CHAPITRE m. DE
En français, comme en latin, celte préfixé n'est autre chose primitivement que la préposition latine de, qui marque mouvement de haut en bas, cfe'gradalion, «fejectîon. C'est le sens que présente, en effet, la préfixe dans les verbes descendere, descendre ; dependere , dépendre ; deducere, déduire, faire descendre ; deponere, déposer; decidere, déchoir; desecare, abattre en coupant.
Cette idée en appelle naturellement une autre, celle d'ablation, de vide fait, d'exemption, de décharge ou de dénuement, soit par rapport au sujet, soit en ce qui concerne la chose ou la personne qui est l'objet de l'action. Ainsi^ pour emprunter des exemples au latin, fHori c'est simplement mourir, et demori, c'est mourir de manière à laisser un vide dans la société à laquelle on appartient; fungi, c'est exercer une charge, et defungi, l'exercer de manière à en être quitte, s'en acquitter, et généralement passer par certains maux et partant n'avoir plus à les subir. D'un autre côté, deiinere aliquem, c'est en arrêtant quelqu'un l'empêcher de vaquer à ses affaires , de veiller à f es intérêts ; negare, c'est nier, faire savoir qu'on n'avoue, qu'on né convient ou n'accorde point, et denegare, c'est nier de manière à affliger, à porter préjudice.
Il y a plus; celle préfixe n'est pas seulement dégradative et ablative, mais encore et le plus souvent,, surtout en français, privative et négative, c'est-à-dire qu'elle donne au mot composé un sens contraire à celui du simple auquel elle est ajoutée. Exemples : decotor, décoloré, sans couleur; deformarCy déformer, défigurer; degenerare, dégénérer; dejflorare, déflorer; dementia, démence, sine mente, sans raison; depopularî, dépeupler; desperare {non sperare), désespérer ; desuetudo, désuétude.
D'autres fois, la même préfixe est complétive analytique, elle est propre à décrire les états successifs par lesquels passe le sujet entre les points de départ et d'arrivée, ou, d'une manière plus générale, elle représente une action quelle qu'elle soit pendant qtfelle s'effectue, dans tous ses degrés, avec ses détails, ses circonstances, jusqu'à rentier épuisement de la chose sur laquelle elle porte ; au lieu que fe verbe simple énonce le genre d'action sans se charger de tous ces accessoires. En latin, metiri signifie mesurer, et demetiri mesurer les subdivisions ; vincere, vaincre, et devincere, faire essuyer une défaite complète; narrare, raconter, et denarrqre, raconter au long, avec toutes les circonstances ; pareillement de-z
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amdre, deflagrare, depeculatar, deêervire, devùtare, deêeri^ bere rendent pTas coiQplètes en les détaillant^ en le$ développant^ les idées attachées aax simples^ amare, flagrare^ peculator, serinre, vorctre et êcHbere.
Enfln^ nn dernier trait qoi disttngtie certains mots composés^ commençant par de, et qni apparaît principalement quand on les compare avec les mots simples^ leurs primitifs^ c'est qu'ils expriment ridée commune d'une manière^ noii-seiilement plus complète, mais plus déterminée^ plus rigoureuse^ plus caractéristique ; ce qtii fait qu'ils s'emploient très bien en style de pratique et de chancellerie, c'est-à-dire là ou il est besoin surtout de peser ses termes. Dé est détermînatif par excellence, aussi bien dans les mots composés où il entré ({m quand il joue en français le rôle de préposition. Il n'j a rien en cela que de conforme à son origine par suite de laquelle il marque ablation, séparation, distinction, définition, détermination. Le latin fournit encore, à cet égard, des instructions décisives. Les verbes ûmp\e%, flerêyplorareylaerymare, expriment l'action générale de verser des larmes, mais sans spécification, sans indiquer sur quoi et pourquoi, car ils sont intransitifs. Au contraire, deflere, deplorare, delaerymare, sont propres à marquer le sujet des pleurs, et la preuve c'est que d'ordinaire ils prennent un complément direct à l'accusatif. C/ama/orest un crieur, un criailleur, et se dit de toute personne qui crie; dectamator* était le nom spécial donné aux rhéteurs qui faisaient des exercices d'éloquence dans leurs écoles. Finire, terminarê^ signare, ne s'emploient qu'au propre dans le sens de poser des bornes, ou de marquer, d'imprimer ; definire, determùiare, dedgnare, sont comme leurs correspondants français des termes rigoureux, qui indiquent qu'on circonscrit, qu'on i^ractérise les choses ou les personnes de manière à les séparer nettement dé tout ce qui n'est pas elles. On dit bien tegarë, pour, donner une commission de particulier â particulier, et delegaré, déléguer, envoyer en mission ou en ambassade par acte d'autorité; de même po9cere pour, faire une demande quelconque, et depoêcere pour, demander l'extradition d'un transfuge, on, en justice, la punition d'un coupable.
