SECTION V
SYHTAXE.
STirOHTMlB DBS EXPHBSSIOlfS QUI KB DirFEBBirT QVR PAB l'oIIDAB DBS MOTS.
Sapant homme , homme sapant. Habile ouvrier ^ ouvrier habile. FcritabU ami^ ami véritable. Tendres regards , regards tendres ,. etc. Plat pays^ pays plat. Un seul homme ^ un homme seul. Maltraiter^ traiter mal» Malparîer^ parler mal. Mal interpréter^ interprêter mal. Mal mçner, mener mal. Mal ou bien Jairé y faire mal on bien. Surveiller, vfilfersur.
Dans certaines langues, l'adjectif occupe par rapport an substantif une place invariable. En allemand et en anglais, par exemple, il se met toujours avant. Il n'en est pas de même en françjais : des adjectifs y précèdent constamment les noms qu'ils qualifient, tandis que d'autres , et ce sont les plus nombreux , doivent les suivre dans tous les cas. Ainsi nous disons : habile avocat , cher ami, bonne perionne, hautes pensées, dure nécessité, etc.; d'un autre c6té, lettre anonyme, habit rouge, zone torride, homme altier, intrépide, inébranlable, absurde; affaire grave. Heu char-mant. Auxquels convient-il d'accorder la première place et auxquels la seconde? Il faut consulter, pour le savoir, Tusage, L'oreille et les dictionnaires.; ceux-ci, quand ils sont bien faits et remplis d'exemples choisis avec discernement , peuvent fournir sur ce point d'utiles instructions.
Mais, outre ces adjectifs qui n'ont qu'une place déterminée , les uns avant, les antres après leurs substantifs, il en existe dans notre langue tonte une classe qui ont le privilège de se mettre tantôt avant^ tantôt après. Nous disons^ également : savant homme, homme savant; habile ouvrier, ouvrier habile ; véritable ami, and véritable ; tendres regards, regards tendres; suprême intel- Hgenee, intelligence suprême j prof ond savoir, savoir pro^ fond; malheureuse affaire, affaire malheureuse; magni^ fiçue appartement, appartement magnifique ; absurde sf/S" tème, système absurde; accablante nouvelle, nouvelle accablante; et ardents désirs, des désirs ardents ; céleste bonté, bonté céleste, etc. Or, la position de ces adjectifs devant ou après les substantifs importe si fort , qu'elle produit quelquefois deux sens; deux locutions tout-à-fait différentes, comme grosse femme et
femme grosse, grand homme et homms grande unique ta-» bleâu et tableau unique; c'est oaturellemcnt aux dictionnaires à sign^aler ces variations considérables dans la valeur des termes sui- Taot leur' place respective. Mai« d'autres fois^ comme on a pu déjà le remarquer par les exemples, homme savant, savant homme; hiMie mwvieTy owmer habih, etc., la manière de placer l'adjectif parait indifférente, tant est l^père et peu apparente la modification qu'elle apporte dans l'idée concurremment exprimée par Fadjectîf et par le nom auquel il est joint. C'est alors aux synonymisles à indiquer en quoi consiste cette modification, à la faire sentir, à la mettre en lumière, et à établir une règle générale «{ui guide sûrement dans le choix du rang qu'il convient de donner à l'adjectif dans telle ou telle circonstance. C'est ce que nous allons
1* 1/ adjectif préposé exprime une qualîjîcation essentielle y caractéristique ^ c'^esêune épitkète de nature, L' adjectif postposé exprime une qualification aceessMrCt acddentefté^ c'est une épitkète de circonstance.
