CHAPITRE II
STSOaYMIB DES SUBSTANTIFS QUI DIPPàBBlIT UlflQUEMBlTT PAB LB
6EXRB.
Amours {f,\ amour {m.). La foudre ^ le foudre. Une aigle ^ un aigle. Voile {J,)^ 9oile (fît.). Couple (/), couple {m.). Pointe ei point du Jour. Taxe et taux. Graine et grain. Montagne et mont. Tombe et tombeau, etc.
Tout le monde sait que le langage transporte aux choses inanimées on caractère emprunté du règne animal. Il fait considérer les unes eomme des femelles, les autres comme des mâles, en appelant, par exemple, certaine semence une graine, certaine autre un grain, certain amas de pierre une montagne, certain autre un mont, certaine excavation une fosse, certaine autre un fossé. Cette distinction peut sembler étrange ; mais elle est utile, ne fût-ce tiue parce qu'elle sert àmarquer entre les noms les plus semblables, quanta la forme et ao sens, une différence assez considéra1)le. £n signalant cette différence entre les substantifs synonymes à i*adicaux communs et à terminaisons peu ou point significatives, nous ferons connaître la raison générale qui a guidé le sens commun dans l'imposition de l'un ou de l'autre genre à tels ou tels substantifs.
Le féminin est toujours plus général, le masculin toujours plus particulier. Les noms, auxquelsconvientle premier genre, renferment dans leur signification quelque chose de plus étendu, de plus vague, et déplus indéterminé que leurs synonymes du genre masculin. Et ceux-ci ont un sens précis et spécial : ils expriment les mêmes cho«
ses, mais les font considérer comme ayant des bornes, nne destina* tion ou une forme particulière, qui les sépare de tout ce qui n'est pas elles, quelque chose enfin qui leur donne une existence distincte. Dans celui des deux termes synonymes qui est au féminin, la chose apparaît comme un tout ou un genre, dont le substantif masculia n'exprime qu'une partie ou une espèce , mais bien caractérisée, ou, comme une substance, une matière, une étoffe sans forme et sans destination précise, qui en reçoit une dans le substantif masculin : c'est ainsi que la barre devient le barreau, la terre le terrain et le terroir, Isipâte le pâté, etc. Le mot orge est féminin, quand on ne spécifie pas de quel orge ils'agit,et masculin dans les expressions, orge mondé, orge perlé, hé pendule est dans la pendule une partie seulement. Les mois aide, enseigne, garde, sentinelle, manœuvre, pris au féminin, désignent des abstractions, des actions vagues. Au masculin, ces mêmes mots signifient des hommes qui ont tel emploi, qui font ces actions par état; ils détiennent plus précis en donnant à l'idée une forme concrète.
Le siibslanlif féminin est doiic l'expression mère;* il signifie lè genre, et le substantif masculin Pespèce. Voilà pourquoi dans les synonymes de cette sorte, le masculin peut toiyours se définir par le féminin, mais non pas réciproquement. Le barreau est une espèce de barre, \epâté une espèce de pâte, le terrain une espèce de terre, le limaçon une espèce de limace; mais non pas, la barre une espèce de barreau, là pâte une espèce éepâté, la terre une espèce de terrain, la limace une espèce de limaçon. Si le masculin se définit par le féminin, c'est qu'il exprime la même chose que lui, plus certaines qualités ou circonstances qui le déterminent ou le spécialisent. Que si le féminin ne peut à son tour se définir par le masculin, c'est qu'en effet il ne réunit pas ces qualités ou ces circonstances qui appartiennent en propre au masculin, qui le déterminent et le spécialisent.
Rien de plus facile à justifier que cette règle. Dans chaque espèce animale, la femelle contient et produit le mâle, comme dans le langage le féminin comprend le masculin. De son côté, le mâle se distingue par son individualité; les caractères de l'espèce ne brillent qu'en lui, ou brillent en lui beaucoup plus que dans la femelle. C'est la femelle, plus certaines qualités que Iç mâle possède seul, comme la beauté du chant, la vivacité des couleurs, les cornes, la force, etc. On peut dire encore que le féminin et le masculin jouent un rôle analogue à celui dé la femelle et du mâle par rapport à la génération : la femelle contient la matière; le mâle la détermine à devenir un être, en lui donnant la forme, en l'organisant.