livrer, délivrer t Mettre en main, au pouvoir de quelqu'un. « Délivrer f dit Condillac, c'est livrer une chose à celui à qui elle est due ou à qui on l'a promise : la justice a ordonné qu'on lui déli-vrai son legs ; cet ouvrier m'a promis de me délivrer dans peu Pouvrage que je lui ai demandé. » C'est-à-dire que délivrer se rapporte an sujet qui délivre , et le montre comme s'acquitlant,
comme se déchargeant d'une obligation ; c'est-à-dire qn'ici la préfixe est ablative. Roubaud le marque d'une manière encore plus expresse. « Celui qui délivre une chose, dit-il, la livre en se libérant, ou en s'acquittant, ou se libère, s'acquiUe en la livrant. Délivrer ajoute au sens de livrer l'idée d'une charge dont on s'acquitte, ou d'un marché qu'on exécute. Vous délivrez la chose que vous devez livrer,* vous gardez ce que vous ne livrez pas : vous retiendriez à la persoiyie ce que vous avez à lui délivrer, La /ivraison change la possession; la délivrance acquitte l'un et satisfait l'autre. » Mais de a de plus ici le caractère déterminatif ; si bien que délivrer est un terme de rigueur, usité seulement au palais et dans les bureaux d'administration, où il signifie une certaine action réglée, soumise à des formalités, demandant des vérifications ou des signatures. On délivre des passeports, des mandats, des certificats, des permis, la copie d'un acte, les titres d'une acquisition. En un mot, délivrer, comme le dit encore Roubaud, c'est livrer dans les formes ou dans les règles. En langage ordinaire, on dira : je vous livrerai telle ou telle marchandise, pour indiquer simplement le fait de la livraison ; mais devant un tribunal il faudra dire : la marchandise a été délivrée sous telle ou telle condition.
Laisser^ délaisser. Quitter, se séparer d'une personne ou d'une chose, ne pas continuer à la garder ou à rester auprès. Dans cet exemple de est ablatif en sens contraire : il fait entendre que quelque chose est 6té, non pas à la personne qui agit, mais à la personne ou à la chose vers laquelle l'action est dirigée. Délaisser signifie laisser sans secours ni assistance, à Tabandon, dans l'isolement, dans le dénuement. « Anges saints, faites la garde autour du berceau d'une princesse si grande et si délaissée, » Bossvet. On n'est pas plus ou moins laissé. Ensuite , délaisser doit à sa particule initiale d'être complétif^on délaisse totalement, et pour toujours. Au contraire, laisser emporte l'idée d'une séparation mo- ^ mentanée : on laisse ses amis pour aller faire un voyage ; un matelot laisse sa famille pour courir les mers ; on laisse un ami malade pour aller quérir le médecin. J'ai laissé mon ami seul dans sa chambre, est une phrase qui suppose un retour plus ou moins prochain vers mon ami, outre qu'elle n'annonce pour lui aucune privation fâcheuse. Thésée délaissa Ariane. « La justice doit une assistance particulière aux faibles, aux orphelins, aux épouses df^laissées et aux étrangers. » Boss.