En mettait l'a4|ectif avant to ^bsuntif , bmn le» «iiîMtfis u éir<iitemeat qu'il» s'identifia %», qnel^ise sorte et 4evkiHMiiKt ooBwna iQ&éparable&;^ la ch^se o^ se co«cevaot j^u^ ^^ ^^i^aUté. II«m le swoMt h(mme, voua couii4àreft surtout et \^m K^atei^et rbommeconune^aa^^^/i; sa science fiait corpsavecltti^ &it parik 4« sia &ttb6itanGe, Au oN^aire ^ l'a4|eeti{ peslptosâ it'e«tt Jânais a# i^i|j)istaatif quo^^nuA l'aceidait k Vég^rd 4e; k «ib$tane«; ses idé* m'est que i^condàire» ÛMUcatÂve. Ikas )t homme 9avm»t, ^ais remarquez et faites remarquer la science comme «a lut,, d mm ^tfixm i|iie,qpif^H4 ûibé£e«le h s« y^vseu». Le mvmmt' hmsme est ^iHvsttiHiisavai»!» Vhmmm mvmU eii r«ea»fttt saHmtf wim»** viiifiiU,hemm^ 9iek^ïk^\2is^,,ièw
{^ «eieaœ i^sasimt komm» tieftt à M,, est ÎBCorpôrée ^ tov, iaj(^ qnfi^ 4aQ» lai9«gagii> Vadjeelif sm»(^t^ piMé afsnt h^mmû, S4 jq)A4 ave<^ liHet 4«Yie»i i^niQ 4e liii^iHiàiw«; ee «s'est ptes^ «pt^Wj S4«Im#eaQ9PQsA^SteKH, eemoMM m aent fMr^ée mt 4e aiM CAttyeni» d'wp^ ^j^^ ^t «'W 9«ib^lMMfi^ eoeare iMsa 4îài98«te l'W 4a l'autre, tet^ iiff^ petà^r^waiire , genèUkeimm^^ smgie^ femme jt si ce n'e&i naree 4R« ^ |«n»Moq èeea^ctlfi toe reB4aîl çajra(<tériitiques et sîi^i&lîèeeflMal pi^eptea à iiÉâre cerps avce le Wb&tatttif ? Et n'asHe paa ài œuse es. t'eskio totine étd^iie par kl seule pesitio» de l'a^etil etfttre toi et le laèstaiittl,. qi^mi se perprst 4(^ lie3k e9t¥iaaser el4e len intter eoiBntiueseele esqpivsaie»
DES STNONTNW ^lAMMATICAUX. M|
oiq^rtiM ^\^ twm prteMtr m mm i'm wmnik a^Seciif i parfait honnête homme (Racine) ; le vrai honn4é^ hommf (Va^Whsfqp^AVU^); ce pauvre h^»^ ksmm^^ n^whmé gr^nçl Ikçmnke (Yqlt,); e«i ^mi4 kimme «i^^ un 4nmniiiI fy^mim 0maU^ ? Au ci^ntriûro, U smmf^ ^e Ykomm» êwmmi oe lui e«l qu'^QUi^i ^m un? «««KM pairUcqlièft ««î $fpk é^è^ çbe aUéme^t, #t qui ii'ini4i«a« F^ l'i^^ f^iaei|^toH|irMMilii«ili qu'on se fait de lui.
Sif, 49a& W Q«Dr«m d'i» 4î«o«ttr»>j^ ^eui evMliriMPé'iMi seul mot IM«iOS(hèftd, je r»M^Ue un ^l^ueiil o/rtamn je l^appéUefti ^ro^mr ^iêqu^ni, û umb éesse» «ei de déuiller ses qwÂUéspuv liculi^res ^ n eem élequeoee e^ IHme éee faoea aeoaksqMèlee jt )f iri«MiiQ sucKetsîvemei^
Il^ten 4'iiB bemm que e.efti u» $m>mmt hmnm&, 4'iia iMifiji que e'e&l m» 0^^^^ihnt Quvrmge , i'un ehrétieii queo^eetOBpMv foiit ^hr4i,ieny ¥««$ n'ares plus rteo à «ô^ier, et ^ effet en i^joBie rsurwfiBnt d'wireii qimUfiesiiîaiks à eelles^là^ parée qu'en a d^à fidl çoiMiaUr^ da et^et » qasililét eaae«Mle el foadaaientaha. Mab as dira biei^ e'estt an hamm^ %mv(miy fiéQéfeax^ peli: c'est an ««#«> treii^ ^apfeUe^, prefoad» tamineux : e'e^iaa ûMêimpmrfm0, \^9M y «QctaMe, iftsiruil.