Cette même règle va recevoir des faits une justification plus écla* tante encore. Nous la verrons d'abord appliquée aux substantifs qui ont la même terminaison au masculin qu^au féminin.
1. Amours (L), amour {m,). Passion d'un sexe pour l'autre. Le moi afnour, généralement masculin^ prend quelquefois le genre féminin; mais cela n'arrive guère en prose, suivant l'Aiïadémie , si ce n'est quand le mot est au pluriel: nouvelles amours, ardentes amours , folles amours. Or , évidemment le pluriel est bien plus compréhensif et plus vague que le singulier; revenir à ses premièi'es amours, n'indique pas l'objet d'un premier sentiment, n'exprime pas qu'il ait été unique, avec autant de précision que, revenir à son premier amour. Ensuite, Vamour désigne un sentiment , et le sentiment seul ; les amours présentent cette idée mêlée avec beaucoup d'autres; elles font songer aux assiduités , aux petits soins , «ux doux propos , aux témoignages d'affection. Si donc le mot amour n'est féminin qu'au pluriel, c'est que le pluriel se prête bien à exprimer le vague et l'indétermination qui est propre au féminin. Pour cette même T3iisou^\délice et orgue, masculins au singulier, sont aussi féminins au pluriel.
^. La foudre, le foudre. Le feu du ciel, la matière électrique lorsqu'elle s'échappe de la nue en produisant une vive lumière et une violente détonnation. La foudre e$l une expression vague et compréhensive, qui signifie à-la~fois le feu du ciel, la vive lumière et la détonnation qu'il produit en s'échappant de la nue. Le foudre est la foucfr^ paclicularisée , employée dans un cas spécial, à un usage dé-, terminé ; chaque carreau de la foudre est uifi foudre : « Jupiter lanlce un foudre à rinstant. » Laf. On dirait d'une manière générale : Jupiter est le Dieu qui lance la foudre, <c On peut comparer , dit Boileau, Démosthène à une tempête, à un foudre, à cause de la violence et de la rapidité avec laquelle il ravage , pour ainsi dire, et emporte tout. » «. Le rouge au visage et le feu aux yeux sont un signe de la colère, et comme l'éclair qui nous avertit d'éviter ce foudre, » Boss. Le foudre est aussi la foudre individualisée , figurée, représentée sous une image. Les poêles anciens peignent Jupiter ayant un foudre à la main , et lui donnent pour attribut l'aigle tenant un foudre dans ses serres. De même, foudre est du masculin toutes les fois qu'on 6te à la foudre ce qu'elle a de vague, pour la rendre sensible , lui donner une forme , la personnifier : Le Dieu adoré à Séleucie était le foudre ; un héros est un foudre de guerre; un grand orateur est un foudre d'éloquence.
i 3^Uneai^/e,unai^/e. Oiseau de proie très fort et très grand,
on ^ représenlalion. L'exemple précédent fait voir anechose physique perdant le genre féminin pour le masculin en devenant figurée. Ici ou voit le contraire. Aigle est du masculin, quand il signiûe un être réel , un certain oiseau de proie très fort et très grand, et il devient féminin en termes d'armoiries et de devise : Vaigle impériale , Vaigle romaine; les armes de l'empire français étaient une aigle. Il B'ya pas là de contradiction. L'objet physique, appelé la /buc/r^^ est quelque chose de très vague et de très peu déterminé : le mot qui l'exprime doit donc être du féminin ; mais il doit prendre le genre masculin y quand il désigne la foudre particularisée ou figurée , devenue sensible. Au contraire, l'objet physique, qui poi*te lenomd'm- ^/é, jouit d'une parfaite individualité, et l'esprit s'en fait une idée très Bette , que la représentation , la figure ou le symbole ne peut qu'obscurcir en la généralisant. *
4. Voile (m.), voile (f.). Pièce d'étoffe servant à différents usages. La t?027^ est généralement plus grande, de toile, c'est-à-dire de l'étoffe primitive dont toutes les autres «ont comme les espèces ; et l'usage auquel on l'emploie est simple, il exclut une particularité caractéristique et déterminative du voile, qui est de cacher.
