CHAPITRE XIU
STNOirTMlE DE LA PB^POSITlOir à AVEC LES PEÉPOSITIOITS êUr , pÙr,
avec, pour, etc.
A et «w ua cheval. Feiller à et sur. Juger à et par. Tomber à et par terre. A f\ avec une ligne. Avoir affairé a et avec. Rapport à et avec. Comparer^ métâFf etc,^ à et opec. Table à eipour écrire. Propre, bon, utile, etc., à ^p0ur. Travailler^ s'intéresser, réserver^ etc. , à etpour, etc.
D'après le plan r^oureux de l'ouvrage, ce cbapilre ne devrai point y trouver place. Mais il se lie naturellement à ceux qui précé-* dent, surtout au dernier. 11 les confirme en les continuant et en lea complétant. C'est une raison, sinon tout-à-fait suffisante, au moins plnisible, ée le mettre en cet endroit.
Lorsqife dewi expresâons synonymes difC^nt seulement par des
DÈS SYNONTtfBS GEAMMATIGAUX. 118
préfMiitlmM qui en ftml partît, eellM^ci déaignent an rapport mhbmim, puisque let é«ux expresaions fon^ synonymes ; mais elles le dé^* sgnent, chaeuDe à sa manière, puisque les deux expressions son. usitées. Or, quant à ta manière dont elles désignent un même rapport, deux prépositions ne peuvent différer, sinon en ee que l'une le représente avee plus de rigueur et de précision que l'autre^ et comme plus étroit. €2e fait, déjà avancé et établi dans les derniers chapitres, va recevoir dans celui-ci un nouveau degré d'évidence.
Parmi les prépositions françaises, il en est deux, à et de, que l'usage a dépoirillées presque totalement de leur valeur originelle, pour kar faire signifler les rapports les plus généraux, les plus abstraits^ les plus vaguât, notamment ceux que les Latins et les Grecs rendaient par les cas de leurs décllhaisons, le datif et le génitif. Cette absence d'originalité leur donne une sorte d'apiitude universelle à marquer les rapports des choses, rapports indiqués, d'un autre c6ié , par des prépositions spéciales. De \k une foule de synonymes, pour la dis** tiaelion desquels une seule chose est d'ordinaire à observer , c'est qu'à et de, quand ils expriment le même rapport que let autres prépositions,, le font d'une manière moins spéciale , moins rigou* rense, moins remarquable, ou montrent ce rapport comme ordinaire eu habituel. C'est ainsi, et ainsi seulement, quç de se distingue de par après les verbes passifs. A plus forte raison est*-ce ainsi qu'à doit diilerer des prépositions mr, par, avec, pour, etc., quand il lui arrire d'en être synonyme, puisqu'il y a dans à encore plus de vague , é'iQdétermination et de généralité que dans de. Tout ce qui suit Tient à l'appui de cette conclusion et la met hors de doute.
A et sur marquent tous deux qu'on se sert d'une chose comme d'un soutien pour flaire une action, avec cette différence que à nes'emploît que quand c'est une habitude générale de faire la même action en prenant la même chose pour soutien. On va ou on vient à pied, à cheval ; en transporte des bagages à âne ou à dos dîne ; les marins transportent quelquefois à bras les marchandises dû port dans la ville. Mais on m on on vient *wr un àne, ou monté iur un àne ; des bateleurs marchent pendant plusieurs minutes êur les mains ; des soldats transportent hurleurs bras ceux des leurs qui ont été blessés; parce que les choses ici représentées comme soutiens pour faire les actions, que ces phrases expriment, n'ont point reçu de la nature ou de l'usage cette destination. Par une raison analogue, si on emploie comme teatien pour faire une certaine action une chose qui sert ordtnairelaent de soutien, mais pour faim une autre action, 9ur sera le mot propre. On dira'donc monter à cheval pour partir, pour a^enfuir,
pour se promener ; et monter iur un cheval ou êur son cheval, quand , ce sera pour arriver à d'autrçs buts> et par exemple, pour s'élever au-dessus de la foule qui empêche de voir un spectacle. Sur est encore le seul mot à employer, quand on particularise de quelque façon la chose qui soiitient. On s'avance ou on est monté, sur un cheval fougueux. Un chien fait à pied le voyage que son maître fait à cheval ou eii voiture ; et on l'accoutume à marcher «ur les pieds de derrière, etc.
A et sur sont encore synonymes à la suite du verbe veiller j dans les expressions veiller à et veiller sur; mais veiller sur implique ridée d'une vigilance particulière, extraordinaire, et c'est pourquoi seul il se dit bien et principalement, lorsque l'action de veiller a pour objet une personne. Quand 11 exprime comme veiller à une vigilance relative aux choses, il la représente comme plus spéciale et plus attentive. Dans cette phrase de J.-J. Rousseau : « Vous m'offrez quelqu'un de votre clîoix pour veiller à mes effets , » à la place de veiller a, veiller sur marquerait plus de soin, une vigilance qui tiendrait de plus près son objet. Veiller sur se rapproche sous ce rapport de veiller pour; il s'en éloigne cependant en ce qu'il signifie une vigilance d'en haut, d'autorité, une sorte d'inspection ou de protection, au lieu que veiller pour signifie une vigilance de prévoyance , ou plutôt de />owrvoyance, qui entoure, qui écarte les dangers, en faveur et à la place de celui pour qui on veille, (c Les deux yeux sont égaux , placés vers le milieu et aux deux côtés de la tête, afin qu'ils puissent veiller commodément j^our la sûreté de toutes les par Mes du corps. » Féx.
A, par. Ces deux prépositions servent à exprimer ce à l'aide de quoi on forme une induction, ^s'emploie de préférence, quand il s'agit de tout un ensemble de signes apparents et d'une interprétation généralement si facile, que leur seule inspection suffit pour en faire apercevoir le sens^; par, quand l'interprétation des signes, eo ce cas bien particuliers, offre des difQcullés et demande plus de finesse, un travail plus exprès, plus spécial. On juge, ou plutôt on voit à l'air d'un homme, à sa contenance, à sa voix, à sa démarche, à ses manières, qu'il est en colère; maison juge aussi qu'il esi. en colère par une contraction instantanée de sa physionomie, par un mot qui lui échappe en passant; un magistrat habile sait découvrir par les réponses embarrassées d'un accusé qu'il est coupable. w A l'œuvre on connaît l'artisan. » Laf. « 4e vois à votre mine que vous voulez dormir. » In. « Si l'on en peut juger à l'air de son visage, elle se plait ici bieu mieux qu'en son village. » Régn. « Reconnais-
862 Abner^ à ces traits éclatants, an Dieu tel aiyoard'huî qu'il fut dans tous les temps. » Rag. « Je ne puis reconnaître l'esprit fran* çais à tant de barbarie, ni soupçonner un honnête homme sur des imputations en l'air.» J.-J. « Ne diriez-YOus pas que ce magistrat juge des choses ^ar leur nature? » Pasg. « On ne juge point les hom« mes par leurs pensées, on les juge mr leurs actions. » J.-J.
