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ADVERBES

SYICOIIYMIF. DBS ADV&RBES ET DBS PURilBBS ADYBBBIALCS.

Sagement f açec sagesse.,. Littéralement, à la lettre,». Mortellement, à mort,.^ Légèrement, à la légère',,, Jiondamment ^ en abondance,,. Entièrement , en entier,,. Héroïquement ^ en héros.,. Forcément, de force,,. Provisoire-^ ment , par provision,,. Ordinairement f pour l'ordinaire.

L'adverbe est du nombre des mots que les dictionnaires rendent toujours par une de ces locutions en apparence équivalentes, qui à la réflexion se montrent revêtues de nuances spéciales. Jamais il n'y a parfaite identité entre l'adverbe et son explication ; défaut de jus* tesse inévitable, mais de grande conséquence, parce que l'explication étant souvent aussi usitée que l'adverbe lui-même, il en résulte, pour celui qui parle ou écrit, indécision, embarras. C'est au synonymiste à lever toute difficulté.

Le choix à faire eutre l'adverbe et la locution correspondante pourrait être soumis à une seule règle, si tous les adverbes se trouvaient définis de la même manière^ car l'adverbe ayant toujours même origine et même rôle, serait toujours dans le même rapport arec la phrase explicative. Mais il n'en est point ainsi : les adverbes ne se définissent point uniformément. Leur seule ressemblance à cet égard, ressemblance trop éloignée pour autoriser aucune induction, aucune coiyecture générale, c'est que l'explication se compose d'une préposition et d'un autre mot, ordinairement substantif. A cela près, tout est variable. C'est tantôt une préposition, tantôt une autre, qui commence la phrase adverbiale^ et encore avec ou sans larticle. De son côté, le

Drgitized

mot qui suit la préposition peut avoir bien des caractères différents, appartenir à plusieurs classes diverses de substantifs.

A défaut de règle suprême qui domine tous les cas, rien n'empêche d'établir des règles moins générales qui atteignent encore un grand nombre d'exemples, et doivent nécessairement varier suivant que la phrase adverbiale se compose de telle préposition et de telle sorte de substantifs. Mais, avant tout, il faut caractériser l'adverbe. L'adverbe a toujours avec l'adjectif une étroite parenté ; car il en est formé, et souvent il n'en diffère que par sa terminaison ment: tels sont proprement, sntsémenty par rapport à propre et à iensé. Il tient de sa destination un autre trait distinctif. Il accompagne d'ordinaire le verbe, comme l'adjectif le substantif 5 aussi existe-t-il entre ce mot et le verbe une espèce d'affinité ou d'alliance intime ; il en prend la livrée, il se teint de ses couleurs, il participe à ses diverses nuances. C'est principalement de celte double relation de l'adverbe avec l'adjectif et avec le verbe que dépendent, en ce qui le concerne, ses rapports d'opposition ^ l'égard de la phrase adverbiale. Après ces considérations, les seules qui pussent être tout àfait générales, mettons l'adverbe en présence de ses différentes définitions.

L Adverbe et phrase adverbiale composée de la préposition avec et d'un substantif. Sagement, avec sagesse. Exactement ^ avec exactitude. Coura» geusementy avec courage. Passionnément^ avec passion.

Ici l'adverbe est au verbe ce que l'adjectif est au substantif qu'il précède, et. la phrase adverbiale est au verbe œ que L'adjectif est an substantif qu'il suit; c'est-à-dire que Tadverbe et la phrase adverbiale modifient tous deux le verbe, mais l'un en caractérisant la nature de l'action d'une manière étendue, vague, générale, et l'autre en en marquant une circonstance particulière, un accident, mais d'une manière plus rigoureuse et plus conforme à l'idée strictement exprimée par le radical commun. L'analogie est d'autant plus grande entre Fadverbe et Tadjectif préposé, d'une part, la phrase adverbiale et l'adjectif postposé de l'autre , que l'adverbe peut effectivement aussi se placer avant le verbe , tandis que la phrase adverbiale doit toujours se placer après. De là vient que l'adverbe exprime une modification, une qualification constante, qui, en donnant au verbe un sens déterminé, se confond en quelque sorte avec lui, et s'étend avec lui sur toute la durée de l'action; la phrase adverbiale , au contraire , ne tenant pas ainsi au verbe , n'en' étant pas ainsi inséparable , n'exprime qu'un point de vue accidentel de

24t TRAITÉ

. raciîon d<«t elle n'embrawe pa» toute l'étendue. Un honme «ni s'eet conduit sagement a été sage dans toute sa conduite j sa conduite a été sage : un homme qui s^est conduit avec sagesse a mi» de la sagesse dans sa conduite j il a de la sagesse. Quand donc il s'agit de mettre l'habitude en opposition avec un acte, Fadverbe est plus propre à désigner l'habitude, parce qu'il marque une influence forte et constante, qui suit le verbe dans tout le cours de Taetioii et imprime h l'action un caractère distinctif. On vit froidement avec une personne; et, dans l'occasion, on la reçoit apec froideur. Un auteur qui n'écrit pas ^^^mmeniT peut loutefoisde temps en temps rendre des pensées awo ^«'^an^. La finesse , la méclwnoeté même peu* vent quelquefois s'énoncer avec naïveté; mais il n'est dottné qu'à la candeur et à la simplicité de parler toujours nmvement. « Gergias fut le premier qui se vanta de parler éloquemment de tout... Gorgias et Calliclès discouraient élégamment sur toutes ehosea. »

FÉITBLOir.

Tels sont les accesswres reconnus pat Beauxée et Roubaud, da cdté de l'adverbe la généralité, la constance, l'habitude, et duc^té de la phrase adverbiale la particularité, ta contingence, le peu d'étendue. Ils ne tiennent pas seulement à l'intimité de l'adverbe et êm verbe, laquelle fait exprimer à l'adverbe une qualification égale en durée à l'action même, mais au^si au rapport de l'adverbe avec Tadjectif. Vous vous conduisez sagement, c'est-à-dire en homme sage que vous êtes. Il n'y a rien dans avec sagesse, qui témoigne de même que la sagesse vous soit inhérente.

Mais si l'adverbe désigne m modifleation d?une maniéré g^érate, constante et habliuelte, eommè l'adjcetif préposé, U la déuigne aussi comme lui, et ptti* la même raisen, d'une manière large, vigineupea précise. Cela résulte cnoere d'une autre eireonstanee. Quant à si valeur fondamentale, l'adverbe oorreépond bien au substantif f|ni sert à l'expliquer; mais, en passant par l'a^edif, ©eue valeur « souvent subi de graves altértttloAs. Smgtmmt vient de #«^, q»l signifie, conforme à la sagesse, ayant rapport à la «agesse, qui tieni de la sagesse ; de sorte que se condnire#ii^#m«^, ee «Test paa iwt-* jours précisément se conduire avec mgeese^ mais d'une manière qui a rapport à la sagesse, qui approche de la sagesse, et etst pourtuot> au Ueu de définir sagement par, avec s^^êsse, tt vattt mieux et ett préfère quelquefois lui donner pour équivalent, d'une i^anMiètê sage; et de même d'un grand nombre d'adverbes. Toutes les aeœp^ tiens détournées, métaphoriques, approximatives que reçoil Pkiée radicale dans l'adjecilf se réfléchissent dans l'adverbe. K ne îrattraft

dèfl-lors y avoif parité entre lui et nne locution dans laquelle cette même idée a coniervé toute sa valeur primiti?e. Ainsi furieuse^ ment ne signiRe pas avec fureur, mais beaucoup, énormément ^ de même que l'adjectif furieuùt dans wn furieux menteur^ une/ii^ rieuse dépense. Passionnément et affectueusement n'équivalent pointa avec passion^ avec affection; passionnément, c'est-àdire en homme passionné^ tout particulièrement possédé par une passidn; affectueusement, c'est-à-dire en homme affectoeui^, plein d'affection^ et de cette affection qui se marque par de petite soinsy conformément à la valeur de radjectif»

Donc, en résumé, la modification verbale a plus d'étendue» mai* moins de précision dans l'adverbe que dans la phrase adverbiale. Yons vous Conduises sagement voudra dire : dans toute votre oondnlte se révèle un esprit de calme et de modération qui votis est propre ; vous vous conduisez avec sagesse s'emploiera plutôt dans nne certaine occasion pour dire : vous vous distinguez par un trait de hante sagesse. A la mort d'un honnête homme^ lou«2*le de s'être conduit sagement; toute la postérité a rendu à Salomon le témoî* gnage qu'il s'était eonduit avec sagesse en décidant^ Comme il le fit, le différend survend entre deux courtisanes.

Voilà comment, à ne considérer qoe sa fàoe adjectivc, l'adverbe dillère dé la phrase adverbiale^ compas^ de la préposittoa at^it? et d'un substantif. Voici maintenant comment il s'en distingue en vertii de son rapport avec le verbe.