a® li! adjectif orépojsé exprime unfi qualif cation déjà établie, connue y tncontes* tée; ii est analytique. Postposé^ il exprime tu\e qualification nouvelle^ une union d'idées faite à l'instant même; il est synthétique^
Leaeennaisstneea que Beat poaaèdonsft les jageMint» qae aaap paKaaa seul de deax ai»l«s> tes aas aaatgpliqfesjL tes aatrea sjmMiÉ liqaee^kAaAS par ^squela neaa déaeltpinna ea gatf aaa& aaYeaai nous tirons d'un concept ce qui y est contenjUL> tea aàlta» put laa* quels nous ajoutotis à ce que nous savons ce que nous apprenons; ou kien^ ea considérant la chose^ non pas relativement à neue> mais relatlyement à ceux à qui nous parlons^ les uns par lesquels nous énonçons ce 141^ m o« eemii, noaft AQi»ei;pfft«¥>a» ea 99a»qtti«ata^ s^a^ k d(Qs gensi qa savent , ^\ (es autres par te«c^ta ao^s ^«leii^^aaa ta^lqué et^«e d'inteUeo|oaU«a9<»it Hi^mveaa que «oaa (ai»aa«MVQii o«f!iNMM4tre> »^usï BouA «sqiffimaiM m sia$ %ai YiAaieat d^i^H prends, ^'adreasani k 4e9 gea» qù. ^aofeni^ Qt, la leautioii eoiia»: peato d'an adjectUf qui pvécMe et d'aa saJ^aMitilqaî «ait,, eanviml particoUéreaient dan« les prepe^itiens^ aiMiiyliqiiaSb ^ ^^ V^ ^ aiéiBct leeutien, ses ftrmies éuni ûnenrettie, «^^aiploiA mkmk ^aaa lea pi»»a«Uipiiii i^vM^ivm^ l^a paa»aea< 4e irnÉaial fpft
D0U8 IMH18 bornons à citer peat servir ici d'éclaircissement et de justiication. -
« Lorsque vous dites un savant homme, tous supposez que cet homme est savant ; et lorsque vous dites un homme savant, vous assurez qu'il l'est Dans le premier cas, vous lui donnez la qualification par laquelle il est distingué; dans le second^ celle par laquelle vous voulez le faire distinguer. Là^ sa science est hors de doute ; iciy vous voulez la faire connaître. »
« Si un homme est renommé par sa science, ou si vous venez de parler de sa science éminente, vous direz plnt6t ce savant homme \ sinon; vous direz plutôt cet homme savant ou qui est savant. Après que vous avez parlé des émotions qu'une mère éprouve à la vue de son enfant /VOUS direz ses tendres r^^arcf» plutôt que ses regards tendres : les regards d'une mère émue sont nécessairement tendres ^ et c'est ce que vous exprimez par de tendres regards -, mais lorsque la qualité des regards n'est point déterminée ^ vous la distinguez en mettant après le sujet l'épithète de l^ndr^^. Vous allez raconter une affaire malheureuse ; et, après le récit, vous dites, voilà une malheureuse affaire. Dans la première position , le substantif précède l'adjectif par la raison qu'il est naturel que le sujet soit annoncé avant sa qualité , le principal avant l'accessoire; l'esprit reste d'abord en suspens sur la nature de l'affaire : dans la seconde position , l'adjectif précède le substantif, parce que l'esprit est déjà instruit et décidé sur la nature de l'objet et que les deux idées sont déjà indissolublement liées ensemble ; et que si la qualification suivait le sujet, elle paraîtrait oiseuse et lâche, à moins que vous n'y ajoutassiez une modification, voilà, par exemple, une affaire bien malheureuse, ce qui présenterait une idée nouvelle d'estimation.»