6. Couple (f.), couple (m.). Deux choses de la même espèce. Un couple suppose une union fixe^ étroite, établie par un acte parliculierde volonté, une destination invariable. Une couple n'indique qu'une liaison indéterminée, vague, momentanée, qui est plutôt le fait de la nature ou du hasard. Un couple de pigeons se compose de deux pigeons, qui se sont unis volontairement pour se reproduire, qui vivent ensemble et ne sont plus libres d'entrer dans une nouvelle communauté. Une couple de pigeons hï^i^e uniquement deux pigeons, comme une couple d'œufs, deux œufs, une couple d'écus, deuxécus, une couple d'heures, deux heures, et ainsi du reste. Celte expression ne signifie aucune détermination, destination, ou délimitation spéciale. « Un couple de pigeons est suffisant pour peupler une volière ; une couple de pigeons ne sont pas suffisants pour le diner de six i>ersonnes. » Beauz.
6. La pointe du jour, le point du jour. Le plus petit jour. Point présente l'idée d'une manière plus restreinte, plus délimitée, plus précise ; il n'a rapport qu'au temps, et fait abstraction de tout le reste. Pointe donne l'idée d'une extrémité du jour, du jour commençant à* poindre ; c'est une expression, non pas simplement formelle, comme la précédente, mais matérielle, concrète en quelque sorte, chargée d'accessoires tirés des circonstances réelles. Lapointe est m point j dans c^tte acception; comme la journée ^vijotir. Et
en effets le point est en général la plas petite division de l'élendae abstraite^ et la pointe le plus petit bout de la chose, a Le point du joar est le commencement de la durée , comme le midi«n est le miiien : la pointe du jour est le commencement de la clarté, comme le grand jour en est la plénitude ou l'éclat. L'observateur se lève avant \e point dû jour, pour considérer la ^eiiie pointe du jour. Vous partez au point du jour à cette époque, et vous marchez à la pointe dû jour, ou à la clarté du jour naissant. Vous mesurez le temps par le point du jour : la pointe du jour vous fait distinguer les objets. »
ROUB.
7. Taofe, taux. L'idée commune est celle de la détermination de quelque yaleur. Le tav^ est cette valeur même déterminée^ établie, fixée, réglée; la ta^e exprime une idée étendue, vague, abstraite, compréhensive, celle du fait, de l'autorité et du règlement qui déterminent cette valeur. De sorte que le taux sort de la taxe; c'est uniquement et précisément la valeur , telle qu'elle résulte de la iaae. Le tava est tel, trop fort ou trop faible ; la taxe se fait , elle atteint ceux-ci ou ceux-là^ telles ou telles denrées; on s'y soumet, on y échappe. .On ne dit que /at^en parlant de Tintérét de l'argent : tau^x légal, taux de cinq pour cent, parce qu'en pareil cas on considère presque toujours l'intérêt comme établi, en luimême^ comme s'élevant à tel degré, et rarement comme s'établissant, comme étant imposé par l'autorité. « On dit assez indifféremment taux et taxe, en parlant du prix établi pour la vente des denrées, ou de la somme fixée que doit payer un contribuable ; mais ce n'est que dans le cas où il n'est pas plus nécessaire de faire attention à la valeur déterminée qu'à l'autorité déterminante : car un contribuable qui voudrait représenter qu'il ne peut payer ce qu'on exige de lui, faute de proportion avec ses facultés, devrait dire que son taux est trop haut; et s'il voulait dire que les impositeurs ne l'ont pas traité dans la proportion des autres contribuables, il devrait dire que la taxetsl trop forte. » Beauz. Relativement aux frais de justice, taux indique plutôt une valeur déterminée, fixée une fois pour toutes^ généralement ; et taxe, un taux plus libre, plus arbitraire, plus pour la circonstance. Les écritures des avoués sont soumises à un taux ; et il arrive quelquefois que le tribunal réduit la taxe de leurs écritures. On ne dit que taxe, s'il s'agit d'unje imposition en deniers sur des personnes en certains cds ; c'est qu'on a alors plus égard à l'autorité, qui met un impôt, et au fait de l'imposition, qu'à sa quotité fixe et précise.
