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CHAPITRE V. AD

Ad, préposition et préfixe latines, signifie, à côté, auprès, et plus souvent, à, vers> du c^té de; elle marque proximité ou direction , tendance vers un endroit ou une personne , et par suite addition. Accola (ad y cola), qui habite auprès; asseê8or(ad êedere), qui est assis à celé, conseiller; arf^tWr^, sauter vers; arfr^pere, se traîner vers en rampant ; ai^ridere, rire à quelqu'un ; adjunotio , action de joindre une chose à une autre; admiscere, mêler en ajoutant accessoirement. Ensuite, comme en ajoutant on aUgmemle ce à quoi Tonajotiie, ad indique quelquefois simplement une augmentation et prend le sens de beaucoup : adattgere, augmenter beaucoup; affluere, couler en grande abondance ; ad[/ti»ar« , aider beaucoup; admonere , avertir fortement; attenuare, rendre très ténu ; et en français , allonger, rendre plus long ou très long par addition.

Quand ad commence un mot, synonyme d'un autre, qui est le radical pur du premier, cette préfixe apporte entre eux principalement la différence suivante. Le simple exprime Taction simplement , telle qu'elle se passe d'ordinaire^ sans rien annoncer de remarquable dans l'agent considéré comme tel. Au contraire, le verbe qui en est formé par l'adjonction de ad contient de plus une idée accessoire qui détermine dans certains cas à le préférer au simple; et celle idée consiste, ainsi que pour la plupart des mots composés à l'aide d'autres préfixes, en ce que le dérivé suppose dans l'agent plus d'activité , ott une activité plus digne d'attention, plus créatrice, qui loi appartient davantage, une intention plus formelle, plus de soin, plus d'intelligence, plus de talent, plus d'adresse, plus de spontanéité. Cette seule indication , quoique suffisante pour certains exemples et ton*

jours la piQs importante, ne dispense pas néanmoins de recourir aussi pour d'autres à layaleur particulière de la préfixe.

Faire croire ^ faire accroire. Déterminer la croyance. Faire accroire annonce dans le sujet plus d*actiTité , ou une part plus grande prise à l'action ; ce qu'il fait accroire y il le crée , il Tinyente ; aussi ne fait-on accroire que ce qui est faux , tandis que faire croire se dit également bien pour faire ajouter foi à ce qui est véritable. A cet égard; TAcadémie, Beauzée, Roubaudet Condillac sont unanimes, a Autrefois , j'ai mené votre père par le nez ; je lui fais accroire ce que je veuXt » Régit. Mallebranche dit , en parlant d'une opinion qu'il regarde comme vraie: « Voilà quelques raisons qui peuvent /*airc croire que, etc. » Et Port-Royal: « Quand on dit à quelqu'un, vous en avez menti, ces paroles/b/i^ croire que celui qui nous les dit ne se soucie pas de nous faire injure , ce qui les rend injurieuses et offensantes. » Mais l'important est de faire voir la différence de ces deux locutions, prises l'une et l'autre en mauvaise part^ dans le sens de tromper, en imposer. On y parvient à l'aide du même principe de distinction. Dans faire accroire ^ le sujet apparaît, nonseulement comme inventeur, ce qui peut aussi arriver à celui qui/ai/ croire , mais encore comme inventeur à dessein , avec intention , et souvent avec art, talent et adresse; or, comme il n'y a que les personnes qui puissent agir de propos délibéré , et avec intention, /a?ré accroire ne doit s'attribuer qu'aux personnes. Mais faire croire s'attribue tout aussi bien aux choses, en tant qu'elles font l'action de nous tromper , de nous faire admettre des choses imaginaires , controuvées. « Ces termes sont propres à faire croire aux slupides et aux libertins que Dieu n'est point seul la vraie cause de toutes choses. » Mall. Il y a plus : non-seulement /atV^ accroire s'emploie toujours en mauvaise part, et en supposant une personne pour sujet, deux circonstances qui peuvent manquer à faire croire , mais encore les deux locutions diffèrent en vertu de la même règle , quand toutes deux se disent de l'action d'une personne qui induit volontairement en erreur. Il faut plus d'invention etplus d'art pour faire accroire que pour faire croire; on ne fait accroire que par artifice et par un coup monté. \om faites croire à un imbécille tout cequevous voulez; iln'yapasà cela grande difficulté. « Le vieux eunuque est un imbécille à qui l'on fait croire tout ce qu'on veut. » MoNTESQ. On ne fait accroire tout ce qu'on veut qu'à force d'esprit et d'expédients. Dans YAvare, Frosine dit à Cléante : «J'aurais assez d'adresse pour faire accroire à votre père que ce serait une personne riche de cent mille écus en argent comptant,» Et à la fin