L'adverbe est pour le verbe ce qu'est l'adijecrif pour le substantif. Il s'y ajoute et te qualifie. De cette concomitance habituelle naît pônr l'adverbe relativement an verbe une certaine analogie de signi-fication dont lesynûnymiste doit tenir compte. C'est un caractère de subjectivité par lequel l'adverbe se rapporte toujours en qtfelque manière an sujet de l'action. La phrase adverbiale, au contraire, est presque toujours H>bjective, c'est-à-dire modificative de la chose. Ainsi,, po^ar nous faire comprendre immédiatement par un exemple^ un pian sagement combiné donne une haute idée du mérite de son auteur; un plan combiné avec sagesse fait entendre que les moyens y sont bien adaptée aux fins. Vous avez sagement fait de quitter celte société j je vous en loue : ses mesures étaient prises avec sagesse; Tennemi se pouvait guère échapper. Fénelon a bien senti cette différence dans le passage suivant : « On a donné souvent aux Romains un discourt trop fastueux : ils pensaient hautement, mais ils parlaient <weù modération. » Modérément formerait un contre-sens, car il s'agit ici des Romains considérés objectivement^ dans leurs discours, par

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rapport à une qualité extérieure, qui n'oblige point à porter l'atten- * tion sur eux-mêmes. Cet écrivain dit encore, au sujet de J.-B. Ronsseau : « li pense hautement; it peint bien et avec force, » En conséquence on devra dire plutôt, soupirer, désirer, aimer ardemment, et, se battre ou disputer avec ardeur : là, le sujet seul est en scène avec ses sentiments intimes; ici, on en peut considérer les effets. Faction extérieure. « Il doit, au fond de son cœur, désirer ardem-ment l'expulsion de ses durs maîtres. » J.-J. « Je cours , je monte avec ardeur, je m'élance sur les rochers, etc. » Id. On a mis beaucoup de soin à faire ce qui est soigneusement fait; ce qui est fait avec soin est soigné : d'une part, la pensée se tourne vers le sujet, de Tautre, elle se porte vers l'objet. « Elle me conjura que le secret iiki soigneusement gardé. » J.-J. «Ces vins n'ont d'autre façoji que d'être recueillis avec soin. » Id. Le rapport est le même entre attentivement et avec attentiofi : celui qui écoute ou examine attentivement est attentif, celui qui écoute ou examine avec atten-tion ne perd rien, rien ne lui échappe. « Je prêtai l'oreille attentivement. » J.'J. c( Je demande en grâce qu'on me relise avec atteti^ tion. » Id. Même remarque mr passionnément et avec passion : outre que l'adverbe a un caractère de constance qu'il doit à son origine a<]yectiye, il arrête les regards sur le sujet seul; la phrase adverbiale, au contraire. « Les sauvages de l'Afrique aiment passionnément la danse et les instruments de musique. » Moiïtesq. C'est une qualité permanente et envisagée dans le sujet. « Si j'ai faim, je cherche avec passion la nourriture nécessaire. » Boss. Il s'agit ici d'une affection momentanée et considérée hors du sujet, dans ses actions. Fénelon dit dans le même sens : « Les personnes considérables, qui parlent avec passion dans une tragédie, doivent parler avec noblesse et vivacité, »

Qu'on rapproche l'adverbe certainement de la locution adverbiale synonyme avec certitude, on trouvera sans difficulté de l'un à l'autre la différence que nous venons de signaler en dernier lieu. La subjectivité frappe tout d'abord dans certainement; c" est nn terme affirmatif, par lequel le sujet expose sa conviction, et l'autorité qu'il veut donner à son discours par son témoignage, plutôt que les . raisons qu'il peut avoir d'assurer ou d'affirmer; avec certitude, au contraire, est tout objectif, il se rapporte aux raisons qu'on a de croire et de dire une chose comme certaine. A la rigueur môme, il n'y a pas de synonymie entre les deux expressions: l'une est toute relative au sujet, et signifie assurément; l'autre regarde uniquement les motifs de la conviction^ et ne s'emploie guère qu'avec cofi-

naître et savoir. Aussi ne pourrait-on substituer avec eerlUude à * certain entent à2ins ce vers du Misanthrope : « Voilà certainement des douceurs que j'admire. » Mais si la subjecti?ité de Tadverbe et Tobjectivité de la phrase adverbiale mettent souvent entre eux une telle distance^ que leur confusion soit véritablement impossible, quelquefois aossi certainement se prend dans le sens d^avec certitude et accompagne également les verbes connaître et savoir. Dans ce cas, il se distingue toujours par la même circonstance 3 il conserve un reste de subjectivité et se considère in ordine ad nos, an lieu que avec certitude se considère in ordine ad se: savoir eepainement, c'est savoir de manière à ne pouvoir douter ^ savoir avec certitude, c'est savoir de manière que les choses sues soient inébranlables et dégagées de toute obscurité.,a Si j'étais dans une ville, dit Pascal^ où il y eût douze fontaines, et que je susse certainement qu'il y en eût une empoisonnée, etc. » Certainement, c'està-dire de manière à en être sûr ou pleinement convaincu. Ailleurs il dit : (c Quand FÉcriture même nous présente quelque passage dont le premier sens littéral se trouve contraire à ce que le sens ou la raison reconnaissent avec certitude, il ne faut pas entreprendre de les désavouer. » Avec certitude, c'est-à-dire, de manière à n'avoir plus besoin de preuves, et à ne pas redouter les contradictions.

II. Adverbe et phrase adverbiale composée de la préposition à et d*un substantif.

I® Qoand le substantif est un substantif ordinaire avec ou sans l'article. Z/Vteralement, à la lettre. Rigoureusement^ à la rigueur. Unanimement, à funa» nimité. Follement, à la folie. Foncièrement, à fond, Mortellement, à mort, à la mort. Excessivement, à V excès.

Le changement de préposition ne parait pas faire varier ici d'une manière notable le rapport de l'adverbe à la phrase adverbiale. Quelquefois même celle-ci commence indifféremment, ou peu s'en faut, par à ou par avec : rigoureusement, à la rigueur, ou avec rigueur; follement, à la folie, ou avec folie; excessivement, à f excès, ou avec excès. La présence ou l'absence de l'article est aussi une circonstance trop accessoire pour mériter attention. C'est donc plutôt encore à l'adverbe qu'à la phrase adverbiale à fournir les éclaircissements; ce qu'on doit encore consulter avant tout, c'est la double influence qu'il subit de la part du verbe, comme son satellite grammatical, et de la part de l'adjectif d'où il dérive. On doit s'attendre^ par conséquent, à trouver toujours dans l'adverbe sub-

jeetivité, étendue et indétermination ; dans la phraae adverbiale^ olw jeetivité et précision.

LiUéralement y à la Mire. Selon la lettre , au pied de 1» lettre. Liiiéral0îneni a rapport à la manière d'agir du sujet et la rappelle, qu'elle soit louable ou blâmable : à la Mire se rapporte plus au sens littéral, à l'esprit, à l'objet du discours. Si vous traduises Ht^ iérahmenif vous avez le mérite ou le tort de suivre le sens littéral; si vous traduisez à la Mire , Ja chose k traduire ne subit eatre vos mains aucune altération quant au sens littéral. Si c'est sur le soin de traduire que vous voulez appeler l'attention , vous dires pltttàt HitéralemêHi, et, au contraire, à la Mire, si vous êtes préoivottpé de ee que devient la chose traduite. Ce qui est dit , traduit iùiéraiemmiji eu égard à l'interprète, c'est ce qui est dit, traduit à la Mtre , eu égard au sens de la chose traduite. L'un est fidèle^ ment rendu , et l'autre rendu avec fidélité. On ne dit guère Huéra-^ lenuni qu'en parlant de traductions , parce que c'est alors seule* ment qu'on peut vouloir faire ressortir la manière d'agir du sujet , et à la Mire s'emploie toujours quand il est question de la valeur naturelle , intrinsèque. LiUéralement, d'une manière conforme au sens littéral, d'Une manière qui a rapport au sens littéral, ne doit se dire que quand il s'agit de reproduire approKimativement le sens littéral , quand il s'agit de l'interprétation des mots , des expressions , des phrases. A la lettre , suivant le sens littéral , à la rigueur, doit seulement servir à marquer la stricte observation du sens littéral, En un mot, celui-là concerne le comment,et celui-ci la chose en soi. Il ne faut pas prendre littéralement ce qui ne se dit que par méiaphore. Il ne faut pas prendre à la lettre ce qui ne se dit qu'en plaisantant, a II lui semblait qu'on expliquait trop littéralement et trop durement récriture. » J.-J. « Il y a mille manières de parler qu'il ne faut pas prendre à la lettre. » In. « Tu ne tueras^ point, dit le Décalogue. Si ce commandement doit être pris à la Mtre, il ne faut tuer ni les malfaiteurs, ni les ennemis. » Id.

Rigoureusement , à la rigueur. Avec beaiicoup de sévérité , sans faire aucune grâce. Rigoureusement se considère relativement , et à /a rigueur absolument , en soi. Rigoureusement exprime la manière d'agir en rapport avec le sujet dont il rappelle ta qualité et les sentiments : celui qui punit rigoureusement punit en homme rigoureux. A la rigueur fait abstraction de l'agent; il ne le présente ni squs un jour favorable , ni sous un jour défavorable. Vous ferez à quelqu'un un mérite ou un tort d'avoir agi rigoureusement ; vous vous en prendrez à son caractère ; celui

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qui agit à là W^^r va jusqu'où la règle lui permet d'aller. De là vient qu'on se sert plutôt de rigoureusement avec les verbes fratUr, punû", pour déterminer et caractériser la conduite qu'on tient envers les antres^ et de à la rigueur quand il est question d'actions abstraites , spéculatives : observer ou expliquer une loi , Juger une opinion à la rigueur. D'ailleurs^ rigaureueement dit plus y parce que l'adjectif rigoureuse signifie plein de rigueur, qui a beaucoup de rigueur. Une vérité rigaureuêemeni démontrée Test en toute rigueur.

Unanimement, à Vunanimité.W\m commun accord, d'une commune voix. On conclut quelque chose unanimement, ou à funanimiiéùBns une assemblée. A f unanimité représente absolument et en soi cette circonstance du fait; %manimement\9i représente en rapport avec les sentiments dont sont animés ceux qu> donnent leurs suffi^ages. Toutes les fois qu'un parti de coalition yoX^ à VunanimUéy il ne vote pas unanimefnent, tant s'en faut. L'unanimité û^unanimement suppose union et harmonie de tous les sentiments, de toi^tes les opinions ; à Vunanimité suppose seulement rencontre de toutes les voix.

Follement, à la folie. Aimer follement ou à la folie une personne ou une chose, c'est l'aimer extraordinairement, excessivement. Celui qui aime follement aime en fou, comme un fou ; et l'adverbe est à son égard une qualification vitupérative. A la folie ne qualifie que l'action d'aimer , dont il marque l'excès d'une manière spéciale et précise, tandis que follement \q fait avec plus de vague, en y mêlant l'idée métaphorique et affaiblie de folief morale, d'extravagance.