Z** V adjectif préposé qualifie d'une manière pleine , entière , accomplie , et^ postposé f d^ une manière vive et saillante.
En donnant le premier rang à l'adjectif, nous le fondons, pour ainsi dire, avec le substantif, si bien que la qualité devient substantielle, et, pour lui Oter toute idée d'accidence^ nous ne lui laissons , non plus qu'à la substance, aucune détermination, soit quant à l'étendue, soit quant au degré. En terminant par lui, nous le mettons plus en relief, nous le rendons plus frappant, plus saisissant. Là, la qualité est achevée, portée au comble, on ne peut plus rien y ajouter; ici, comme la dernière impression est toujours là plus forte, la qualité produit souvent plus d'effet, est plus expressive et se fait pins vive-
DES SYNONYMES GRAMBfATICAUX. 3^8
ment sentir. Là» elle est entière, mais en quelque sorte intrinsèque ; ici, elle est extrinsèque et plus remarquable. Un excellent fruit est parfait; un fruit excelletU produit une sensation plus douce. Un tendre regard est un regard tel que ceux qu'on appelle ordinairement de ce nom ; un regard tendre flatte davantage, parce qu'il est spécialement tendre. Il y a bien plus de force dans un combat sanglant' que dans un sanglant combat, la dernière expression ne réveillant qu'une idée commune sans rien mettre de particulier sous les yeux. De même, horrible aspect, affreux séjour , triste accident, malheureuse aventure, fâcheuse affaire vous font distinguer l'espèce d'aspect, de séjour, etc., car il y a des aspects attrayants, des séjours agréables ; mais ce sont là des locutions toutes faites dont on se sert sans conséquence ; et en disant un aspect hor^ rible, un séjour affreux, vous appuyez, bon gré, malgré, sur le dernier mot, dont l'idée vous émeut davantage : c'est un aspect particulièrement borrible, un séjour particulièrement affreux. Un cruel homme est un homme ennuyeux, importun ; un homme cru^/est un homme inhumain, insensible, qui aime à faire ou à voir souffrir. La raison de cette règle réside dans une règle plus générale -. c'est que, dans les substantifs composés, le premier mot perd de sa force et s'efface en partie. En allemand, avec les deux mots Oehl, huile, et Baum, arbre^ on forme deux substantifs composés, l'un signifiant huile d'olive, Baumôhly et l'autre olivier, Oehlbaum. Un étranger a peine à se rappeler, lequel des deux exprime l'arbre, et lequel le fruit ; une simple observation peut le tirer d'embarras: celui-là exprime le fruit, dans lequel le fruit est indiqué le dernier, Baumôhl; et celui-là l'arbre, dans lequel le mot arbre se montre en dernier lieu, Oehlbaum. Quant à la première partie du mot complexe, elle reste, pour ainsi dire, dans l'ombre. De même dans nos mots composés, venus du grec , philosophe, logomachie, et dans ceux qui sont tout (rmçm, petit-maître, sagefemme, c'est le dernier élément qui attire principalement l'attention.