Ce dernier passage, comme le premier du même auteur, montre qu'en ce sens sur peut passer pour synonyme des deux autres prépositions à et par. Mais sur a cela de particulier qu'il ne s'emploie que quand il s'agit de signes extérieurs, superficiels, et par cela même propres à tromper, au moins le plus souvent. Juger «taries apparences, «ur l'étiquette du sac. a Le plus souvent l'apparence déçoit: il ne faut pas toujours juger sur ce qu'on voit. » Mol. « Il ne faut point juger des gens sur l'apparence. » Laf. <c Sur ma contenance modeste et recueillie, Mme de Lamage me crut dévot. » J.-J. « Nous pouvons croire Horace sur sa parole. » Fénel.
A et par sont encore synonymes dans tomber à terre et tomber par terre. Mais alors à reprend sa valeur primitive, et c'est par elle, et non plus par une plus grande généralité, qu'il se distingue de l'autre préposition. Ce qui tombe à terre va vers un but dont il est séparé, éloigné même ; c'est ce que à donne à entendre : ce qui tombe par terre touchait déjà à terre, il tombe seulement de sa hauteur, il est appliqué , étendu contre la terre. Le fruit de l'arbre tombe à terre; il est élevé au-dessus de terre, et tombe d'en haut : l'arbre tombe par terre. Un couvreur, à qui le pied manque sur le toit, tombe à terre, et un homme qui marche sur terre, venant à tomber, tombe par terre. « Là, près d'un Guarini, Térence tombe à terre. » Boil. «Êtes- vous, ici près, monsieur, tomhé par terre? n Volt. Cependant Fénelon a dit; «Si un homme qui danse sur la corde raisonnait sur les règles de l'équilibre, sa raison ne lui servirait qu'à tomber par terre. » C'est qu'au lieu d'avoir égard à la position antérieure du danseur par rapport à la terre, l'écrivain a voulu marquer qu'il tomberait tout de son long, qu'il serait renversé, étendu par terre. S'il s'agissait d'un petit objet, comme un fruit, ce serait en pareil cas une faute d'employer tomber par terre.
A, avec. Le même caractère qui distingue à dans les locutions, où nous l'avons déjà vu paraître, est propre à le différencier de avec dont il est le synonyme, quand il signifie l'instrument dont on se sert ]>our faire quelque chose. On pêche à la ligne, on mesure à l'aune, on se bat à l'épée, au pistolet , et, dans ces phrases, on emploie à pour indiquer l'instrument, parce qu'on se sert habituellement
de la ligna pour pécher^ de Paane poar mesurer, et de l'épée *6n dn pistolet pour se battre. Qne si l'instrument qu'on fait agir n'était point généralement employé à cet usage, i! faudrait préférer avec : on pèche (wee nn seau, on mesure avec une canne, on se bat avec une fourche. La même différence subsiste entre à et avec, quand lit signifient la manière on la matière dont on se sert pour faire quelque efaosé: on charge nn fusil à balles, un canon d^ mitraille; et on charge nn fusil avec des pois ou avec des lingots , un canon avec des pierres.
Do re^e , il se peut qu'on choisisse de pécher arec un seau, de mesurer otvee une canne, de se battre avec une fourche^ de charger nn fusil avec des lingots, etc. Néanmoins il semble qne des raisons spéciales et extraordinaires ont dû obliger de faire un pareil choix.
Avec doit être préféré, non seulement lorsque l'instrument et la matière ne sont pas généralement employés à l'usage auquel on les fait servir, mais encore quand on rcut spécifier, dans le genre d'fnstmment et de matière généralement employés, l'espèce ou Tindividu dont on se sert dans le cas particulier dont il s'agit. Nous nous battons ce soir avec des pistolets à piston ; Je me suis battu avec Pépéé de mon frère; je pécherai avec ma plus longue ligne ; charger des fusils avec des balles de fer ; j'ai chargé mon fbsil avec la seale balle qui me restait.
A et avec constituent aussi le seul élément différentiel de plusieurs locutions synonymiques, toutes destinées à marquer entre le$ personnes ou les choses une certaine convenance^ comme avoir affaire à et avec quelqu'un ; une chose va bien à et avec une autre; avr^ rapport à et avec; comparer, confronter à et avecy reS" semblance à et avec; allier, mêler, joindre, unir à et avec; proportionner, accommoder à et avec ; s^ accoutumer à et avec, etc. Alors le principe de distinction est toujours le même : à exprime une convenance générale, et avecnne convenance spéciale. Cela résulte de la valeur relative de Ces deux prépositions, comme on peut s'en convaincre par l'exemple qui suit.
Avoir affaire à et ar^c quelqu'un. Se trouver en rapport avec lui. A, de ad, vers, marque tendance vers. Avec exprime simultanéité, union, réciprocité. Vous avez affaire à la personne à laquelle vous êtes obligé de vous adresser, mais de telle sorte qu'il n'y a action que de votre part, et qu'il reste entre vous et la personne une distance plus ou moins grande ; elle vous est supérieure. Vous avez affaire aveel^ personne qui a affaire avec vous, avec qui vous entrez en communauté d'affaires ^ou d*intérêts;,elle vous est égale.
DES SYNONYMES GKAMMATICAUX. %l^
Yons avêz affaire à un ministre dont vons voulez obtenir nne grâce ou une faveur. Vous avez affaire avec votre assoeié. Avec désigne donc un rapport tout à-la-fois plus précis et plus étroit; plus précis, car, au lieu de n'avoir ^rd qu'à un seul terme, la personne qui est le si^et, il représente les deux termes comme se mèlant,.se pénétrant, agissant l'un sur l*autre; plus étroit, car il exprime son pas une accession, un rapprochement, une relation, une affinité, mn tendance, mais une coexistence, une coïncidence, une eoiyonctimi, milon ou connexion des deux personnes ou des deux choses. Une ctos€ 9a bien à un objet principal, aaquel elle sert d'accesaoire, par exemple, une garniture à une robe : rapport partiel, incomplet, éloigné, d'une seule part. Deux choses vont bien l'une avec l'autre^ quand elles se correspondent, quand elles sont faiies l'une pour loutre, qnand elles forment ensemble no tout convenable : rapport complet, réciproque, qui ne laisse plus de distance entre les deux temes et les montre en quelque sorte fondus l'un dans l'autre.
Une autre raison doit faire attribuer à à un caractère de généra** lité et à avec un caractère de spécialité. Les verbes insulter , ea-^ tisfaire, suppléer y quand ils prennent à devant leur régime, se di« ' sent plutôt des choses que des personnes, et c'est pourquoi ils expri* ment quelque chose de pies vague, de înoins spécial , de moins remarquable. Or, à, dans le sens où nous considérons ici cette prép(K sition relativement à avec, s'emploie plus volontiers en parlant des ehoses, tandis qu*avee se dit plutôt à l'égard des perscmnes. On s'aceoutnme au travail, et avec nn maître impatient; on acoùmmode ses paroles à la circonstance, et une personne avee son ennemi ; on allie Pargent au cuivre, et sa famille aveeum autre par un mariage.