Foncièrement, à fond. Connaître une chose foncièrement ou à ^mdf, c'est la connaître parfaitement, de manière à saisir ce qu'elle a de plus obscur et de plus difficile à connaître. L'un exprime l'idée commune avec plus d'étendue, et Fautre avec plus de force. Le premier Indique la possession d'une qualité, et le second, seulement le fait de pénétrer profondément. Connaître foncière^ ment,&e%i connaître en homme foncier , comme on disait autrefois, c'est-à-dire en homme habile dans toute une science, dans tout un art. On possède une science foncièrement; on s'Instruit à fond sur un point de droit ou de fait, sur un point de chronologie, d'histoire, de théologie. Examiner une affaire foncièreînent êVip^^ose qu'on l'examine dans toutes ses parties \ l'examiner à fond est opposé à l'examiner superficiellement, et rien de plus.

Mortellement}, à mort , à la mort. Blessé , frappé mortelle* ment ou à mw^^ c'est-à-dire de manière que mort s'ensuive. A

mort a plus de précision et implique plus de certitude; il signifie proprement, de sorte que la mort s'ensuivra. « Il est advenu à plusieurs d'entre les gladiateurs , étant blessés à mort de force plaies^ d'envoyer demander au peuple s'il était content de leur devoir. » Montaigne. Mortellement, d'une manière mortelle, qui a rapport à la mort, qui est capable de la donner, emporte seulement que la mort pourra s'ensuivre , parait devoir s'ensuivre. On dit plutôt malade mortellement que malade à mort y parce que la mort n'est guère jamais que l'effet probable et éloigné de la maladie. Au figuré^ mortellement et à la mort sont synonymes comme ayant tous deux le sens d'excessivement. Hair mortellement ou à la mort. Mais l'un annonce une haine plus étendue, plus complète > plus durable, et l'autre une haine plus énergique.

Excessivement, à ï excès. Outre mesure. L'adverbe dit plus, la phrase adverbiale dit mieux ou plus expressément. L'adverbe , susceptible de se placer avant comme après le verbe ou l'adjectif^ a un sens étendu, complet, mais vague et souvent hyperbolique. ^4 V excès dégage et met à nu l'idée commune; il la fait sentir dans tonte sa force. Un homme excessivement libéral l'est beaucoup au-delà de ce qu'il faut, sans détermination précise; libéral à V excès signifie seulement plus libéral qu'il ne faut, mais il le signifie nettement, à la rigueur 9 et sans exagération.

1^ Quand le substantif est un adjectif pris substantivement avec ou sans article. Aveuglément^ à Vavvugle. Présentement^ à présent. Ordinairement, à Vçrdinaire. Préalablement^ au préalable. Étroitement^ à retrait. Faussement, à faux.

L'un des deux moyens de distinction ci-dessus établis nous échappe^ celui qui résulte de l'origine adjective de l'adverbe ;.car il se trouve maintenant que cette origine est aussi celle du mot qui, dans la phrase adverbiale , correspond à l'adverbe. Ce dernier ne conserve donc plus de manifestement caractéristique que ce qu'il tient de son rapport avec le verbe, sa subjectivité. C'est dans cette considération comme à leur unique source qu'il s'agit d'aller puiser les différences. Mais ajouter ici quelque chose de plus précis à cette indication générale, ce serait anticiper sur des détails incompréhensibles sans les exemples.

Aveuglément, à t aveugle. Étourdiment, à l' étourdie. Amiablement, à V amiable. Légèrem,ent, à la légère. Ces synonymes se réunissent naturellement en un même groupe, à cause de leur commune analogie. Tous servent à modifier une action avec rapport

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à une qualité de l'agent. Mais l'adverbe néanmoins ne le fait pas absolument de la même façon que la phrase adverbiale. 11 représente comme propre et inhérente au sujet, comme concentrée en lui , la qualité qui apparaît dans la phrase adverbiale comme quelque chose de constitué hors du sujet, comme une mode à laquelle il participe de loin. L'adverbe et la phrase abverbîale modifient l'action en montrant l'agent, l'un sous l'empire d'une qualité fondamentale, dont il est pénétré, l'autre sous l'influence d'une qualité d'emprunt, superficielle, qui ne regarde que l'extérieur. L'application seule peut faire sentir la justesse et la portée de cette règle.

Aveuglément, à V aveugle. Ces deux expressions, également figurées, marquent également une conduite qui n'est pas dirigée par les lumières naturelles. Aveuglément équivaut presque à en aveur gle y à raveugle, à la manière aveugle^ signifie proprement, à la manière des gens aveugles. Celte sorte de phrase adverbiale est commune dans notre langue : habit à la française ; chanter à tita- Henné/ veau à la bourgeoise ; faire quelque chose à la diable. Ce sont là autant de locutions elliptiques, qui supposent un substantif, celui de 97tam^r^. Celui qui agit aveuglément agit eu aveugle qu'il est ; celui qui agit à V aveugle agit à la manière des gens aveugles, comme s'il était aveugle. Aveuglément annonce plutôt un défaut qui tient à Pâme, et à V aveugle convint mieux pour exprimer une faute commise par irréflexion. « Les vrais dévots donnent bonnement dans le panneau des grimaciers, et appuient aveurglément les singes de leurs actions. » Mol. « Dans la suite les Luthériens s'emparèrent de son esprit, et le firent donner à t aveugle dans leurs sentiments. » Boss. Beauzée et Roubaud s'accordent sur ce point. « Qui agit à l'aveugle, dit le premier, n'est pas éclairé: qui agit aveuglément ne snit pas la lumière naturelle; le premier ne voit pas, le second ne veut pas voir. » « Celui qui fait une chose sans y regarder, dit Roubaud, la fait à T aveugle, mais faute d'attention seulement. Celui qui n'entend pas les affaires ne peut se conduire par ses lumières propres ; mais il doit suivre la lumière naturelle qui l'avertit de ne pas se livrer aveuglément au premier conseiller. Quelqu'un qui, pressé de s'en aller, reçoit sans examen la marchandise qu'on lui présente, la prend à V aveugle; quelqu'un qui, libre de choisir entre deux partis, aime mieux qu'on le détermine que de délibérer lui-même, se laisse aveuglément mener. » Ensuite, aveuglément, toujours parce qu'il suppose comme inhérente au sujet la qualité qui le fait agir, se dit plutôt en matière grave et d'une suite d'actions; à /'at?^^/«, attribuant au siyet,

eomme par eommunictUon accidentelle, cette même qaalité qui lui est naturellement étrangère, se dit plutét en matière légère et d'an acte simple. On est soumis, on obéit aveuglément) on agit à îa^ V0Uffie, par caprice, par instinct, par imitation. L'église veut qu'on croie aveuglément tout ce qu'elle enseigne, mais non pas qu'on croie 4 t aveugle tout ce que dit tel ou tel docteur. Il se forme en Qous une habitude de raison et de conduite à laquelle nous ne faisons, à la fin, que céder aveuglément dans le train ordinaire de la vie ; il y a telles occasions où il n'est plus temps de délibérer, et où il faut bien agir à taveugle, Étmrdimênt, et à t étourdie diîfèniïi absolument de même ; tout détail serait superflu. 1^ Àmiahlemmit , à f amiable. Ayec douceur. L^adterbe désigae une manière d'agir propre à Pagent et qui implique en lui un fond de douceur. A tamiable exprime une manière ordinaire d'arranger les choses, à laquelle l'agent se conforme comme tout le monde, mais sans que la douceur s'étende au-^delà du procédé. On ptrle à une personne amiablemeni, et non à ^amiable. » Mélanchthon manda à Bacon qu'il trouvait Luther plus traitable , et qu'il comihençait è parler plus amiablement de lui. » Boss. On termina une affaire amiablement et à tamiable; amiablement, en vertu d'un esprit particulier de bienveillance et de conciliation ; à f amiable , c'est*à^dire , par voie de douceur et de conciliation , sans procès , sanj combat , comme cela se pratique communément dans les affaires, où l'on ne plaide pas , où l'on n'en vient pas aux armes. « Luther dénonçait de terribles jugements de Dieu à l'un et à l'antre parti , s'ils ne convenaient à f amiable. » Boas, a Des personnes pieuses procurèrent une conférence pour ramener ces hérétiques à tamiable. » U-

Légèrement , à la légère. Ces expressions sont synonymes an propre et au figuré. Considérons-les d'abord au figuré, c'est-à-^diro en tant qu'elles signifient, inconsidérément ou lestement, en tant qu'elles dénotent ou un défaut de réflexion , d'examen, de juge* ment, ou un défaut d'égards, de ménagements, de bienséance. Qui agit légèrement, agit en homme léger qu'il est ; qui agit à la légère, agit à la manière des gens légers , comme s'il était léger. C'est-à*dire que la légèreté est présentée, d'une part, comme inhérente au sujet, comme constituant en lui un défaut de fond, e| de l'autre, comme lui convenant passagèrement et superficiellement, comme n'atteignant en lui que la forme, l'air, le costume, les manières. L'homme irréfléchi agit légèrement; l'homme frivole agit alla légèi^. It nt fant pas se déterminer légèrement^ ni parler à la Ut

DES SYNONYMES OEAMMÀTICAUX. Ut

gère. À la légère n'est pas toujours de conséquenco eomme légère^ ment. « Ceux qui traitent si légèremeni la foi conjugale, ne sont pas gens à faire une si grande affaire des fautes qui précédèrent rengagement » J.<^. « On peut, dit Lafontaine, en parlant des amis, raisonner avec eux sur le bon, sur le beau, pourvu que ee dernier sa traite à la légère, » Au propre, nous disons, armé, vêtu légèremeni ou à la légère. Mais légèrement appelle Patt^ntion sur le aiUei et sur l'effet qu'il éprouve ; à la légère montre le sujet avee nno certaine manière d'être armé ou vêtu communément usitée , et qui se caractérise plutôt par sa forme que par son effet « Les soldats armés légèrement ont des armes et des vêtements qui ne les chargent point ; les soldats armés à la légère ont une espèce par«r ticulière d'armure qui les distingue. En été , on est vêtu légère-^ ment/ à la campagne, on est yêtu à la légère.!» Bous.

