CHAPITRE XI
syhokymib des verbes actifs dokt le baGime est pRécéoé, d*uvb
PABT, DE LA PEÉPOSITIOIT ày DE l' AUTRE. DE LA PREPOSITIOIT de.
Commencer à et cfe. Continuer à et de. Essayer, s'efforcer, tâcher à et de^ Obliger y forcétr^ conira'mdre à et de. Prier à et de dîner. S'occuper à et de. Manquer à et de. Oublier à et de. Prêt à et de. C'est à toi à, c'est à toi de. Il ne sert à rien el de rien , elc.
, Tel est le résultat des deux chapitres précédents. Interposées en-
tre un verbe et son régime, les prépositions à et de produisent un effet directement contraire. L'une en étend et en généralise la signification, l'autre la détermine et la spécifie. Autant Tune est indéfinie; yague et abstraile,autant l'autre est distinctive, précisect délimitati?e. L'une modifie l'action du verbe qu'elle suit de manière à la' monti'er comme tendant à un but éloigné, incertain et hors de la portée, et l'autre de manière à la montrer comme atteignant un but présent, prochain et bien marqué. La première fait prendre le verbe antécédent dans un sens large, général, et comme expressif d'une suite indéterminée d'actions, oir d'une action indéfinie ; l'autre le fait prendre dans un sens rigoureux, strict, particulier et comme significatif d'une action unique, bien délimitée, bien circonscrite. Cette valeur relative des deux prépositions n'est- çlle pas conforme à leur origine? Ad signifie t?^^, le point où l'on va, où l'on tend, où l'on cherche à aller, où Ton ne sait pas si on arrivera ; de, de, hors de, le point précis, certain, fixe du départ. D'ailleurs, qu'on les considère, non plus étymologiquement, mais comme déclinatives, on les concevra nécessairement de la même manière. A nous sert à exprimer le datif des Grecs et des Latins, et de leur génitif. Or, suivant la théorie la plus haute et la plus vraisemblable, les flexions données aux noms par les langues qui ont des cas désignent primitivement, quant à l'espace, des rapports analogues à ceux qui sont marqués par les temps essentiels des verbes quant à la durée. Il n'y a que trois cas principaux, le nominatif, le génitif et le datif, comme il n'y a que trois temps principaux, le présent, le passé et le futur, et ils se correspondent chacun à chacun. De sorte que le génitif est au datif, et par conséquent dekà comme le passé est an futur, c'est-à-dire comme le certain, le fixe, le déterminé, le précis, à l'incertain, à l'indéfini et au vague.
Commencer à, co?nmencer de. On commence à faire une action, ou une suite d'actions qui n'a pas de terme^ qui n'est pas renfermée dans des limites précises, qu'on continuera ou qui se continuera indéfiniment. On cor^mence de faire une action unique, circonscrite , qui constitue une œuvre fixe , une tâche qui s'achève en plus ou moins de temps , qui a un commencement, un milieu et une fin. C'est ainsi*que l'ont entendu et pratiqué nos meilleurs écrivains. — BossuET. i** « Les choses commencèrent à changer de face. On eomm^^pa à s'apercevoir que... Je commence à regretter les bornes étroites de ce lieu. On commença assez tard à les (ces évéques) appeler archevêques. La terre commence à se remplir, et la vertu commence ^ksAov^ à être persécutée. Sous le règne
d'Ozias les prophètes commencèrent à publier leurs prophéties par écrit. » y « Vers le temps où notre Seigneur commença <f exercer son ministère. » — Labruyère. !• <c II a commencé dt honne heure à se mettre dans les voies de la fortune. Quand le sot meurt^ il commence à vivre. » 2" « Le même conte qu'il a commencédehive à quelqu'un^ il l'achève à celui qui prend sa place. » — J.-J. Rousseau, i"* « Laissez former le corpsjusqu'àcequela raison commence à poindre. Quand on commença à ouvrir des écoles publiques, la Grèce avait déjà renoncé à sa vertu. nT a L'année qui commencera bientôt de courir. » — Pascal, l** <c Dès-lors votre dispute commença à me devenir indifférente. Je commen» çaiàme défier que vous agissiez avec passion. Je commencée espérer que vous me tiendrez parole. Commencer à lâcher pied. » 2** « Combien était-il important de faire entendre qui vous êtes ! C'est ce que j'ai commencé de faire ici ; mais il faut bien du temps pour achever. » — Lafontaiine. lo « Ce discours, un peu fort, doit commencer à vous déplaire. Le larron commençait pourtant à s'ennuyer. » 2° « Là>dessus je commençai de leur raconter ce qui m'était arrivé. » Dans l'analyse du Songe de Vaux, où chaque partie est renfermée dans des bornes précises, il dit : a A peine les songes ont commencé de me représenter Vaux, que, etc. »— Montesquieu. i"" (c En Russie on a commencé à connaître les lois. On com^ mence dans cet état à être plus frappé des inconvénients particuliers que de la liberté des sujets. » 2<> « Epaminondas, la dernière année de sa vie^ disait, écoutait, voyait, faisait les mêmes choses que dans l'âge où il avait commencé €f être instruit. » — Fénelon. l"" (c Nous avons commencé à être ce que nous n'étions pas. Faire que ce qui n'était pas commence à être. » Et, 2**, considérant la vie comme un tout réglé, comme une action unique , il dit dans le Télémaque, <c Le pays où j'ai commencé devoir le jour en naissant. » — Un enfant commence à parler ; un orateur commence de parler. Un entant commence à marcher, quand il fait à peine quelques pas; nu voyageur commencée sillet y lorsqu'il se metenroute.On commence à dîner ou d jouer, quand on doit continuer indéfiniment ; J^ dîner ou rfejouer, quand le dinerejt le jeu doivent durer un temps déterminé. Continuer à, continuer de. On continue à faire ce qu'on a commencé à faire, c'est-à-dire une série, un genre d'actions qui n'a pas de bornes, pas de terme, qui ne finira pas ou n'est pas considéré comme devant finir. On continue de faire ce qu'on a commencé de faire, c'est-à-dire une action unique, une tâche, une^ entreprise, un ouvrage , un cours d'études, un discours, un récit, en un mot,
