CHAPITRE III
STIONTMIE DBS SUBSTàlTTIFS QUI NE DIFFERBIÎT QUE PAR I.' ARTICLE.
De couFf de la cour. Ouvrage d'esprit, ouvrage de l'esprit, OUf l'on. Avoir intention, a\o'iv l'intention. Avoir peine ^ pitié ^ horreur^ empire^ autorité'; avoir de la peine, de la pitié', de l'horreur j de l' empire ^ de l'autorité. Faire ajfront, faire un affront, La naïveté^ une naïveté. Le roi sage , un roi sage, etc.
L'article se met devant les noms communs, pour annoncer qu'ils sont pris dans un sens précis et déterminé, qu'ils désignant un genre,
une espèee oii un individu en particulier. Il circonscrit l'idée on la chose exprimée par le nom qu'il précède ; il la signale à l'attention , en la tirant du vague et en la débarrassant de toute ambiguïté. Sans l'article, le substantif a une valeur indéterminée ; il réveille d'une manière indécise l'idée dont il est le signe : ainsi, dans les phrases^ parler en homme, traiter avec honneur, les mots, homme et honneur^ laissent Tesprit dans le vague et l'incertitude r^elativement à l'étendue de leur sens. Avec l'article, le même mot a une valeur fixe et précise: Vhomme est mortel, détermination générique ; Vhomtne à prétention, détermination spécifique; Vhomme de tantôt est revenu me voir, détermination individuelle. Le genre, l'espèce, l'individu se trouvent indiqués dans ces trois phrases, de manière à rendre toute confusion impossible. Telle sera donc, pour les synonymes dont il s'agit ici, la règle générale de distinction : le substantif avec l'article a un sens bien arrêté, certain, précis; le même substantif, sans Tarticle, a une valeur vague et mal déterminée. Le premier, fixant mieux l'esprit sur l'idée ou la chose particulière, la lui fait mieux remarquer; l'autre, au contraire, se trouve ordinaii*ement faire partie d'une locution générale, dans laquelle sa valeur primitive s'obscurcit et devient peu saillante.
5 l•^ Article défini le ,. la , les.
Tout ce qui vient d'être dit sur. le rôle de l'article en général s'applique particulièrement bien à l'article défini, dont le nom seul le représente déjà comme un déterminatif. C'est ce qui résulte aussi de sonétymologie ; il vient de illCy illa, celui-ci, celle-ci, et voilà pourquoi il est propre à indiquer , parmi les choses ou les personnes, celle-ci ou celle-là, telle ou telle en particulier, de ipanière qu'on ne puisse pas s'y méprendre.
1° Synonymie des noms sans article avec ces mêmes noms précédés de l*ar^ ticle simple le , la , les .
Les derniers, outre qu'ils sont plus précis et plus déterminés , ont tantôt plus et tantôt moins de généralité que les premiers.
De cour, de la cour. Ces deux expressions servent à qualifier par rapjort à la cour; mais la valeur du mot cour est" vague dans l'une, précise dans l'autre. De cour forme un véritable adjectif, un qualificatif abstrait qui présente l'idée de la cour d'une manière très généraleet modifiée; dans de la cour , cour conserve sa significatiop primitive dans toute sa restriction, et bien délimitée. Un homme
DES SYNDNYMÉS GRAMMATICAUX. 109
de coter est un homme qui, sans avoir été peiii-èlre jamais à la cour, ressemble aux courtisans, qui a les mœurs, les habitudes, les idées à peu près telles que les ont la plupart de ceux qui hantent les cours. Or^ comme, sous ces divers rapports, les courtisans ne jodissent pas d'une bonne réputation, un homme de éour est un homme adroit, artificieux, et, en général, de cour se prend en mauvaise part: promesses de cour, eau bénite de cour^Vimisdecour, Racine dit, dans la préface de Briimmicus, qu'il a choisi Burrhus,pour opposer un honnête homme aux confidents de Néron , cette peste de cour. Un homme de la cour fait i>artie de la cour, y a un emploi, est attaché auprès du prince sous un litre quelconque; c^est un courtisan. Tous les hommes de cour ne se trouvent pas à la cour, et il serait injuste de prendre pour hommes de cour tous les hommes de la cour. Le qualificatif de la cour n'entratne par lui-même aucune idée défavorable; il marque avec la cour un rapport direct, réel, concret, d'appartenance ou de dépendance, et non un rapport éloigné de ressemblance. «L'esprit d'une femme de la cour est plus remué et plus actif que celui d'une paysanne. » Nicole, a Les femmes de la ville sont moins naturelles que celles de la cour, » Labrutère. D'ailleurs de cour n'indiquç pas plus une cour qu'une autre, une seule cour que plusieurs; de la cour indique spécialement la cour du pays où se trouve celui qui parle. £n employant l'expression poisson de mer, on ne songe pas à telle ou telle mer en particulier; mais poisson de la mer se dit dans une localité du poisson qui vient de la mer déterminée dont est proche cette localité.