Présentement , à préêent. Dans le moment présent , dans la partie du temps où nous sommes. De même que légèrement, amiahlement, etc. , expriment une modification verbale résultant d'une qualité du sujet considérée dans le sujet seul , et indépendammçnt de toute manière d'agir semblable usitée hors de lui et avant lui , de même j^r^^^n/^man^ arrête les yeux de Tesprit sur le fait seul qu'il sert à modifier. Il désigne un présent essentiel^ circonscrit, absolu, indépendant de tout ce qui précède. Et comme à la légère , à T amiable, modifient l'action en rapport avec un mode d'agir établi d'ailleurs , et sans exprimer la qualité dans le sujet d'une manière aussi réelle et aussi fondamentale, ainsi à présent est moins strict, moins rigoureux que présentement, et, en outre , Il est presque toujours relatif à^ un temps antérieur. Nous disons, tout présentement, pour, à l'instant même. « Tout présentement tu vas en recevoir le juste châtiment. » Mol. « Mais j'avais médité tantêt un coup de maître , dont tout présentement^ je veux voir les effets. » In. « Au moins , je vous ordonne d'aller tout présentement rompre l'engagement que vous avex avec le père. » Rég. Le sens de présentement t%ï encore celui-là, quand on l'emploie seul. Dans la préface de la Recherche de la vérité, Mallebranche parle de l'ouvrage qu'il donne présentement au public, ce Je suis homme à saisir les gens par leurs paroles, et j^ai présentement besoin de cent pistoïes. » Mol. « Partant reste toujours six cents livres , que je vous prie de me ^ountr présen-tentent. » Réo. Une maison est à louer présentement, dans le temps même où l'écriteau est apposé , pour le terme présent. An contniire, les exemples suivants montrent bien ce qttll y t de

relâché et de rtlaiiï dsuïs à présent « Non , mon coeur à présent vous déteste. » Mol. « Non, ma mère , je change à présent de pensée. » Id. « Eh bien! es-tu Sosie à présent? » Id. « La maison à présent , comme savez de reste , au bon monsieur Tartufe appartient sans conteste. » Id. « Ah ! ma foi, me voilà de son trouble éclaircie; sa surprise à présent n'étonne plus mon âme. » Id. <c Est-ce donc pour s'aimer qu'on s'épouse à présent ? » RÉa. <c Et voilà votre montre enfin raccommodée ; elle sonne à présent, » Id. « Je vous prenais , monsieur, pour un homme de bien ; mais je vois à présent que vous ne valez rien. » Id. « Nous avons assez monté, descendons à présent, » Montesq. Commis à présent désigne un présent étendu , qui se prolonge, on dit bien : à présent que, encore à présent; on ne dit guère -. présentement que, encore présentement, ta A présent que l'amour succède à la colère. » Goair. « A présent que je suis assis dans la chaire de J. G. et de ses apôtres. » Boss. « Cantiques employés par tous les anciens, et encore àprésent par certains peuples. » Id. <c Le Capitole et la citadelle gardent encore à]présent des marques que les ennemis s'en sont rendus maîtres. » Mall.

Ordinairement, à V ordinaire. Se disent en parlant de ce qui a souvent lieu. Ordinairement sert à affirmer, à annoncer qu'une chose se fait fréquemment, de manière à constituer une habitude» A r ordinaire, selon la manière ordinaire, rappelle une habitude déjà établie antérieurement, qui a déjà une existence indépendante du fait dont on parle. L'un marque une particularité, comme légèrement, et l'autre, conformité à quelque chose de général, d'habituel, d'usité, comme à la légère. Faire une chose ordinairement, c'est avoir l'habitude de la faire. « Les gens du pays des fables donnent ordinairement noms et titres agréables assez libéralement. » Laf. Faire une chose à V ordinaire, c'est faire dans un cas particulier une chose qu'on a l'habitude de faire, ou comme on a l'habitude de la faire. « Le pasteur était à côté, et récitait à V ordinaire maintes dévotes oraisons. » Laf. « Riez, Zélie, soyez badine et folâtre à votre ordinaire, » Labr. « Ma petite femme, ma mie, votre peau vous démange à votre ordinaire, » Mol.

Préalablement, au préalable. Auparavant, avant toutes choses. Ces deux expressions, usitées seulement quand il s'agit de dis^ cours et de discussions, se rapportent, l'une à la personne qui parle, l'autre aux choses qu'elle dit ou doit dire. Pour conserver votre réputation d'homme poli, vous ne devez répondre à votre adversaire qu'après VsL\o\r préala^lemetU remercié de la bienveillance de ses

paroles. Cette conclosion ne serait légitime^ qu'autant quî^au préalable telle proposition aurait été démontrée.

Faussement, à faux. On accuse quelqu'un faussement ou à faux, c'est-à-dire, sans rais^on suffisante, sans être fondé à le faire. Faussement regarde plutôt Paccusation et l'accusateur, àfauj: l'accusé. D'une part on songe à celui et à la disposition de celui qui, sans le savoir ou le sachant peut-éti'e, dit des choses contraires à la Yérité ; de l'autre, on se représente celui qui est l'objet de l'accusation comme éprouvant un tort, comme blessé dans son honneur on dans ses biens. L'adverbe a plus rapport au fait, et la phrase adverbiale au droit.

Étroitement, à l* étroit De manière à n'avoir pas asçez de place^ de liberté. Il y a la même différence à-peu-près entre ces deux expression^ qu'entre légèrement tl à la légère, pris au propre, c'est-à-dire toujours la différence du subjectif à l'objectif. Où vous êtes étroitement logé, eu égard à vous, vous êtes logé à V étroit, eu égard au local. Quand vous êtes étroitement logé, vous souffrez, vous êtes gêné, mal à Taise, votre condition, vos goûts sont contrariés; quand vous êtes logé à l'étroit, le lieu que vous habitez est trop resserré; il faut ou le quitter ou l'agrandir. On est, on se trouve à V étroit, comme on est, comme on se trouve au large, et ces deux expressions sont moins relatives aux sentiments éprouvés dans les états qu'elles rappellent, qu'à la constitution des choses qui produisent ces états.

Aisément, à Vaise, Une porte s'ouvre aisément et à taise. Aisément idM considérer la portç elle-même comme s'ouvrant dételle façon marquée par le radical, et à Vaise rappelle les obstacles dont l'absence lui laisse un libre jeu. Si une porte ne s'ouvre pas aisément, ceux qui entrent sont obligés de la pousser avec effort ; si elle ne s'ouvre pas à Vaise, elle est mal faite, mal posée ou arrêtée par un obstacle.

III. Adverbe et phrase adverbiable composée de la préposition en et d*iin substantif.

i*^ Quand le substantif est un substantif ordinaire. Abondamment, en abon* dance.Conséquemment, en conséquence. Personnellement, en personne. Confidentiellement, en confidence. Processionnellement^ en procession.

Comme élément de différence, la préposition parait encore importer assez peu. S'i| est permis sous ce rapport de ne point tenir compte du sens particulier des prépositions avec et à, il ne saurait y avoir grand inconvénient à négliger celui de la préposition en^

^$4 TRAmt

^i éqaifâut tftntèt à l'une tt tanuyt à l'autreteadU égatemeati verser des pleurs en abondcmee Ou avec cAùndance^ au ûoê et tm CM qu'il tienne > être payé à raison ou en raison de l'ouvrage qu'on a fait. C'est donc encore à l'adverbe, et dans l'adverbe ft son double caractère adjectif et verbal, qu'il faut demander com^ ment cette sorte de mot se distingue de la phrase, commençant par en, qni sert à l'expliquer dans nos dictionnaires. Et sans doute on retrotttera^ toi^ours l'un ou l'autre des deux rapports d'oppositioa d^a signalas, ou tous deux eti même temps, savoir celai du subjectif à l'objectif, et 'celui qui existe entre un s«^ns d'une grande étendue, indéterminé, et un sens précis et rigoureux.

Abondamment^ en abondance. Beaucoup, en grande quantité. AùvndammentumlïM l'action en rapport avec le sujet, et en nhondancê la qualifie en rapport avec l'objet. On pleure abon^ dammenif on verse étêi^tnrBenubandanee, Â moins d^étre abon^ dmmnent pourvu de certaines choses, on ne peut les donner en abandan&e. On dit é^lement, ses pleurs coulaient a^onf/amiii^f, et en ubùndan^f mais en abondance présente distributivement, et comme on le ferait pour les parties d'un tout, les pleurs sur les-> quels abondamment n'appelle pas ainsi l'attention. L'adverbe a le densde, beaucoup, sans détail; il énonce le foit^ mais ne décrit pas m chose ; c'est par rapport à cdle-ci une expression ragoe, abstraite, idéalisée, par cela même qu'elle en détourne l'esprit pour le fixer sur le sujet qui agit ou sur son action. Ce n'est pas que xt^OTt'* damment soit impropre à marquer la succession et l'étendue, mais il la marque dans le foit et non dans la chose ; il a plus de rapport au temps et à la force qu'à l'espace et ad nombre. Il pleut o^OTTcfcrmm^^, quand il pleut longtemps et d'une manière forte, femarquable; la pluie est tombée en abondanôe, quand elle est tombée en grande quantité, de manière àinonder les routes et les plaines, à faire déborder les fleuves, à tremper profondément I» terre. L'adverbe coduvient mieux en parlant de ce qui se fait, et ta phrase adverbiale en parlant de ce qui est j l'un se rapporte au phénoménal essentiellement marqué par le verbe dent tient l'adverbe, et l'autre à l'être essentiellement exprimé par le substantif. Certains fruits se trouvent en abondance dans certains pays^ vous ne pouvez guère ici substituer l'adverbe à sa définition, ou, si vous le faites, vous énoncerez. le fait simplement, sans décrire la chose, sans la montrer dans tonte son étendue , dans toutes seâ parties.

