juge en supplée un autre. Pour faire une acquisition, il lui manquait six mille francs^ son père les a sup^ plées. c( Certains animaux servent par leur force, comme les boeufs, à suppléer ce qui manque à notre force bornée. » FÉir. « Dieu pro-

met de suppléer (par la grâce) ce qui manque (aux forces de la rai* son humaine), quand il ne manque point par l'indisposition déméri-* toire de la volonté. » in. Mais, quand on supplée à une chose, ce qu'on supplée est à-peu>près ce qu'il faut pour réparer le manque ou l'absence d'une chose; c'en est l'équivalent, quoique non du même genre que ce qui manque. La valeur supplée au nombre, le mérite au défaut de la naissance, a «Si/jt^p/^'^r par les ressources de son travail à l'insuffisance de son revenu. » J.-J. « Gens en qui l'usage du monde, la politesse , ou la fortune tiennent lieu d'esprit et sup^ fléent au mérite. » Labe. « Un mari est un homme qui abuse de la nécesi^ité de la loi pour suppléer aux agréments qui lui manquent. » HoNTESQ. « Et ces mêmes bienfaits auraient dû suppléer à mes foibles attraits. » Rac. a Son bien supplée au défaut de son âge. » Laj. Or, ce qu'on supplée, quand on supplée à une chose, n'étant pas du même genre que ce à quoi on supplée, suppléer à est préfé* rabfe toutes les fois qu'il s'agit de réparer le manque d'une chose entière en la remplaçant par une autre équivalente. Dans^des temps de disette on a suppléé au^sXn par le riz et par les pommes de terre. Au contraire, le supplément, quand on supplée une chose, devant être exactement ce qu'il faut, et du même genre que ce qui manque, suppléer, à l'actif, doit s'employer principalement quand il s'agit d*un manque partiel dans une chose qu'on complète en aijoutant rigoureusement ce qui lui manque et en même nature que ce qui lui manque. Ce sac doit être de mille francS) et ce qu'il y aura de moins, je le suppléerai^ je suppléerai le reste. C'est donc conséquem* ment à la modification générale imprimée par à aux verbes auxquels il se joint, que suppléer à une chose signifie la remplacer, quand elle manque, par une autre équivalente; et suppléeront chose, la fournir, quand elle manque, pour faire un tout complet.

6. Croire quelqu'un ou quelque chose, croire à quelqu'un ou à quelque chose. Croire à dénote une croyance moins directe, moins ferme, moins pleine, ou plus faible et plus molle. En parlant des personnes, on n'emploie cette locution qu'à l'égard de celles en qui on a une sorte de confiance , aux paroles de qui on ajoute foi avec réserTC, et en s'en tenant pour ainsi dire encore éloigné : « Croire aux astrologues, aux médecins. » Acad. Croire quelqu'un, c'est avoir en ses paroles toute confiance et se conduire en conséquence, suivre ses conseils: « Croire les médecins. »Agad. De même, croira à quelque chose , c'est y syouter foi quelque peu , comme de loin, en se tenant comme à dislance, et la croire ^ c'est en être persuadé, l'admettre comme un dogme, comme une chose déinontrée.

