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CHAPITRE IL CON

En passant du latin au français, les mots éprouvent dans leur terminaison une altération plus ou moins profonde; mais leur partie initiale demeure invariable. Ainsi, notre adjectif conforme reproduit de tout point le latin conformis d'où il est tiré, si ce n'est qu'il se termine un peu différemment. C'est pourquoi, en ce qui concerne la valeur absolue ou comparative des préfixes, plus encore que relativement à celle des désinences de notre langue, on peut tirer du latin des instructions sûres et concluantes. Sans doute tous les mots latins commençant par con , com, col, cor, n'ont pas en français d'analogues qui les représentent avec exactitude sous le rapport lexique, et le français, de son côté, a des mots de cette initiale qui

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lui sont propres. Néanmoins^ la préfixe a. le même senf dans les deux langues, et son emploi dans Tune ne peut manquer d'éçiairer son emploi dans l'autre.

Autre remarque préliminaire indispensable. Quand deux synonymes de même radical et de même terminaison ont des préfixes particulières , c'est dans la valeur comparative de celles-ci qu'il faut chercher la différence. Mais si l'un des deux ne commence point par une préfixe^ est un radical pur, le radical même qui sert à former le second, tel, par exemple, que/^r^nc^r^ relativement à empr^nd^r^, ils diffèrent d^à en ce que le mot radical exprime l'idée commune d'une manière simple, absolue, rigoureuse, indépendamment de toute modification. Ainsi, en latin, par signifie égal, mathématiquement, à la rigueur, il regarde la quantité; compar signifie la même chose, mais d'une manière affaiblie, approximative, et en parlant du degré ou de la qualité. C'est aussi le rapport qui existe enlve plures et eomplures : le premier se prend à la lettre, arithmétiquement, pour signifier plus d'un. Le second n'emporte pas une aussi grande détermination, c'est l'équivalent vague et peu précis de plusieurs. Pareillement dans nos mots compère, commère, confrère, le sens des primitifs j9^e^ mère, frère a considérablement varié.

La préfixe latine et française, cvn, com, co, col, cor, vient de la préposition latine, cum, qui signifie avec» Dans les mots composés où elle entre, son rôle consiste à marquer pluralité, multiplicité, complexité, totalité; elle est collective, cumulative, amplificative. Comme les mots au commencement desquels elle se trouve sont presque tous des verbes ou des noms verbaux , elle exprime réunion, agrégation, assemblage, soit dans le sujet qui agit, soit dans la chose qui est faite. Ainsi, en latin, comprobare, c'est approuver plusieurs à-la-fois, ou approuver entièrement ; conticere, c'est se taire tous ensemble, ou garder un profond silence; conquirere, c'est chercher ensemble, ou chercher plusieurs choses; eon^t^m signifie, ou que plusieurs voient à-la-fois, ou qu'un seul voit à-la-fois plusieurs choses; il en est de même de compilare, qui sert à indiquer un pillage multiple, eu égard aux personnes qui le commettent ou aux choses sur lesquelles il d'exercé. De ces deux manières d^indiquer pluralité la plusimportante,synonymiquement parlant, est la seconde, parce qu'elle s'aperçoit plus difficilement et a des conséquences subtiles, d'où proviennent entre les mots des différences qui ne le sont pas moins. Le sens de con, sous ce rapport, mérite donc un plus long examen. Cette préposition annonce que le sujet fait plusieurs choses, ou qu'il fait une chose entièrement, ou une chose