Vonséquemmenf , eri conséquence. Par une suite raisonnable et naturelle, selon quelque chose d'antérieur. Conêéquemmeni

DES STNONTMtl GtlLMMATIGAUX. tI8

rippelfo l'idéo de l'action de it coDfortnef, de céder , d'obéir à iiii#» qne chose d'antérieur ; en e<mêéqim%oe exprise It rapport eseeiH tiel> abeoIU; qai existe entre ee qu'on (ait ou ee qu'on dit et la chose faite ou dite antérieurement. L'un est dans l'ordre dés faits ce que l'autre est dans l'ordre des idées. J'ai promis de Toue sertir^ J'agi** rai eoHêéqkiemnvmi, Quand> dana la aoust racUon^ on emprunte ont dizaine sur le chiffre suivant^ ce chiffre est diminué ait con9é>^ quence. On dit conséquemment à, comme conformément à, et tn eongéquencê de, comme en tertu de. L'on représente la nianière dont les cho^s sefont^ et l'autre la manière dont elles sont en soi. Il en est de même des locutions apparemment et en apparence ^ Tune est pour les événements et relative à nous : é^pparem" ment il viendra^ c'est«*à^re, il viendra^ autant que nona en po»« tons Juger d'après les apparences. Cet homme est calme an appth miûtj c'est-à-dire^ non p» que nous le voyons^ mail 91'il w montre calme eitértetireBient.

Per90nneilemenif en pereonne. MoinnéuM > TonsHMéme^ Itti'* méaie. PermmeiièmeniM formé de Tadjectif i^araomtW; propre on relatif à la personne, qui la regarde, qui y tient. Ge doit dont étrC; par rapport à en personne, une expression moina proprCi moins rigoureuse , et plutôt significative de la perlonne morale et abatraite. Etre j^erromte/Z^men^ responsable d'une chdse. S'obliger perêonneiUmeni, J'y étais, il s'y j^rendit, le roi commandait en

Confidenêteliemeni, en confidence, nonfidemmmU. De ma«« nière à a» vouloir pas fue la chose soit sue. CmfidenjHMêment d'une manière cootdentielle, quiticm de la conâdence> a moins de rigueur (pie la phrase adverbiate en éonfidmwe. Ce qae celle-ci exprime poaîlivement , Tadverbe ne le fait encendré q«e #tne ma«» hière appreximaltve, détournée, afEaiblie« Ce qu'on dit confident tieùemeniy n'nt point dit ofûdellement^etne doit point être publié; Cl qu'on dit en confidence, est dit aons le scean du secret, et m doit point être révélé. Ensuite, eoikfidenêieUemmt, de même qne mnfidemmentyûotkt il diffère d'ailteurs comme de ta phrase adver» biale en confidences regaràe ptntM la manière d'agir on d'arrl^ ver, et «M cmfidenee la manière d'être. Voill ee qu'il m'écrivit èenfiéenHeilemetH on confidemtnent l'annéedemlère. On hwk* aête hoame doit toujours se tait^ sur tee ehosea dites an cem fidenêe^

Proeeeewmieliement, enproceseian. Ensnivant l'ordre etprimê par le mot pr^etêsim. L'adverbe signifie moins précisément ce<tt«

enpràceinan désigne en tonte rigueur. On ne peut se serrir de la pbrase adverbiale que quand il s'agit d'une procession véritable , d'une.sorte de promenade faite en cfiantant par le clergé et les fidèles soit dans l'église, soit hors de ses murs. Mais on dira qu'un certain nombre de citoyens se rassemblèrent et se rendirent j9roeé«- ^'onn^//«m^/chez un personnage pour le féliciter; c'est ce qui arrive assez fréquemment à Londres.

a® Quand le substantif est un adjectif pris substantivement. Entièrement, en entier. Effectivement, en effet. Secrètement, en seciet. Vainement, en "vain. Définitivement, en définitive, etc.

Alors^ il ne reste plus de distinction possible, si ce n'est celle qui se fonde sur le rapport de l'adverbe au verbe. Mais le caractère de subjectivité, que l'adverbe reçoit de celte circonstance, suffit bien pour mettre entre lui et la phrase adverbiale une ligne de démarcation profonde. L'opposition entre le subjectif et l'objectif est même ici plus sensible et plus rigoureuse que partout ailleurs, parce qu'elle est plus nette et plus dégagée de toute autre considération. Aussi, lessynonymistes, et particulièrement Roubaud^ l'ont-ils aperçue sans peine.

Entièrement, en entier, « Vous désignez par là une exécution parfaite, une consommation totale^ un achèvement absolu, une chose à laquelle il ne manque rien, d'où Ton a rien été, où il n'y a rien à ajouter. Entièrement moûi^e ie verbe , l'action exprimée par le verbe ; en entier modifie la chose, l'objet sur lequel tombe celle action. Quand vous avez fait entièrement une chose ^ la chose est faite en entier ; vous n'avez plus rien à y faire^ et il n'y a plus rien à y faire. J'ai lu entièrement cet ouvrage, c'està-dire que ma lecture est achevée 3 jrl'ai lu ew cwftVr, c'est-àdire que j'ai lu l'ouvrage tout entier. Vous direz «^^'èr^m^/z^ quand il s'agira de marquer l'étendue de votre action, et en entier lorsqu'il faudra proprement déterminer l'étendue de l'effet ou de la chose. Vous avez entièrement compté une somme -, la somme est en entier dans le sac. Vous ne direz point que vous avez compté en entier; et il ne faut pas dire que la somme est entièrement à cette place. Une personne change entièrement à^àm-y on ne dira pas qu'elle change en entier: c'est la personne qui change et non l'avis. La peste a cessé entièrement et non eti entier; la peste en elle-même ne se divise pas comme un tout qui a plusieurs parties ; mais son cours ou son action a plus ou moins de force, et passe par divers degrés d'affaiblissement jusqu'à son entière cessa-

Uon. En entier ïnàiquerSL anssi ce qni se fait tont àla-fois^ en nn seul coup^ par un seul acte^ tout ensemble ; tandis qn^entzère^ ment désigne une succession d'actes ou une action dont les influences divisées se portent sur divers objets. Une ville est entièrement engloutie par plusieurs secousses de tremblements de terre ; par une seule ouverture subite de la terre elle est engloutie en entier. » Roubaud.

Totalement, en totalité. Ils servent à marquer le degré le plus ^levé d'une modification ; ils annoncent nn changement on ne peut pas plus grand. Or^ bien que le substantif de la phrase adverbiale ne soit pas^ sous sa forme méme^ l'adjectif d'où provient l'adverbe, il est évident que le substantif et l'adverbe tirent également leur origine de cet adjectif. D'où il suit que l'adverbe diffère de la phrase adverbiale uniquement par sa subjectivité, et qu'entre eux existe absolument le même rapport qu'entre entièreniefit et en entier. L'un regarde le sujet ou l'action ou l'événement, l'autre l'objet ou la chose soumise à Faction, changée par Tévénement. La maison que le propriétaire rebâtit totalement à neuf, est rebâtie en totalité, quand on la considère en elle-même. Vous payez totalement, quand vous ne laissez plus de paiement à faire ; vous payez en totalité', quand, au fond, en elles-mêmes, toutes vos dettes se trouvent éteintes.

Effectivement, en effet. Ils sont synonymes suivant deux acceptions^ et comme servant à marquer qu'une chose est ou bien est telle on telle véritablement, et non pas seulement en apparence ou dans l'opinion, et comme annonçant une confirmation d'une assertion ou d'une proposition antérieure. D*une part, ils appartiennent au langage commun et s'emploient quand on veut opposer ce qui est à ce qui parait. <c Hé ! ne diriez-vous pas que c'est effectivement Toi- Bette? » Mol. a II y a des gens qui veulent paraître dire quelque chose, lorsqn^en effet ih ne disent rien. »Mall. De l'autre, ils appartiennent à la langue du raisonnement et indiquent une preuve à l'appui de ce qui a été avancé. « La loi qui défendait aux Carthagi- ■ois de boire du vin était aussi une loi du climat ; effectivement le climat de ces deux pays (celui de l'Arabie et celui de Carthage) est à-pen-près le même.» Montesq. « Les sens imposent aussi aux personnes sages, puisqu'on effet ils sont hommes. » Mall.

1" Effectivement, en effet. Véritablement, et non extérieurement, fictivement, hypothétiquement. Effectivement a plutôt rapport à la réalité, et en effet à la vérité. L'un répond à, dans le fait, l'autre à, dan4 le vrai, au fond. Ils opposent tous deux quel-

?5« T^iïT^

l'an ^pose ce qui s^rrÎTC^ <m %^. p9&s6^ coi qui ^ lieu dans le m^nde â«» pbéuomènes; et loutre ce qui est eu sui j l'un umrquci lu ^féulHé ph]psique, l'e^^isteace effective, l'autre la \én\i esiseptieUt , ab^lue, foudameutale^ intriu&èq^e.' ^ U&i^^ite^ $ou< venus eufiuiti^el iiseM que tQi^s cm des grtce* ^ffeeUp^mmf, suJPft»aulft** » Pa8c^ ^/«kh tivement, c'est-à-dire en réalité^ dans le fait ou d^ filil^ de& sràMi effecHvemfnt i^uffî^anie^ s^nt des^ grâces è qui il avvivei d# sulftre, qui se pçiutr^u^ suffisantes. « C^t^ grice^ «it suffisante de bomi et insuffisante #i» «//Q^f » {n. £^ ^/l^^^ Q'«^t-4-4re au foud> «n m^ iutcinsi^uetneut^ ^uan^ h sa valeur esseutielte. <» U est trai> dira quelqu'un^ qne cet être exista uic«ssiûfe«ieul> supposé quHI tiàs^i inais comment saurous-uous qu'il ei^is^ ^feçUv^mmki P » Finxi^ C'est^à-dive de^Cait, réellen^ut* f^ Ce çH instiu^if est de luute^^ les iaugft^es et de t^tes les euaditious, oemiue m ^f^ il •» deit être» m MAl.]U^ ^ Us Grecs eruyeut être libres w eff^, parce que les Eo^ ilip^ns les déclaraient tels, y^ }Ssxmitm^Bn efMy e'e&tT^àTrdire, tou^ joutSa ^^ {aDd> en soi, quaut i la vérité, « J[e vous demande û^eu effa\çm é(es guéri de votre maladie?' C'est^-direi^ s'il est vraii|ie Yous^so^ei; gu^'i? Vous me répondez q«eireu& êtes effèdivemmiê guéii; c'e^t-^dire qi^ v^re guérlsua est effectuée et réelle, u Rch^

