CHAPITRE XIV
▲vxn^AinBf avoir st être»
Avoir eu être passé ^ monté , descendu , entré , abordé, résidté. Avoir ou être changé y emèelU^ grandi^ rajeuni, vieilli ^ déchu y dégénéré., disparu^ apparu i cm, décru ^ accru , échoué. Avoir ou être échappé, péri, parti. Avoir ou être cessé. Avoir ou être demeuré ^ resté, sorti, etc.
Pour trouver la règle de distinction, il suffit de bien saisir le rdle des deux auxiliaires, car en eux seuls réside évidemment toute la différence qui puisse exister entre les expressions synonymiques de ce genre. Or, ils s'emploient pour marquer, le premier, une action et vm icUon passée» /at mm4\ le saccpd , un état ^ im
DES SYNONYMES OKAMMATICAUX. 3lft
état présent^ je mis aime, l\$ doiyent immanquablement garder ces caractères quand ils servent à coi\juguer un même verbe neutre. Avoir y l'auxiliaire des verbes actifs ^ exprimera par conséquent un fait et un fait passé ; être , l'auxiliaire des verbes passifs , un état et un état présent^ résultant de ce fait. Ils formeront avec le même participe, auquel ils sont joints^ deux expressions légèrement dit-* férentes , Tune plutôt historique, pour ainsi dire, ou narrative , l'autre plutôt qualificative ; Tune rappelant plutôt le côté verbal du participe , et l'autre son côté adjectif ; Tune faisant voir le siyet pendant l'action quia eu lieu , et l'autre dans l'état qui est résulté de ^ette action; toutes deux relatives au temps, mais celle-là au temps qu'a duré le fait, et celle-ci au temps depuis lequel le siyet se trouve dans tel état par suite de ce fait. A l'application on verra combien le principe est rigoureux, etcombien est grande ici la coïncidence entre la logique instinctive du langage et la logique réflé^ chie de la grammaire.
I. Parmi les verbes neutres susceptibles de se conjuguer avec avoir et être , on en peut distinguer d'abord un certain nombre qui marquent de la part du sujet l'action de se mettre dans.un nouvel état, d'aller d'un lieu à un autre : tels ionipoiser, monfert deeeendre, entrer, aborder , réêiUler, Us méritent un examen à part , à cause de l'analogie de leur signification et de la manière spéciale dont la règle générale s'y adapte. Composés avec avoirs être, iom les participes de ces verbes donnent naissance à desloci^ tions qui , prises deux à deux , sont synonymes^ à raison de l'identité de leur radical. La synonymie n'est cependant pas absolue , et les verbes dont il est question ne reçoivent pas indifféremment pour auxiliaire avoir ou être. Conjuguez-les avec avoir^ vous repré^ sentez le sujet pendant qu'il a fait l'action de se rendre d'un lieu k un autre; si vous le conjuguez avec être^ vous montrerez le même siyet comme étant dans tel état par suite de cette action. La procession apaesé ici , sous mes fenêtres, je Tai vue ; en parlant ainsi , je songe à l'action de la procession qui passait. La procession e$i pa^êsée, ne l'attendez plus; c'est ce que je réponds à celui qui me demande s'il vient à temps pour la voir, parce qu'alors je ne pense plus qu'à l'état. A trente ans, le temps des illusions egtpaesé, et on se plaint généralement qu'il a passé trop vite. A l'idée d'action propre à l'auxiliaire ai'otr s'en joignent naturellement d'autres qui en forment comme le cortège ordinaire , celles des circonstances de temps, de lieu, de manière, de motif, an milieu desquelles Pactieb s'est produite : quand , par où» comaieiit, pourquoi a-4-il
passé, manié y etc ? Rien de tout cela ne convient à l'anxiliaire être, parce qu'au lieu de marquer l'action, il exprime l'état^ la possession d'une qualité , comme on s'en convainc en le .traduisant , et on le peut toujours, par se trouver. EstAX passé, monté ^ descendu? Se trouve-i-il passé ^ monté, descendu? c^eBi-k-dire dans l'état d'un homme passé, monté, descendu? et le sujet . étant tel , qu'ai-je à faire ? où dois-je le chercher ?