du Bourgeois gentilhomme^ M. Joardain^ qui croit que Dorante fait seulement semblant de vouloir épouser Dorimène afln de tromper madame Jourdain y dit tout bas â Dorante : « C'est pour lui faire accroire, » A quoi Dorante répond : « Il faut bien l'amuser avec cette feinte. » D'ailleurs^ faire croire se rapporte seulement à la vérité, et faire accroire a plutôt rapport à la réalité : quand vous faites croire faussement une chose on à une chose, vous la faites envisager sous un faux point de vue ; et quand vous faites accroire une chose, vous l'inventez, c'est une chimère. La première expression est toute formelle, Tautre est matérielle. Bossuetabien observé cette distinction dans les deux exemples suivants. « César changeant en douceur ses premières cruautés, fait croire qu'il y a été entraîné par ses collègues. » Il ne cherche point à abuser sur l'existence même de ses cruautés, mais sur la manière dont il y a été conduit. uEsdras n'aurait pu faire accroire tout-à-conp à tout un peuple que ce sont là lès fivres anciens qu'il a toujours révérés. » Ici la tromperie aurait consisté à faire admettre faussement comme réelle une chose controuvée, supposée, et non pas seulement à égarer l'esprit sur la manière de considérer quelque chose de réel. C'est- à-dire toujours, en définitive, que faire accroire implique un sujet plus inventif, plus créateur, et tirant davantage de son propre fonds. Ranger y arranger. Mettre en ordre. M. Guizot a très bien distingué ces deux verbes sans connaître la règle générale, ce qui n'en prouve pas l'inutilité. Arranger, c'est ranger à c^té, et par conséquent ce mot composé partage l'attention entre la chose qu'on range et celles auprès desquelles on la range. Ranger, au contraire, n'est point relatif, mais absolu ; il arrête exclusivement l'esprit sur l'objet rangé y il n'exprime qu'une idée individuelle.ccG'est en rangeant ses livres que l'on arrange sa bibliothèque. » Guizot. « On range la chose qui est hors de sa place \ on en arrange plusieurs qui étaient en désordre. » Cokd. En deux mots, l'action de ranger produit l'ordre; Taction ù^ arranger le produit aussi, mais au moyen d'une combinaison, d'une disposition de plusieurs choses, qui fait qu'elles sont bien en rapport les unes avec les autres. Ainsi, arranger suppose pluralité ou variété dans les choses et complication dans l'ordre établi. On se raw^«, c'est -à-dire toute sa personne d'un seul coup, pour laisser passer une voiture j on s'arrange pour aller en visite, c'est-à-dire qu'on donne une disposition convenable à toutes les parties de sa personne. Dans les revues, les officiers rangent les soldats sur deux lignes, a Ses gardes affligés imitaient son silence autour de lui rangés, » Rac Mais la principale différence résulte

