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CHAPITRE XII

SYNONTiilS DES TBRBES PASSIFS DOMT LE REGIME EST PREGEDé, d'uIT CÔTi^ DE Là PRipO$lTtOK de y DE l'aUTRE, DE LA PRéPOSITIOKjp ar.

Etre suivi, précédé f accompagné ^ vu, connu, honoré , saisi , eic, , de où par quelqu^ua. Ds et par crainte , force , avance , préférence , c/c.

Les prépositions sont destinées à marquer les rapports des cboses^at non les choses eUes-mémes^ leurs qualités ou leurs actions. Si le même rapport se trouve exprimé par deuK préposition», il y a entre elles synonymie. Mais cette synonymie n'étant que partielle, puisqae les deux prépositions sont alors également usitées, qaelledifférence peut encore faire distinguer Tunis de Tautre et décider laquelle il convient de préférer dans td ou tel cas ? Elles ne sauraient guère différer encore ^ si ce n'est par la manière plus ou moins générale, yaguci étendue^ ou particulière, expresse, étroite, dont l'une et l'autre sîga^ fient le rapport commun. Le^méme rapport qui a coutume de lier deux ou plusieurs ckoses se trouve quelquefois avoir lieu entre «Jyets qui ne le comportent pas d'ordinaire^ ou bien qui d'ordinaire ne le comportent pas au même degré. Ce sont là deux vues de Tesprit qui déterminent presque toiyours à prendre deux prépositions, équiva* lentes en apparence» l'une de préférence à l'autre. Or^ ii est de fait que les prépositions les plus usuelles, comme à et de^ employées dans des locutions qui ne diffèrent d'autres locutions qu'en ce que celles-ci contiennent d'autres prépositions, comme par$ p^ur^ af«^, sont celles qui expriment le rapport de la manière la §^iiê générale, la plus indéterminée, la oioins spéciale, la moins r^Mnat* quaiile^ Pour nous en tenir à d^ et par qui> placés après les verbes passifs servent à marquer le rapport d'un agent qui modifie et d'une ebose qui est modifiée^ nous dirî»ns que dé désigne cette modification oommeelle se* fait è l'ordinaire, ou ce rapport entre choses entre lesquelles il ei^iste d'ordwaire, ou ce rapport sans rien de particulier qui le spécialise, ni de précis qui le détermine.

Méme> k en juger extérieurement à l'aide de i'oreiUé seule, il y a dans remploi de par quelque chose de rude, d'inaccoutumé, de moins coulant, de moins facile à prononcer, qui arrête et témoigne qu'on a eu dessein d^exprimer plus fortement, plus spécialement le

DES SYNONYMES GRAMMATICAUX. SLtl

rapfMTty et de 1« faire remarquer daTanUge. Ds noaaegt&i famiUer qa'il passe inaperça. 11 était âulvi de son domestique^ signifie un rapport tout simple, un fait qui ne donne pas à réfléchir, qui n'offre nea de particulier à l'esprit, qui ne sort pas de l'ordre commun. U était suivi jEMir son domestique, signifie le même rapport, mais en annonçant qu'il n'a pas lieu comme à l'ordinaire, soit que le maltrt se soit foit suivre jEHir son domestique de peur de quelque danger» soit que le 'd<mie$tique ait suivi son maître pour l'observer, pour épier ses démarches.

Ainsi, telle est la différence qui existe entre les deux préposi^ lions de et par, alors qu'elles paraissent pouvoir être iodiffoea-> ■eut em^yées et se suppléer l'une l'autre. De est plus générai» moins caractérisant pour la circonstance; il marque souvent iui| ■edifieation produite saas action précise , sans Totonlé spéciale , sans intention expresse d'agir : c'est la diOKreoce du générai au pai^ ticfllier, de Tindéteminé au déterminé, de l'halHtaei à l'extraordi^ naire, de ce qui arrive comme de coutume, sans rien déplus, à €f fui arrive dans des circonstances et d'une manièpe spéctaiet, en vertu dHine intiMitioa bien aurquée. Des exemples Mmt aéeessaîres pour dissiper ee que cette distinction peut avoir d'obscur ou de doHleus»

Un général est suivi de son armée, et suivi de prés par les troupes euiemies. Ik homme est suivi de son chien oo if une peraoone, qui Biardie derrière Ui sans aueune îatentioB; oaest s«ivi|iar des v»i* leurs, par un agent de police.