a*» Effectivement, en effet. Annonçant une preuve à Fafi|^ d'une a^irtieu. Vm envient quand en évoque dea faili^ etl^urtre q^l^d OA invoque des prineipi^s. L'un doit s'employer d^rdinûe avee^ %|^«^r^iff««A^9inn>^dtraulroavecdesiiour&,tels que eelutf ci^ il ^t mi^h a ^^ 4émQfkiréj. 'Mn ^ffeâ ae plaee presque tutoya au epmni^n^ep^ d'MAe démo^sjbiatioa fondée.» uoa sur ^ Tériséa ô^ fait, ci^uoue ef^^veimmiy luaia «ur de& ^xiooies on »ip de» v4% rites d^ pyrettvéeisi. âuivaul Beaiizée^ êffeoiin>^meiiU est piu& pf^» pxe 9M reisinuem^ftl oev^eetural ^ el e^ effet au raisAnneurâl ripureui^^ B^i^ée. a sarfaitemeat rwon^ el Ro^tliattd parlaitewem tj^ift de (0 repreudi^ sur ee fioiul. Car noua faisons pJutéD uai^ eu Tadvesebe dausi tes«mu#ea d'ol^aietf^liea qui seat l^ domaine ^9 'ooD^etMpes et ^s prebaiMlUéa> el au ooAlraire^ neusi préléroiis êm eff^i your annoncer une ppeitw logique eu métapàysÂque, è'wM» ce«lituds> mathématique^, ahsâlue.

Réelleme^, en réutHà Effeetiv^penk^, de i»iL^ ott ^ns le feîl^ II. en est de ces deux expressions oomme de totalement ^ en ti^HSéj et c'est peuirquoi nous les^ plaçons api^ès effectivement, eneffeif comme nous avpas placé totatement, en toiaiité, après entière^ menf, en entier. L^»4î^tif quidemM ua&sanee à radver)»e ne p^

têMt pM MM»^ ta fernie pure et simple «ans le snbsuiitif delà phrase aéw^ialte, et oependant il a ser? i ineontettablement à le produire. Il s'esMût que réellement ne peut différer ^éu réalité, que emmue effeeHnmtumt à'en êffêt^ en yerti de ta tubjecti? ité^ Métil^MiMeni t'en^iloiera doue plnt6t eo partant des cboset qui arri-* veBt> te fout, ae disent, te eroicul, et en rémHSé quand il s'agit dee ehotes qui tout et paraissent telles on telles. A?ez-Yout réellement fait le iK>ya8é d'Italie t Cet homme parait heureux {\*9%%4\enréa* Hté? Il t^réelletnent heureux^ se rapporte à la personne qoi parle et à mm al&rmation. il est heureux eit réatiié, signifie simplement et en MH^ il n'e^ pat heureux qu'en nppareneé. Biles decertaioea chutes 91'ellet exitteat réellement, vont les prétenles eomme fai«» satttl'aetîon de dnrer^ de ime, d^exister ; tl tons dites qu'elles exit* ' lent en réalité, tout les qualifiez d'une manière ahtolue, sans rap<port à la durée et à sa conlinuatiMi; simplement en oppoeition aux cbotes ima^Hurires.

Vainement, en vain. S'emploient en parlant d'Une aetion^ d^one tentatif e qui échoue. Mais ils représentent l'insueeés, fnn par rapport Ml sujet qui perd son temps et sa pefaw, l'antre par rapport au but qui est manqué. C'est la ^stinetion de Gnrard. « On a tra^lld vainemetU^ dit-il, lorsqu'on n^esl pas récompensé de sen travail, on qu'il n'est pas agtéé; on a travaillé en va^, lorsqn^en n'est \m' tena à boni de ce qu'on voulait faire. » Il y a done la mène diÏM^ rtnoeentro tes de«x expressions qu'entre entièrement^en entier. B'aprèseeia, vainement eonviendra bien avee les verbes, se tooF^ menfeer, seiitigner, t'iefioreer, ehev^er, poursuivre, tenter, perce qu'ils marquent i^cmpreesement, Fïitfenle et Pespoir du sujet dont ilslomt ressortir d'autant ph» la déception. Toute#M9 Heubaud pro-* .pote UA nouvel aperçu qui complète le préeé^tent plutét qu^ ne le eotttredit^ car îl a eenme celui-ci son fondement dans le caractènr verbal et Fiéverbe^ Suivant lui, vainement regarde Fouvrage et efv vain l'objet ; le premier marque rinuliHté éiÊ travail, et le seeoni Finnmitè de la chose à laquelle on a travallfé. Quand je n')n pu îmt ma tâdw, j'ai travaillé vainement; quand j'ai fsit ma tàehe, mulu que ce qui en résulte n'est pas bon, avantageux, profitable, fai tnK vaîBé eftt^m. Vainement est cpialificatif d'Un fait, en vain qua-' Kficatif d^n olij^t, d'une ebose faite , étant tcRe ou teHe. Quand o« Iravnille vainement, il n'y a pas d'^et produit; quand on travaille en vain, Vetki produit n'est pas ce qu'il devrait être. Dans Girard vainement est subjecttf, car il fait songer au sujet qui échoue ; em vain estobjeettf^ car H rappelto esaenlieMement Tobjet qui ntm

inachevé, inaccompli: ce sont les deux faces d'une même chose. Dans Roubaud vainement est subjectif, ou^ si l'on veut, verbal^ car il appelle l'attention sur l'onvrage ou la tâche du moment, sur ce qui est de fait, effectif, sur ce qui dépend de l'action du sujet; en vain est objectif, car il se rapporte à ce qui résulte de Touvrage, à la partie qui ne dépend pas de l'action et a en soi, au fond, telle on telle qualité. Mais bornons-nous à considérer la théorie de Roubaud seule. Vous parlez vainement^ un sourd, tous ne pouvez vous en faire entendre. Vous ne parlez pas vainement, mais en vain, à un obstiné, car vous vous en faites bien entendre, mais les choses que vous lui dites sont inefficaces, impuissantes à le persuader. Au contraire, un père réprimande vainement, mais non pas en vain son fils, qu'il veut tout d'un coup faire renoncer à des liaisons dangereuses, quand ce fils, sans y renoncer en effet, songe au moins à les rendre moins étroites et plus choisies. Qu'on agisse vainement ou en vain, il y a toujours déception. Mais, d'une part, la déception provient de l'impuissance de l'effort relativement à un acte spécial, à un effet immédiat ; de l'autre, elle résulte de Tinsuflisance de l'action par rapport à un but ultérieur. Vous travaillez vainement à une chose, quand vous ne pouvez venir à bout de la faire ; vous y travaillez en vain, si cette chose, après qu'elle aura été faite, ne doit servir de rien à un but éloigné que vous vous proposez. Là, vous échouez dans votre action ; ici, dans votre dessein. Là, vous êtes déçu comme agent, et ici en raison de la qualité de l'objet ou de la chose faite. « Si le Seigneur n'élève pas l'édifice, ceux qui relèvent auront travaillé envain^ in vanum, comme dit le texte^ et nonvainement. Ils n'auront pas travaillé vainement, car ils auront élevé l'édifice ; ils auront travaillé en vain, car ils n'auront fait qn'un vain édifice qui ne subsistera pas. » Roub. a Celui qui ne fait que des choses vidés de sens, de raison, de vertu, consume vainement le temps ; celui qui fait des choses utiles, mais inutilement, ou sans qu'on en profite, l'emploie en vain, » Id.

Secrètement, en secret. Servent à qualifier des actions qni ne sont pas sues ou aperçues. Maison disant secrètement, vous présentez comme secrète l'action, quant à la manière dont elle se passe^ et en employant en secret, vous la présentez comme secrète en ellelaéme. Secrètement signifie, à la rigueur, de manière à n'être pas vu, de peur d'être vu faisant l'action, et ce mot suppose presque toujours l'intention, le soin 4'échapper aux regards ; «w «^cre^> à part, s«Q$ être vu, qualifie ce qui est, et non ce qui se fait, l'action comme étant de teUe ou telle sorte. Ce que vous dites ou jEaites*<?<?rè/^w^//,

DES SYNONYMES GRAMMATICAUX. 2dt

VOUS eu faites un secret; ce que vous dites on faites en secret est secret. Dans Molière^ Lubin dit à Georges Dandin : « On m'a enchargé de prendre garde que personne ne me vit. Je suis bien aise de faire les choses secrètement ^ comme on m'a recommandé. » Et un peu plus loin : « Vous êtes donc un causeur^ et vous allez redire ce que l'on vous dit en secret » Ce que l'on vous dit en secret^ c'està-dire les choses en elles-mêmes secrètes qu'on vous dit. « Yoët accusait Descartes d'être un athée ^ et même d'enseigner finement et secrètement l'athéismç. » M all. « Thésée, avec Hélène uni secrè^ tentent , fit succéder l'hymen à son enlèvement. » Rag. « Mon cœur Je l'^^vouerai^ lui pardonne en secret, » In. Ce qui, dans ce dernier exemple^ est secret^ ce n'est pas le fait du pardon , mais le pardon en lui-même. « Vous faites en secret beaucoup d'actions naturelles et légitimes; que la bienséance ne permet pas de faire devant tout le monde ; vous ne les faites pas secrètement, car vous ne vous en cachez pas, et tout le monde peut savoir ce que vous faites. Vous trameriez secrètement un complot: vous faites en se-cret une confidence. Au milieu d'un cercle ^ vous parlez à une personne en particulieret tout bas; vous ne lui parlez pas secrète-ment, car on voit que vous lui parlez : vous lui parlez en secret ou à part; car on n'entend pas ce que vous lui dites. » Roubaud. On dira secrètement, en parlant des actions susceptibles de n'être pas aperçues, en tant qu'elles ne sont pas aperçues^ et dont leur auteur veut qu'elles ne soient pas aperçues pendant qu'elles s'accomplissent; tien secret, en parlant de choses secrètes en elles-mêmes. « Qu'on dise à Josabet que Mathan veut ici lui parler en secret. » Rac. Mathanse soucie peu qu'on le voie causer avec Josabet; ce n'est pas le fait de l'entretien qui est qualifié; mais l'entretien luimême; les choses qui doivent en faire le sujet. Pardonner; désirer , soupirer; pleurer en secret , ce n'est point faire ces actions de manière à n'être pas vu les faisant; c'est les faire sans qu'elles soient sues ou connues.