Sécher y dessécher, Oter l'humidité, rendre sec. De imprime au second mot une signification ablative et complétive. Quand vous #é-;
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chez un eorps^ vous ne lui 6tez rien d'essentiel, dont le besoin se fasse sentir en lui après votre action, vous faites seulement qu'il ne soit plus humide ou mouillé. Ainsi, les vents sèchent les chemins; on êèche les larmes de quelqu'un. Mais c?&««/<?Aer indique une privation : c'est ravir à un corps son jus, son suc, sa sève, de manière qu'il devienne dur, coriace, sans saveur ou sans vie, en un mot^ qn'il se dénature plus ou moins. Après la pluie, les herbes sèchent bien vite, grâce au soleil ; mais si son ardeur est trop grande, elles se dessèchent elmtViVtïkX. « La peau se dessèche. » Buff. « Cette fleur languit, se dessèche^ et sa belle tête se penche, ne pouvant plus se soutenir. » Féw. Il suit de là que la siccation est relative et la dessiccation absolue. On dessèche des marais quand on enlève'aux lieux où ils se trouvent toute leur eau croupissante et malsaine.
Montrer, démontrer. Prouver, établir, faire voir qu'une chose est^ on est telle ou telle. On aperçoit sans peine dans démontrer son double caractère complétif analytique et déterminatif . On montre, quand il n'est besoin que d'une indication, ce sur quoi il n'y a qu'à jeter les yeux pour comprendre ou pour croire; on démontre par des raisonnements ce qui ne se comprend qu'avec effort. Dé^ montrer emporte qu'on fait passer l'esprit par une suite d'idées* Le physicien montre la divisibilité des corps ; le métaphysicien démontre l'existence de Dieu, la divisibilité de la matière à l'infini, l'immortalité del'àme. On se sert bien de montrer quand il s'agit d'une preuve qui conclut du fait à la possibilité. « Passez la mer, dépouillez votre père, montrez à tout l'univers qu'on peut chasser un roi de son royaume. » Labruyére (parlant du prince d'Orange). «Dans ma neuvième satire, je pense avoir montré assez clairement que, sans blesser Tétat ni sa conscience^ on peut trouver de méchants vers méchants.» Boil. On montrequhm corps tombe, et on démontre selon quelle loi. D'ailleurs, à démontrer s'attache l'idée d'une preuve rigoureuse, irrésistible, et produite avec appareil, ou du moins conformément à des règles dont il n'est pas permis de s'écarter ; on ne se sert guère de ce terme que dans l'école et en matière de sciences.
Vouer,dévouer. Consacrer à Dieu, et, par extension, affecter, faire don solennel, authentique. Ils correspondent de tout point aux deux mots latins vovere et devovere, dont le second, en vertu de sa préfixe, est ablatif et complétif. C'est une remarque que font explicitement, Gardinpour le lalin, et Roubaud pour le français. « Dévouer, dit celui-ci, ajoute à vouer l'idée d'un détachement, d'un renoncement, d'une abnégation par laquelle on met une chose à la dévotion,
à la discrétion, à la YOlonté d'aulrni, sans aneune réseire. » ymer, c'est engager, promettre, affecter irréfocablement j et ce mot a surtout rapport au fait : dévouer, c'est attacher, adonner, livrer sans restriction , de manière à ne rien retenir de la chose, ou à ne pins s'appartenir, s'il s'agit d'une personne ; et ce mot a surtout rapport à la plénitude du sacrifice. C'est pourquoi on ne dit pas se vmer^ mais se dévouer à la mort, le sacrifiée n'admettant ici aucune réserfe. Ce qui est voiié a telle destination, et n'en .peut recevoir d'autre : on voue ses services à un prince ; on se vous à une profession, à un état. La personne qui est dévouée est entièrement soumise, n'est plus à elle> n'a plus rien en elle qui soit à elle. Go n'est pas plus ou moins voué^ mais bien plus ou moins dévoué , comme plus ou moins délaissé, «c II serait à désirer que le diable n'eût jamais trouvé des hommes assez dévoués à ses ordres pour, etc.» Pasc. « Ces saintes religieuses se sont dévouées d'une manière si pleine et si entière à ce mystère de notre foi. » Id. « On se voue à Dieu ou au public, dit Condillac, lorsqu'on s'engage à donner tons ses moments à l'un on à l'autre. On Bt dévoue à une personne à qui on se donne entièrement, de sorte qu'on n'a plus d'autres intérêts que les siens. »
Couler y découler. Se mouvoir, ou passer avec flaidité, se répandre. De dans le second mot est dégrada tif et analytique. L'action de découler se fait de haut en bas, d'une manière lente et eontinui^; elle a trait à un point de départ, à quelque chose d'élevé d'où tombe le liquide : ainsi l'eau découle d'une voûte> du linge étendu ; la sueur du front ; le saiig d'une plaie. Couler exprime le fait simplement et d'une manière synthétique, comme s'accomplissant en un instant, au lien de le représenter analytiquement, comme ayant de la durée et passant par divers degrés.