8. Graine, grain» Girard a très bien distingué ces deux mois,
qui signifient également, une semence qu'on jette en terre pour qu'elle fructifie. Graine se dit de toute sorte de semences, et grain seulement des graifies, qu'on sème pour ne recueillir qu'elles^Jet qu'on fait servir à un usage particulier, celui de nourrir l'homme ou les animaux. De sorte que la graine est le genre, et le grain Tespèce, et que tout grain est graine, sans que toute graine soit grain. On sème des graines pour avoir des melons, des fleurs, des herbages ; on sème des grains pour avoir de ces mêmes grains. Grain spécifle donc davantage, et c'est pourquoi on dit bien, un grain de millet, et non une graine de millet 5 il faut dire, de la graine de millet, comme on dit de la graine de pavots, delà graine déniais. Au figuré, on dit d'une manière générale : la bonne graine, qui tombe sur la pierre, y périt desséchée ; mais on n'emploie grain que dans des locutions, où il est parfaitement déterminé : xm grain de bon sens, de jugement, de coquetterie, d'amour-propre, de lolie, etc.
9. Montagne, mont. Ces deux mots annoncent également l'idée d'une masse considérable de terre ou de roche fort élevée au-dessus de la plaine. L'Académie; Bouhours, Beauzée et Roubaud conviennent que le mot de 7nontagne ne forme qu'iine dénomination vague, désignant seulement l'espèce de corps onde masse, sans aucune distinction individuelle, tandis que celui de mont exprime une masse détachée de toute autre pareille, soit physiquement, soit idéalement. La montagne, de l'aveu de tous, est donc une suite continue, d'élévations 3 et le mont, une élévation une, simple, isolée qui s'aperçoit ou est supposée s'apercevoir d'un seul coup-d'œil, c'est une partie de la montagne, ou c'est une montagne, que l'esprit se représente comme arrondie, comme délimitée, comme ayant une étendue bornée. Dans le discours, les monts sont traités comme des individus^ ils reçoivent des noms propres : le mont Sinal, le tnont Parnasse. On donne bien aussi des noms propres aux montagnes; mais, afin de conserver à. ce dernier mot son sens général, on lé fait suivre de la préposition de : la montagne du Parnasse, les montagnes des Alpes.
10. Tombe, tombeau. Lieux où l'on dépose les morts. La tombe éstproprement la table de pierre, de marbre ou de toute autre matière, placée au-dessus de la fosse qui a reçu les ossements ou qui contient les cendres des morts. Le tombeau est la tombe devenue un monument, particularisée par quelque chose d'élevé qui la distingue des autres tonibes. Au figuré, il en est de même : le tombeau se définit par la tombe, et non h tombe par le tombeau,- tous les
hommes doirent aroir une tombe on descendre dans la tombe, tons n'aoront pas nn tombeau. Il n'y a qne les grands et les riches qui poissent prétendre l'honneur du tombeau, si ce n'est en poésie^ ob l'on emploie d'une manière générale nn mot particulier^ uniquement parce qu'il exprime (]fuelque chose de noble et de distingué. Si le terme tombeau n'était pas spécial et déterminé^ pourquoi dirait-oa plutôt^ un tombeau qu'une tombe de famille^ et^ être enterré dans le tombeau plutôt qne dans la tombe de ses pères ?