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de ee que le composé représente le sajeûommepltts agissant. Qaand TOUS arrangez , c'est tous qui créez et à l'instant même le rang des choses; quand tous rangea, tous ne faites que mettre les choses à Iturplace) qu'agir conformément à un rang donné par un arran^ gemttït précédent, ou à un ordre nécessairement déterininé par la natnre de la chose. Si bien que rar^^^r signifie mettre à sa place; et arranger^ créer, assigner aux choses des places convenables. « On arrange une fois, on range tous les jours. » Guiz. On se range à son devoir, à l'avis de quelqu'un, cest-à-dire qu'on se met à une place fixée d'avance, qu'on adhère à quelque chose de donné. On arrange un projet dans sa tète, on %^ arrange pour faire une chose^ c'est-à'dii*e qne de soi-même on ordonne les parties d'un tout où Ton marque à chaque chose la place qu'elle devra avoir. £n outre, le sujet n'agit pas seulement davantage en arrangeant, mais il agit d'nne manière plus retnarquahte, avec choix, intelligence, discerne^* ment, capacité d'embrasser un ensemble et d'en disposer convena-* blement tous les détails. « Le maître arrange son appartement à sa fantaisie, le domestique le range ensuite d'après les ordres qu'il a r^us. » Guiz. Il ne faut pas grande habileté pour ranger ses pa* piérs ; il n'y a qu'à suivre l'ordre des matières ou l'ordre des dates ; mais bien arranger ses idées et ses paroles est un travail plus dif» fieile en même temps que plus compliqué. Au participe passé , le simple se dit d'un homme qui a de l'ordre dans sa conduite^ dans ses affiaifes ; «l lé composé sert à désigner^ celui qui dans ses discours et ses manières^ pousse jusqu'à l'affectation le soin et l'attention à bien faire.

ParaUre^ apparaUre. Tomber sons les sens, devenif tisible, se montrer. Le simple est le terme général, ordinaire et l'on n'a recours an comptysé que s'il s'agit d'une apparition^ d'un phénomène, c'e$t-4-dirè d^ la manifestation d'une chose qu'il est très difficile on ti*ès rare de voir, et dont la présence par conséquent fait naître la surprise on etclte l'intérêt, a Le soleil, la lune, l'anrore paraît. » Acxto. C'est nn fait qui arrive toOs les jours. Dieu apparia à Moisc^ ml ange à Joseph ; des %i^eclres apparaissent dans une maison. En (^nséqucnce, des deux phrases suivantes, empruntées à l'Académie, la seconde renchérit sur la première. « Les grands génies que ce siècle vit paraître, » a Ces génies extraordinaires qui apparaissent à de longs intervalles. »

Poster^ aposîer. Mettre dans on poste, placer quelqu'un dans nn endroit d'où il petit faire ce que noH« exigeons de lui, pour observer on exécuter qiwlqtie chose. Péster vient de p^nere {p&sitmm,

poit^mf p^tare), et apo9ter répond à appouêre. L'aciioa M poster ^m ordioaire; elle ne 8e fait point dans des circonstances remarquables; n'est point dirigée contre telle ou telle personne, tel ou tel objet bien déterminé, et ne suppose point de la part du sujet attentioa, finesse, artifice, tous accessoires réseryés kaposier. C'est en termes de guerre qu'on a coutume de se servir du premier, d'autant qu'il rappelle mieux l'idée radicale Ae poste, et n'annonce pas qu'on ait l'intention de se cacher, de ruser, d'y mettre du mystère. C'est dans la vie civile, et en parlant d'un stratagème^ d'un coup monté, d'un piège tendu à un ennemi particulier qjoe le composé s'emploie exclusivement; il se prend presque totyours en mauvaise part. Des soldats postés en un endroit devront observer ou combattre, s'il y a lieu, et quel que soit l'ennemi qui se présente. Les gens apostés pour insulter ou pour assassiner .quelqu'un, pour charger un innocent par leur témoignage mensonger, ou pour arracher un testament à un moribond, ont en vue un ol^'et bien déterminé, et une action, non pas éventuelle^ mais certaine.