4® j4vant le sub&tanttf, t adjectif qualifie d'une manière absolue ; après, d'une manière relative,
A vrai dire, l'adjectif précédant le substantif ne jouit de cette plé-* nitude de signification, qui le distingue, que parce qu'il se prend alors absolument, c'est-à-dire, indépendamment de tout rapport particulier, abstraction faite de toute détermination, de toute spécification. C'est là ce qui le rend propre à exprimer la qualité constante, habituelle, à signifier que l'objet est tel ou tel de tout imnt ; tandis que, placé après le substantif, il exprime la même qualitécomme par^
tielle, acoiilentelle^ passagère. Différence tranebanteet (éednâe^ svrtout quand les deux locutions ne se considèrent pas sous le point de yue de la force, par rapport à l'effet que produit sur nous le sujet qualifié , mais seulement par rapport à leur étendue. Le êavafU homme V^si absolument^ a de grandes connaissances en tout genre; Vhomme savant ne Test que relativement à une science dans la^ quelle il est tersé ; et de là vient que cette locution est beaucoup plus propre que la précédente à recevoir des déterminations nlté<rlenres ! homme mvant en histoire, en mathématiques ) ouvrier habile dans la menuiserie, pour la confection de certains meubles ; appartement magnifique par l'ameublemeut, les ornements, les tentures. En un mot, le savant Aomma Test substantivement en quelque sorte, il possède la science ou le savoir ; et V homme ea^ ttaitlne Test qu'accidentellement, il a du savoir ou de la science. L'ouvrier halnié a de l'habileté dans sa partie; l'habile ouvrier peut exécuter habilement tout ce qui se rapporte â son art, même trouver des perfectionnements, même concevoir des procédés noo^ veaux* Un apparteme^ii magnifique ne Test qu'à certains égards: ou il ne Test qu'aux yeux de celui qui lejuge tel, ou il doit son éclat à des décorations faites spécialement pour une occasion ; magnifia Que appartement donne l'idée d'embellissements plus durables, plus solides, plus essentiels, tenant plus à Tédifice même, à sa construction, à sa hauteur, à sa grondeur en tous sens. Un ami vient de vous rendre un service t vous dites qu'il s'est comporté en ami véritable; jom le qualifies de t^MYa^/^ ami, s'il n'a laissé échapper ancune occasion de vous tém^gner son iittachement. Un sage phflosophe est un sage ou tout près de l'être ; un philosophe sage est encore loin delà, il travaille à y parvenir. Un dévot personnage est un dévot de profession; un personnage dévot ne professe paé la dévotion, quoiqu'il la pratique. La grosseur d'une grosse femme s'étend à tout son corps et dure indéfiniment ; la grosseur d'une femme grosse, c'est-à-dire enceinte, n'est que partielle et accidentelle. La ôhagrzne vieillesse est le caractère commun de l'âge : un individu a une vieillesse chagrine.
5** Jt^ant le substantif, l'adjectif qualifie plutôt d'une manière abstraite et en s* éloignant du sens propre ; après ^ il qualifie plutôt d'une manière concrête et en restant plus près du sens primitif.
Si, placé avant le substantif^ l'adjectif est significatif de Tessenee, analytique et absolu, il ne peut pas ne pas être abstrait, ne pas représenter quelque chose d'idéal; car ces caractère» ne coiiviennent it
aucune qualité réeHe. Les exemples confirment pleinement cette conclusion. Dans un seul homme, itn unique tableau, seul et unique sont abstraits et purement numériques ; on les oppose à plusieurs y dans un homme seul, un tableau unique, seul et unique prennent une valeur plus concrète et plus réelle : un homme seul est un homme dans la solitude, isolé, sans société^ sans compagnie; nn tableau unique n'est pas comparable avec d'aulres tableaux , m n'en trouverait pas un qui le valût. Le véritable ami est une sorte de type ou d'idéal de l'amitié ; un véritable ami s'y conforme; mais Vami véritable s'est rencontré tel. Un habile homme sait se tirer d'embarras^ d'un mauvais pas, sait*manier Tintrigue; un homme habile est plutôt un homme adroit, qui a de la dextérité, au propre. Un parfait imbécille, imparfait coquin se disent tous les jours; déplacez l'adjectif, c'est-à-dire^ rendez-lui son sens propre, il y aura contradiction