DÈS SYNONYMES G&AMMATIGAUX. ^ 995

compliquée^ qai demandie qi^'on la tieime> qû'oa l'envisaga 46 pus les côtés^ qu'on $'occupe de ses différentes parties^ qu'on les arrange ; et par conséquent le mot qu'elle commence suppose dans l'agent plus de soin^ plus d'effort^ et une intention plus expresse^ plus par^ ticulière. En latin^ par exemple, vallù est une vallée comprise entre deux montagnes seulement; convallis, une vallée formée par plusieurs montagnes, qui enferment un espace de tous Jes ç6tés; urere, c'est brûler j'£?pmr^, couvrir j memorare, rapporter; ttringere, serrer en tirant; formare et fingere^ d(mner une Cpr^e; iervarsy sauver : mais comHt/rere, c'est brûler entièrement 5 eoppenre, couvrir de tous les côtés ; commemorarûf rapporter longuement, avec détail, complaisance, osteptaltion; comMngere, C'est lier dé tous l^tés, enchaîner; confomiarç, disposer, ajuster; confingfire, feindre; c(m^^n;ar^, conserver, protéger, veiller au salut. Quelque"* fois la pluralité dont pon est le signe revient à la réciprocité, m donne l'idée de partage : confabulari, c'est conter à tour dç rdle, s'entretenir; consalutare, »e saluer l'un l'autre, s'entre^salMer; par, Qommepair, dans nombre j^aiV, se conçoit bien solitairement, compar suppose toujours rapport mutuel entre deux chosçs ou deux personnes; lecognomen est, non pas Iç nom propre, mais le nom commun, celui qu'on partage avec toutes les personnes de sa famille; celui qu'on avertit, qui monetur^ fait part de l'avertisse- ^lent à un autre, commonet.

Plainte, complainte. Action de se plaindre ou son résultat , expression d'une douleur vraie ou feinte, La plainte consiste en un simple cri, en un sanglot, ou en quelques mots; elle a lieu pour quelque chose de passager. La complainte e&t une suite ou un comr posé de plaintes j mie plainte détaillée , continue , qui a pour ob* jet de longs malheurs ; c'est le fait d'une personne qui se lamente saps cesse, unep/am^^ importune, fatigante, à cause de sa longueur même. D'ailleurs-, la plainte échappe , est arrachée par la douleur, au lieu que la complainte est arrangée à dessein pour attirer sur sol l'attention. I^'histoire vante Marins d'avoir subi une opération douloureuse sans pousser mcMue plainte y un client ennuyeux vous harcèle de ses complaintes. Ce double caractère explique pourquoi complainte signifie parliculièremenl une chanson, ou un cantique populaire dont l'auteur déplore, en style de Jércmie, les malheurs d'un personnage pu ceux de ses victimes.

Texture , contexture y Façon, état de ce qui est tissu. La contexture annonce plus de complication , un assemblage, une multi-* pUcité de fils qui s'enchainept les. uns au)^ autres, s'entrelacept,

s'entremêlent y se croisent dans tons les sens. On doit dire , en conséquence y la texture du bois^ des tendons ,. parce qu'ils se composent de fibres rapprochées , mais allant toutes dans la direction longitudinale ; et la contexture des os^ du tissu cellulaire^ d'une étoffe, parce que leurs parties se rencontrent et se pénètrent dans divers sens et de différentes manières. En pariant des ouvrages de l'esprit, contexttMre coïiy'itvki seul pour marquer la liaison de leurs parties , quand elle est compliquée, opérée avec habileté on confusion. Ensuite, dans texture , il semble qu'on considère absolument et solitairement l'état de chaque partie, et dans contexture, relativement, l'état^ la disposition qui résulte de l'assemblage de toutes les parties. D'après cela, il faudrait dire la texture d'un os, d'une fibre, d'un tendon , et la contexture des os , des fibres , des tendons ; la texture d'une scène de tragédie , et la contexture de la tragédie entière. Pour être orateur , il ne suffit pas de se distinguer par la texture de la période , il fautaussi se montrerhabile dans la con-texture du discours. Entre les parties des corps inorganiques et non modifiés par l'industrie humaine il y a texture , mais non pas con^ texture.

Sacrer, consacrer. Donner par certaines cérémonies religieuses un caractère de sainteté » qui met avec Dieu dans un rapport Intime. Sacrer est absolu et n'a rapport qu'à une seule chose ou à une seule personne qu'il fait considérer en soi ; consacrer est relatif et ajoute à l'idée de la personne ou delà chose celle de sa destination ultérieure, de ce à quoi elle appartient ou doit servir désormais; c'est pour ainsi dire un mot à double face. La personne qu'on a sacrée a ieWeqnsilïlé en soi; la personne qu'on a consacrée a telle qualité par rapport à la divinité. Par le sacre on devient inviolable ; par la consécration on est voué entièrement à Dieu et à son culte. On sacre simplement; ce mot ne veut pas de complément indirect ; mais on consacre à Dieu, ou à tel ou tel Dieu. On sacre un roi, un empereur, un évêque; on consacre plutôt des choses, un temple, un autel.