11. Espérance, espoir. Désir de quelque chose conçu comme possible. Uêspérdnce fait que l'on désire sans tropconnaltre l'objet de ses désirs et sans concevoir la possibilité de leur réalisation. Dans l'état le plus Toisin du désespoir/ on conserye encore quelque espérance. Mais V espoir, au lieu d'indiquer ainsi un futur incertain et éloigné, exprime un désir qui porte sur un objet bien précis et doit se réaliser prochainement. Dans cette phrase: Vespérance est la mère des affligés et des malheureux ; si on substitue espoir h espérance, on été à la pensée sa justesse; car ce qu'espèrei)t les affligés et les malheureux n'est ni certain, ni précis, ni prochain, ptel est le sens d^espoir. Ce root est mpins yague çt plus particulier, plus déterminé, plus fixe que celui ^espérance. D'ailleurs,^ et Roubaud Ta bien senti , Vespérance dé$igne plutôt un Ipng espoir , une disposition habituelle , nn état ou une modification plus ou moins constante, et l'e^^oiV, une ^*p^rflwc6 particulière^ un sentiment passager , une disposition actuelle : c'est Vespérance, et non Vespoir, qu'on a personnifiée, qu'on a ipise au rang des yertus théologales. Enfin , comme Vespoir porte sur quelque chose de précis , il est plus ardent, et la privation du bien sur lequel il fait compter doit causer un grand désappointement : « Vespoir, tput détruit , dit Roubaud , mènerait au désespoir. Vespérance trompée |ie nous laisse souvent dans le cœur qu'un sentiment de peii^e. »
12. Discorde , discord. Etat où se trouvent des personnes indisposées^ ou opposées les unes aux autres. Discord a presque disparu de la langue. Marmontel et Roubaud le regrettent beaucoup, et c'est avec raison, car il exprime une idée étrangère au mot dis cor fie, ^o\i\. il diffère comme re*/?02V ^^V espérance. Ecoutons Roubaud: (c Vous ne personnifierez pas le discord comme la discorde, parce que ce mot-là n'exprime pas^ comme celui-ci, un caractère de force, de consistance., dé durée , d'empire, qui semble consStiluer une puissance. La discorde est un grand et long discord, La pomme jetée devant les déesses rivales excite entre elles un discord, elles se la disputent. Adjugée à l'une des trois, elles brûlent du feu de la discorde-
On Toit souvent figurer la discorde dans les familles, les communautés /entre les peuples , parmi les nations. » Ainsi le dis cor d est un fait particulier de discorde-, il nait , s'élève: la discorde estiia état de discord, ou le discord devenu générai, durable; elle règne.
13. Course , cours. Mouvement de ce qui court. Course signifie l'action de celui qni court : à la course , c'est-à-dire en courant. Le cours est une course réglée , assignée. L'un n'est relatif qu'au mouvement et à sa vitesse, l'autre l'est aussi à sa direction et à sa régularité. Le soleil achève sa course en peu de temps , et il suit toujours un cours uniforme. On dit bien, course vagabonde, et non pas, cours vagabond. On peut attribuer une course aux nuages, aux torrents ; mais on dira, en parlant des astres, des fleuves , des saisons, qu'ils ont un cours y voyage au long cours, suivant le cours naturel des choses. 11 y a près des villes des lieux particulièrement destinés aux promenades à cheval ou en voiture ; on les appelle des cours.
14. Dépenses, dépens. Ce qu'on dépense, la quantité d'argent qu'on est obligé de donner. Les dépenses comprennent tout l'argent dépensé ; les dépens sont Targenl qu'on doit dépenser conformément à la loi ou à la sentence qui en a déterminé le montant; c'est un argent qui reçoit 4mè destination précise et réglée.
15. Jupe, jupon. Vêtement qui descend depuis la ceinture jusqu'aux pieds, et quelquefois moins bas. Jupe est le terme générique; il ne détermine pas même s'il s'agit d'un vêtement d'homme ou d'un vêtement de femme. Au xii*" siècle, les hommes portaient àes Jupes de velours; les chevaliers étaient couverts d'une espèce de Jupe sous leurs cottes de mailles. On dit même encore aujourd'hui, la Jupe A^nne redingote. Jupon est plus précis; il indique un vêtement de femme. L'influence du Jupon est quelquefois bien grande. D'ailleurs, lors même que les deux mots signifieraient un vêtement de femme, Jupon serait toujours plus particulier; il désignerait spécialement cette espèce de Jupe que les femmes mettent sous les SiUires Jupes,
16. Limace, limaçon. Mollusque rampant. Le limaçon est une espèce de limace/ c'est la limace renfermée dans une coquille qui la borne et là détermine.