Périr, dépérir. Tomber en ruine, prendre fin. La nuance dislinclive du second tient au caractère dégradalif et analytique de sa préfixe. 11 est relatif à un état antérieur de santé, de prospérité ou d'éclat d'où la personne ou la chose déchoit, et il marque un affaiblissement long et graduel, a Périr se dit des choses qui finissent par quelque accident j dépérir, de celles qui tendent naturellement à leur fin, parce qu'elles perdent peu-à-peu leur force. Un vaisseau périt par la tempête, un bâtiment dépérit. Les troupes périssent dans un combat^ et elles dépérissent, faute de vivres. Quand on se sert de périr, au lieu de dépérir, c'est une expression figurée, pour représenter la chose plus près de sa fin. Tels sont ces tours, périr de faim, de misère, d'ennui. » €ond. On périt d'un coup
d'épée^ de nsort subite ; on dépérit, quattd on est coniwmé par une maladie de langueur et qu'on s'éteint lentement/ l?^p«nV repré*sente l'affaiblissement successif de tous les principes de Tie^ et montre toutes les phases de la ruine. « Un arbre ou un animal qui prend en peu de temps 6on accroissement périt beaucoup plus tét qu'un autre auquel il faut plus de temps pour croître. » Buffoit* <c Le corps croit, se défeloppe, se fortifie ; il dépérit, il se courbe, il dessèche. » In. Un édifice périt dans un tremblement de terre 5 il dépérit, faute de soins et de réparations, quand il s'écroule peuà-peu.
Peindre, dépeindre. Décrire ou représenter quelque chose par le discours. Dans dépeindre, de apparaît comme une particule complétive analytique et déterminative. « Le premier de ces mots, dit Condillac, est plus général ; le second ne se djt que des peintures, où Ton représente plusieurs choses, ou une chose avec ses détails ; c'est proprement décrire avec àt9 couleurs, peindre une chose en la dérelo^pant. Tous deux se disent au figuré : les passions sont bien peinte» dans cette tragédie, et les caractères y sont parfaitement dépeint». » Ainsi, on peint en grand, d'un sedi trait, oti tout au moins brièfement ; on dépeint en particularisant^ en représentant sous toutes les faces, en indiquant tontes lesqualités^ soit extérieures^ soit intérieures. « Tartufe ne dit pas un mot, il ne fait pas une action qui ne peigne aux spectateurs le caractère d'tin méchant homme. » Mol. Dans cet exemple, peindre a bieti évidemment une signification partielle ; et le contraire a lien pour le verbe dépeindre, dans cet autre du même auteur: « Il vous a dépeint, tel que je vous vois paraître, le visage, le port.... » En-* suite, dépeindre est plus caractéristique : on dépeint avec exactitude, et même avec une exactitude rigoureuse 5 car ce verbe marque un rapport à quelque chose d'où part l'action et qui sert éé modèle. On dépeint en faisant le portrait fidèle, en rassemblant tous les traits qui caractérisent, de manière qu'ilne soit plus possible de confondre avec autre chose, et qu'on reconnaisse infailliblement. C'est presque un terme réservé au langage de la police, tant il suppose d'attention à bien retracer l'image de la personne. Danè V Avare, le Commissaire dit à maître Jacques, au sujet de la cas-^ sette : « Mais dépeignezAa un peu, pour voir. » Et dans M. de Pourceaugnac, l'Exempt s'écrie à la vue de ce ridicule personnage: ce Ouais!. voilà un visage qui ressemble bien à celui que l'on m'a dépeint, » « A la façon dont les voisins dépeignirent un homme qu'on avait vu sortir de l'hôtel^ etc. » J.-J. Peindre n'e^l