Maigrir, amaigrir. Devenir maigre. Nul doute que la particule initiale du second ne vienne du latin ad, comme celle A' avis (ad viderejf à'aïoi (ad legem), A^ amasser (fld massam), d'améliorer (ad melius, oris), A' amoindrir (ad minus, on>), plutôt quç de la préposition à, qui marque éloignement. Quoi qu'il en soit, mai-grir est toujours neutre et intransitif, caractère commun à un grand nombre de verbes simples^ en opposition aux verbes composés qui en dérivent. Au conti*aire, amaigrir se prend d'ordinaire dans le sens actif, et au lieu d'énoncer simplement le fait, il le fait remarquer davantage^ il le montre s'accomplissant dans un objist. Quand ii signifie, comme maigrir, devenir* maigre, il garde quelque chose de sa première acception^ il fait voii* la maigreur attaquant le st^et et le minant peu-à-peu; il est représentatif. Dire de quelqu'un, qu'il maigrit, c'est aniioncer un fait sans l'exprimer, sans le dépeindra, sans en marquer les progrès et les phases, comme quand on dit d'ua homme qu'il amaigrit. On maigrit à vue d'œii, c'est-à-dire eu très peu de temps/ tout d'un coup, par l'effet d'une maladie vioieni« ou d'une forte passion ; on amaigrit peu-à-peu, tous les jours, par l'effet de la fatigue, d'une nourriture insuffisante ou mauvaise, a ie bonhaenr du prochaiii vous cause de l'ennui, et vous ammgrissez de l'embonpoint d'autrui. » Destouchiss.

.Baisser, abaisser. Faire descendre, iair« aller de haut en jbas. Que la préfixe du second mot ait son origine dans la prépositioii ad^ comme il nous semble^ ou dans la préposition latine a, ou dans la

française à, ii n'importe, car la différence des deux verbes provient uniquement de ce que l'un est le radical simple qui entre dans la comi>osilion de l'autre. — i° Baùêert^X quelquefois neutre, jamais abaisser. La rivière, le jour, un vieillard, sa vue, son esprit, une marchandise baisse. Mais alors il n'y a pas de synomynie entre eux.

— 2® Abaisser s'emploie plutôt au figuré, et il s'y emploie seul en parlant des personnes et quand il devient réciproque; à l'égard des personnes, baisser est inusité, et, dans le sens réciproque, il ne se dit qu'au propre. Mais c'est là une différence trop facile à apercevoir pour mériter l'attention du synonymiste. — 3°^a?>«^rest absolu, et abaisser relatif; distinction sentie et vaguement exprimée par Girard, mais que Condillac a mise dans tout son jour. « Quand on se sert de baisser y dit celui-ci, on considère différentes hauteurs seulement par rapport à une chose; quand on se sert Rabaisser ^ on considère les différentes hauteurs d'une cho^e par rapport à d'au^ 1res. Baisser une chose, c'est la mettre plus bas qu'elle n'était; Vabaisser, c'est la mettre plus bas qu'une autre, ou du moins la faire descendre jusqu'à une autre qui était plus bas qu'elle. » Au fait, abaisser, c'est baisser y^vs, « Les oiseaux qui ont les jambes longues, ont aussi le cou long à proportion, pour pouvoir abaisser leur bec jusqu'à terre et y prendre leurs aliments, w Fén. Cependant la différence essentielle n'a frappé ni Girard ni Condillac.