dans les termes. Qu'on parcoure tontes les locutions différentes (et non pas les différentes locutions) qui eontiennent le même adjectif, mais placé ici avant, là après le sol^ stantif, on trouvera toujours à la locution ou l'adjectif précède un caractère d'abstraction et d'idéalité, une valeur plus éloignée delà valeur réelle et fondamentale. Un taureau furieux est en furie ; nn furieux taureau est d'une grandeur énorme. Dans pays plat se trouve l'idée première de platitude , d'infériorité physique : paya plat, pays de plaines^ par opposition aux pays de monlagnes. Dans plat pays se trouve l'idée d'une infériorité abstraite, d'une impor^ tance moindre: plat pays signifie la campagne, les villages, par op^ position aux villes. Un homme plaisant plaH par'des manières tn^nétS'yVinplaisant homme ne plàit pas du tout; c'est un homme bizarre, ridicule, singulier. Vhomme grand est. d'une grande taille; le grand homme a un grand mérite moral. Vhpmme.hon* fi^/^, conformément à l'idée primitive, a l'honnêteté des manières et des procédés ; V honnête homfne a celle des mœurs et de l'âme. De même, Vhomme galant est adonné à la galanterie ; lé galant homme aàes moeurs et des procédés nobles et honnêtes. Un homme brave a de la bravoure ; un brave homme a de la probité, des vertus, des qualités sociales. Un homme pauvre manque de biens; \e pauvre homme inspire du mépris ou de la compassion. Linièrc voyant ensembfe Chapelain et Patru, disait que le premier était un pauvre auteur, et le second un auteur pauvre. Une chose nou^ . velle est une chose nouvellement faite, arrivée, mise à la mode ; une nouvelle chose est une chose antre que celle qu'on tenait, dont on s'occupait. Le$ termes propres connenmnt, sont approjmésà ce
xS.
qu'on vent exprimer : tous répétez \esproprei iêrmeiûeqnéïqnhmy ou ses mêmes termes. Voix commune, qni ne s'élève pas au-dessus de rordinaire; commune voix , accord de toutes les voix, de tons les suffrages, unanimité. y4trmaut?a?>^ air redoutable; mauvais air, vilain air. « Cléon, lorsque vous nous bravez, en démontant votre figure, vous n'avez pas Vair mauvais, îe vous jure; c'est ^auvaisair que vous avez. » (Lecomtede Choiseul). Enfin, dans les substantifs composés, beau-frère, beau-fils^ grand-père, grandonde, franc-maçon, sage-femme, que reste-t-il du sens primitif des ac^ectifs beau, grand, franc et sage P
&* /4vantie substantif, Vadjectif qualifie plutôt d'une manière 'Vàguû et indéterminée i après, d'une manière précise^
Ce vague et cette indétermination de la locution où l'adjectif précède tiennent à ce qu'elle exprime la qualité absolument^ sans détermination ni spécification quelconque; et, à son tour, cette indétermination explique pourquoi la même locution est toujours celle qui se prête aux acceptions détournées. L'année d^mt^^ indique nettement la dernière année qui vient de s'écouler ; la dernière année ne détermine pas par rapport à quelle époque^ à quelle période, à quelle série d'années on doit l'entendre. Si vous dites un père bon,]t conçois un père qui a de la bonté, de la douceur, de Tindulgence ; si vous dites un. bon père, je conçois un père qui remplit tous les devoirs de la paternité, mais je ne sais en quoi consiste précisément sa bonté , à pardonner on à châtier^ pas plus que je ne sais quel est le degré et l'espèce de grosseur de la grosse femme. Qu'on prononce les mots rue sale, je comprends aussitôt qu'il s'agit d'une rue malpropre, pleine d'ordures et d'immondices; sale rue n'indique pas quelle sorte de saleté on reproche à la rue dont il est qtiestion, et si on l'appelle ainsi parce qu'il s'y commet des actions déshonnétes. Il est inutile de multiplier les exemples ; tons ceux qui ont été citésplushaut, ou au moins la plupart, conviennent également ici ; il n'y a qu'à se les rappeler. Nous ajouterons seulement une remarque. Si la poésie, comme le prétend Roubaud, emploie de préférence la construction qui met l'adjectif avant le nom, ce n'est pas que celle-ci soit plus forte, plus énergique, plus expressive que le tour synthétique, car nous avons prouvé le contraire au paragraphe 3, mais c'est que la poésie aime le vague et liait la précision.