17. Fosse, fossé. Creux dans la terre, qui est plus ou moins large et profond. La fosse est une excavation faite dans la terre par la main d'un homme, et qui peut avoir une foule de destinations : les fosses du cimetière ; fosse pour planter un arbre ; fosses mobiles
et inodores ; on fail des fosses pour construire des puits^ des citernes, des caves, etc. Le fossé, au contraire, entraîne une idée précise, parce qu'il n'a jamais qu'une seule destination, qui est d'empêcher qu'on ne passe dans un certain espace qu'il entoure. On entoure d'un fossé les maisons, châteaux, citadelles, jardins, parcs, et aussi les prairies où l'on ne veut pas laisser pénétrer les bestiaux.
18. Forteresse, fort. Lieux où l'on est en sûreté conlre les attaques de l'ennemi. L'idée de la forteresse est beaucoup plus étendue que celle du fort; elle représente à l'esprit un édiflcc avec des tours garnies de soldats^ de canons, de meurtrières, de bastions, et avec un fossé profond qui en défend l'approche; c'est un assemblage de forts. Le fort n'est qu'une tour élevée isolément ou bien dans la forteresse, à l'égard de laquelle il est comme le mont à l'égard de la montagne, comme le roo à l'égard de la roche.
19. Cervelle, cerveau. Viscère qui a son siège dans la tète. Cervelle le fait considérer d'une manière vague, par rapport à sa masse et à sa nature; cerveau le présente toujours comme un organe particulier et qui remplit une fonction spéciale. Aussi, quand, ce viscère est hors de son contenant et à l'état de désorganisation, on né l'appelle plus que cervelle : les cuisiniers accommodent des cervelles et non des cerveaux. L'anatomie et la chimie font l'analyse de la cervelle; la physiologie et la psychologie étudient les fonctions du cerveau. La même distinction se montre au figuré, c'est-à-dire, quand les deux mots se disent de l'esprit, eeiipelle signifle alors une matière qu'il faut avoir en certaine quantité et d'une certaine qualité pour bien penser : une tête sans cervelle, une cervelle légère, évaporée, etc. Cerveau exprime plutôt un organe renfermé dans un espace déterminé, un instrument qui travaille, produit des résultats plus ou moins bons et est susceptible de se déranger : son cerveau travaille ; cerveau débile; avoir le cerveau dérangé; cerveau timbré, fêlé, etc.
20. Bscabelle, escabeau. Siège de bois sans bras ni dossier, et qu'on saisit par un trou pratiqué à l'a planche supérieure. Escabelle signiQe un e^ca^eau à plusieurs personnes, une sorte de banc. Il paraîtrait même qu'autrefois on comprenait soifs le mot d'e^cabelle tout ce qui sert de siège dans une maison, car on disait, remuer ses escabelles, pour, déménager. Il semble aussi qn'escabelle désigne un siège plus élevé. Les chantres, devant le lutrin, sont assis sur des escabelles, et les enfants de chœur sur des escabeaux. Dans les maisons pauvres des campagnes, tous les membres de la famille s'asseient sur des escabelles , et les enfants ontdes escabeaUfX.
106 I-RAITÉ
On peut encore appeler escabeau, mais non pas eêcabelle, cette sorte de carreau ou de petit banc^ qui sert aux femmes à poser leurs pieds^ et sur lequel aussi on fait asseoir les petits enfants.
21. Charrette, chariot. Voitures communes qui servent à transporter diverses choses. Cha^Hot désigne une espèce, quelque chose de particulier, qui a un usage spécial. Parmi les charrettes, c'est-à- . dire toutes les voitures à transport, le chariot a quatre roues; de plus , il se distingue par une destination qui lui est propre et qu'on indique presque toujours quand on se sert de ce mot : chariot de bagage, chariot de foin, cA arto«» d'ambulance, chariots d'artillerie, chariots de vivres.