— 4" Baisser est le terme général, celui dont on se sert communément, quand on n'a rien de remarquable à exprimer .il désigne une action ordinaire qui se fait sans peine et souvent. On baisse la télé, la voix, les yeux, un voile et une voile, un rideau, un store, une jalousie, comme à l'ordinaire, et pour le motif ordinaire. Abaisser signale un abaissement remarquable, soit parce que la chose n'a pas coutume d'être baissée, au moins de cette façon, soit qu'on ait en la baissant une intention parliculière.- Chacun de nous baisse à chaque instant la paupière, et l'oculiste abaisse la cataracte à un aveugle. « Elle se mit à rougir en baissant la paupière. Dès qu'une personne est morte, on abaisse st& paupières sur ses yeux. » Agad. Les personnes qui ont soin des lanternes publiques les bais^ sent tous les jours pour les allumer; et un jour le commissaire trouvant une lanterne placée trop haut pour éclairer convenablement, la fait abaisser, Dq même, baisser un couvercle, une visière, nn voile, un pont-levis, un store, signifie l'action ordinaire et conforme à la destination de ces objets de les faire aller en bas ; mais \^^ abaisser, c'est une opération de l'ouvrier qui les a faits et qui les refait de manière à les fixer, à les attacher moins haut Vous

baissez une muraille pour qu'elle soit moins haute, c'est le motif habituel d'une pareille action ; vous V abaissez, afin qu'elle ne vous empêche pas d'avoir la vue sur la campagne. On baisse la tète, les bras, les yeux, lorsqu'on les dirige en bas ; c'esjt une action commune et faite pour des motifs communs : mais dans le langage particulier des arts on abaisse la téte^ les bras, les yeux d'une figure, afin de lui faire produire l'effet particulier qu'on a en vue. En géométrie on abaisse une perpendiculaire sur une ligne ; ce n'est pas une opération dont le premier venu soit capable. « On baisse les yeux; on abaisse ses regards. » àcad. Lafontaine dit, en s'adressant à Dieu et pour exalter sa puissance : « Les cieux s^abaissent sous tes pieds. ».

Se donner y s"* adonner. Embrasser un certain genre de travail. Dans le verbe composé la préfixe est inchoative et marque plus d'activité ; de même que dans apercevoir relativement au simple per^ cevoir, et, suivant Dœderlein, dans le latin adamare, mis en rapport avec son radical amare» Celui qui se donne à un art ou à une science ne s'appartient plus, y est livré tout entier, en est pour ainsi dire l'esclave; celui qui s'y adonne y est seulement attaché, et en fait le but vers lequel il dirige ses pensées et ses actions. Du reste, se donner parait rarement employé dans ce sens. Montesquieu a dit au sujet de Christine de Suède : « Une reine abdiqua la couronne pour se donner tout entière à la philosophie. » Et Fénelon, écrivant à madame de Maintenon : «Ce détail extérieur, quand vous vous y donneriez tout entière, sera toujours au-dessus de vos forces. » Le simple exprime la plénitude du dévouement, et le composé la destination, la tendance vers un certain but, l'exercice de l'activité en un certain sens. «Les Turcs ont été de tout temps adonnés au brigandage. » Montesq.

Adjuration, eo?ijuraiion. Ils signifient, en termes de liturgie, les paroles dont on se sert pour exorciser. Mais le mot ^^ adjuration ne présente que la direction d'une action, c'est-à-dire une sommation de Dieu au démon par le ministère du prêtre. L'idée qui domine dans la conjuration, c'est de se faire d'une manière complète , avec les cérémonies d'usage, selon le rite, et parfois avec pompe. Autrefois, quand un malade paraissait possédé du démon, et avait vainement reçu les soins de la médecine, on avait recours à V adjuration ; alors un prêtre venait conjurer Tesprit malin. D'autre part, et toujours conformément à la valeur des deux préfixes, V adjuration

Sâ6 TRAlTé

!) 'exprime qu'un commencement d'aclion, et la conjuration désigne une action qui ^'actière, qui par elle-même est complète. Sodvent^ en efret, V adjuration consiste en un commandement fait an démon, de la part de Dieu, de faire ou de déclarer quelque chose; et il en est de mémo liors du slyle religieux : on adjuré une personne en la sommant au nom d'une chose sacrée, comme la patrie, d'agir ou df parler de telle ou telle manière; conjurer le démon, c^st simplement le chasser, et non le forcer de faire lui-même telle ou telle ciiose. Celle nuance se conserve au figuré: on conjuré Porage ou la colère céleste en les détournant, et il ne reste plus Hett à faire.