Avoir résulté, être résulté. Etre devenu le résultat ou la conséquence. Avoir résulté présente comme événement et comme s'opérant dans le temps passé ce que être résulté signifie comme chose présentement existante. Vous avez été témoin de leurs querelles , et vous avez vu comment il en a résulté un procès ; moi qui n'y étais point , je sais qu'il en est résulté un procès. Les physiciens , qui suivent les actions ks plus cachées de la nature , peuvent dire que tels ou tels effets en ont résulté,- ils en sont résultés ^ovlt le vulgaire.
II. Une seconde espèce de verbes neutres prenant tantôt l'anxiliaire avoir, tantôt l'auxiliaire être, est celle de ceux qui signifient que le sujet est mis dans un^ certain état, qu'il devient tel ou tel : avoir ei être changé, embelli , etc. Quand ils prennent avoir, ils rappellent l'action ou l'opération qui a mené à cet état ; et s'ils se conjuguent avec être , ils se rapportent tout à l'état et nullement au fait. Les propositions dans lesquelles entre avoir sont propres à représenter le sujet comme étant devenu dans et pendant tel temps , successivement , progressivement, de telle manière et par tel moyen,
ce qu'il est. Celles où le même participe est composé avec être sont simplement énonciatives d'une qualité, et signifient simplement que le sujet est ou se trouve ce qu'il est^ sans autre indication, si ce n'est quelquefois celle du degré. «Vous avez disparu comn^e un éclair. » J.-J. « Maintenant ma première âme est disparue, et je suis animé de celfe que tu m'as donnée. » In. « Les mœurs et l'état de tout le corps de la nation ont changé d'âge en âge. » Fén . c( Quand notre langue sera changée, le dictionnaire servira à faire entendre les livres dignes de la postérité. » Id. « Cet homme est changé à ne pas le reconnaître. » Agad. On pourrait aisément appliquer la règle à chaque exemple en particulier, et la justifier par de nombreux passages des écrivains les plus scrupuleux sur le choix des mots ; mais la facilité même de ce travail nous l'interdit. Llntelligence du lecteur saura bien y suppléer.
III. Cette distinction conduit à une remarque importante qui n'a encore étéfaite par aucun grammairien. Si l'action qu'exprime le verbe
est telle qu'elle anéanlisse le sujets celuUci ne pouvant plus être qna- Jifléapi'ès l'action qui le détruit, le verbe ne devra s'employer qu'avec avoir. Si, au contraire, l'action est très courte, instantanée, ou que l'état du sujet, après l'événement, soit de nature à préoccuper, on se servira plus volontiers àietre que ^' avoir. Les trois exemples qui suivent rendront la chose évidente.
1 . Avoir écfiappéy être échappé. On dit également d'un cerf, qui s'est mis hors de la portée des chiens : il a échappé^ et il est échappé a%tx chiens A\ leur a échappé peint le fait, l'événement; il leur estéchappé&lgniùe l'état où la béte se trouve en conséquence. Il leur a échappé, c'est-à-dire que, par ses ruses, par ses détours, par la légèreté de sa course, en un mot, par son actioQ;; il a évité d'être pris ou saisi par eux ; il leur est échappé, c'est-à-dire que, grâce à l'action qui l'a soustrait à leur poursuite, il est dans un état à ne plus craindre cette poursuite. £n agissant il a échappé, et, depuis qu'il a échappé, il est échappé. Il en est de même de celui qui a échappé relativement à celui qui est échappé à la mort. Il tenait mal sa canne, elle lui a échappé-, elle a fait l'action de choir. Sa canne, dont il a besoin, lui est échappée, ramassez-la lui; elle est dans Tétat postérieur à la chute. Mais voici une autre différence essentielle. Quand TOUS parlerez d'une chose dite ou faite par imprudence, par indiscrétion, par mégarde, par négligence, servez-vous toujours du verbe être, parce que la chose dite ou faite, subsistant après l'action, est propre à être qualiûée en raison de cette action.. « Ce mot ïsi'est échappé. » YoLT. «Peut-être, si la voix ne m'eût été coupée^ l'affreuse vérité me serait échappée, » Rag. Que si vous voulez faire entendre, au contraire, qu'une chose n'a pas été dite ou faite, qu'elle qu'en soitla cause, il faudra toujours préférer avoir, parce que la chose non dite ou non faite ne subsistant pas après l'oubli ou l'omission, ou plutôt ne subsistant pas, sa production n'ayant pas eu lieu, ne peut pas recevoir de qualification qui supposerait son existence. Pour être tel ou tel, dans tel ou tel état, il faut d'abord être. « J'ai retenu le chant, les vers m^ofit' échappé. » J.-B. Rousseau. « Le véritable sens avait échappék tous les tradticteurs. » Acad.