qncique chose qui a une longuenr déterminée. — Bossuet. 1** « Les Lacédémoniens continuaient à aU2iq\\erVem\^'ire des Perses, Rome à se faire des citoyens de ses ennemis.» 2" Dans Vo7*aiêon funèbre et Anne de Gonzague, l'orateur ayant un instant interrompu le récit du songe dans lequel Dieu instruisit la princesse, il reprend : a Die a eonibiuera de l'instruire, comme il a fait Joseph et Salomon. ^ — Voltaire, l® « Continuez à remplir votre belle âme de toutes les terlas et de tous les arts. » [Lettre àHelvétius,) 2» « Poquelin continua rfe s'instruire sousGassendi. » (Vie de Molière,) — J.-J. Rousseau. l°«Si TOUS Youlez que je continue à vous écrire, ne montrez plus mes lettres à personne. » 2® a Quand je pense combien je suis coupable, la plume me tombe des mains, et je n'ai plus le front d« cow/mwercTécrire (ma lettre). »— Raciue. i" « Qu'importe que César continue à nous croire ? Pensez-vous que Calchas continue à s« iaireUi 2" « Continuez if écrire, » dit Léandre à l'Intimé, qui, remplissant le rôle dliuissier dans les Plaideurs , dresse un procèsverbal. — Pascal. l° a Puisqu'il est si important de publier vos maximes, vous devez continuer à m'en instruire. » 2° a Continuez if endurer en moi ce qui vous reste à souffrir de votre passion, que vonsachevez dans vos membres. » {Prière à Jésu>S'Christ.)—Conti^ nuer à jouer, c'est ne pas quitter l'habitude du jeu ; continuer dé jouer, c'est ne pas quitter une prlie commencée. L'Académie > ou plutôt Marmonlel, dont elle adopte l'avis sur ce point, bien mal à propos, décide précisément le contraire. Mais ici aucune autorité ne saurait prévaloir contre la logique et l'usage. D'ailleurs, en pareille matière, c'est l'homme le plus compétent, savoir RouBaud, qu'il fallait consulter. « On continue à faire , dit celui-ci , ce qu'on feit d'habitude, ce qu'on a coutume de faire , lanl qu'on n'y renonce pas; on continue de faire ce qu'on fait actuellement, ce après quoi Pou est, tant qu'on ne discontinue pas. On c(wi^WMe d jouer tant qu'on est adonné au jeu ; on continue rfe jouer tant qu'on reste au jeu. » Il est à remarquer que la vie pouvant être considérée, ou comme une série d'actes partiels dont la fin est indéterminée , ou comme une action unique d'une durée i\\e et constante, on peut dire également commencer ou continuer à vivre, et commencer ou continuer de vivre. « Pourquoi continuer à vivre pour être chagrin de louf. » FÉN. Dans celte phrase, aucun terme n'est posé ni supposé à la vie, comme dans cette autre du Télémaque: a Le pays où j'ai commencé de voir le jour en iralssanl; » comme dans celte autre de Labruyère : « J'ai commencé et je continué ifélre par quelque chose qui est hors de moi. » En parlant de la ylé
fnture, on ne peut se servir que de la locution ccnnmencer à viTre. « Quand le sot meurt, il commence à vivre. » Labr. « Les fidèles morts en la grâce de Dieu commencent à vivre. » Pascal.
Eiiayer,i^ efforcer, tâcher à ou de, k^vh^ commencer et conti^ nuer on met et on trouve plus souvent à que de. Les verbes essayer, ^efforcer et tâcher , au contraire, sont plus ordinairement suivis de la préposition de. La raison de ce fait s'aperçoit sans peine. Commencer et continuer se disent en parlant de toutes sortes d'actions, naturelles ou humaines, fatales ou volontaires, qui tendent on ne tendent pas à un but, à une fin déterminée. Essayer , s' efforcer ^ tâcher, signifient en eux-mêmes une action humaine et volontaire par laquelle on cherche à atteindre un but fixe qu'on s'est proposé. C'est pourquoi , rigoureusement, ils ne devraient prendre après eux d'autres prépositions que «f^/mais, comme l'usage leur adjoint quelquefois à, il s'agit de savoir dans quel cas il le fait et doit le faire.
A éloigne le but, de le rapproche. On essaie^ on s^efforce^ on tâche à faire une action ou plutôt une suite d'actes dont la fin est éloignée et indéterminée, ou bien à atteindre un but auquel on tend, sans qu'on sache si et quand on y arrivera. On essaie , on s'efforce, on tâche de faire une action unique, particulière, qui est de nature à se terminer à l'instant ou bientôt. « &ï vous tâchez à être plaisant, vous ne le serez pas; si vous tâchez de l'être, vous ne l'êtes pas. » RouB. A montre le sujet appliqué, travaillant à une tâche d'une assez grande étendue ; de le représente exécutant un acte qui s'accomplit tout entier dans le moment. On s* empresse à plaire à quelqu'un, partout et toujours; on s'empresse de lui plaire dans une occasion. t( La nature a donné à l'enfant une figure si douce et un air si touchant afin que tout ce qui l'approche s'intéresse à sa faiblesse et ^empresse à le secourir. » J.-J. Cette distinction conforme ou plutôt identique à celle qui est établie ci-déssus, se pour* raît confirmer, s'il en était besoin, par l'observation suivante. Ces vérités ont pour synonymes tenter, lequel ne s'emploie jamais qu'avec de, et la raison en est qu'il exprime toujours un fait unique, une entreprise restreinte, d'un moment, un coup de main: on ne tente pas de bien vivre, par exemple. Si, au contraire, tâcher a plus d'affinité pour à que ses synonymes, il le doitti ce qu'il signifie i)ar lui-même une action quia de la longueur et de la durée, à ce qu'il suppose une entreprise qui se prolonge. De même, si on dit avec le pronom, s^essayer à, et non s^ essayer de, c'est que s^ essayer indique, non pas un acte particulier à faire, mais une habitude à prendre. « Tremble^
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son bras s*essaie à frapper ses victimes. » Volt. Enfin la pratique de nos écrivains les plus illustres fournit de cette règle une justifia cation facile et concluante.
i.S^^a^^r àou Je.Montaigneparledeadisconrsqui eêsaientà montrerla prochaine ressemblance de nous auxanimaux.»«JV««aiV^ dit-il aussi, à corriger ce yice^ mais Tarracher je ne puis. » Clitandre conjure Armande^ dans les Femmes savantes, « de ne point essayer à rappeler son cœur.» Et ces exemples donnent l'idée de toute uneentreprise, non d'un fait simple^ et d'une entreprise dont l'entier accomplissement ne peut être qu'éloigné: C'est le contraire dans les passages suivants. aEpaminondas fut frappé d'un trait, et essaya cf« l'arracher. » Mon- TAiG. <c Essayons de conter la fable (cette fable) avec succès. » Laf« aPsyché^«#a^a inutilement cf effacer cette noirceur avec l'onde.» Id.