De toutes ces distinctions résulte, par rapport aux adjectifs auxquels elles s'appliquent, |ine conséquence importante , c'est que la propriété qu'ils ont de changer de valeur dans le discours suivant
leur position^ de même qae les chiffres dans les nombres supérieurs à dix^ constitue pour notre langue une véritable richesse. Les langues^ rallemand étranglais, auxquelles manque ce moyen de varier le sens d'une locution qualificative, en variant seulement l'ordre de ses termes, sont obligées d'avoir deux mots pour exprimer ce que nous exprimons par un seul en ayant soin de le mettre à la première ou à la seconde place. Le mot bon de bon père se traduirait en allemand par gut, et le mot bon de père bon par gutig. Seul, dans le sens où nous le prenons quand nous disons un seul homme, correspond à Fallemand eitizig, et dans le sens qu'il a dans la locution^ tin homme seul, il se rendrait exactement par allein.
Mais il n'y a pas que les ac^ectifs qui se chargent ainsi d'accèssoires différents selon leur place relativement aux substantifs. Il en est de même de certains adverbes et même de certaines prépositions par rapport à certains verbes, que tantôt ils précèdent, et que tantôt ils suivent. De là de nouveaux synonymes analogues aux précédents pour l'origine, et tou.t-à-fait semblables, comme il est facile de s'en convaincre, quant aux règles de distinction qui leur conviennent : fnaltraiter, traiter mal ; mal parler, parler mal; mal interpréter, intefpréter mal / malmener, menermal; bien faire, mal faire ; faire bien, faire mal; surveiller, veiller sur.
On doit remarquer d'abord une circonstance commune à tous ceux de ces verbes composés dont les termes constitutifs s'écrivent encore séparément: tnal parler, mal interpréter, mal on bien faire; ils s'emploient uniquement à l'infinitif, et au participe ou seul ou accompagné de Tauxiliaire avoir. Or, l'antipathie de ces locutions pour les temps proprement personnels n'est-elle pas déjà une marque de leur impuissance à exprimer ce qui est relatif? N'est-ce pas là une preuve que ce qu'elles rendent particulièrement bien, c'est le général et l'absolu ? Mais traitons séparément et sans esprit dcsystème chacune d'elles; cherchons à les distinguer des expressions synonymiques dont elles ne diffèrent, sous le rapport grammatical, que par l'ordre de leurs éléments.
i. Maltraiter, traiter mal. Traiter d'une manière qui n'est pas convenable. La seule place de mal dans maltraiter donne à ce dernier mot une plénitude de sens que l'on chercherait en vain dans traiter mal. Traiter ma/, c'est simplement ne pas traiter avec tous les égards, avec toutes les attentions qu'on mérite, user de pro- * cédés mauvais ; fnaltraiter, c'est traiter beaucoup plus rudement, se porter à des injures et à des violences. Dans un autre sens, wa/traiter dit plus encore que traiter tnal: on ma//ratfe générale-
m«at, babitueUement ; on traite mal danê une dro<mgtan€e particulière» On maltraite ses domestiques, et on traite mal un domestique qui vient de commettre une gaucherie. Cfi serait parler sans justesse que de dire qu'un enfant depuis le berceau a été traité mal par son père. £nfm^ traiter mal, qui doit rester plus près du sens propre, signifiera plus volontiers que son synonyme , faire faire mauvaise chère à ses hôtes.
2. Mal parler, parler mal. Parler d'une manière contraire aux règles. Beauzée pense que l'un signifie parler d'une manière contraire aux règles de la morale, dira du mal, et l'autre parler d'une manière contraire aux règles de la grammaire, y manquer en pariant. Il se peut que ceUe différence sait la rraie^ car l'analogie est pour que mal parler se prenne dans le sens le plus abstrait, pour, médire ou dire des paroles offensantes; et la même analogie exige qu'en employant parler m^nl on conserve au mot mal un sens moins éloigné ou plus voisin du sens propre et primitif, et c'est ce qu'on fait en lui donnant celui de parler sans correction. « Il j a parler bien, parler aisément, parler Juste, parler mal à propos. » Li^Bs. Hais supposons avec Roubaud ees deux locutions unies par un rapport de synonymie plus étroit, toutes deux usitées morale^ ment et grammaticalement, toutes deux signifiant et médire et exprimer sa pensée autrement qu'il ne faut. Elles se distingueront alors comme maltraiter et traiter maly c'est-à-dire que l'adTCrbe mal précédant le verbe étendra l'idée de l'expression entière, la rendra plus complète : ma/ ;7aW^ annoncera donc une atteinte plus grate aux lois de la charité ou à celles de la grammaire.