Ouvrage despriiy ouvrage de V esprit. Ouvrage auquel l'esprit a part. Dans la première expression, esprit désigne quelque chose de vague, de mal connu, dont la notion n'est pas fixe, qui a des variétés, des nuances, que Ton ne détermine pas ; dans la seconde, ce même mot a une valeur qu'on peut définir au juste. D'une part, esprit signifie la qualité qui rend plus ou moins spirituels, plus ou moins capables de traits ^ esprit ^ les hommes du monde en qui se réunissent plusieurs' qualités indéterminées elles-mêmes, telles que la vivacité, la pénétration, la finesseet le tact; de l'autre, esprit est le nom de cette faculté commune à tous les hommes^ la raison, qui produit la pensée, qui nous distingue des animaux, et nous fait inventer dans les sciences et dans les arts. Un ouvrage desprit est semé de traits desprit, a pour auteur un homme de talent; on ne peut guère définir un pareil ouvrage avec plus de précision; et si on consulte beaucoup d'hommes pour savpir si une composition lit-.
téraîre est OU n'est pas un ouvrage d esprit , il y aura probablemeat grande diversité d'opinions, tant est ineertaine «t flottante ta signification du mot esprit, ainsi entendu. Un ouvrage de l'esprit est tel qu'il n'a pu être produit ni par la nature, ni par les animaux: il se distingue par la science et la profondeur. Toutes les compositions littéraires, dans un genre qui comporte V esprit At% ouvrages des* prit y ne sont pas des ouvrages d'esprit^ tant s'en faut. Tous Jes ouvrages auxquels a \}Zt\,V esprit, entendu dans le second sens, comme les traités scientifiques, de rhétorique, de géométrie, sont des ouvrages de t esprit. D'un c6té, Y esprit n'étant pas défini, chacun en décide pour chaque œuvre ; de l'autre, V esprit ^ représentant quelque chose de précis, on voit sur-le-cliamp si un ouvrage réalise ou non l'idée qu'ont de Vesprit tous les hommes. Cette même duplicité de sens du mol esprit, employé avec et sans article, se retrouve dans les expressions, défaut d' esprit ei défaut dé l'esprit, dont l'une marque un manque de cette qualité indéfinissable qui rend spirituel, et l'autre une imperfection de Tàme, de celte partie différente du corps, qui nous distingue des animaux.
Demander raison, demander la raison. Demander qu'on explique quelque chose. Demander raison est une expression faite et consacrée, dans laquelle le mot raison exprime vaguement et confondue avec d'autres^ l'idée qui, grâce à rarlicle, se trouve définie et déterminée dans demander la raison. Demander la raison, c'est demander la cause pourquoi : on demande la raison d'un phénomène. Demander raison, c'est vouloir qu'on rende compte d'un procédé ou d'un propos, qu'on en dise le pourquoi et le comment, qu'on les expose de manière qu'ils paraissent raisonnables, faute de quoi on encourra une punition , ou l'on aura tout au moins à se repenlir. Le confesseur demande au pénitent la raison de ses fautes, afin de s'éclairer sur l'état de son àme ; un homme qui se pré- . tend outragé demande raison de ses discours à celui dont il croit avoir à se plaindre.