2. ^efforcer à, <c II faut s'efforcer à gagner la vie éternelle. » Tbévoux. « C'est à demi-temps perdu d'aspirer tiàts^ efforcer à lui plaire. » Moktaig. et Diogène disait qu'il rencontrait bien des gens qui s'* efforçaient à se surpasser les uns les autres^dans les badineries. » Fénel. «Et ce lâche attentat n'est qu'un trait de l'envie qui s'efforce à noircir une si belle vie. » Corn. « Laissez-moi m'«/forcer, cruel, à vous haïr. » yoLT.—Sefforcer de. « Quand un autre à l'instant s' efforçant de passer..» Boil. « Ah ! l'on s^ef force en vain de me fermer la bouche. » Rac. « Et dans cet Océan on eût vu la fourmi s*efforcer, mais en vain, de regagner la rive.» Lap.
3. Tâcher à. «J'ai tâché à faire du bien au monde, il ne m'a fait que du mal. » Fêihel. « Qu'on lui livre Psyché, qu'elle tâche à lui plaire. » Laf. «C'est moi qui dois tâcher à réparer les torts que m'ont fait les ennuis. » Id. « Tyran qui par cent lâchetés tâche à se maintenir au rang où par la force ila su parvenir.» Rac. «Je m'excite contre elle et tâche à la braver (Âgrippine). Mais enfin mes efforts ne me servent de rien. » lû. (Néron dans Britannicus). « Elle tâche à couvrir d'un faux zèle de prude ce que chez elle on voit d'affreuse solitude. » Mol. — Tâcher de. « La fée arrêta le coup et tâcha de le consoler. » FiitEL. « Hippias tâche- tn vain de se soutenir. » Ross. « Il tâcha de chasser de Rome son fils Maxence. » In. « Tâchez de quitter M. de Buffon.» Voltaire. «Et sur ses pieds en vain tâchant de se hausser... » Boil. « C'est ce que je tâchai de lui faire comprendre.» Mol.
Obliger, forcer, contraindre à ou de. A montre dans l'éloignement ce à quoi on oblige, force ou contraint; de le détermine, le distingue, le spécialise, le fait voir présent. De là deux différences. Avec à on désignera une contrainte, en même temps plus générale
et moins stricle. Plus générale, c'est-à-dire qu'on fe servira de la préposition à en parlantd'une loi imposée à tout un genre d'actions, et delà préposition de pour marquer une contrainte particulière ou une con> trainle exercée dans telle circonstance, a La charité vous oblige à pardonner, lorsque vous serez offensé : vous éteg obligé de pardonner dans le cas précis de l'offense. La circonslance vous oblige de faire ce que (a règle vous oblige à faire. » Roub. Ensuite à marque moins d'instance et de rigueur, une influence ou sollicitation morale plutôt iiu'une contrainte physique et de fait. C'est ce que Marmontel a bien senti : a Obliger à, dit-il, n'exprime qu'une sim.ple invitation ; obliger de porte contrainte , et c'est pourquoi l'on ne dit point inviter de, engager de, » Mais il importe d'appliquer celte double distinctions aux trois verbes cités en l'appuyant par des exemples.
Obliger à et de. a Les rois étaient obligés plus que tous les autres à vivre selon les lois. » Boss. « Un souverain est- il obligé à se . soumettre à des étrangers sur l'étendue de sa domination? » Fén. a La vraie religion doit avoir pour marque ^'obliger à aimer Dieu. » Pasc. a Hé! voulez-vous, madame, empêcher qu'on ne cause? Croiriez -vous obliger tout le monde à se taire? » Mol. Le caractère incontestable de généralité qui distingue obliger à dans toutes ces phrases ne convient plus du tout à obliger de dans celles qui suivent. « Je fus obligé c^'aller à Clazomène. » Fén. « Il se pourrait que madame du Châtelet fût obligée cf aller à Cirey. » Volt. « La soif les obligea de descendre en un puits. » Laf. « Avant que de partir, l'esprit dit à ses hôtes : on m^ oblige de vous quitter. » (Ordre lui était venu de se rendre ailleurs). Id. D'autre part, combien je sens d'obliger à ne se montre-t-il pas faible et relâché, en comparaison de celui d'obliger de, dans les passages suivants? « Seigneur, que ferai-je, pour vous obliger à répandre votre esprit sur cette misérable terre? » Pasc. {Prière à Dieu). El dans un autre eudroit : « Mes prières n'ont pas de mérite qui tous oblige de les accorder de nécessité. » « 11 demanda avec douceur à l'assassin ce qui Pavait obligé à commettre une action si noire. » Fét^el. Et suivant le même écrivain : « Pittacus disait que la nécessité était quelque chose de si fort, que les dieux mêmes étaient obligés <f obéir à ses lois. » <c Des légions romaines s'obligèrent par serment de mourir on de vaincre. » Montaig.
Forcer à. « Cet ascendant malin qui vous force à rimer. » Boil. « Les Samnilês , après soixante-douze ans d'une guerre continuelle, furent forcés à subir le joug des Romains. » Boss. « Digne fils d'Ulysse, votre vertu me force à vous aimer. » Féw. « Forcez votre
DES SYNONYMES GRAMMATIOÀU^. U^
amour à se taire. » Rag. (Titus à Bérénice.) a Pourquoi me forcez-' TOUS vous-même à tous trahir? » Id. (Pyrrhus à Andromaque.) — Forcer de, « Galérius força Dioctétien de quitter Tempire. » Boss. a Ce. dernier jour où la mort nous forcera de confesser toutes nos erreurs. » Id. « L'arche qui fit tomber tant de superbes tours^ et força le Jourdain de rebrousser son cours. » Rag.