8. McU interpréter, interpréter m^. Donner un sens qui n'est pas le vrai. Toujours mêmes distinctions. Mal interpréter ^ plus abstrait, plus éloigné de la signification première, voudra plutM dire prendre en mauvaise part un discours, ou une action, et inlerpré" ter malj par la raison contraire, traduire mal d'une langue dans une autre, ou expliquer mal ce que contient un écrit, une loi. Et chacun des deux tours étant employé dans l'une et dans l'autre acception, ia première aura plus de force, et signifiera donner un sens qui non-seulement n'est pas le véritable, mais qui s'en écarte étrangement, interpréter tout de travers.
4. Malmener, mener mal. Mener autrement qu'il ne faut. Le premier convient mieux, et peut-être seul, dans le sens idéal et moral de, avoir des procédés rudes et sans ménagement, tandis que le second se dit tonjmirs ou presque toujours au propre pour, mal diriger ou mal conduire. Sî ^dquefois ils expriment tons deux, ou l'idée
DES STN0NYAIE8. GRAMMATICAUX. Mf
abstraite et figarée^ ou ridée propre et primitiTe^ alors^ de même que maliraiter par rapport à traiter mal, malmener dit plus que mener mal,
6. Mal ou bien faire, faire mal ou bien. Fairie d'une manière qui ne convient pas ou qui convient. Mal ou bien faire, m,al ou bien fait, avoir mal ou bien fait, ne sont de mise que dans les propositions générales^ absolues^ abstraites , où le verbe /azr^ ne conserve presque plus rien du sens propre^ tant il est idéalisé : Je croyais bien faire ; il a mal fait éê vous avertir. Faire mal on bien, avoir fait mal ou bien quelque chose^ ne se peuvent dire que quand le mot faire est pris au propre i faire bien du premier coup ce que son instinct le porte à^ faire est. un des trait» qui distinguent l'animal d'avec l'homme. Dans ce cas, on dirait également bien faire, mais avec moins de justesse ; et^ dans tous les cas^ on ajouterait h la force de l'idée.
6. Surveiller, veiller sur. Avoir l'œil sur quelqu'un ou quelque chose, y prendre garde. Surveiller a plus de généralité; il indique unt surveillance plus étendue, qui embrasse plus de choses, attentive aux moindres mouvements, de tous les jours, de tous les instants^ qui ne laisse rien échapper, et qui suppose qu'on surveille d'en haut avec charge ou autorité ; en un mot, surveiller rappelle toujours un peu l'espionnage de la police, à part tout ce qu'il peut avoird'odieux. La surveillance de veiller sur n'est pas sans relâche, elle ne suit pas son objet aussi attentivement; c'est pourquoi, quand c'est à nne personne qu'elle s'attache, elle emporte quelquefois l'inten},ion de la protéger, de faire qu'il ne lui arrive aucun mal, et non pas toujours, comme surveiller, celle de la trouver en faute pour avoir à la reprendre ou à la punir. Mais non-seulement la surveillance de veiller sur est moins détaillée, moins continuelle, mais elle s'étend à moins de choses ou de personnes différentes ; on surveille même ' les personnes qui veillent sur, et par une inspection supérieure, comme chef, comme conducteur: le général surveille les officiers qui veillent sur les soldats; dans une grande maison, le maître surveille les agents chargés par lui de veiller sur les subalternes les plus bas placés.