relatif qu'à la vivacité de la représentation: « C'est^ dit Fénelon^ non-seulement décrire les choses, mais en représenter les circonstances d'une manière si rive et si sensible/ que Tauditeur s'imagine presque les voir. » Dépeindre exprime de plus la fidélité de l'image^ et par conséquent des détails, il suit de là^ qu'on dépeint toujours ce qui est et d'après nature^ au lieu qu'on joem/ quelquefois ce qu'on conçoit et d'une manière imaginaire, k Lorsque vous peignez des héros, vous faites ce que vous voulez ; ce sont des portraits à plaisir. » Mol. « Cet homme, tel qu'il fut réellement, et non tel que d'injustes ennemis travaillent aie /^«mi/r^. » J.-J. « On nous avait peint les habitants comme des hommes presque stnpides. » Barth. Fénelon a bien observé cette différence. <« Le poète, dit-il, ne fait jamais monrir personne, sans peindre vivement quelque circonstance qui intéresse le lecteur. » Et ailleurs il parle « de la modeste simplicité avec laquelle Suétone nous dépeint Auguste dans tout le détail de ses mœurs. »
Marchey démarche. Mouvement d'une personne qui va en avant, action d'aller; au figuré, manière de se conduire. Marche énonce le fait simplement: arrêter l'armée dans sa marche; reconnaître quelqu'un à sa marche. Démarche Texprime d'une manière plus étendue et plus déterminée : c'est la manière de marcher avec la tenue, le port, les gestes. On reconnaît quelqu'un à sa marcA^^ rien qu'à entendre son pas, plus ou moins lent ou rapide ; pour le reconnaître à sa démarche, il faut de toute nécessité le voir marcher. « Ne pouvant voir le visage d'Eucharis, Télémaque regardait ses beaux cheveux noués, ses habits flottants et sa noble démarche, ^i Féhel. « Il me sembla que je voyais Achille en voyant Néoptolème, tant il en avait les traits, les regards et la démarche. » Id. Au figuré, la différence est la même, à peu de chose près. Marche indique la manière de se conduire eu égard seulement à la direction ou à la vitesse, ou bien encore au soin qu'on prend de n'être point aperçu. La démarche est plus compliquée, offre plus de détails à démêler; elle suppose des intrigues, et quelque chose de plus caractéristique du siyet. Elle reçoit en conséquence beaucoup de qualifications : une première, une seconde, une dernière, une fausse, une mauvaise démarché; une démarche scandaleuse, impertinente, hasardée, généreuse, funeste, honorable, honnête. Étant plus synthétique et spécifiant moins, le mot marche s'emploie plutôt dans les locutions générales que dans les circonstances particulières : la inarche de la nature, du cœur ou de l'esprit humain, des passions, des affaires.
Nier, dénier. Ne pas demeorer d'accord, ne vouloir pas reconnaître. Dénier est ablatif et déterminatif. En effet, il signifie nier de manière à faire éprouver une privation à une personne, à lui enlever quelque chose, c'est-à-dire refuser, auquel cas sa synonymie avec nier est fort peu étroite. « Les Juifs ont admis deux messies : l'un fils de Joseph, car on n'a pu lui dénier un des caractères de Jésus- Christ qui a été réputé fils de Joseph ; et l'antre, fils de David. » Boss. « Lui-même applaudissant à son maigre génie, se donne par ses mains l'encens qu'on lui dénie, » Boil. Ou bien, c'est nn terme usité seulement en jurisprudence, où il exprime la négation formelle d'une dette, d'un crime ou d'un dépôt, et plus spécialement la négation d'un aveu, par laquelle on défait ce qu'on a fait, on se dédit de ce qu'on a dit, on le rétracte. « Au premier interrogatoire, il avait fait plusieurs aveux, plus tard il a tout dénié. » Acad. « A l'aspect du bûcher, à la veille de paraître devant Dieu, les Templiers revinrent contre les aveux qu'ils avaient faits dans les tortures : ils les dénièrent tous. » Leroy, a Le ministre, dit Bossuet, parlant de Jurieu, ne nie pas que les Grecs n'aient avec nous le culte des saints. Il ne -dénie pas qu'il n'ait accordé le salut aux' Grecs, aux jacobites et aux nestoriens. »