Contraindre à. « Faut-il qu'àt'admirer ta fureur me contraigne? YoLT. {Zaïre. Nérestan à Orosmane)« « Il a fallu une loi pour régler l'extérieur de l'aTocat et le contraindre ainsi à être graTe et plus respecté. » Labr. <c Elle a exigé qu'un époux ne la contraindrait poiiit à traîner après elle un pompeux équipage. » Boil. — Contraindre de, a Hérode ivX contraint de se donner au Tainqueur^ Persée de se liTrer entre les mains de Paul Emile ^ Maximien de se donner la mort à lui-même. » Boss. « Cerbère que je contraigniê de Yoir la lumière. » Fenel. « J'ai été contraint de m'enfuir pres« que seul. » Id. « L'âme ne trouTe rien en elle qui la contente; c'est ce qui la contraint de se répandre au dehors. » Pasg.
De ces trois verbes^ celui qui a le plus d'affinité pour à, c'est obliger, parce que de lui-même il est propre à marquer une influence générale, abstraite^ idéale, morale, en même tempsquedouce, modérée. Plusieurs philologues ont prétendu qu'il était essentiel à ces verbes employés au passif y c'est-à-dire au participe passé, de prendre de plutôt que à. L'usage suiTi par nos grands écriTains ne confirme point cette opi^ nion, et, le fait fûMl aussi certain qu'il l'est peu, il s'expliquerait par le besoin d'éTiter l'hiatus de forcé à, obligé, à, besoin qui est pour les poètes une nécessité, mais auquel dédaignent souvent de s'assujettir les plus illustres prosateurs. {Voyez les deux premiers exemples é!obliger à).
Les expressions synonymiques, jnier à dîner et prier de dîner, nous montrent à et cf« jouant te même rôle que dans les précédentes. Prier à dîner laisse dans l'esprit quelque chose de vague et d'indéterminé quant au temps du dîner. Prier de cfi/i^r précise bien davantage, c'est inviter à diner sur-le-champ. Or, comme on est rarement en mesure d'offrir à diner dans le moment même, il s'ensuit que l'expression, prier de dîner, ne doit presque jamais être employée , et qm y prier à dîner, doit être une expression très usuelle. C'est effeclivement ce qui a lieu. « Prier de dîner, dit Beauzée, est on terme de rencontre on d'occasion. » «Les Sybarites />na2>/i^ les gens à manger un an avant le jour du repas, pour avoir le loisir de le faire aussi délicat qu'ils le voulaient. » Fon,tenelle. « Térence vint lire VAndriennek Cécilins^ 11 n'eut pas plus tôt lu quelques vers
aoo TEÂiiii
que Cécilias \epria de souper, » Dachbb • « Pria de souper est bien là y ajoute Bouhours^ parce que la chose se fit sur-le-champ et par hasard, sans cérémonie et sans dessein prémédité. »
S^ occuper à y ê^ occuper de, JS^ occuper à 9e distingue ou par un caractère de généralité , ou par un caractère de douceur, ou par tous les deux en même temps, ^occuper à faire une chose, c'est en faire son occupation habituelle, y travailler de temps en temps ^ sans détermination précise de Tépoque. «Un grand nombre de dames éXaÂtnioccupéeg à la servir. » Fén. « Les enfants s'occupent à mille ]>etits ouvrages. » Labr. a 11 vaut mimiis^ occuper à jouer qu'à médire.» fioiL. — Âthalie : «Mais tout ce peuple, enfermé dans ce lieu, à ({\\o\s*occupe-\A\'ir> — Joas : «11 loue, il bénit Dieu.» Rac Ou bien, s^occuper à marque peu d'application et n'annonce qu'un travail léger, ou même un amusement. « Une nuit que chdicun s' occupaii au sommeil. » Laf. S occuper de est plus spécial ; c'est, tout à-la fois, penser ou chercher, seulement dans un moment précis, à faire une action bien déterminée, et y penser sérieusement. « Nous sommes occupés de vous bien recevoir. » Séy. Ne le troublez point; il s^occupe de préparer son examen.
Manquer à, manquer de. On manque à faire ce qu'on doit faire ordinairement, ce qui constitue un devoir général. « A cause qu'elle manque à parler Vaugelas. » Mol. « Elle (la cour) manque à verser la faveur de ses dons (sur eux). » Id. « Je serai fidèle au roi que les dieux m'ont donné ; j'aimerais mieux qu'il me fit mourir que de fnanquer à le défendre. » Fék. Oo man^i^^ ^« faire une action précise, unique , qu'on oublie ou qu'on omet effectivement de faire à telle éi>oque déterminée. « Ne manquez pas de vous trouver au rendez- vous. » Acad.
, Autrefois, on disait oublier à et oublier de; aujourd'hui, on n'emploie plu$ guère que le dernier. Mais la différence qui existe entre ces deux expressions n'en subsiste pas moins, et elle est absolument la même que celle qui se trojive dans les expressions synonymiques du même genre. On ou^blie à faire des séries entières d'actions dont on avait l'habitude : on oublie à chanter, à danser; c'est le contraire à^apprendre à. On oublie de faire une action unique et bien précise. « Vous avez oublié de venir ce matin. J'avais oublié de vous dire telle chose. » Acad. « Je vous priede m'excuser, j'ai oublié de donner une commission à n|on valet ; je reviens lout-à-l'heure. » Mol.
On dit également prêt à et prêt de , ti ces deux expressions , comparées l'une à l'autre, nous montrent toujours, quoiqu'il s'a-
gisse ici d'un adjectif, les deux prépositions à et de imprimant au mot qu'elles suivent la même modification. On est prêt à faire ce qu'on est disposé à faire , sans que le temps où l'on fera et celui où l'on finira de faire soit nullement spécifié. On est prêt de faire ce qu'on est sur le point de faire , ce qu'on ra faire à l'instant. Madame de Sévigné dit que, quand on apprit à la cour la mort de Tarenne, on était ^^^ É?'aller se divertir à Fontainebleau. Aujourd'hui, au lieu de prêt de, on écrit près de. Cependant, 2^ét de pourrait être conservé avec un sens propre qui participerait de celui àeprêt à et de celui de près de, conformément à la valeur des deux prépositions. Il signifierait une disposition comme prêt à, mais une disposition plus décidée et plus prochaîne, qui est instante ou jprès de se- réaliser. C'est ce qui semble résulter des phrases suivantes. <i H n'y avait point de services que Içs peuples et les rois ne fussent prêts de rendre pour obtenir le titre de leurs alliés. » MoHTESQ. « Je me ^emprêt , s'il veut, de lui donner la Yie. » Rac. a Loin de blâmer vos pleurs , je suis prêt de pleurer. » Id. « Qu'on rappelle mon fils : qu'il vienne me parler ; je smsprêt de l'entendre. » Id. (Thésée , dans Phèdre). « Un cavalier qui se sent bien monté et bien armé est prêt de tout entreprendre. » M all. « Mon père est prêt de m'accorder, » dit une jeune fille dans La Fontaine; et, par ces mots, elle exprime tout à-la-fois que son père consent, est disposé à l'accorder, et qu'il va réaliser cette disposition.