De tonte façon, donc, à doit ^nner l'idée d'nne convenance géaé« raie, et avec celle d'une convenance spéciale. Distinction, qui demande à être développée et appliquée, car elle n'est pas simrple, elle implique deux vues de Fesprit, suivant les deux sens attaehés aux mots général et spécial A indiqué une convenance générale, c'està-dire, vague, pen ou point précise, déterminée, définie ; et il indique une convenance ^«9iéV*a/0, c'est-à-dire ordinaire, naturelle, à la* ^elle OR s'attend bien. Au contraire, avec exprime une convenance spéciale, qui n'a lieu que sous tels rapports particuliers, circonscrits et décrits, et spéciale tmortj à cet autre titre, qu'elle sefait remar* ^per par sa rareté, ou par la difficulté de l'établir ou de la concevoir,ott par la force avec toqneile on y insiste.
Rapport à, rstppgrt avec* Une chose a rapport à on avee
aao TRAITÉ
nae autr«^ quand elle ne lui est pas étrangère, qu'elle y tient, qu'elle s'en rapproche par quelque côté. ^rotVro/ipor^àestvague^pett précis ; il ne montré pas les deux termes en présence, mais à distance Tun de l'autre ; il signifie donc un rapport étendu, iàche, peu éiroii: avoirrappori avec est précis et déterminé; il convient pour un rapport bien marqué, exprès, sur lequel on insiste. Ce qui a rap^ port à nous, nous regarde ; ce qui a rapport avec nous, nous touche particulièrement^ «Le commun des hommes doit être dans une ignorance très grossière à l'égard même des choses qui ont quelque rapport à t\k\,,.\ et ils sont dans un aveuglement inconcevable à l'égard de toutes les vérités abstraites, et qui n'ont point de rap* port sensible avec eux.» Mall. De plus, les rapports des choses qui ont rapport l'une à Tautre sont ordinaires , communs, paraissent au premier coup-d'œil, n'ont rien de frappant et ne demandent aucun effort pour être aperçus ; c'est tout le contraire pour ceux des choses qui ont rapport l'une avec l'autre. « Quelque rapport qu'il paraisse de la jalousie à l'émulation, il y a entre elles le même éloignement que celui qui se trouve entre le vice et la vertu. » Labr. a Nous n'approuvons les autres que par les rapports que nous sentons qu'ils ont avec nous-mêmes. » Id^ « Concevoir le mode et en même temps le rapport qu'il a à ia.substance.» P. R. « Il y a dans votre situation des rapports frappants avec celle d'une autre personne. » J.-J. L'homme qui se contente d'une première vue, qui n'analyse ni n'approfondit, aperçoit en gros et décrit de même les rapports généraux que les choses ont les unes atix autres, rapports étroits peut-être, mais peu déterminés, peu caractérisés. L'homme qui examine , réfléchit et se rend compte de ce qu'il voit, découvre et expose aux autres avec netteté et d'une manière bien arrêtée les rapports que les choses ont les unes avec les autres.
Comparer à, comparer avec. Ils diffèrent par les deux caractères ci-dessus indiqués. Comparer à indique une comparaison générale, c'est-à-dire indéfinie, sous tous les rapports, sans détermination d'aucun, et par conséquent vague. Comparer avec suppose une comparaison spéciale, c'est-à-dire relative à un nombre déterminé de points de vue, précise par conséquent. Vous comparez métaphoriquement Achille à un lion, sans mettre aucune rigueur dans la détermination de leurs ressemblances, sans même songer à les déterminer : mais quand vous comparez Corneille avec Racine, vous ne les considérez que comme poètes, que comme poètes tragiques, et vous cherchez à faire connaître au juste leurs qualités et leurs dé-
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DES SYNONYMES GR AM M ATÎCAtJX. Ml
fouis, leurs ressemblances el leurs différences à cet égard seulement: D'un autre c6lé, ces deux expressions sont encore à nn autre titre, la première générale, la seconde spéciale. Comparer' à se dit en parlant d'une comparaison ordinaire, ou de l'action de comparer comme elle se fait à l'ordinaire^ c'est-à-dire, sans attention, sans application, sans efforts et sans soin remarquables. C'est une comparaison de première vue, souvent sans exactitude, peu rigoureuse, par laquelle on rapporte une chose à une autre. Mais comparer avec donne l'idée de l'examen détaillé des choses comparées et de leur opposition, point par point ; c'est une comparaison réfléchie, expresse, par laquelle on va d'un objet à un autre, puis de celui-ci au premier, de manière à les ramener sous un seul regard. Il suffit d'ouvrir les yeux, pour que la comparaison des oeuvres de la nature aux ouvrages de l'homme fasse reconnaître Dieu. C'est en comparant les uns avec les autres les phénomènes physiques, que l'on parvient à découvrir les lois de la nature. <c La plaisante comparaison, lui dis-je, des choses du monde à celles de la conscience ! » Pasg. « Pour comprendre ce qu'est son corps, il faut que l'honraie le compare avec tont ce qui est au-dessus de lui et tout ce qui est au-dessous, afin de reconnallre ses justes bornes. » Id. Les poètes, les hommes d'esprit, les esprits superficiels comparent les choses les unes aux antres; les savants et les philosophes les comparent les unes avec les autres. Pour terminer la question de la supériorité littéraire d'un siècle sUr un autre,' a il ne faut pas, dit Labruyère, se borner à comparer un froid écrivain de l'un attx plus célèbres de l'autre. » Suivant Condillac, « se faire une idée d'une grandeur, c'est la comparer avec d'autres qu'on observe, et juger qu'elle en diffère plus ou moins. » Après confronter^ on emploiera plut6t avec que à, parce que la confrontation est toujours une opération réfléchie, entreprise à dessein, et faite avec quelque soin.
Ressem.blance à et avec. Une chose a quelque ressemblance^ ou n'a que peu de ressemblance à une autre. « Les pétales de l'asphodèle ont quelque ressemblance à des fers de piqués. » J.-J. « Qui en voudra croire Pline et Hérodote, il y a des espèces d'hommes qui ont fort peu de ressemblance à la nôtre. » Montaigne. Ou bien à sert à marquer uiie ressemblance apparente, facile à apercevoir, qu'on saisit sans effort, qui frappe à la première vue. Avec annonce dans tous ies cas une ressemblance plus forte, plus expressément marquée, à laquelle on ne s'attend pas, qu'on ne peut percevoir qu'avec peine et sur laquelle on insiste davantage.