On^ /'on. Expressions presque équivalentes^ employées dans les phrases générales. Toutes deux viennent du latin homo, homme. Mais la première étant privée de l'article , a moins de précision que ia seconde. On dit, homme ^\\.y signifie il y en a qui disent, sans aucune détermination de nombre. Von dit, V homme dit, signifie positivement les hommes, les hommes en général^ tous les hommes disent. On dit que vous avez été chez lui hier, donne à entendre que ce n'est pas tout le monde quile dit, mais quelqu'un qui ne doit pas être nommé. Von dit se dit à propos d'un bruit généralement répanda. On
DES SYNOISTMES GRAMMATICAUX, m
commence une proposition particulière indéfinie , et Pon une proposition générale définie. Aussi le premier est souvent employé lorsqu'il s'agit d'une ou de plusieurs personnes dont on a l'idée dans l'es" prit et qu'on ne veut pas nommer. Une personne en colère dit à une autre: Il faudra bien qu'on m'obéisse, c'est-à-dire , que vous m'obéissiez. Un domestique vient-il annoncer à son maître qu'une ou plusieurs personnes désirent lui parler^ il dira : On demande à vous parler. Certains écrivains religieux , tels que ceux de Port-Royal et Mallebranche , évitant par esprit de piété l'emploi du mot je ou moi, qui est toujours haïssable ^ suivant Pascal^ se servent dn mot oîiy en parlant d'eux-mêmes. On n'est pas des esclaves pour endurer de si durs traitements (Acad.) , est bien une proposition particulière indéfinie, et Pon y serait tout-à-fait impropre 5 de même que si, en vous adressant à une femme, au lieu de lui dire, on n'est pas plus jolie, vous lui disiez, Pon n'est pas plus jolie. Le mot on convient seul dans tous ces cas , parce qu'il s'agit d'indiquer vaguement et en termes indirects une ou plusieurs personnes. Le mot Pon convient seul quand il s'agit d'exprimer rigoureusement la généralité des hommes: nous devons croire que nous mourrons , parce que Pon est mort jusqu'ici. Cependant, comme il est rarement besoin de marquer exprès^ • sèment si on pense à un nombre indéfini de personnes on au genre borna in tout entier, au mot on, qui signifie proprement quelqu'un ou des hommes^ on fait signifier presque toujours les hommes , et, dans les phrases mêmes de la plus grande généralité, on se meta la place de Pon. C'est un abus ; il faudrait n'employer que Pon quand on veut marquer strictement la généralité des hommes.
Entendre raillerie, entendre la raillerie. Ces deux expressions désignent la manière d'être, la disposition de quelqu'un ' par rapport à la raillerie. Dans la première, le mot raillerie marque quelque chose d'indéterminé : entendre raillerie , c'est entendre sans' ^offenser une ou des railleries auxquelles on est en butte, quel qu'en soit le sujet , dans quelques circonstances qu'elles aient lieu. Dans entendre la raillerie, dont le sens est, s'entendre à railler, être entendu dans l'art de railler, le mot raillerie a perdu toute indétermination; il ne s'agit plus d'une ou de plusieurs railleries quelconques 9 mais de la raillerie , art particulier d'amusement qui .diffère de tout autre : on entend la raillerie, comme on entend la poésie on le métier des armes. La première expression fait songer aux cas particuliers, mais ne les détermine pas; la seconde marque le genre et le détermine.
Avoir intention, dessein, envie j avoir Pintention, le dessein^
ll«î ' TRAlTll
Veiivie: Vouloir faire, se proposer de faire quelque chose et y tendre. Les expressions sans Tarticle forment des locutions générales dans lesquelles les substantifs s'effacent en quelque sorte, perdent ce qu'ils ont de saillant et ne se font plus remarquer; elles signifient toutes une disposition incertaine, chancelante et molle^ une simple velléité. Ces mêmes expressions avec l'article présentent les substantifs, avec un caractère de détermination qui les signale et les met en relief: elles signifient une résolution bien arrêtée, pour l'exécution de laquelle, le lieu, le temps, les moyens, sontflxés, et pour l'exécution de laquelle on est près d'agir, et prêt à agir, dût-on avoir des obstacles à braver. On a intention, etc., de voyager , longtemps à l'avance, sans qu'on y ait bien réfléchi, sans qu'on sache si on changera d'avis, ni quelle direction on prendra. Lorsqu'on a /'m^^n^/on, etc., de voyager, le voyage est prochain, la résolution ferme, la direction certaine. On a intention, etc., de nnire à quelqu'un sitôt que l'occasion s'en présentera; on a t intention, etc., de lui nuire , quand on en a formé expressément le projet et qu'on cherche à le réaliser.