Assentiment, conseîitement. Acquiescement, action par laquelle on conforme son sentiment à d'aotrea ou à un autre. L'un est pour l'esprit, l'autre pour la volonté ; l'un concerne la vérité, l'autre la bonté des choses. Gela doit être en effet. Le mot ùêsmtiment ne marque qu'une direction , une tendance on une adjonction \ tons donne£Totre assentiment à une chose fsiite, établie, etistantdéjft indépendamment de votre voix que vous ajoutes. Le ûièt conièn^ têment annonce qu'en mêlant votre sentiment k d'antres, vons corn* plétee quelque chose d'inachevé, qui attendait l'acceèdion de votre volonté p^r se faire ou s*établif. Vous êtes frappé dé la vérité d'une proposition ; vous y donnez votre oMsentimenty mais par là vous ne la complétez point. Vous donnez votre consentement an mariage de votre fils^ et il se fbr me de votre sentiment et de celHî des autres eomme un tout auquel il ne manque nen. D'ailleurs, en iOÏVaiiêneim^ni^l un acquiescement pins partiel que le eonsen* têméni\ il ne va pas au-delà de la théorie, de la conception ; il ne tiré pas autant à conséquence^ Quand vous donnez votre consente^ menty vous ne vous appartenez plus, vous disparaissez dans le tout: votre volonté se fond en quelque sorte avec les autres, et vous êtes entraîné avec elles, bon gré mal gré, à tenir telle conduite, à exéculel* telles choses.

Affirmer, ccnfimiier. Présenter ft quelqu'un une chose on une proposition comme vraie. Ces deux mots ont pour radical cdmmuQ ftrmare^ assurer, établir quelque chose par la parole. Dans le pre^ nier, ad n'est point additif ni signe de pluralité, mais augOMMatif, ea ce seiis qu'il marque ta fermeté de l'assertion, car ft dèt égard it tic ie cède point à confirmer : on emploie d'ordinaire le serment p«lê affitmer. Mais cônAf*mer renchéï'it pourtant sur son sjrttè* Aymé, en eè qn^ii expHme une réuùlOtt, un eoneours d'assertions, iMie emi ée remti op^ééée An â«tie« et doftt on appnié eé qi'ôii

DES SYNONYMES GEAMMATIGAUX. 8)7

veot pêFsnader. Qoand une chose est affmnéuy on n'a pour la croire que Pautorité de la parole de celui qui l'a/^rm^, qui l'énonce avec assurance ; quand elle est oonfimiée, sa crédibilité se trouve poi|r ainsi dire accomplie, portée au comble par de nouvelles raisons ou par un ensemble de témoignages. ((Dans la magie, il y a des faits embarrassants,, affirmés par des hommes graves qui les ont vus. v L ABR. (c Vous dites d'un grand, qu'il est prévenant, officieux, et vous le eonfirmez par un long détail de tout ce qu'il a fait en une affaire où il a su que vous preniez intérêt. » In. <( Ce brqit est fkux et ne se confirme point.» In. a Oui, donc Eivire a su ces nouvelles se* mées, et du vieux don Louis les trouve confirmées, » Mol. « Voilà ce que je vous écrivais il y a huit jours, et que je vous confirme. » J r-J . a Voilà ce qu'il me dit et ce qu'il me confirma par ce passage de Saint-Augustin. » Pasc. Affirmer ne suppose point, comme confira mery une assertion antérieure, à l'appui de laquelle il annonce quelque chose, preuve ou assertion nouvelle; et de plus, il ne se dit que des personnes, parce qu'il n'y a que les personnes qui puissent énoncer une pensée avec assurance. L'action de confirmer s'attribue également bien aux personnes et aux choses, ce J'admire la faiblesse de mon cœur à douter d'une trahison que tant d'apparences me confirmaient, » Mol.