Allier, mêler, joindre, unir, proportionner, accommoder à
gaS TRAITÉ
oâ «#ée* fil «nployaot à vous eiprimez l'aclioaée produire oneoMh Teuance ordinaire, apparente, facile, entre choses qui la comporteat naturellement; et de plus, cette conYenance est peu étroite, c'est plntdt un simple rapprochement qu*nne fusion. Mais tous préférerez avee^ s'il s'agil d'une convenance qn'on n^établit qu'avec effort, parceqn'elle suppose une sorte de résistance de la part des deux termes, qui a lien de surprendre, on sur laquelle vous voulez insister particulièrement, on s'il s'agit d'une eonvenanee qui est plus qu'une anal<^ie natiK* relie, qui est, sinon toujours plus intime en effet, au moins rendae plus saillante et plus fortement marquée. On allie la force à fa prudence, le courage à la vertu^ les maximes de l'Évangile à celles des stoïciens. « On voit la sécurité, la vertu s'allier, dans son chaste re^ gard, à la donlenr et à la sensibilité. » J.-J. Mais on allié les plaisirs aptû \(^ devoirs, les maximes de ^Évangile àvéo celles ds iponde; il est difficile &*allier le vice avec la vertu. Pareillement^ TOUS vous alHet à une fieifflille dont la condition est en rapport av«€ la vôtre; vous vous alliez avec une famille dont vous étiez éloigné par votre état ou votre fortune. D'autres fois, avec indique une cou** venance plus intime, et pour un cas plus particulier : une puissance s*allie à une autre pour le commerce, pour un système de douanes, pour les rapports ordinaires, qui regardent le droit des gens, et avec une autre avec laquelle elle s'unit étroitement pour combattre de concert un ennemi comuHin. D'un côté, il y a seulement accession , tendance d'un terme vers un autre qui reste toujours un peu dans l'élolgnement; et d'autre part, il y a rapprochement réciproque et comme fusion des deux termes : on s^allie à une famille en s^alliant avec une femme. On distinguera de même, mêler j joindre, untf à, de mêler, Joindre, unir avec, Mallebranche parle, de la légèreté « avec laquelle l'esprit considère les objets qui sont propor^ iionnés à sa capacité : » proportion générale; et le même écrivain dît que ceux qui s'appliquent à trop de sciences à-la-fois ont une manière d'étudier qui n'est pas proportionnée avec la capacité de leur esprit : » proportion ou plutôt défaut de proportion spéciale. Ensuite, on a moins de facilité et on met plus de soin à proportionner, toutcomme à accommoder avec, qvi'hproportionnereih accom'^ modéra, et presque toujours la convenance établie dans le premier cas est plus intime, en même temps que plus extraordinaire. « Cette manière d'expliquer la création est accommocf^'^ ci notre manière de concevoir les choses. » Mall. « Nous sommes comme surpris de voir que les phénomènes des corps célestes s'accommoffewf parfaitement avec ce qu*on vient de dire. » ïp. « Il s'est trouvé des princes et des
rois astroaoïOfes. La grandeur des asires ^mUiît é^Meommodeir avec la grandeur de leur dignité. » In.
SP accoutumer à et avec» S^accoutumer à est général et se dit d'une accoutumance qui regarde tout un genre d'actions à faire ou de maux à sup^^^rier,' S'accoutumer avec est ^cial et n'a rapport qu'à un objet avec lequel on se familiarise; c'est pourquoi on dit plutdt ^'accoutumer avec les personnes. Mais eu outre^ on t'ae» coutume à ce qui' ne cause pas trop de répugnance d'abord; et oft s'accoutume avee ce qui était d'abord antipathique, aveo ce qui offrait une sorte de résistance et demandait des efforts pour qu'on s'y m.
 Qtpour sont synonymes en tant qu'ils marquent'toos deux la des» tination^ l'usage des choses ; bois à brûler^ bois pour brûler; tablt à jouer , table ^(mrjouer^ etc. Mais à exprime une destination na«turelle ou habituelle ^ H pour une destination tout accidentelle et subordonnée à des exigences passagères. Au milieu d'un hiver très rigoureux, si l'on manquait tout-à-fa jt de bois à brûler , on pour^ rait faire de divers instruments en bois, des bancs, des tables, ete*» du hoispour brûler. âi> dans une réunion , les joueurs arrivent «9 très grand nombre, et qu'on manque de tables à jouer , on ponrru faire de tables à écrire des tables /^our jouer. A et pour sont également synonymes, en tant que tous deux marquent la fin» le but qu'on cherche à atteindre en agissant* Mais ils se distinguent par unediffé» rence analogue à la précédente : à s'emploie dans les phrases où le sens est général, pour dans celles où il est particulier. Hercule cherchait des monstres à combattre^ et le lion de Némée pour le combattre. Il faut employer tous ses soins à servir ses amis; il em«ploie tout le monde pour obtenir celte place.
Il en est depour comme d'avec. Il a pour valeur propre, d'exprimer un certain rapport que désigne aussi quelquefois à, à cause de l'indétermination et de la flexibilité de cette dernière préposition» ù commune, si usuelle; mais, eomme avec^ il reprend sa fonction «I sa place, il se substitue à la préposition à, toutes les fois que le rapport, qu'il signifie proprement, n'est point ordinaire, dmIs spécial | remarquable. De là la règ^ à suivre dans le choix que l'on doit faire entre deux expressions synonymiques, qui ne diffèrent qu'en ce qu'elles renferment^ Tune la préposition à> l'autre k pr^sitioa pour. Ces expressions sont les unes a«yeciives, les autres verbales, et quelques-unes adverbiales. Quoique soumises à la m^e distino^ itou, elles méritent d'être examinées séparément.