Répondre, correspondre. Avoir du rapport. Correspondre suppose réciprocité. Quand une chose corr^âponrf à une autre, celleci répond également à la première et sous le même point de vue. On correspond k un sentiment par un sentiment de même nature, a Et laLdUecorrespond-eWeionhyotre amour?» Mol. « Le plaisir que j'ai de correspondre k la bienveillance dont vous m'honorez. » J.-J, ce Leçons très sages sur la manière dont je devais correspondre aux bontés qu'on avait pour moi. » In. Répondre, au contraire, ne marque ni réciprocité, ni homogénéité entre les choses comparées. «Vous

verrez si rajustement qui accompagne sa .figure y répaiid comme il faut. » Mox. « A ce livre ils en substitueront un autre qui réponde mieux à leurs vues. » J.-J. « Ses forces ne répondent pas à son zèle, n Mass. Ensuite ^ il y a plus d'intimité entre les choses qui se correspondent y qu'entre les choses dont l'une réponde l'autre. Rigoureusement, la correspondance est détaillée , embrasse toutes les parties, elle équivaut à une coïncidence. « Je suppose , ditFéne* Ion , un corps capable par se^ dimensions de correspondre à une superficie capable de recevoir ce corps.» S'agit-il d'exprimer un rapport étroit entre deux choses , J.-J. Rousseau se sert de correspondre. «C'est un ton qui correspond très bien aux regards don t J'ai parIé.»Si, au contraire , on veut affaiblir ce rapport ou le nier, on préfère répondre. <c Je crois bien que la pure aristocratie héréditaire des républiques d'Italie ne r^o/f£^pas précisément au despotisme de l'Asie.»

MONTESQ.

Plaire, complaire. Se rendre agréable. Plaire marque un fait tout simple; pour complaire, il faut s'en donner la peine, user de soins et de prévenances. On plaît au premier abord , par des charmes naturels, par des agréments attachés à la personne, et souvent sans être disposé à complaire. On ne comp/aî/ qu'^ force d'attentions, de complaisance, en s'accommodant à l'humeur, au sentiment de celui à qui l'on veut être agréable. La différence est souvent des plus frappantes. Il y a des personnes à qui c'est un devoir de complaire, mais non pas de plaire, car ce dernier fait ne dépend pas de nous. « Je dois et je veux leur complaire, » J.-J. ce C'est un i)ère, après tout; il faut qu'on lui complaise, » Laf. Xipharès dit à Monime, au sujet de^ Mithridate : « Moins vous l'aimez, et plus tâchez de lui complaire. » Rac. A la place de complaire, dans cet exemple , p/atV« formerait un véritable contresens, car Monime n'épiait déjà que trop à Mithridate. Il en serait de mième dans ce passage de VEcole des Femmes. — Arnolphe. « En me voyant si bon, en revanche aime-moi .» — Agnes. « Du meilleur de mon cœur je voudrais vous complaire,» Plaire exprime le fait seul , sans accessoire. « Mais si mes vers ont l'honneur de vous plaire, etc. » Laf. Complaire est propre à marquer l'empressement et le zèle. « Vous les verrez toujours ardents à vous complaire. » Rac. « Je donne dans son sens en tout pour lui complaire. » Reg. Sans doute , on cherche aussi quelquefois à plaire, mais par soi-même, par ses qualités propres; si bien que le verbe ne partage pas l'attention et la fait porter toute sur le sujet. « Et pour n'avoir personne à sa flamme contraire , jusqu'au

fibLendu logis il s'efforce déplaire. )> Mol. Quaad on tàcbe de eomplaire^ on flatte les goûts ^ les caprice^ , les désirs de celui près de qui on veut être bien venu , et le mot complaire a toujours une signification relative ^ à double face^ plus complexe. On se plaît à une cbose^ et on se complaît dans upe cbose. D'une part, c'est l'aimer, y avoir goût; de l'autre, c'est l'aimer à l'excès , la savourer, en quelque sorte, en détail , avec insistance et obstina^ tion. (c On a beau réfuter ses vains raisonnements , son esprit se complaît dans ses faux jugements. » Boil.