2. Avoir péri, être péri. Être mort, avoir succombé à une cause de destruction. Régulièrement, avoir péri donne l'idée de l'événement, du fait qui a amené la cessation de l'existence, de l'époque de ce fait, de sa manière et de ses moyens : il a péri, en 18I4, d'un coup de sabre, dans un combat, dans les flots. Être péri indique l'état qui résulte de l'action de périr, l'état de ce qui a été fit n'est plus. Toutefois, et malgré l'exemple de Boileau, de Fénelon,
de J.-J. Rousseau, l'Académie ne parait point admettre Sire péri, pasplusqne^Irétfâ^WdansIé sens de Racine, «ce héros «^tV^, » et tout homme de goût répugne à l'employer. La raison en est qa'oa a bien de la peine à considérer Une chose comme étant telle ou telle, dans tel ou tel état, quand elle n'est plus, quand elle a péri. On peut expliquer de même, mais en sens opposé, pourquoi, an contraire, on conjugue toujours le yerhe tomber Si^ec être. L'état de la chose, après la chute, est trop important pour ne pas nous préoccuper tout entiers : la chute, d'ordinaire instantanée, n'intéresse qu'en raison de l'eCTet qui en résulte. L'attention se porte d'abord t^exclusifement sur la chose qui est là, affectée de telle ou telle manière : il faudrait, pour la considérer à son point de départ et pendant le chemin qu'elle parcoiu*t si vite, une liberté d'esprit dont on est incapable ; on ne la voit qu'à son terme, et telle que l'action l'a faite.
S. A^oir parti, être parti. Avoir quitté un lieu, être allé ail^ leurs. On dit plus volontiers, il e$i parti, parce qu'on songe pres^ que toujours à l'état de la personne partie, absente, et aux consé^ quences de son départ : il est parti, il ne se trouve plus ici, je ne le reverrai plus, il habite un lieu éloigné, il va peut-être tomber malade, etc. Mais on dira bien d'un lièvre, il est parti, et il a parti: il ««Ij9arli, c'est-à-dire, il n'est plus ici, ne le cherchez plus ici ; il a parti, c'est-à-dire qu'il a pris la fuite, qu'il s'est soustrait aux poursuites, et qu'il est perdu pour le chasseur; ce qui doit empé* cher de le qualifier par la phrase, il est parti. En parlant de la décharge d'une arme à feu, on dira toujours, le coup a parti. Si on disait le coup têt parti, cela signifierait le coup subsiste, se trouve étuntpartif mais on ne peut pas le considérer comme ayant telle ou telle qualité, comme étant dans tel ou tel eut, après qu'il a été anéanti par le départ.
lY. Une autre conséquence résulte delà distinction générale. Avec utùir le verbe neutre décrit, raconte, c'est-à-dire exprime quelque chose de temporaire et d'accidentel; avec être il qualifie, c'est-à*dire énonce quelque chose de fixe et de durable. Cette différence est bien sensible dans iwoir cessé et être cessé.