Propre p bon^ utile, néceêmire é et pourf Fret à et pomt^
Impuùsani, indifférent à et pour. A fait partie de l'expression générale^ commune^ ordinaire, et on n'y substitue />our que dans les «as particuliers, extraordinaires, remarquables. Ayec l'une, comme avec l'aulre, l'adjectif signifie dans le sujet une certaine aptitude ou disposition à certaines choses ; mais il la signifie^ d'un côté, comme générale, et, de l'autre, comme spéciale. Comme générale , c'est-à-dire d'abord, comme convenant à tout un genre, ou à un individu en tant qu'il fait partie de ce genre ; comme spéciale, c'est-à-dire, comme appartenant particulièrement à un individu ou à une espèce, et comme tenant aux dispositions de sa nature. Le bœuf tsi propre au labour : ce bœuf ou telle espèce de bœuf est très propre pour le labour. Parmi les choses propre*^ bonnes, utiles, nécessaires à la conservation de la vie , il y en a qui sont propres, etc. , pour la conservation de notre vie, savoir, celles qui peuvent nous guérir de nos maladies. Gomme générale , c'est-à-dire encore , comme s'appliquant à tout un genre de choses; comme spéciale , c'est-à-dire, comme ^'appliquant dans le genre à tel individu ou à telle espèce. On est propre à tout , prêt à tout entreprendre , impuissant à faire quoi que ce soit , indifférent à tout : on esl propre ou indifférent pour telle chose, j^rét ou impuissant pour faire telle action. Le cheval est propre ou utile à la guerre, et pour la guerre de campagne. Un général estpropre à la guerre, et propre pour la guerre d'escarmouche. Le pharmacien qui a des remèdes propres à guérir toutes sortes de maux, vous donne le remèdeprc^pr^j^oi/r guérir votre mal. La guerre est nécessaire au militaire, comme l'ouvrage à l'ouvrier j la guerre est nécessaire pour le militaire, qui veut avancer en se distinguant par des actions d'éclat. A généralise, et pour spécialise le sens de l'adjectif d'une troisième manière fort importante. Avec à l'adjectif désigne une aptitude vague , éloignée, peu prochaine^ peu prononcée; et ayecpour, au contraire^ une aptitude . toute particulière, immédiate, qui peut se réaliser à l'instant : à n'emporte que l'idée d'une simple tendance vers un but placé dans l'éloignement, et pour donne celle d'une fin qu'on atteint sur-lechamp. En conséquence, on estpropre à un emploi quand on a des talents relatifs à cet emploi, quand, au besoin, on peut le remplir convenablement et encore moyennant quelques instructions, le temps et la pratique ; on estpropre pour un emploi quand on a le talent même de cet emploi, quand on y est spécialement propre^ destiné, préparé, de manière à pouvoir commencer sans retard de l'exercer. La même différence sépare j^ropr* à àe propre pour ^
quand, ao lieu de se dire des personnes, cet adjectif se dit des choses, comme bon, utile, néceêsaire. De même, ^ireprêt à rendre service indique une disposition moins décidée qti'élre;3r<^/^0Mr rendre tel service. Une quatrième nuance distinctive déi>end de la précédente, et est contenue comme elle dans l'opposition de la généralité à la spécialité; elle consiste en ce quei?owr, qui détermine davantage raptitude, la détermine quelquefois au.point de la rendre, non seulement dominante dans le sujet, mais encore exclusive. On est propre à plusieurs choses à-ia-fois, et propre pour une seule : un cheval peut être propre à la guerre et au labour, mais non pas propre pour la guerre et le travail des champs. Cinquièmement, dire que à est général et pour spécial, c'est dire que le premier exprime le constant, l'habituel, le naturel, et pour l'accidentel, le particulier. Je suis toujours ;>r<«/ à vous servir : me yoilk préipour vous rendre tel service, par tel moyen. Le cheval est propre à la guerre, c'est chez lui une disposition naturelle, un état habituel, une qualité constante : tel cheval est propre pour la guerre, annonce, dans le cheval, une disposition acquise, une qualité accidentelle, résultant de l'exercice et comme ajoutée à sa nature. « Les peuples, dit Montesquieu, par la nature et par l'éducaUon sont plus ou moins propreê pour la guerre. » Otez de cette phrase par r éducation, et rien n'y justifiera l'emploi de pour. Une plante bienfaisante de sa nature est tffi/« et 6(m/*«à lasanté : une plante vénéneuse peut, entre les mains d'un pharmaden, devenir w/e/e et bonne pour la santé. Sixièmement, et conséquemment encore au caractère de généralité de à et au caractère de spécialité de pour, à désigne plutôt une disposition d'esprit abstraite, idéale, morale, etpour, une disposition physique. C'est ce qui fait qu'il n'y a pas identité entre être prêi à Ui mort, et prêt pour la mort, tout prêt pour le départ. Enfin, à convient mieux à l'égard des choses, et pour à l'égard des peirsonnes : vous êtes indifférent aux avances d'une personne pour qui vous êtes indifférent.
Après les verbes, à et pour remplissent le même rôle, avec les mêmes nuances caractéristiques, qu'après les adjectifs, etce rôle peut s'exprimer de la même manière ; à généralise la signification du mot précédent, et pour la spécialise. Mais cette opposition n'étant- ni simple ni facile à comprendre dans toute son étendue, des développemenis redeviennent nécessaires ; d'autant plus qu'elle ne contient pas de différences, applicables à à et à pour à la suite des verbes que celles qui leur conviennent à la suite des adjectifs ; d'autant plus aussi que ces différences ne se réalisent pas toutes à-la-fois à pro-^
SM TRAITi
pos de chaque verbe, mais les unes uniquement ou principalemeni avec certains verbes, les autres avec d*autres> suivant le sens particulier de ces verbes.
A généralise, tKpofur spécialise l'action du verbe. Cest pourquoi on dira : telle somme ne peut suffire à mes dépenses,, et d'une manière particulière: telle somme nepeut#ti;/Jf{r«/>oiir un voyagpe, |iot#r cette emplette. Si la raison suffit -à vous conduire, elle êuffitû, toujours pour vous faire éviter des fautes dans l'occasion. A la tète d'un chapitre de Montaigne on lit : « Des mauvais moyens employa à bonne fin, » et dans le cours du chapitre : « La faiblesse de notre condition nous pousse souvent à cette nécessité de nous êervit de mauvais moyens pour une bonne fin^ »
A est plus vague et suppose un but plus éloigné» On se prépa^ et l'on êe dUpoêe à une guerre éventuelle et possible, et ptmr la guerre qui va avoir lieu. On est porté à une chose par Un penehanl peu décidé, et pour une chose, quand le penchant est fort. De même, destiner^ réserver, déterminer, employer à n'annoncent pas comme destiner ^ etc., pour, une destination, une fin prochaise, fixe, précise et bien arrêtée.
A s'emploie plutôt dans le sens abstrait, idéal, et pour dans te sens physique et rigoureux. On est disposé à la mort^ et diêp&sé pour un voyage : disposé au combat, animé, plein d'ardeur; Uit^ posé pour le combat, n'ayant plus de préparatifs à faire* Seprépé^ rer à un voyage, c'est y disposer son esprit, et presque simplement y songer; se préparer pour un voyage suppose qu'on fait des préparatifs effectifs, réels. Sacrifier quelque chose à quelqu'un, se dit, dans un sens affaibli et peu rigoureux, en parlant de choses idéi*les, les intérêts, le repos, le ressentiment ; et sacrifier quelque choie pour quelqu'un annonce un sacrifice positif, considérable, ooume celui de la vie, etdai^s une circonstance particulière.
y une des manières, dont se manifeste la spécialité propre à jMnif, consiste en ce qu'il indique un emploi ou nûe destination exclMsiv«. Ce qu'on destine, réserve, détermine, dispose, prépare pour quelqu'un est mis de côté pour lui être appliqué à lui seul de préférence aux autres. L'argent qu'on emploie j90ter bâtir n'aura pas d'autre destination» CoftcoMrtrj90Mf*uneplace,€'estaspirer à posséder cette place seul, à l'exclusion des autres; au lieu que l'effet qa'sA concourt à produire sera rapporté à tous ceux qui auront «^oh^ couru à sa production. On est absolument porté à une chose pour laqtielle on a de l'inclination, et r^2Axstmtox plus porté pour aae chose que pour une autre. On B'inféresse à quelqu'un sans que cet
intérêt nuise à celui qn'on porte à d'autres ; mais dans une affaire où des concurrents sont en présence, vous vous intéressez pour celuici ou pour celui-là.