Nommer, dénommer. Désigner une personne ou une chose par un mot. Le second est déterminatif. a Nom, dit Condillac, mot choisi arbitrairement pour être le signe d'une idée. Mais si, d'après les quialités connues d'une chose, on se détermine à lui donner un nom, cette manière de la désigner se nomme dénomination. Chaque chose prend sa dénominatimi de la qualité qu'on y remarque plus particulièrement. » Ainsi, on nomme pour distinguer dans le discours ; on dénomme en faisant connaître par le nom ; on dé-^ nomme comme on dépeint à la police, et ce verbe composé marque le soin qu'on prend d'arrêter l'esprit sur la personne de façon qu'on ne s'y trompe pas, qu'on en ait le signalement. C'est une de ces expressions de légistes, dont on se sert surtout dans les actes. Le substantif ifmommo^eVm, quoique d'un usage plus étendu, a le même caractère. « On donnera à chaque pièce de monnaie la dénomina^ tion d'autant de livres et d'autant de sous que l'on voudra, parce qu'il est aussi aisé de donner un autre nom à une chose qu'il est difficile de changer la chose même. » Montesq.
Nombrer, dénombrer. Faire le compte pour savoir le total. Nomôrer appartient au langage commun, et il marque si peu l'exactitude et la rigueur du calcul, qu'il se dit surtout en parlant de choses qui ne sont guère de nature à être comptées , à cause de leur grand
nombre, a Si vous allez derrière un théâtre^ et si vous nofnbrez les poids ; les roues , les cordages qui font les vois et les machines , si vous considérez combien de gens entrent dans l'exécution de ces mouvements, etc. » Làbr. « Qui voudrait nombrer tous les gens de loi qui poursuivent le revenu de quelque mosquée , aurait aussilét; compté les sables de la mer et les esclaves de notre monarque. » MoKTBSQ. Déîiombrer est un terme d'administration qui signifie faire le compte détaillé, déterminé, précis des habitants d'une ville, d'un empire. £n logique, le mot détiombrement désigne une soile d'argument par lequel on conclut du particulier au général^ et qui n-«st juste qu'autant qu'on n'omet aucun cas particulier; car, alors, il y aurait dénombrement m^dxidXif et partant sophisme.
DE, ÎIE.
Départir, répartir. Distribuer^ partager. Le premier se rapporte au point de départ , à la personne qui distribue, et la repré* sente comme supérieure , comme laissant tomber ses dons d'un lieu élevé. On ne le dit guère qu'en parlant des grâces et des faveurs de Dieu, du ciel, delà nature, d'un grand ou d'un riche qui daigne abaisser ses regards sur telles ou telles gens. « Qu'elle se taise, au nom des dieux, des appas qui lui sont départit par lescieux. »Laf. « £n $es présents le ciel est toujours juste ; il ne départ à gens de tous états mêmes talents. » In. « Il voulut être ermite ; ses biens aux pauvres départis /\\ s'en va seul, etc. » In. « Mais dans son testament &t% grâces départies doivent me racquitter de son avare humeur. » Rég. a De tous les dons que le ciel avait départis aux auteurs de mes jours, un cœur sensible est le seul qu'ils me laissèrent. » J.-J. Au contraire, r^ar/ir a plus de rapport aux personnes qui reçoivent qu'à celle qui donne. Et d'abord il en suppose plusieurs , car sa particule initiale est itérative, et dans chacune il annonce le droit à une portion comparativement plus ou moins considérable, car cette même particule marque retour , reddition , réparation. En un mot, la répartition est une seconde action, une opération qui répond et se conforme à* une disposition antérieure. D'ailleufs, on ré^ partit des charges comme des avantages et des bénéfices. On répartit des profits et des perles entre actionnaires; opération qui produit un contingent à toucher ou à fournir. On répartitles biens d'une succession entre plusieurs cohéritiers, une somme, les impôts, des troupes en divers cantonnements; et la répartition n'est jusie que si elle procure des quantités d'une égalité proportionnelle.
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