Cest à vous à, c'est à vous de. Cest à vous de parler signifie , suivant l'Académie et tous les grammairiens qui ont examiné cette locution, c'est à vous qu'il appartient, qu'il convient de parler ; et tfest à vous à parler veut dire , votre tour de parler est venu. Cette explication ne saurait être plus fausse; nous mettrons quelqu^e soin à le démontrer. D'abord , c'est à vous à ne signifie pas, c'est votre tour de, car on lit dans l'Académie : a c'est au juge à prononcer, c'est au juge qu'appartient le droit de prononcer, » et, « c'est à vous à voir qu'il ne lui manque rien, vous devez veiller à ce qu'il ne lui manque rien. » Pourquoi ne pas traduire ces deux phrases par : c'est le tour du juge, c'est votre tour de? Le véritable sens à donner à ces deux locutions synonymiques dépend de la valeur constante des deux prépositions à et de.
Cest à vous à indique une convenance générale, absolue, essentielle, un devoir, une attribution légale ou naturelle; c'est à vous de y une convenance de fait, relative, un rôle particulier, un tour, une part, en opposition à ce qui est réservé à d'autres ou à ce que d'autres font. Cest à vous à, c'est-à-dire, il vous convient ou
a^lMirUent en soi, sans condition^ sans rapport, lans opposition avec ce qui appartient à un autre ou à d'autres. Cest à vous de, c'est-à-dire, telle chose ayant été faite, ou telles personnes faisant, ayant fait, on devant faire telle chose, vous, de votre côté, avez telle chose à faire. A cet égard, l'usage impartialement consulté ne peut laisser subsister l'ombre d'un doute.— Gokkeille. i"" Absolument. <c Cegt atAX rois, &est atis grands, c'esi aux esprits bien faits, à voir la vertu pleine en ses moindres effets.» 2** Relativement. « C'est à moîifobéir, puisque vous commandez.» Horace et Sabine, sa femme, ayant pris la parole sans chercher à détruire l'accusation de Yalère, le vieil Horace se lève et dit : « Sire, o^est donc à moi de répondre à Yalère. »— Ragihe. i"" Absolument a Bst-ceaux rois iàgarder cette lente justice?» « Est-ce au peuple, madame, à se choisir un maître?» 2'' Relativement. « Pourquoi vous pressez-vous de répondre pour lui (Joas)? Cest à lui de parler. » (Athalie à Josabet) « Qu'il» (les impies) pleurent, c'est à nous de chanter. » (Chœur d' Athalie). a Commencez maintenant : c'est à vous de courir dans le champ glorieux que j'ai su vous ouvrir. » Le bruit se répand qu'Achille ne veut plus épouser Iphigénie : à jcette nouvelle Clytemnestre prétend prendre l'initiative de la rupture et dit à sa fille : « C'est à nous de montrer qui nous sommes. «-—Molière, i"" Absolument. « Ce n^est point à la femme à prescrire. » « Cest bien à vous, infâme que vous êtes, à vouloir faire l'homme d'importance!» a Lorsque les rois nous ordonnent quelque chose, c'est à nous à profiter vite de l'envie où ils sont. » {Impromptu de Versailles. 11 parle ici des rapports des comédiens avec les rois). 2"" Relativement. « Le ciel nous offre ici l'occasion de nous venger; c'est à nous d'en profiter. »— Orgon: « Il faut tout sur-le-champ sortir de la maison. » — Tartufe : a Cest à vous «Ten sortir.» «-Mortesquieu. i*' Absolument. « Cest à des lois particulières à égaliser, pour ainsi dire, les inégalités par les charges qu'elles imposent aux riches. » a C'est au conquérant à réparer une partie des maux qu'il a faits. » 2° Relativement, a Comme vous devez rendre compte de votre état, c'est à vous de le choisir. » (Lettre à son fils, dans laquelle il se défend de lui imposer un état.) Que si on voulait opposer des passages d'auteurs différents, la tâche serait bien plus facile encore. « Cest aux femmes à décider des modes. » Mall. <c On tira au sort pour savoir en quel rang elles parleraient Ce fut à Palalianecf^ haranguer la première. » Laf. « Cest à nos ennemis de craindre les combats , à nous de les chercher. » Id« «Jeune homme qui menez laquais à barbe grise^ c'était avons de suivre, au vieillard de monter. » Id.
Ne êervir à rien, ne servir de rien. Ne eervir à rien nie qoe robjel soit bon à quelque chose, capable de recevoir aucune destination. Ne servir de rien nie qu'il soit d'aucun secours, d'aucune ressource^ qu'on puisse s'en servir comme d'un instrument pour un. but qu^on se propose. La première loculion est plus générale et marque l'inutilité; la vanité, la futilité; la seconde est plus particulière et dénote l'inefficacité^ « Faute de savoir demander ce qu'ils ne savent pas^ les enfants en liberté ne font presque jamais que des questions ineptes qui ne servent à rien » J.-J. a A quoi me servi-rail cette vie importune? » Conir. a A quoi sertr-il à un peuple qne son roi sulyugue d'autres nations, si l'on est malheureux sous son règne ? » Féabl. Mais dans les phrases qui suivent ne se trouve plus que l'idée d'inutilité relative, d'inefficacité. « Pour éviter làdessus des détails, je lui ai dit aussitôt que je t'avais laissé mieux \k\er au soir. Ma précaution n'a servi de rien,* il m'a fait cent questions sur ton élat. » J.-J. « Je m'excite contre elle, et tâche à la braver. Mais enfin mes efforts ne me servent de rien. » Rac. (c Nous eûmes beau pleurer, nos larmes ne servaient de rien » Flobian* «Cet avocat a allégué plusieurs lois, plusieurs raisons qui ne #«rt?^^^ de rien à sa cause. » Tkév. a Cela ne sert de rien, pour rendre l'homme agréable à Dieu. » Boss. A une personne qui pleure la mort d'un parent, vous direz : Il ne sert de rien, et non il ne sert à rien, de pleurer; car pleurer peut servir, sinon à faire revivre les mortS; du moins à fléchir un ennemi, à implorer un pardon, à soulager la douleur. Ce qui ne sert à rien ne peut être employé à rien; telle semble la vie à ceux qui souffrent beaucoup. Ce qui ne sert de rien n'est d'aucun secours pour un but spécial ; telles seraient des lunettes pour un aveugle.