Eufin^ de la généralité inhérente à à et de la spécialité qui caractérise j^owr résulte, pour les locutions verbales synonymiques dans lesquelles ils entrent comme seul élément de différence, un trait distinctif de grande importance. Pour rend l'action du verberemarquable par Teffort, l'application, le soin, l'attention qu'il exprime de la -part du sujet. Conspirer, concourir à conviennent même en parlant de l'action des choses inanimées ; il n'en est pas ainsi de eotispirer et de concourir pour. On travaille quelquefois à sa propre perte sans le vouloir, même sans le savoir, sans s'en douter ; OQ ne travaille que pour un but qu'on se propose et qu'on s'efforce d'atteindrei Dans tous les cas^ travailler à n'est que spontané et ne suppose qu'une application modérée : c'est ainsi qu'un bon fonction-* naife travaille au bien-être de son pays, tout en ne songeant peut* être qu'à ses propres intérêts. Tr€m>ailler pour est toujours volontaire et marque beaucoup de soin et d'effort. Il en est de même ^ s^ appliquer pour par rapport à fi' appliquer à. Veiller à montre simplement le but auquel on vise ; veiller pour peint les soins et la vigilance, et, par exemple, la sollicitude et la préoccupation d'une m^re pour son fils chéri. On emploie une partie de son temps à faire telle ou telle chose, et tous^ ses efforts pour arriver au but de &es désirs. mS' affectionner à, dit Marmontel, c'est s'attacher; ^af* feetionner pour, s'intéresser vivement, se passionner. » L'un consiste en un certain laisser-aller de sympathie, l'autre en une affection active, ^intéressera, c'est n'être pas indifférent, se trouver toadié en entendant un récit ou en voyant un spectacle ; impression purement passive : quand on s'intéresse pour, on déploie de l'aol- ▼ité, on se porte à àe% démarches.
A n'est donc plus qu'indicatif du but lointain auquel tend l'action ; il est tout objectif. Pour, au contraire, est subjectif; il appelle l'at tention vers l'agent, il fait remarquer la part considérable que celui-ci prend à l'action pour arriver à un but prochain et précis. C'est pourquoi à est plutôt suivi d'un substantif significatif du but à atteindre, eipour, d'un infinitif marquantune action précise, à iàireàrinstant.
]>ans les locutions adverbiales , en apparence équivalentes, qui admettent, Tune à , l'autre pour, ces deux prépositions produisent toujours le même effet qu'après les substantifs et les verbes. Rapporter tm discours motàmotf c'est le rapporter à-<peu-préstel qu'on
228 Traité
Ta icnii ; le raijporler mot pour mot inarc|ue pins de précision et de rigueur: c'est, non seulement n'y rien changer d'essentiel, le rendre par des termes équivalents, mais pousser la fidélité jusqu'à rapporter les propres tertnes dont s'est servi l'orateur. On rend bien ce qu'on rapporte mot à mot; on reproduit d'une manière parfaitement exacte ce qu'on rapporte mot pour mot, « Je vais vous rapporter sa réponse presque mot à m,ot, » J.-J. Le rapport est le même entre à jamaU et pour jamais. A jamaù est indéfini, vague, hyperbolique ; pour jamais est précis et positif: le piremier permet encore, dans un avenir indéterminé , l'espérance d'un retour qu'exclut rigoureusement le second. C'est, d'une part, une expression qui convient au langage passionné, et qui peut recevoir des augmentatifs : à tout jamais, au grand jamais; c'est, de l'autre, une expression d'une valeur pleine et entière, laquelle appartient au langage froid et exact de la philosophie. « Exemple mémorable à jamais. » J.-J. « Jour à jamais malheureux ! » Barthei.bmt. c< Moi, parler pour Yalère ? il faudrait être folle. Que plutôt à ja-mais^e perde la parole ! » Rég. <c Le traité de Westphalie sera peutêtre à jamais parmi nous la base du système politique.» J.-J. ce J'ai cru que cette nuit serait sa nuit dernière, et que je fermerais pour jamais sa paupière. » Rég. «c £lle n'est plus. Mes yeux ont vu fermer lessiens/>oz^ryamat>.»J.-J. «En sortant de cemQnde;je tombe pour jamais dans le néant ou dans les mains d'un Dieu irrité. » Pasc.
Une différence semblable a lieu aussi entre alors et pour lors, expressions synonymiques, comme signifiant, l'une et l'autre, en ce temps-là. La première est l'expression ordinaire, courante, usuelle; elle rappelle une époque étendue, pendant laquelle se faisait tout un genre ou toute une suite d'actions ; elle s'emploie surtout avec un verbe à l'imparfait. « On pensait alors (au temps des rois de Rome) dans les républiques d'Italie , que les traités qu'elles avaient faits avec un roi ne les obligeaient point envers son successeur. » Moii tesq. (c Les forces du Nord étaient toutes en Orient, en Egypte, lonie, Grèce, seuls pays où il y eut alors (lors des empires d'Orient et d'Occident) quelque commerce. » In. a La correspondance de Voltaire avec le Prince royal de Prusse faisait du bruit alors. » J.-J. (c Durant les terribles chaleurs qu'il faisait alors. » Id. « Les guerres qu'il y avait alors en Asie. » Fén. « Solon divisa les citoyens en trois différents ordres, selon les biens dont chaque particulier était a/or# en possession. » In. Pour lors est l'expression remarquable , de choix , celle qu'on préfère pour indiquer l'époque courte et précise
DES SYNONYMES GRAMMATICAUX, 22tt
à laquelle un événement particnlier, unique^ s'est passé : elle conyient ' snrtoQt dans le récit d'un fait avec le parfait défini. <c Tout est ehangé , dit pour lors un homme qui... » Montesq. « Et comment^ lui dis-je pour lors... ? » Id. «L'histoire moderne nous fournit un exemple de ce qui arriva pour lors (après la mort de Lucrèce) à Rome. » Id. <c ie fis pour lors si peu d'attention à son langage que...» J.-J. « Pour lors il n'y eut plus moyen de m'en dédire. » Id. « Celte femme pour lors mourante. » Id. <c Platon avait quarante ^nspour lors (lors de son premier voyage en Sicile). » Fén. «Heureusement pour Platon , Annicéris de Cyrène s'étant trouvé pour lors dans le pays , il l'acheta au prix de vingt mines. » Id. Montesqûïeu a parfaitement observé cette distinction dans le passage suivant des Lettres persanes : « Monsieur, Aii pour lors un ecclésiastique^ vous parlez là du temps le plus miraculeux de notre invincible mo* narque: y a-t-il rien de si grand que ce qu'il faisait alors pour détruire l'hérésie ? »
A conserve son caractère de généralité et de vague par rapport à en dans les expressions synonymiques induire à erreur y et iwduire en erreur, déterminer la croyance à quelque chose de faux. Induire en «rr^ur désigne une action doublement remarquable, et par la part qu'y prend le sujet , car elle est toujours volontaire, et par ce qu'elle a de précis, de décidé, de complet, car induire en erreur y c'est mettre, établir dans Verreur. Induire à erreur peut signifier une action qui n'est pas volontaire, et, dans tous les cas, il signifie seulement l'action de mettre sur la voie de V erreur] de manière à n'être que la cause éloignée de Verreur. « 11 y a bien de la différence, dit Pascal, entre tenter et induire en erreur. Dieu tente; mais n'induit point en erreur. » Tenter, n'est-ce pas au moins induire à erreur? Le même écrivain prétend que, « quand même les schismatiques feraient des miracles , ils n'induiraient point ^n erreur'yy> et l'ayant prouvé, il conclut: « donc le miracle d'un schismatique nepeot induire àPerreur. » Comme si, fort de sa démonstration , il voulait dire qu'un tel miracle ne peut pas même causer indirectement Verreur, y acheminer, y conduire. De même , croire à n'équivaut pas, tant s'en faut, à croire en. Celni-ci marque une croyance plus intime, et accompagnée d'une grande confiance , d'une sorte d'abnégation : croire en Dieu , croire en J.-G. « il n'y a nulle raison de croire à l'Antéchrist qui ne soit à croire en J.-C. ; mais il y en a à croire en J.-C. qui ne sont point à croire à PAntechrist. » Pasc.