Atoir cessé, être cessé. Me plus agir, ne plus se flaire sentir. Le premier marque un fait, et tout fait est relatif, passager, accidentel; le second, une qualité, et toute qualité est plus ou moins permanente. De là, entre ces deux expi*essions une différence particulière^ outre celle qui est commune à tous les synonymes de cette classe. Con- 4iUac l'a ^A saisie, mais ne l'a pas bien expliquée. Quand on dit :
DES SYNONTMCB OtàMMATICAUX. %H
laièvn u emêé, on prÉmme qn'Mle retiendr*; on a ad l&oitts tout lien de le craindre. U fièvre a ûeêêé signifie done qn'elle a 0e##ir moneatanéinent, qu'elle a cené d'agir pour recommencer. Mais, qnand on dît : la fiè?re eêi eesséê, c'est qn'on joge qu'elle ne re?ien« dra pas 5 eeêiée est nn a<yectif, comme le proute son accord avec 4e sajet) et c'est ponhinoi il représente la cessation comme un eut on nae qnalité, c'est-à-dire' comme quelque chose de durable et non comme un accident. « Au commencement du xvm* siècle, ce qu'il appelle persécution iera ûeaé. » Boss. )»
y» Malgré la différence réelle reconnue en commençant entre deux espèces de verbes neutres^ signifiant , les uns que te sujet Mil l'action qui le met dans un nouvel état, et les autres qu'il la subit, ils ont pourtant cela de commun, qu'ils marquent une action d'où résulte nn état; et ce qui fait qu'ils se conjuguent avec avoir ou avec être, c'est principalement qu'on se propose en les employant, ' ou bien de rappeler l'action , ou bien d'arrêter l'esprit sur l'état. Mais deux verbes neutres^ demeurer et rester, se tenir ou s'arrêter en un certain lieu, pendant un cerfain temps, expriment e^ sentiellement l'état. Les locutions synonymiques avoir et éire c/emeuré ou resté ne peuvent donc pas différer en ce que la première désignerait une action et la seconde un état. Il faut se' rappeler ici le second caractère distinctif des deux auxiliaires : avoir n'est pas ienlement réservé pour l'actif, mais aussi pour le passé ; et être est toai ensemble significatif de l'état et relatif au présent. En consè^ qnence, avoir demeuré ou resté désignera l'état comme un fait dans le passé ; être dem^euré ou resté le désignera comme une qualité possédée dans le présent. Avec avoir, on fera entendre quê le sujet nVst plus dans le lien dont il est question , qu^l n'y était fltts on qu'il n'y sera plus à l'époque dont il s'agit ; et avec A^, oft exprimera que le sujet est encore au lieu dont 11 est question, quHl y était encore, ou quil y sera à l'époque dont il s'agit. J.-J. Rousseau dit, en parlant de deux envois qu'il a reçus : n Ils ont demeuré teH longtemps en rmite. » Et ailleurs : « Les premiers traits qui se sont gravée dans ma léte y sont demeurés. ^ De même, Fénelon fait dire k Téfêmaque devant Calypso: <c y ai demeure' captif en Egypte comme Phéatcten. » Et ailleurs îl dit : «c L'école d'Épicure est demeurée perpétuellement dans une égale splendeur. » a Quel temps avet-- ^ous dtmeuré en Angleterre? tu (MoL;) se demande a nn homme quin'e^ plus en Angleterre. Mais si, revenu d'Angleterre, j'y ai laissé «n ami , Je dirai , il est demeuré en Angleterre , pour tel on tel motif) dans telle on telle intention. Du reste, ce deuUé point de
vue convient aussi quelquefois aux verbe» neutres qui marqueni action. Dire qu'une personne a êùrti^ c'est supposer qu'elle est rentrée^ ce qui n'est pas supposé dans , elle est êorite. C'est aussi de cette manière et pour la même raison qu'on doit distinguer les ^eux expressions , avoir été quelque part , et y être allé. Qui a été dans un lieu en est revenu ou sorti; qui y est allé^ s'y trouve encore, ce tous ceux qui ont éték Rome n'en sont pas meilleurs : tous ceux qui sofit allés à la guerre n'en reviendront pas. Lncinde aéléavL sermon^ et n'en est pas devenue plus charitable pour sa voisine. Géphise est allée k l'église , ou elle sera moins occupée de Dieu que de son amant. ». Gir.