AiMstery contrister. Rendre triste, causer un certain déplaisir. « Attristé désigne un déplaisir plus apparent que profond, et qui ne fait qu'effleurer le cœur. Centriste marque une personne plus touchée^ et des maux plus grands ou plus prochains. On est attristé dkiné maladie populaire, d'une continuation de mauvais temps, des accidents qui arrivent sous nos yeux, quoiqu'à des personnes indifférentes : on est coniristé d'une maladie générale, des ravages que fait autour de nous une maladie contagieuse, de voir ses projets' manques et toutes ses espérances évanouies. » Girard. Cette diiïérence réelle, la même qui existe en latin entre les synonymes analogues approbare et comprobare, approuver ; amplecti et cornplecti, embrasser; appellarè et compellare, adresser la parole, résulte de la valeur comparative des préfixes ad tlcon: Tune n'est qu'augmentative, et l'autre est complétive. Au reste, dans attrister, ad exprime moins la force de la tristesse que la part qu'on prend à la chose affligeante' t on y pense, on s'y intéresse, on y est tout au plus attaché. Mais contrinter indique la plénitude, l'étendue du sentiment, et aussi son intimité; car en latin cum ou çon a souvent ce dernier sens , et, par exemple, dans les mois commemini, cognoscere, contemnere, c'est-à-dire, memini, noscére, temnere

d28 TRAITÉ

secum ou intra animum. On est plutôt attristé des maux des autres que des maux personnels, et plutôt des maux passés ou futurs que des maux présents. Le contraire a lieu pour contrùter.

AUritiony contrition. Termes de dévotion ou de théologie ^ qui servent à exprimer la douleur qu'on ressent d'avoir offensé Dieti. Ils ressemblent de tout point aux deux précédents, et diffèrent de même. La confriiion t^l la douleur profonde qu'un cœur ressent d'avoir commis le péché, en tant qu'il offense Dieu. Le mot a//r2/{(m désigne une contrition imparfaite, inspirée par la difformité même du péché ou par la crainte des peines de l'enfer, avec ou sans commencement d'amour de Dieu. Dans la x* de ses Lettres à un provincial, Pascal reproche aux Jésuites d'avoir enseigné que Vattrition, même sans quelque amour de Dieu, suffit pour mériter au pécheur le pardon de ses fautes.

Attention,cùntention, Action de l'esprit qui se porte vers ou sur tel ou tel objet. Le premier de ces mots estrelatif et peint la tention, ou la tension de l'intelligence par rapport à la chose vers laquelle on la dirige; il présente le sujet sortant de lui-même. Le second est intensif; il désigne la tension comme forte, comme achevée, et montre le sujet se repliant, se concentrant ^sur lui-même. On dira donc, enayant égard à l'objet, qu'il demande de Vattention pour être compris ou connu. « On ne peut rien découvrir sans attention, » Mall. Et en se bornant à considérer le sujet, que la contetUion le fatigue. « Celte contention de l'âme trop bandée et trop tendue à son entreprise, la met au rouet, la rompt et l'empêche. » Mok- TAiG. L'intensité, rintimilé et Ténergie distinguent si bien la contention, que ce mot signifie proprement effort de toute sorte, ou intellectuel ou volontaire. « On fait pareilles choses avec divers efforts et différente contention de volonté. » Mowtaig. Et le même auteur parle de (d'inimitable catitentionde l'un et de l'antre Caton à la vertu. » Contention ne se prend guère dans le sens spécial d'a^lention que quand on le détermine en aionianiiT esprit, contention d'esprit. «L'élude de Thistoireetde la géographie ne demande point de contention d'esprit, » J.-J. Alors, le mot contention exprime une attention forte, opiniâtre, même fatigante et pénible, qui suppose dans la matière, sans s'y rapporter aussi expressément qu'a^tention, de la complication et de grandes difficultés.

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