A , envers. Ingrat à , ingrat envers. Qui ne répond pas comme
il faut aux soins ^ aux bienfaits, etc. Ingrat envers y expression spéciale^ remarquable en ce qu'elle sert à qualifier seulement les personnes, tandis qu'on dit bien, une terre ingrate à la culture, un esprit ingrat aux leçons qu'il reçoit. Ingrat envers , expression spéciale et remarquable encore en ce qu'elle se dit exclusivement des personnes à Pégard des personnes pour qui on éprouve le sentiment précis de l'ingratitude ] tandis que ingrat à s'emploie aussi en parlant des personnes par rapport aux choses pour lesquelles on éprouve comme un sentiment d'ingratitude, une ingratitude vague, étendue, et comme idéale, (c Ces mêmes dignités ont rendu Bérénice ingrate à vos bontés. » Rac. ce Ingrat à tes bontés, ingrat à ton amour. » Volt. <c Malheur au citoyen ingrat à sa patrie, qui vend à l'étranger son avare industrie. » Delille.
Remarque 1. Que la préposition à ait pour caractère ordinaire la généralité, le vague et l'indétermination, c'est ce que démontre tout ce qui a été dit jusqu'ici dans ce chapitre. Toutefois, ce carac*tère ne lui convient que quand, élevée au plus haut degré de l'abstraction, elle s'emploie comme une sorte d'auxiliaire à la suite des verbes et des adjectifs qu'elle joint à leur régime. Hors de là, considérée quant à sa valeur originelle et relativement an rapport qu'elle exprime proprement, elle a un sens précis, et c'est par cette précision même qu'elle se distingue d'autres prépositions, de vers, par exemple. A et vers servent également à distinguer l'endroit où est une chose ou bien où aboutit une action ; mais vers ne le désigne qu'à-peu-près. Cette étoile est située vers le nord signifie qu'elle est plutôt dans cette partie du ciel que dans une autre, qu'elle est aax environs du nord. Quand on dit qu'elle est située au nord, le nord «st considéré, non plus comme une grande division du ciel , mais comme un point fixe tout près duquel est l'étoile en question. Viens vers moi, veut dire seulement; viens de mon côté, et ne va pas d'un autre, approche-toi de moi. Viens à moi, indique la personne qui parle comme un terme ou un point précis sur lequel elle commande de se diriger. Ces deux prépositions appliquées au temps diffèrent de même. Les historiens font remonter sa naissance vers Tannée 1500, c'est-à-dire à-peu-près à cette année, environ l'année 1600, comme on disait autrefois. À notre heure dernière, indique un moment trop court et trop bien déterminé pour qu'on puisse y substituer, dans aucun cas, vers notre heure dernière. A, ad, indique le point, mais le point fixe, précis, circonscrit, où l'on tend. Vers, de versus, tourné du côté de , ou simplement, du côté de, exprime plutôt la situation ou le côté par rapport à im autre, ou à d'autres
Digitiz-ed
DES SYNONTBl^ GEAMMAUGAUX. %ll
o6t^ qq'il eucclut: ce gui e«t ver^ l'orient n'est point do côté de l'oc<i çident, du midij ni du nord^ sans plqs de détermination. G'estpour^ qnoi vers s'emploie particulièrement bien quand il s'agit d'un lien qui, dans l'usage ordinaire^ est opposé à d'autres: vers l'orient, vers l'occident, etc.; voyez ce passage dans tel livre, vers le commencement, v^i iQ milieu. « Elle me prie, à la fin de son billet, de loi renvoyer ce livre, » (J.-J.) implique qu'après cette prière le billet ne contient plus rien, a J'avais fait, vers la fin de YÉmi/e, une sortie contre cette cruauté, » (J.-J.) indique, non pas rigoureusement que cette sortie termine XÈmiie, mais qu'elle se trouve seulement dans la dernière partie de l'ouvrage. Ver» contient toujours cette idée d'opposition à d'autres côtés ou à d'autres directions, et à, jamais ; celui-ci est absolu. Un médecin ou un marchand, en concurrence avec d'autres, dira : Venez vers moi. Mais on dira à un homme, qui n'a de secours à attendre d'aucune part : Venez à moi; ce qui ne supposera pas, comme dans le cas précédent, la défense d'aller d'antre cèté. Un vaisseau se dirige vers l'orient, parce qu'ainsi il arrivera plus tôt au terme de sa course que s'il allait vers l'oc«cident, etc. On se dirige à un lien, par des raisons tirées dn terme lui-même : un vaisseau va au nord, l'autre au midi, parce qu'il» espèrent tirer de plus grands avantages de leur commerce, l'un avec le nord y l'autre avec le midi. On lève les yeux ou les maina vers le ciel toutes les fois qu'on a quelque raison pour no pas les abaisser vers la terre; on lève les yeux ou les mains au ciel pour implorer l'assistance de Dieu , pour adresser au ciel quelque prière. Après avoir considéré les divers éléments pour en tirer des preuves de l'existence de Dieu, Fénelon continue en disant : « Il est temps de lever nos yeux vers le ciel. » « Tout près de là était un homme qui, élevant les yeux at^ ciel, disait: Dieu bénisse les projets denos ministres ! » Moutssq. a Que de voix plaintives s'élèvent au ciel contre ces hommes l )i Mâss.