Faire aimera, faire aimer de. « On met de après faire ai^ mer, lorsque amersignifîe le sentiment affectueux et tendre que l'on a pour quelqu'un ; sentiment qui fait les amis ou les amants : mais on se sert de à , si atm^r marque seulement l'attachement et le goût que l'on prend à certaines choses, et le sentiment du plaisir qu'elles donnent. La politesse, la complaisance, la docilité et la modestie font aimer un jeune homme de tous ceux qui aperçoivent en lui ces belles qualités. La religion fait aimer les souffrances mémes/àceux dont elle a rempli l'âme et l'esprit.» (Am)ryi)£Bois- BB6ABD). Qu'est-ce à dire, sinon qu'à marque un rapport d'affection moins étroit et qui laisse plus d'intervalle entre les deux termes ou les deux objets, l'un qui feit l'action, et l'antre qui la reçoit?
Avant j devant. Ces deux mots marquent éf^lement le premier
ordre dans la situation. Ils ont été formés l'nn, d'a& ante, l'antre de de ab ante, mais à une époque où tes prépositions ab et de avaient perdu une grande partie de-leur valeur, et n'avaient plus de sens que celui de nos prépositions à et de. Vant est comme le radical auquel on a joint à et de pour en faire les deux mots composés avant et devant, qui diffèrent, comme leurs préfixes. Or, avant est plus abstrait , et devant plus concret ; l'un se dit dans l'ordre du temps, l'autre dans Tordre des places, par rapport à l'espace. Nous venons aprèiXes personnes qui passent avant iïo\\% ; nous allons derrière celles qui passent devant. Devant ne s'emploie plus jamais par rapport au temps, en cette sorte : Henri IV régna devant Louis XIII. Mais at^an^ empiète quelquefois sur le domaine de de^ vant, et marque aussi une priorité d'ordre ; ce qui arrive uniquement en matières abstraites : certains adjectifs se mettent tantôt avant, tantôt après le substantif. L'article se met avant ou devant le substantif. C'est une difficulté que Laveaux a levée de manière à justifier la distinction ci-dessus établie entre à et de quant à leur valeur, ^^i^ane convient dans les propositions générales pour marrquer un rapport nécessaire d'ordre; et devant dans les propositions particulières où il s'agit d'un rapport d'ordre spécial, déterminé. «Infant mettre l'article avant le substantif ; it faut mettre un article devafit ce substantif: ou bien même, il faut mettre l'article avant ce substantif, et il faut mettre un article devant ce substantif. » En un mot, c'est toujours au degré de détermination qu'il faut s'en rapporter. En disant à une personne, vou« marchez, on marchez avantmoi, j'exprime une priorité d'ordre abstraite, de droit, honorable; et en lui disant, vousmarchez ou marchez €fé&a/ifmoi,j'exprime une priorité d'ordre, défait, concrète. Marchez avant moi, je vous cède le pas; marchez det?a7i/moij'e veux vous voir marcher on que vous me serviez de rempart. Être d'humeur, être en humeur. Être en telle disposition qu'on .se porte à faire telle chose. La différence de ces deux tours de phrase dépend du sens des prépositions qu'ils demandent après eux. Or, on dit, être d'humeur à, et, être en humeur de. C'est pourquoi ^ comme le remarque Bonhours , sans toutefois en indiquer la raison, (( Être d humeur se dit plus ordinairement d'une disposition habituelle qui tient de l'inclination, du tempérament, de la constitution naturelle; et être en At^m^ur marque toujours une disposition actuelle et passagère. Ainsi , quand on dit : je ne suis pas d'humeur à rebuter les gens qui me demandent quelque chose ; il Tk'egt pas d'humeur à souffrir une insulte; on entend par là le tempérament, le naturel, une disposition ordinaire et habituelle :
mais quand on dit , je ne iuUpat en humeur d'écrire, de me promener^ de faire des visites^ on veut dire seulement qu'on n'est pas disposé à tout cela dans le moment qu'onparle. » On esld! humeur à, comme on est homme à, ou bien ^ de nature à, de caractère à: on est en humeur de, comme on est en état de, en verve ou en train de. Le nombre des expressions synonymiques qui n'ont d'aulre diffé-p rence que celle qui tient au sens des prépositions à et de pourrait être encore augmenté. Mais il suffira de signaler les plus ipsportanles en indiquant brièvement leurs nuances caractéristiques. On s'en-nuie à faire une chose^ c'est-à-dire en la faisant, ce qui ne marque, ni un grand ennui, ni précisément qu'il soit causé par la cliose que l'on fait : on s^ ennuie à lire un vieux roman; on dit même, en ce sens, s'ennuyer à plaisir. S'ennuyer de exprime positivement an grand ennui, même de l'impatience, et cet ennui provient de la chose dont on s'ennuie. On s* ennuie à attendre, c'est-à-dire en attendant; on s* ennuie «Tattendre, c'est-à-dire que l'attente ellemême est désagréable, qu'on ne peut plus la supporter. Demander à convient en parlant d'une prière, a Ses yeux baignés de pleurs demandent à vous voir. » Rag. « Philoclès demande au roi à se retirer dans une solitude. » Fénel. Demander de exprime une condition et même une exigence, k On ne vous demande pas rf^.vous récrier : C'est un chef-d'œuvre.» Labr. a Je vous de-^ mande de m'entendre » Acab., suppose que la demande est juste et ne peut être refusée. Le péril dont on échappe est plus pressant que celui auquel on échappe : il vous enveloppe. On échappe des mains des ennemis, on était en leur pouvoir; on échappe à la poursuite des ennemis, avant d'être encore en leur pouvoir. On échappe a la mort; elle poursuit, elle menace, elle est près d'atteindre : on nH échappe pas de la mort ; quand elle tient, elle ne lâche plus. On échappe au naufrage, au feu, auquel on a failli être exposé, et du naufrage , du feu, du milieu duquel on s'est tiré. Tarder à faire une chose, c'est ne pas la faire par laisser-aller, négligence où omission ;tor£f«r de la faire, c'est ne pas la faire par résolution, la remettre volontairement à un autre temps, et c'est pourquoi on dit plus généralement tarder à, et toujours, différer de, tarder impliquant déjà dans sa signiOcation propre l'idée de négligence et d'oubli , et différer emportant par lui-même celle d'une détermination expresse. On convie à faire quelque chose de plus ou moins éloigné. « Ils furent conviés à s'y trouver. » Acad. On convie de faire quelque chose d'actuel, qui se termine tout sur-lechamp. « On nous convia de parler. » Acad. Peut-être aussi