Accompagné de énonce simplement an Mt, celui d'une peiH sMiae, qui, en compagnie d'une oa de pinsienrs autres, parcourt td 00 tel chemin ; accompagné par réveille natarelltmenf dans l'es* prit une idée de snrveillanoe on 4e respect.

Un prince raardie précédé <fe ses gardes. On ne doit it ètifMit dans certaines contrées, que précédé ;9«r un gaide.

On se fnt suivre, accoa^tagner on précéder par et non de tfathr qu'an, an moins la plupart du temps ; c'est que la plupart du twpi en se sertd^ ee toar dans des occasions particnHères, oà tt est besoin de marquer intention, aele spécial de vcdonté«

Le soleil est v« cftf tout te monde; il est vu jMtr lesÀméneaias, qoaal a ne l'est plus par les Européens ; tt y ades corps oéieièes qui n'aol été vas qne jHir quelques astronomes. Une persaime «si w9méeUm eenx qu'elle rencontre ; le jnge d'in^ruction, vouiaMceMtater qn'aUt éUit en tel endroit à telle heure, reeherche par qui nlie a été vno,

Cest un faitcomsu deUwt le monde; e^cst «mfail foi n'a él* connu que /MIT deux on trois hisioneiis.

î!â TRAITÉ

Cn homme, nne femme sont aimés de tout le monde. Un homme est aimé de tous les partis; j9ar ses collègues , /^ar ses adversaires mêmes. Cette femme est aimée de tous ceux qui la connaissent ; dans sa jeunesse, elle a été aimée par son cousin.

De même, on est ha! de tout le monde ; on est haï par ses proches, car c'est ici une haine remarquable, peu ordinaire, à Jaquette on ne s'attendrait pas. Je suis ha! «f'un homme qui fut toujours mon ennemi, et haï j^ar un homme qui a été mon ami. La haine^ qu'exprime ha! j9ar, peut aussi se faire remarquer en raison de sa force; de atténue l'idée ou l'affaiblit en l'étendant, en la généralisant. Tarqnin était haï de tous les Romains, et spécialement ^ar ceux que sa tyrannie avait particulièrement blessés, coname Brutus.

Honoré de indique un honneur rendu habituellement : un père est honoré de ses enfants ; honoré par, un honneur particulier^ rendu dans une certaine occasion : il fut honoré par le roi qui daigna l'aller voir chez lui.

Vous direz d'une manière générale: Il n'y a pas à balancer pour un roi entre être aimé et être craint de ses styels; et d'une manière particulière, dans un cas unique : Ce roi fut aimé, en même temps que craint j9ar ses sujets.

Une seconde différence, dérivée de la première et plus apparente, consiste en ce que par et de s'emploient plus volontiers, l'un au propre, et l'autre au figuré. Cela doit être. De ces deux prépositions laquelle, si ce n'est de, c'est-à-dire, celle qui entraine pour accessoires la généralité et l'indétermination, exprimera un rapport vague, idéalisé, transporté du physique au moral ? Toutefois, cette différence n'est pas décisive ; il y a, comme on a pu le voir par les exemples précédents, des cas où l'on se sert des deux prépositions au physique, et d'autres où on s'en sert également au moral. Alors, pour se goider dans le choix de l'une ou de l'autre, il faut recourir à la première distinction.

~ Onestsaisi/^ardesvoleurs; on est saisi c^^ crainte, c^^ douleur. On est frappé ;>ar un maître; on est frappé de terreur, <f 'épouvante. Un édi. fice est consumé par le feu; un homme est consumé cf'amour ou de regrets. Un voleur a été vu j^ar quelques personnes; on est bien ou mal vncf^quelqu'un. J'ai été blessé ;>ar vous; et j'ai été blessé <f^ vos propos. Une action, chose abstraite, métaphysique, est suivie if uneautre, et non par une antre ; la mort de César fut suivie de grands prodiges. On est admiré par tout le monde, quand on reçoit de tout le monde des témoignages extérieurs d'admiration ; et admira de tout le monde,

DES SYNONYMES GRAMMATICAUX. aU

quand on inspire à tout le monde le sentiment intima de l'admiration. On dit saigner duneZy au figuré, pour signifier, manquer de cou-, rage dans l'occasion ; on ne pourrait pas donner ce sens éloigné à saigner par le nez, il représente trop précisément le fait physique.