Prendre, comprendre. Concevoir, entendre, se faire une idée* Prendre, c'est saisir sans effort, Instantanémenl; » tout d'un coup, à la première audition, à la volée, une chose qui d'ordinaire est peu étendue. Comprendre exprime un acte moins simple : c'est cour i^evoir d^ns tous les détails et dans toutes les parties quelque chose de complexe, comme une démonstration de mathématiques. On peut l^ien prendre chacune des phrases d'un discours, et ne pas bien comprendre le discours lui-même. Les deux mots s'emploieraient bien encore en parlant d'une chose de même étendue; maisalor^ prendre signifie n'en saisir qu'une partie , ou ne la saisir que par un cêté, ce qui fait que ce verbe se trouve souvent accompagné des adverbes mal, de travers, à contrevent, qui dénotent une conception erronée, parce qu'elle est partielle et incomplète , faute d'attention, d'étendue d'esprit. Comprendre, au contraire, indique qu'on conçoit la chose dans sa totalité, qu'on l'embrasse tout entière^

Cemon, concession. Acte par lequel on cède, on accorde quelque chose à quelqu'un > on dispose d'un bien en sa faveur. La cession est simple, rigoureuse, l'effet d'un droit. Le mot cances^ sion se trouve chargé d'un accessoire de forme étranger au premier. On n'^rrlye pas k faire ou à obtenir une concession sans façons, sans démarches, sans pourparlers, sollicitations, prières, hésitations, lutte intérieure avec soi-même, La cession se considère aussi indépendamment de tout motif, tandis que la concession implique qu'on la fait pour obéir aux lois , aux convenances , et quelquefois parqe qu'on ne peut guère s'y refuser. La concession porte aussi généralement sur un objet plus considérable, plus étendu, appartenant au domaine public. Ce qui lève tout embarras par rapport à la cession , ce qui la simplifie , c'est qu'elle est ui| droit ; et ce qui complique la concession de tant de circonstaneeSi c'est qu'elle est une grâce, uàe faveur^ un privilège. Il existe ui| rapport tout seuiblable, eu latin, entre cedere et concedere.

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S0 fier, $e confier. Ne p9S craindre de communiquer à quelqu'un ses affaires^ ^t% secrets ; de lui commettre le soin de ses intérêts. On ne $e fie que sous un certain rapport ou pour une seule affaire; on êe confie sans restriction et pour toute sa fortune. Se fier téiçoigne une conflance sans abandon j se confier , une confiance pleine^ complète, illimitée, qui fait qu'on se donne tout entier, pour ainsi dire, a On se fie à quelqu'un qu!on connaît on qn'on ne suspecte pas ; on se confie à quelqu'un qu'on connaît bien et dont on se croit sûr. On se fie à quelqu'un pour de légers intérêts; on se confie à un ami dans les choses importantes. » Roub. On se confie en Dieu; on ne dit pas ïy fier ^ ce serait une expression injurieuse, à cause de cette sorte de réserve dont l'idée s'y trouve toujours jointe. L'étendue d^ la conOance distingue si bien se confier, qu'en latin confidentia, comparé à fiducia, signifie une confiance téméraire, présomptueuse. Il est vrai qu'ensuite le verbe cmifidere perd cet accessoire défavorable et se trouve^ relativement à fidere, dans le même rapport que se confier relativement à se fier.

Teniry contenir. Être susceptible de recevoir telle quantité de certaines choses. Tenir, en sa qualité de radical, est une expression absolue, mathématique, exclusivement significative de la quantité^ qui fait abstraction de toute /circonstance, et marque la capacité à prioriy et pour ainsi dire, le droit; par la raison contraire, contenir indique plutôt le fait, et représente le vase comme empêchant le corps contenu de s'échapper, comme l'enveloppant, l'enfermant de toutes parts. Ensuite, dans contenir apparaît une idée d'assemblage étrangère à son synonyme. Tenir suppose une quantité divisible, et contenir des individus qu'on peut réunir: une salle est capable de contenir, et non pas de tenir , tant de personnes.

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