H0marque%. Comparativement l'une à l'autre, les deux prépositions à et de sont , celle-ci plus déterminative, celle-là plus gêné* raie. Mais à l'égard des prépositions spécificatives proprement dites, c'est-à-dire détentes les autres, elles ont un sens également vague et indéfini. Ainsi, à et de sont dans le même rapport. relativement }kpar\ et la même différence trouvée entre à et avec, entre à et po^r, entre à et sur^ se retrouve entre de et avec^^ entre de et pour y entre de et sur. Quelques exemples suffiront pour le démontrer. J>e et avec y comme à et at^^e, désignent également l'instrument ou la matière dont on se sert pour faire quelque chose. Frapper
l$i TRAITÉ
du pied OU avec le pied; lancer c^^lamainou avec la matn, payer cf^ ses deniers ou avec ses deniers, combler un fossé de pierres eu avec des pierres. De est pour l'ordinaire, Thabituel ; avec, pour les cas particuliers, singuliers, remarquables : on frappe du pied la terre, et avec le pied un objet qu'on rencontre, une bêle venimeuse , le haut d'une chaise ou d'une table; on comble un fossé de pierres , de décombres , et quelquefois, pendant la guerre, on comble les fossés avec des cadavres. Ou bien encore , on se sert i^avec pour spécifier, dans le genre d'instrument et de matière généralement employé^, Tespèce ou Tindividu qu'on emploie dans un cas particulier. «S'il avait eu une fronde, le sauvage lancerait-il de la main une pierre avec tant de raideur? m J.-J: Nous lançons mieux des pierres avec la main droite qu'avec la main gauche. On paie de ses deniers, et avec les premiers deniers de sa recetle. On distingue les choses les unes des autres^ comme on les compare les unes aux autres, sans grand effort, sans attention, sans diffkiulté , àla première vue; et on les distingue les unes d[avec'\es autres expressément, en démêlant, en déterminant, en marquant fortement lenrs traits caractéristiques ; c'est la différence de l'homme qui voit et représente aux autres ses perceptions, à l'homme qui regarde et rend compte aux autres de ses observations. D'un autre cMé , de et pour, dans, moyen de parvenir et moyen pour parvenir, sont entre eux comme à elpour,ûam les expressions synonymiques ci-dessus examinées. Vous direz d'une manière toute générale : 41 ne néglige aiipun ufoyen de parvenir; et d'une manière particulière: c'est là un excellent moyénpour parvenir.On trouve un moyen de parvenir,on cherche un moyen /7otir parvenir. Les mêmes nuances peuvent servir à distinguer, occasion de, et occasion ji^owr. En conversation on parle de choses et ^/'autres, de nouvelles, demoàes, cf« voyages : un orateur parle «ur tel ou tel sujet, un savant «ur des matières plus ou moins difOcilés. Faire un traité cf'horticulture, et un traité sur la culture du dahlia. Remarque 3. Quand à et de sont synonymes^ on peut aisément réduire chacun à son rôle précis et véritable en mettant entre enx l'opposition de la généralité à la spécialité. Il en est de même quand à et de se trouvent synonymes, chacun de son côté, des prépositions spéciOcalives , jt>ar, avec, pour, etc. ; le caractère de la généralilé convient aux premières, et aux dernières celui de la spécialité. Mais il y a plus '.'les prépositions spécijcatives sont-elles elles-mêmes synonymes entre elles, alors leur différence se trouve encoredans cette même opposition : Vwwer des deux prépositions est plus générale, Pautre plus spéciale. De sorte qu'on peut établir d'ime manière près*
que absolue la règle suivante pour la distinetion des prépositions à qui il arrive d'exprimer le même rapport, c'est-à-dire d'être synonymes, c'est que l'une d'elles est pour les cas ordinaires, habituels, communs, l'autre pour les cas extraordinaires, particuliers, remarquables. Après tous les détails donnés dans ce chapitre et dans les trois qui précédent, il suffira d'apporter seulement deux exemples pour confirmer cette théorie.
Pour et afin signifient l'un et l'autre qu'on fait une chose ou qu'une chose est faite en vue d'une autre. En ce sens, pour est par rapport à à, l'expression spéciale, particulière, remarquable : travailler à s'instruire, travailler pour s'instruire. Mais il devient à son tour l'expression générale, ordinaire, vague, par rapport à afin: traf^at^^jMmr s'instruire, travailler afin de s'instruire. Il marque une fin, une intention, moins particulière pour l'individu ou pour la circonstance. Toutes les femmes se parent />our aller au bal; mais, parmi elles, il y en a quelques-unes qui se parent afin de faire des conquêtes. Vous mangez p&ur vivre, et dans la maladie vous mangez de préférence de certains aliments afin de rétablir votre santé. Et non seulement pour exprime plus vaguement, plus faiblement l'intention, ms^is encore il semble être tout objectif et n'avoir rapport qu'an résultat qu'on a en vue de produire ; il pourrait être remplacé par, à ïeffet de; tandis que afin, tout subjectif, annonce expressément le dessein d'arriver à un certain but et se traduirait plnldt par, en vue de. On dit faire ses efforts, ou s'efforcer potir^ quand on ne considère que l'effet qu'on s'efforce de produire, et faire des efforts afin, quand on a surtout égard au dessein, à l'intention, au désir qu'on a d'atteindre un but. « Mais plus on fait d'efforts afin de le bannir, plus j'en veux employer à le mieux retenir. » Mol. (Orgon parlant de Tartufe.) Dans sa démonstration de VBxiMtence de DieUy Fénelon, voulant montrer que tout dans l'univers manifeste un.dessein, un plan, une intention, dit de chaque chose, elle est arrangée de telle et telle façon, afin que., .On dira au contraire, jvotir faire telle chose, il faut, il est nécessaire, il suffit que..., parce qu'alors on considère surtout la possibilité et la facilité du résultat indépendamment de l'intention où l'on est de le produire. Ainsi, afin signifie une intention particulière, ou particulièrement l'intention. 11 signifie une fin particulière, une fin qui n'est pas celle qu'a tout le monde en faisant la chose , une fin à soi , secrète , fine , peu commune, détournée, éloignée, en un mot^ qui se distingue des fins ordiuaires. « Le marchand fait des montres pour donner de sa marchandise ce qu'il y a de pire : il a le cati et les faux jours, afin d'en
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çaeber les iéhnu et qu'elle paraisse bonne ; il la surfail p&ur lu Tendre plas cher qu'elle ne vaut ; il a des marques fausses etmysté^ rieuses^ ajfin qu'on croie n'en donner que son prix, n Laba. « Noos nous étions h^tésde yenir attaquer Salentepournous défaire da plus faible de nos ennemis^ afin de tourner ensuite nos armes eon« tre cet ennemi plus puissant* d Fbnbl,
Avec, par. Ces deux particules expriment le rapport de Pinstitiv ment ou du moyen employé pour parvenir au but proposé^ avee l'agent qui emploie cet instrument ou ce moyen. Mais avee est rer-* pression spéciale, et partant il désign^ie un rapport plus étrmt, ploa imniédiaty un instrument précis, réel, physique; jpar est l'expression générale I ce qui fait qu'il signifie un rapport plus indirect on plut éloigné, pn moyen abstrait, idéal, hluiti Rhétorique y ê^^Èfïï%, lecture X)» h qui nons empruntons cette distinction, la développe et la justifie de la manière suivante : « On tue un homme avee nne épée, il meurt j^ar violence; un criminel est garrotté avee une corde par le bourreau. Qn trouve, dans un passage de {^kUteire étÈeeêêe^ par Robertson, un exemple sensible de la différence qui existe entrt ces deux particules. Un ancien monarque écossais demandait à ses noblesj^ j9ar quel droit ils possédaient leurs terres ; les n<^les se levèrent, et tirantleursépées: «C'est parelles, s'écrièrent-ils, quenoas « les avons acquises, c'est av^o elles que nons les défendrons, » Par elles, indique que leur épée fut un des moyens par lesquels ils acqu^ rcnt leurs terres^ lorsqu'ils employèrent la force pour s'en rendre les maîtres, et apeç elles signifie que leur épée est l'instrument direet et immédiat qu'ils sont prêts è employer pour les défendre. »