C'est toujours à ce caractère essentiel de généralité etd'indéterml* nation, d'une part, de particularité et de précision, de l'autre, qu'il en faut rcTcnir. Si sa réalité avait encore besoin de preuves, il serait facile d'en trouver. Ainsi la préposition de est si bien déterminée, au moins comparativement à par, qu'elle exige la suppression de l'article là où la préposition par exige qu'elle demeure c il était suivi <fe soldats^ parles ouj^ar des soldats. On prend une ville «^'assaot, c'est la manière ordinaire ; on la prend par surprise, c'est une manière rare et remarquable par cela même. Pareillement, on voit dftfses yeux, 6n*touche de ses mains, on entend de ses oreilles; mais un aveugle voit j9ar les yeux de son guide.

Une aatre preuve résulte du sens évidemment attaché à chacune de ces deux prépositions dans certaines locutions synonymiques, dont elles fonttoute la différence. Ainsi cfé et par servent quelquefois àexprimer le motif qui fait agir : de crainte , par crainte ; de dépit, par dépit. En pareil cas, de ne convient que dans les phrases absolues, et par dans les propositions où l'on ajoute au mot qui le suit quelque détjsrmiiiatif : on recule de crainte, on recule j^ar crainte du poigoard, de la mort, de la justice j on quitte de dépit une réunion où Tonse trouve, on la quitte par dépit de s'y entendre railler. De crainte €t de dépit sont de véritables adverbes, qui ne demandent et ne souffrent rien après jeux.

De et par ont encore entre eux le même rapport dans les locutions adverbiales, de force et par force, d^avance et par avance. De force implique une force générale, vague, sans précision, sans rien qui la signale : de gré ou de force, c'esl-à-dire, qu'on le veuille oa qu'on ne le veuille pas; cette expression sert souvent à marquer une simple contrainte morale : j'y vais, mais j'y vais de force, c'est-à-dire, contre mon gré. Par force annonce une force éminente, remarquable, une insigne violence; aussi l'Académie lui donne-t -elle i)our équivalent, à force ouverte, de vive force. D'avance ne contient que l'idée d'anticipation; par avance y joint celle d'empressement, d'intention spéciale, de prévoyance et de précaution. Un débiteur, qui paie ^avance, paie avantle temps, et voilà tout; celui qui paie par avance a un motif particulier , il craint peut-être qu'à l'échéance, il ne se trouve avoir dépensé l'argent qu'il possède aujourd'hui. Dans cette phrase , faire des dettes

o^est se primer d^avanee ée l^rgent qn'oa recefra, par af>ane0 semit tout-à-faît déplacé. Dan* cette antre de M. Yillenain : « Faut- . il $iiMM>ser qne le roi don Alphonse s'était procuré j^arat^one^ nne bfllle à toote fin, povr le mariafe fotnr de son fils? » ^avanûe emt rendît ridée d'une manière incomplète, sans one nuance importante cpi'elle avait à coup sàr dans Pesprit de Paatenr. Pareillement, on emploie de préférence quand on est presque indifférent, et par préférence qnand il s'agit d'oiîe préférence expresse. « On n'écoute qne ce qu'on vent enlek^^ par préférence. » Gonn. « Yons donnez votre attention, lorsque vous tous occupez par préférence d'nie idée qui ^'offre k votre esprit. » In.

II y a entre le français et le latin une grande analogie, quant à la numière dont ces deox langiKs ae comportent à l'égard dn complè- OMmt dea verbes passifo. Flona sopplèonaanx cas des déclinaisons laines par les deux prépositions à, qm répand au datif, et de, qui ré* pond au génitif et à l'ablatif. Le complément du verbe paenf se mettait ' à l'ablatif en latin; anssi le faisons-nous précéder en français de notre préposition de, représentative dePablatif. Mais quand les latins vonlatent exprimer une modification plus spéciale , plus remarquable, ifs avaient recours à une préposition, aè; de même nous, en pareille d^constance, nous ne nous contentons pas de notre de, si usoeï, si fréquent, et signe d'un cas, nous nous aidons d'une préposition spéciale, par. Seulement les Latins ne trouvaient la modification remarquable, digne d'être rendue d'une façon précise et parti* cMlière, que quand i^le était produite par un être animé. La règle est différemment appliquée, mais la même au fond.

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