convier de marqae-t-il plus d'instance, et est-il plus qu'une simple invitation. «S^Z/îW/^ à annonce plus de soumission^ d'insinuation , d'incertitude dans le succès de la sollicitation; solliciter de est plus direct, plus décidé, et se dit d'une action à l'égard de laquelle il y a peu à hésiter. Paresseux à donne l'idée d'une habitude commune : paresseux à se lever ; paresseux dey celle d'une habimde particulière. « Il n'y a que les paresseux de bien faire qui ne sachent faire du bien que la bourse à la main. » J.-J. On ne dirait certainement pas de cette manière toute spéclficative, les paressent à se lever. Avoir dwplaisir à faire-une chose exprime quelque chose de plus vague, de moms précis que, avoir le plaisir de la faire. Capitaine aux gardes, désignait autrefois un officier des gardes-françaises, et capitaine des gardes, un officier des gardes qui veillaient plus particulièrement et de plus près à la sûreté du roi, c'est-à-dire des gardes-du-corps. Fer de cheval signifie proprement et précisément le fer qu'on met au pied du cheval , et fer à cheval se prend dans une acception étendue pour un objet ayant seulement la forme du fer de cheval, pour un ouvrage de fortification, un escalier.
. Quelquefois à et de rappellent plus fidèlement leur sens originel. C'est de qui arrive dans les expressions synonymiqucs acheter et emprunter une chose aune personne, ou rf'une personne. A, ad, vers , désigne vers qui l'on est allé, à qui l'on s'est adressé pour avoir cette chose. /^tf marque de qui on la tient; différence réelle, quoique peu importante, ce semble. A qui avez- vous acheté cet objet? se dira quand on voudra aller trouver le marchand pour Ini acheter un objet semblable. De qui avez-vous acheté cet objets !a qualité n'en jesl pas supérieure ; il ne sort pas d'une bonne fabrique. Vous commandez à un domestique de reporter une chose empruntée ; mais n'en connaissant pas le maître, il deman^ dera : A qui a-t-elle été empruntée? Il ne faudrait pas emprun-ter de tout le monde, et, par exemple, de personnes atteintes de certaines maladies, des instruments à boire et à manger, des verres, des cuillers , ou bien des vêtements. Les écrivains pauvres de pensées en empruntent à tout le monde, et surtout aux auteurs les pins inconnus ; dans un sujet noble et grave il ne faut pas emprunter ses comparaisons d'un ordre de choses bas et trivial.
Enfin, à et de font la seule différence de certaines locutions adverbiales ou conjonctives réputées synonymes, telles queai^ reste e% du reste, au moins et du moins, à l'ordinaire et d'ordinaire. Et là eneoTe ces particules conservent la même valeur relative.
Digifized
DES SYNONYMES GKAMMATIGAUX. 167
Au rêêU, du reHe. Manières de parler asitées dans le discears pour passer à an autre trait, à une autre raison. Au reHe annonce quelque chose qui fait suite à ce qui précède, qui est du même genre, et par conséquent il marque une transition douce, ordinaire, peu remarquable. Du reste annonce quelque cliose qui tranche avec ce qui précède, qui est d'un autre genre, une raison spéciale, particulière, nouvelle; il exprime une addition par opposition. Au reste est bien employé avec son sens propre dans les exemples suivants. Lafontaine vient de dépeindre une agathe, sa grandeur, sa forme, ses couleurs, ses veines, et il ajoute pour terminer : <c Au reste^ vraie agathe d'Orient, laquelle a toutes les qualités qu'on peut souhaiter aux pierres de cette espèce, et pour dire en un mot, la reine des agathes. » « On a écrit que Sésostris fut le premier à ramollir les mœurs de m^ Égyptiens, dans la crainte des révoltes. Ce ne pouvait être qu'une précaution qu'il pi*enait pour ses successeurs. Au reste, cette pensée est peu digne d'un si grand prince. » Bossuet, dans l'éloge qu'il fait de Sésostris {Hist univ.) a C'est là ce qu'il y a de plus sage ; au reste, c'est aussi ce qu'il y a de plus juste.» Mar- ■OKTBL. « Je passai pour un bon maître (de musique), parce qu'il n'y en avait que de mauvais. Je ne manquais pas, au reste, d'un certain goût de chant. » J.-J. Il n'est pas moins facile de trouver des phrases dans lesquelles du reste présente le caractère qui lui vient d'être assigné. Dans le Lutrin, Evrard opine qu'il vaut mieux aller renverser cette machine odieuse que d'en chercher la condamnation dans les livres, et il ajoute : « Du reste, déjeunons^ messieurs, et buvons frais. » Aman se plaint qu'Assuérus lui ait imposé la honte de mener Mardochée en triomphe. Zarès lui représente que le roi a eru récompenser une bonne action, qu'il y a même lien de s'étonner qu'il ne l'ait pas fait plus tôt. Il ajoute : « Du reste, il n'a rien fait que par votre conseil. ». Rac. (Esther.) « Il est certain que vos vers ne sont pas bons. Du reste, quand on ne croit pas faire de bons vers, il est toujours permis d'en faire, pourvu qu'on ne les montre qu'à ses amis. » J.-J. a Je ne vous dis que ce que je ferais en pareil cas; du reste, je ne vous donne pas le conseil de le faire. » Roub.