Publiquement , en public, hesani iont le monde. PubHquetnent, de manière à être vu ou entendu de tout le monde; en public^ de manière qu'on est vu on entendu de tout le monde. Bn public exprime une circonstance objective; indépendante du sujet; considérée en elle-même; ex publiquement, une circonstance toute relative au sujet. Aussi le premier s'emploie-t-il dans des locutions absolues; et le second dans dès locutions particulières et déterminées: paraître ou parler en public, faire ou dire telle ou telle chose publiquetnent. Quand on dit de quelqu'un; qu*il a parlé ou paru

enpubUoj la proposition a un sens complet, se snffit à eUe-méme ^ vous n'en demandez pas davantage. Si on rapporte qu'il a fait ou dit telle QjB telle chai^ publiquement^ vous n'êtes pas satisfait, vous voulez savoir pourquoi il n'a pas craint d'agir ainsi, vous son*^ gez aux raisons qui l'ont porté à ne point se cacher. On ne fait point ea particulier ce qu'on fait en public, ni en cachette ce qu'on fait publiquement,

DéfiniUvementy en définùive. Par Jagementdélinitif.4i'on cJarae^ térise la chose comme événement, comme ayant lieu. On a jugé une affaire définitivemeni tel jour, en présence de telles personnes, après avoir longtemps différé. L'autre caractérise la chose en soi : une affaire jugée en définiHte ne peut plus être remise en question. Une affaire n'est point encore jugée de'finiMvement, quand on doit faire de nouveau Taotlon de l'examiner, de la discuter; ellen'estpoitit encore ingée en définitive^ quand la sentence déjà rendue n'a pas en elle-même la force d'arrêter toute enquête, toute décision ultérieure. Ainsi l'adverbe est phénoménal et extrinsèque; la phrase adverbiale est essentielle et intrinsèque.

Généralement, en général. A peu d'cxcepllorts près. L'un se dît dans l'ordre des faits, des événements; il est empirique: l'autt^ s'emploie dans l'ordre des idées ; il est ontologique et logique. Opi-« nion généralement reçmyhmit généralement répandu; homme généralement estimé; on remarque assez généralement qne,.. Il est vrai en général que... Généralement parlant, les hommes à sjrstèmes sont obstinés: on en rencontre peu qui ne le soient pas. Quand on soutient que telle forme de gouverttcment conviendrait mieut aux peuples parvenus à tel degré de civilisation, on parle «n général, on ne prétend pas que cela soit vrai absolument, sous tous les rapports, dans toutes les circonstances.

Particulièrement, en particulier, Spécialement. Il aîme tous les arts en général et particulièrement la peinture, ou, et la peinture en particulier. En particulier signifie simplement, entre àtïXrès; particulièrement entraîne toujours, si légère qu'elle soit, une certaine idée de préférence, de prédilection de la part dn sujet, laquelle détermine celui qui parle à choisir cet art parmi lea autres pour le citer. C'est pourquoi on dirait bien : il aime tous leê arts en général, mais particulièrement la peinture, et non, mais la peinture en particulier.

Pleinement, en plein. Complètement, non à moitié, à demi. Jusqu'à un certain pdnt. L'adverbe n'est usité que poui* exprimer des états subjectifs de Fàme humaine : être pleinement convaincd

DES SYNONYMES GRABIMÀTICAUX. 563

oH Jtistiflé. Bn plein ne ^^endploie qu'objectivement^ en pàrlaht d'objets tnàtériels. Le soleil donnait en plein snir nous. Domet en plein dans un piège.

GrandêMêni, en grand. On pense, on agit grandement oii en gtand, c'est-à-dire, d'Uiie manière grande. Grandement annonce une grandeur propre au sujet, et en grand une grandeur établie en dehors et indépendamment dé lui, à laquelle il se conforme. L^un le caractérise ini-tnème en tant qite pensant et agissant, l'autre caractérise la nature de ses pensées et de ses actions. Celui qui pense et agit gtandêmmt, répugne à s'occtiper de détails ; les pensées et les actions de celui qui pense et agit en grand, n'ont rien de mesquin ni de futile. Ensuite, grandement se dit phttét en parlant dû fait, de la manifestation, de l'appareil extérieur, et en grand du fond même, de la réalité. Il peut y avoir de l'ostentation, de Penflure dans celui qui agit gf^andement; agir en gfand suppose toujours une grandeur, une noblesse, une élévation effective^.

3* Qoand le . substantif est un qualificatif de personnes. Sagement^ en sagÉ, Aveuglément^ en aveugle. Héroïquement, en héros* Phîhsvphiquêménti en phi" iésephê. LéchtmèMt en lâche* Sotterttent^ en sot, Amicalementi £n àmi, Fratetnéflemeni f tn frèret, Chrétiennement ^ en chrétien. Suintement ^ en sainK Criminellement^ en eHminel* Ari^toeratiquementf en aristocrate.

Il existe tdutè une classe de locutions adverbiales qui, bien que commençant aussi par en, méritent un examen particulier, eu égard à la nature de leur substantif. Elles sont modificàtlves de l'action avec rapport à une qualité du sujet exprimée par ce substantif: tn sage, en aveugle y en héi*os, en philosophe. Comparées atîx adverbes qu'elles servent à expliquer, ^a^/^/n^w^, aveuglement, h'ét(nquement , philosophiquement, elles donnent naissance à des synonymes analogues pour là signification générale à ceux des précédents dané lesquels la phrase adverbiale se compose de là proposition à et d^Un adjectif pris substantivement : aveuglement, à P aveugle; étoUrdiment, à t étourdie, Si bien même qu'on dit, aveuglément j en aveugle-, étourdiment, en étourdi, tout comme on dit , aveuglément, à VaveUgle -, étourdiment, à Vétourdie. Là s'arrête la ressemblance; car la phrase adverbiale commençant par en diffère de l'adverbe d'une toute autre manière que la phrase adverbiale commençant para; en aveugle et à Faveugle sont loin d'être avec aveuglément dans It même rapport.

Il y a la même analogie fondamentale entre les synonymes ici

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considérés et ceux des précédents dans lesquels la phrase adverbiale se compose de la préposition avec et d'un substantif ordinaire correspondant à l'adverbe, /fagemene,avec gagesêe.MstiSykVég^rààe l'adverbe sagement la phrase adverbiale avec sagesse ^ de même que à regard de l'adverbe aveugléînent la phrase adverbiale à Paveugle, se trouve dans un rapport tout autre que les phrases adverbiales, en sage, en aveugle, en héros, en saint, à l'égard des adverbes sageînent, aveuglément, héroïquement, saintement.

Se conduire avec sagesse, c'est mettre de la sagesse dans sa conduite^ agir à r aveugle c'est agir à la manière aveugle, à la manière de ceux qui sont aveugles. Mais se conduire sagement et en sage, agir aveuglément et en aveugle, c'est, d'une part, se conduire comme un sage qu'on est, et de l'autre agir comme un aveugle qu'on est; ce qui augmente l'idée et lui donne plus d'étendue en présentant la qualité comme entière, comme propre et inhérente à l'agent. Voilà ce qui résulte des considérations précédentes sur les synonymes, sagement, avec sagesse ; aveuglément, à l^ aveugle. Reste à déterminer la différence entre sagement et en sage^ aveuglément et en aveugle, etc.

Il est à remarquer d'abord que l'adverbe, quoiqu'il soit de la même famille que le substantif de la phrase adverbiale, a passé par l'adjectif dont il a dû prendre les nuances. Cela est évident pour les adverbes héroïquement, philosophiquement, fratemeUement , amicalement, comparés aux substantifs des phrases adverbiales, en héros, en philosophe, en frère, en ami. Quelquefois, il est vrai, et l'adverbe et le substantif paraissent venir ou plutôt viennent réellement de l'adjectif qui leur correspond. Exemples : Sagement, en sage; saintement, en saint; aveuglément, en aveugle^ /achement, en lâche. Alors, comme toujours, il y a dans la signifîca^ tion de l'adverbe quelque chose qui rappelle son origine; ce qui n'a pas lieu pour le substantif. En général, l'adverbe n'existe pas par lui-même, mais en rapport nécessaire avec l'adjectif dont toiyours il dérive. Il n'en est pas de même dn substantif, partie du discours de sa nature indépendante. De là il suit que l'adverbe n'a pas la même plénitude de signification que la locution adverbiale, parce qu'il a subi l'influence atténuative de l'adjectif. En héros, ^en sage, en sot, signifient, comme le héros, le sage, le sot, comme le type accompli de l'héroïsme, de la sagesse, de là sottise, c'est-à-dire héràvquement , sagement , sottement d\\ne manière pleine et absolue. Mais héroïquement , sagement, sottement reviennent à, d'une manière qui tient de l'héroïsme, de la sagesse, de la sottise.

qui y a i:apport, qui en donne simplement l'idée. Se conduire cat^alièrementy c'est se conduire d'une manière caTalière , qui tient du cavalier^ lequel est quelquefois^ et sous certains rapports, brusque et hautain: c'est là, en effet ^ le sens de l'adjectif. En cavalier suggère l'idée du cavalier tout entier^ telle qu'elle est exprimée par le substantif^ et non une idée partielle^ relative^ approximative^ comme celle que désigne l'adjectif. Ainsi, le sens de l'adverbe correspond exactement à celui de l'adjectif qui l'engendre, et de plus^ comme l'adjectif a la propriété de se placer avant le substantif^ l'adverbe, en cela différent de la phrase adverbiale, a celle de se placer avant le verbe, ce qui modifie et l'adjectif et l'adverbe de telle sorte qu'ils deviennent des expressions plus étendues, mais plus indéterminées, plus éloignées de la signification native et rigoureuse^ expressions qu'on emploie sans conséquence et sans en bien peser la valeur.