loi donner place en sa créance. Nous croyons à une chose par une simple adhésion ; pour que nous la croyions ^ il doit y avoir entre elle et nous une sorte d'intimité. « On croit à l'astrologie , à la médecine^ au rapport^ aux promesses de quelqu'un. » Acad. c< Ces reproches n'étaient point fondés ; n'en croyez pas à ^ts douleurs, elles la trompent. » J.-J. Mais on dira : « Ces philosophes croient l'existence de Dieu , et l'immortalité de l'âme. » J.-J. « C'esl un aveuglement de vivre mal en croyant Dieu. » Pasc. « Impie, tu ne croyais pas la religion » Fén. « Les chrétiens croient tout ce que l'église enseigne. Ils croient les mystères , les articles du symbole, la communion des saints. » Agad. M. Villemain a bien senti la valeur relative de ces deux locutions, en les opposant Tune à Tautre dans la phrase suivante : a Vous devez croire à l'historien, et comment croirez-yo\k^ à celui qui ne croit rien lui-même ? Il faut que l'historien ait une foi à lui. » Et dans cette autre de Pascal, on pourraitsubstituer le simple, croire, à croire en : « Il n'y a nulle raison de croire à l'Antéchrist qui ne soit à croire en J.-C; mais il y en a à croire en J.-C. qui ne sont point à croire à l'Antéchrist. » Enfin la différence est la même, quand croire et croire à signifient reconnaître Texistence : « On croit aux revenants , aux esprits, aux miracles. » Acad. On croit Dieu : « Si Dieu se découvrait continuellement aux hommes, il n'y aurait point de mérite à le croire. Il est demeuré caché sous le voile de la nature. » Pasc. 7. Chasser le ou la, chasser au ou à la. On dit chasser le cerf, le sanglier, le chevreuil, le renard, le lièvre, etc. ; chasser aux perdrix, aux bécasses, aux oiseaux, au lièvre. Chasser le ou la, signifie poursuivre effectivement les animaux dont le nom sert au verbe de régime direct; et chasser au ou à la, être à la recherche de ces animaux, afin de les poursuivre si, par hasard, on en rencontre. Un chien qui excelle à chasser le lièvre peut ne rien valoir pour chasser au lièvre ; il sera bon coureur et adroit à saisir le gibier, mais il ne saura pas le trouver et le dépister. « Il y a deux espèces deloups-cerviers; les uns plus grands, qui chassent et attaquent les daims et les cerfs; les autres plus petits qui ne chassent guère qu'au lièvre. » Buff. L'auteur nous montre le sujet, là, actuellement aux prises avec l'objet, ici, seulement à sa quête. Il y a donc un rapport plus étroit d'un côté que de l'autre, entre le sujet qui agit et la chose qu'il fait, ou sur laquelle il agit ; il en est moins éloigné. Il en est de même, quand on dit travailler une chose, la terre, par exemple, et travailler à une chose : la première locution fait voir le second terme du rapport, montre la chose modifiée

par le sujets au lieu que ce même terme disparaît presque dans la seconde locution, pour ne laisser voir que le sujet et son occupation. On distinguerait semblablement beaucoup d'autres verbes^ susceptibles, comme ceux qui précèdent, de prendre et de ne prendre point à devant leur régime. Ainsi, on dit^ /^re^tcf^ une assemblée, en parlant dufait^ eijyrésider à une assemblée, enparlantdu droit en général; et c'est à cause de l'extension, donnée à ce verbe par la préposition à, que présider à finit par signifier vaguement, diriger; veiller à : c'est lui qui a présidé à l'exécution de l'entreprise. Par commander les armées, on entend un fait positif, qui se peut constater physiquement, et de là vient qu'on dit aussi d'une citadelle, qu'elle eommmande la ville ; mais commander aux nations n'implique que l'idée d'une autorité plus indéterminée, d'un commandement sans limites précises, et, si on dit que le capitaine commande à ses soldats, c'est, non pas un fait particulier qu'on rapporte, mais un droit général qu'on énonce. Applaudir ti souscrire quelque chose, c'est faire effectivement l'action propre, physique, netiemeat marquée par ces verbes : applaudir et souscrire à quelque chose, c'est, dans un sens étendu, moral, idéalisé, Tapprouver, y adhérer, y donner son assentiment. Le rapport est le même entre atteindre et atteindre à, qu'entre toucher et toucher à : atteindre à indique seulement qu'on est près d'arriver à un but, qu'on s'efforce de parvenir jusqu'à lui : on atteint ce dont on va se rendre maître, on atteint à un modèle. Le yevhe penser, dans, vous pensez nous tromper , présente moins d'incertitude et un objet moins éloigné que ce même verbe «uivi d'à^ dans, \ompe7isez à nous tromper, car il signifie, là, vous croyez nous tromper, et ici, TOUS cherchez à nous tromper. Ne manquer aucun sermon du carême, c'est les entendre et, en quelque sorte, les recevoir toiis; ne manquer à aucun , c'est assister à tous. « J'ai arrêté une place pour ne manquer, aucun sermon du carême. (Féhelon.)

Page 1