Au moins. Du moins. Locutions conjonctives, qui servent à revenir à une assertion, afin de la modifier on de la corriger. Au moins ne fait que la restreindre, la réduire à de certaines limites, il produit une modification vague, peu marquée, peu saillante ; du moins, distinctif,~séparatif, de sa nature, change celte même assertion et lui en substitue une autre plus ou moins approchante. Pas« cal a très bien observé celte différence. D'une part, il dit ; « Il fa«l
tout d'un coup voir la chose d'un seul regard^ au moe/i« jusqu'à un certain degré. » « Les anciennes lois doJ'Église excluaient pour jamais du sacrifice^ ou au moins pour un long temps^, les prêtres qui... » <c Ils ont raison d'improuver ce sentiment', au moins pour ce qui touche la conscience. » D'un autre côté, on trouve du même* auteur les phrases suivantes, a Qu'ils lisent cet ouvrage : peul'-étre, y rencontreront-ils quelque chose, ou du moins, ils n'y perdront pas beaucoup. » « Vous les obligerez à conclure ou que la religion est fausse, ou du moins, que vous en êtes mal instruits ». « Les justes ont toujours ce qui est nécessaire pour observer les comman-. déments, ou du moins, pour le demander à Dieu. » J.-J. Rousseau parle avec la même justesse, i"" a J'étais, sinon tout-à-fait inepte, au moins, un garçon de peu d'esprit. » « Je voudrais être à portée de contenter, au moins de temps à autre, le besoin que mon cœur a de vous. » « Apprenez par où vous devez chercher, sinon le bonheur, au moins la paix. » 2"" «Ne i)ouvez-vous sans fausseté lui faire le sacrifice de quelques opinions inutiles, ou du moins les dissimuler ? » (c Je pourrai aller au Beiz réparer mes fautes , ou du moins en implorer le pardon. » De même Montesquieu. x^'aDans l'Europe, la nature humaine souffrirait, au moins pour un temps , les insultés qu^on lui fait dans les trois autres parties du monde. » â"" a La liberté politique consiste dans la sûreté, ou du moins dans l'opinion que l'on a de sa sûreté. » L'Académie dit: « Ils le regardaient, sinon comme leur mailre, au moins comme leur chef. » On s'en tient, sinon à la lettre, du moins à l'esprit.
Ces locutions ne sont pas seulement synonymes , quand on les considère dans le discours comme modificatives d'une assertion antérieure, mais encore, quand on les emploie pour exprimer dans la réalité une restriction» une réserve, à la suite d'une concession, d'une renonciation, d'une perte. Alors elles diffèrent à-peu-près de même. Au moins a quelque chose de plus doux : il convient au langage d'un homme résigné,qui passe condamnation sur ce qu'il accorde de lui-même, moyennant une conipensalion qu'il demande ou accepte, ce Vous voudriez entrer en composition et faire subsister le principe, au moins pour les justes. » Pasc. « Quand nous ne pouvons pas empêcher l'action, nous purifions au moins l'intention. » Id. <( Grand Dieu... je t'offre tout mon sang, défends au moins ma gloire. » Volt, a Vous pourrez rejeter ma prière, mais je demande au moins que, ]^ourgrkce dernière, jusqu'à la fin. Seigneur, vous m'entendiez parler. » Rag. J.-J. Rousseau, après avoir dit, qu'il se condamne à un silence éternel sur ses malheurs, igoute : « Je compte
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trop sur la Providence, pour ne pas espérer au moine le bonheur d'être justifié après ma mort, n^ Du moins est plus rude et plus brusque : il marque qu'on cède à la nécessité, et c'est une expression ordinairement propre à la yengeance ou à la colère, qui, contrainte de renoncer à un certain avantage, prend d'elle-même tel dédommagement, faute de mieux. « Dans son perfide sang Mazaël est plongé, et du moins k demi mon bras vous a vengé. » Volt. << Et périssez du moins en roi, s'il faut périr. » Rac, « Votre parti est, puisqu'il faut porter des fers, d'aller porter du moins ceux de quelque grand prince. » J.-J. « Si son cœur m'est volé par ce blondin funeste, j'empêcherai du moins qu'on s'empare du reste. » MôL. Éeol, des femmes, Arnolphe.
Dans ce second sens on se sert aussi de pour le moins, mais avec une nuance particulière. Pour le moins n'exprime ni un dédom» magrement ordinaire, paisiblement consenti, comme au moins, ni un pis-aller, un dédommagement pris dans la nécessité avec violence et passion, comme du moins, mais un ample dédommagement qui fait qu'en cédant ou qu'en perdant telle chose, on obtient pour le moins une part honnête et capable de consoler. Doue £1vire, dans le Don Garde de Navarre de Molière, se plaint de la jaloirsie de son amant : Élise convient que les soupçons de celui-ci ne reposent sur rien, mais elle ajoute que a pour le moins ils font foi d'une âme bien atteinte. » Dans les Folies amoureuses, Ëraste, pour éloigner Albert, imagine un tour capable même de faire mourir de peur le bon vieillard : « Va, si de belle peur le vieillard ne trépasse, il faudra pour le moins qu'il nous quitte la place. }>£t raisonnablement, Ëraste ne peut pas demander davantage.
A Pordinaire, d'ordinaire. Locutions adverbiales qui s'emploient en parlant de ce qui a souvent lieu. A Vordinaire rappelle vaguement une habitude établie, conformément à laquelle on agit; â* ordinaire détermine précisément que c'est une habitude de faire telles choses. Dans à Vordinaire, à produit un effet tel, que l'idée de l'habitude vous frappe peu; dans d'ordinaire, <f« énonce, fait remarquer, apprend que c'est une habitude défaire telle espèce d'actions. Avec à Vordinaire on fait allusion à ce qui est généralement sa ; ayec d^ ordinaire on déclare spécialement, particulièrement que la coutume est de faire ceci ou cela. « Le pasteur était à côté, et récitait à Vordinaire maintes dévotes oraisons. » Laf. « Vous verrez que cet homme-ci est mieux logé^ mieux meublé, mieujL nourri qn'à Vordinaire, » Labr. « En ce lieu hantaient d^ordinaire gens de cour, gens dé ville. » Laf. « La raison d^ordinaire n'habite pas
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kwgtoaips€bigl«ft§p0iisfté^«»tré8. » Id. «C'esl dm Itnoiie ainsi qu'on parl« dordmairê, » Réon. « On ne s'imagine iffwrdinaire PlaUm <t Aristota qu'arec de grandes robes et eoouDt ^% person*nagea toiûours grayes. » Pasc.