22. Troupe, troupeau, ^bmion, assemblage d'êtres vivants. Une troupe est une agrégation d'animaux ou d'hommes quelconques : troupe d'oiseaux, de loups, de tigres ; une troupe de séditieux, de forcenés, parcourait la ville. Troupeau est plus spécial, plus déterminé; il ne se dit que des animaux, et encore des animaux domestiques utiles à l'homme, qui les nourrit et les élève ensemble.
23; Bande, bandeau. Longue pièce d'étoffe qu'on met autour de quelque partie du corps. « La bande, dit Laveaux, d'après l'Académie, serre ou est destinée à serrer quelque objet que ce soit j le bandeau ne se met qu'autour de la tète, autour du front. » Il a raison de dire, serre ou est destinée à serrer, car c'est encore une chose à remarquer, que le bandeau a actuellement son usage, tandis que la bande^tvX simplement avoir le sien.
24. Barre, barreau. Pièce de bois, de fer, etc., étroite et longue. Barre, tout morceau de fer ou d'autre métal allongé. Le barreau est une barre ayant une certaine forme, et appliquée à un usage spécial : c'est une barre de fer, mise en dehors des fenêtres et aux ouvertures des prisons.
26. Tonne, tonneau. Vaisseaux de bois formés de planches appelées douves, contenues par des cercles, et ordinairement destinés à recevoir des liqneurs. Tonne est le terme générique; il se dit pour désigner toutes sortes de barriques. Le tonneau est une espèce par rapport à la tonne; c'est une tonne dohl l'usage et la capacité sont réglés suivant les pays. On dit un vaisseau de tant de tonneaux y pour donner idée de sa force et de sa grandeur, parce que, dans celte locution comme dans toute autre, tonneau a une signification précise ; il indique un poids de deux mille livres^ ou l'espace de quarante pieds cubes. Tonne n'a Jamais été employé dans ce sens , k cause de son indétermination.
20. Poussière, poussier. Matière réduite en poudre fine. Pous-
nère se dit de tout ce qui est réduit en parcelles ténues^ par exemple^ de tout ce que le yent entèye de la surface du sol. Le poussier est seulement cette poussière qui s'amasse dans un petit endroit^ éomme^ par exempie/au fond d'un sac à charbon ; c'est aussi lapous^ sière qui a un usage, une destination spéciale^ par opposition à la poussière ordinaire, qui n'en a aucune : \e poussier de mottes sert à faire du feu»
27. tOL vapeur y \a vapeur. L'usage ne parait pas ayoir encore décidé s'il faut liire la vapeur ou le vape^ir, en parlant d'un bateau à Tapeur. Il.n'y a cependant pas à hésiter ; il faut évidemment, pour que le mot devienne précis dans cette acception particulière, qu'il reçoive le genre masculin. Prendre le vapeur s'entend sans peine ; prendre la t^op^tir serait une expression vague, indéterminée, équivoque. D'ailleurs, n'a-t-on pas déjà fait passer le mot foudre du féminin au masculin, quand on s'en est servi pour désigner en particulier un héros et un grand orateur : un foudre de guerre ^ un foudre d'éloquence.
Refnarque, Dans toutes les langues, à la différence des genres mascnlin et féminin se trouve attachée la même différence de signification. En italien, fiasca (f.) désigne un grand vase de forme peu déterminée, une espèce de damejeanne, ti fiasco (m.), un flacon , c'est-àdire an vase pluspetit, qui a une forme bien caractérisée. Pareillem^ent en grec, arpcuSia (iq) signifie des petits oiseaux de toutes les espèces , et (rrpooebç (6), le passereau ou le moineau ; nuewv (tq), la ville de Delphes, et nuôttv (6), le serpent Python, ou Apollon qui le vainquit; xi^poç (1^), le cèdre, et )U^poç (4), le fruit de cet arbre; Çu^bç {î), le joQg, et CU70Ç (é), le fléau de la balance, ou la balance elle-même; x«p«ç (in), un échalas, etx*p*^ (*)> tin échalas travaillé ou façonné, on pieu dont on fait des palissades ou des retranchements.