D'autre part, l'adverbe reproduit ici comme partout Je caractère qu'il tient de son rapport avec le verbe. Dire de quelqu'un qu'il s*est conduit sagement, aveuglément, sottement, c'est plus particulièrement faire songer à la conduite qu'il a tenue , aux actions par lesquelles cette conduite s'est manifestée. Dire qu'il s'est conduit en sage, en aveugle, en sot, c'est au contraire appeler l'attention sur ce qu'il s'est montré, sur la qualité dont il a fait preuve, l^é'' ^nàre sottement, c'est faire une sotte réponse; répondre en sot, c'est faire une réponse de sot, une réponse qui vient d'un fond de sottise.

lY. Adverbes et phrases adverbiales daos lesquelles entrent diverses prépositions, de^.par, pottr. Forcément, de ou par force, Préférablement, de ou par préférence. Instinctivement , par instinct. Miraculeusement^ par miracle» Provisoirement ^ par provision. Ordinairement^ d'ordinaire, et pour fordi» naire.

Le nombre des synonymes du même genre que ceux dont il est traité dans ce chapitre pourrait être encore augmenté, nous le savons. Toutes les espèces de phrases adverbiales servant à définir l'adverbe n'ont point été examinées : il en reste plusieurs qui commencent par d'autres prépositions que les précédentes^ avec, à, en. Ainsi, de on par force est donné par nos dictionnaires comme explication à^ forcément; de même de o\x par préférence à l'égard de préférablement ,' de même par instinct , par miracle, par provision, à l'égard àHnstinctivement, de miraculeusement, de provisoirement. Néanmoins de plus amples détails se-

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raient Bvperfltw; en discotant de nooTeanx exemples^ 6n aniverail «ans peine, mais sans finit, anx mêmes distinctions, on déconvrirait tônjoufb, d'ane paft, phénoménalité et snbjectiyité^ de l'autre, essence et objecUtité. Forcément, préférabtement, îmtinctive^ ment y se diront pour marquer de quelle façon un l^it s^est passé \ de forée, de préférence, par instinct s'emploieront pour exprimer de quelle nature, de quelle sorte est en elle-même l'action énoncée. Lorsqu'on tous contraint de faire Une chose, tous la faitei^ autrement que vous ne la feriez sans cette contrainte, vous la faites forcément; alors votre action, faite de force ou par force, ne vous est point imputable. Quand je dis qu'aux élections vous avez désigné nniei pré férablementfkiont mire, ie rapporte voire préférence comme un simple foit , comme ayant eu lleu; et quand je dis que vous ave« désigné du tel de ou par préférence à tout autre, je rappelle une action qui est de telle ou telle sorte en elle-même, bonne ou mauvaise, louable on blâmable, qui a eu tels ou tels motif^, et Si ta nature a rendu les esprits inégaux, c'est en douant les uns préférabiement aux autres d'un pcit plus cle finesse de sens, etc. » J.-J. R S'il y a de la politesse à étourdir tout le monde d'un vain caquet, j'en trouve une bien plus véritable à laisser parler les autres par préférence. » In. Nous faisons une foule à^actionê, nous respirons, nous remuons à chaque Instant les paupières instinctive^ ment; les actes faits par instinct ne sont pas accompagnés de conscience, ils se remarquent rarement. Vous vous trouvez accidentellement témoin d'une scène. « Il ne faut pas confondre ce qui est mal par sa nature avec ce qui ne souffre le mal que par ac" cident, y> J.-J. D'autres fois, ce qui distingue l'adverbe, c'est une nuance d'indétermination et de vague qu'il a puisée en passant par l'adjectif. Miraculeusement ne veut pas dire tout-à-fait par miracle, mais d'une manière miraculeuse, qui tient du miracle, comme par miracle. Dans provisoirement en rapport avec par provision, Vlàée est aussi atténuée : cet adverbe ne suppose ni prévoyance, ni prudence, ni précaution, comme le fait encore un peu la phrase adverbiale. Il signifie d'une manière toute générale et vague, en attendant, et comme par provision. Ainsi se justifient et s'appliquent sans difficulté les deux principes de distinction établis au commencement de ce chapitre. En finissant, nous les essaierons encore sui" denx exemples d'autant plus importants, que les phrases adverbiales sV composent de deux nouvelles prépositions, deetpour, et d'Un substantif tiré d'un adjectif: ordinairement, d'ordinaire; ordinaifemeht, pour (ordinaire.

Otdiûmtèmmty f ordinaire. Se disent en partaïit d'habittt^ des. Dans ordinairement la tface de t'influence verbale est aussi éYidente que dans étordinaire robjectÎYité. La chose qui se fait ordinairement, arrive, se passe, se voit souvent. On n'a égards en employant ce mot, qu'à la fréquente répétition de la chose. Ce qui se fait dordinaire constitue une habitude, c'est un pli pris, une règle établie, une sorte de besoin bon ou mauvais, louable oii blâmable. Là, ce que Ton considère, c'est l'action, la manifestation, le phénomène; ici, c'est l'habitude en soi. Je vais ordinairement dans une maison où je vais souvent, où il n^est pas rare de me voir ; dt ordinaire \t dîne ou je passe mes soirées dans une maison, c'est-à-dire que je le fais par habitude, que c'est pour moi une habitude de le faire, et en quelque sorte une loi. « Ceux qui s'appliquent trop aux petite^ choses deviennent ordinairement incapables des grandes. » Lakoch. C'est-à-dire que cela leur arrive souvent, qu'il n'est pa$ rare de voir ce fait se produire. « Un air capable et composé se tourne d'ordinaire en impertinence. » In. « On ne loue Jtordi-' naire que pour être loué. » In. D'ordinaire revient à, c'est la règle, le train des choses, la coutume ou l'habitude que. . . « On voit ordinairement un visage dans la lune. » Mall. « On donne ordinairement de ces choses des raisons fort ridicules. » In. « On s'imagine, on suppose, on croit, on dit ordinairement que. . . » In. Il n'y a dans tontes ces phrases que l'affirmation pure et simple de la fréquence du fait. Au Contraire, l'idée d'une habitude constituée, de coutume, de règle, de lot, avec ou sans celle de fréquence, se montre visiblement dans les exemples qui suivent. « Nous ne pouvons étordinaire juger avec assurance de la distance des objets. » Mall. « Les enfants qui ont reçu de si grandes plaies (dans le sein maternel) sont d'ordinaire des avortons. » In. « Tous les états violents ne sont pas dordinaire de longue durée. » P. R. « Les capitaines ont ^ordinaire plus de courage que les soldats. » In. « C'est dans le monde ainsi qu'on parle d'ordinaire. » Régk. « (Le mariage) est pourtant une affaire que l'on ne conclut pas en un jour d'ordinaire. » In. En un mot, ordinairement e%xi\vX\^ rareté du fait, et d ordinaire les exceptions à la règle.

Ordinairement ypour r ordinaire. Ils ont même signification que les précédents. Leur rappori est aussi exactement le même : ordinairement est phénoménal, pour Vordinaire objectif; l'un sert à marquer la fréquence d'un fait, l'autre une habitude considérée en soi, une règle établie, reconnue, constituée. Seulement, en vertu de la préposition pour, qui même nécessite l'emploi de l'article, la

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phrase adverbiale, pour rordinatre, est plus rigoureuse que d'ordi-naire-y elle désigne une coutume passée en loi, une habitude devenue règle générale, qui ne laisse guère libre de s'y soustraire; elle nie plus positivement les exceptions; c'est une expression de légiste et de formaliste. « La diversité du temps est pour r ordinaire couh' mune à tous les verbes. » P. R. « La raison pour ^ordinaire n'opère pas si subitement, t J.-J. Bossuet dit en parlant de la milice romaine : « pour^ ^ordinaire on ne comptait plus les prisonniers parmi les citoyens et on les laissait aux ennemis. »

Remarque. Toute la théorie contenue dans ce chapitre revient à ceci. L'adverbe, en vertu de son rôle grammatical et de son origine^ est soumis à deux influences, l'une verbale invariable, qui lui donne dans tous les cas un caractère de subjectivité ; l'autre adjective, mais variable suivant la nature de l'adjectif générateur, et celle de la phrase adverbiale synonyme. Si l'adverbe dérive d'un adjectif qualificatif des personnes et que la phrase adverbiale se cfompose d'un substantif abstrait correspondant que précède avec {sagement, avec sagesse), l'adverbe, outre qu'il est subjectif par son rapport avec le verbe, marque la constance, l'habitude par son rapport avec l'adjectif. Mais il n'en est plus de même quand l'adjectif est d'une autre espèce, comme mortel, provisoire , é'oix viennent mortellement, provisoirement. Si la phrase adverbiale elle-même contient l'adjectif générateur de l'adverbe, l'influence de cet adjectif se faisant sentir à-la-fois dans les deux expressions doit être négligée {étroitement , à l* étroit-, fau>ssement, à faux). Si l'adjectif contenu à-la-fois dans les deux expressions synonymes est, dans la phrase adverbiale, précédé de la préposition en {sagement, en sage), l'adverbe, au lieu de marquer, comme dans le premier cas, la constance, Thabitude, quelque chose de plus général en un mot, a un sens moins plein ou plus restreint et plus faible. La distinction la plus sûre, là plus claire, sur laquelle il ne peut jamais s'élever aucun doute, est celle qui se tire de la subjectivité de l'adverbe, de sa phénoménalité, de sa contingence.

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