Avoir droit, avoir le droit. Avoir la permission, la faculté de faire quelque chose, pouvoir la faire comme chose juste, y être autorisé. Il s'agit dans la première expression d'un droit vague, mal défini, commun, d'une application éventuelle et incertaine, dont on ne peut pas se prévaloir en toute rigueur, et, dans la seconde, d'tin droit précis et rigoureux. Une preuve que ce double sens résulte Bien de l'absence de Tarticle dans Tune, et de sa présence dans Tautre^ c'est qu'ontiit avec à^ préposition qui marque généralité et indétermination, avoir droit à réclamer quelque chose, et 2LStcde, préposition qui exprime des rapports précià et particuliers, avoir le droit de réclamer quelque chose. On a droit à des égards , à la reconnaissance de quelqu'un; on a le droit de commander, rfe voter, de vendre une propriété. L'enfant qui se conduit bien a droit à demander des récompenses ; à la fin du jour , le journalier a le droit de demander son salaire. On distinguerait d'une manière semblable, avoir tortei avoir le tort, prendre soin et prendre le soin.
Avoir coutume, avoir la coutume de faire quelque chose. La faire fréquemment, d'ordinaire. Avoir la coutume se dit en parlant d'une manière d'agir, non pas générale et commune, mais singulière, et remarquable par cela même^ sur laquelle on veut arrêter particulièrement l'attention. De sorte qu'ici Tarticle /^, /a, joue le même rôle que son primitif latin, ille, illa, celui-ci , celle-ci ; il est
démonstratif 9 il sert à faire remarquer telle oo telle chose en pariicnlier : Ule Homerus, le fameux Homère. On a coutume de mentir, de se lever matin, de faire des promenades à cheval. «Les Anglais, dit Voltaire , ont la coutume de finir presque tons leurs actes par une comparaison. » « Il y a des pays où les femmes ont la coutume de se percer le nez pour y pendre des joyaux.» (ir2>^.^«« Voyages») Avoir, trouver, donner, fournir occasion; avoir, etc., P occasion. C'est, d'une part, être ou venir, de Pautre, mettre à portée de. faire quelque chose. On a souvent et facilement occasion, rarement et difficilement l'(7cea«î(m défaire quelque chose. Un médecin de village a presque tous les jours occasion d'observer les phénomènes de la fièvre, et à peine trois ou quatre fois dans sa vie Poccasion d'obserrer ceux de l'aliénation mentale. D'autre part, on trouve occasion quand l'occasion a lieu par hasard, se présente d'elle-même, ei on trouve Poccasion quand on cherche l'occasion, qu'on la désire. On trouve occasion de faire ce qu'on a intention de faire, et Poccasion de faire ce qu'on a Pintetition de faire. Un écolier trou, vant occasion de vendre ses livres, est tenté par l'appât du gain. Je suis obligé de retarder la vente de ces livres, jusqu'à ce que je trouve Poccasion de le faire avantageusement. 11 en est de même de donner on fournir occasion à l'égard de *donner on fournir Poc^ easion. Dans le premier cas, l'occasion n'est pas, et, dans le second^ elle est déterminée du c6té de celui qui la donne ou la fournit comme da tùttfi de celui à qui elle est donnée ou fournie, c'est-à-dire que , éaas le premier cas, celui qui la donne le fait involontairement, par hasard^ sans le savoir, et que celui à qui elle est donnée ne la voulait pas, ne la désirait ni ne la cherchait, n'y i)ensait même pas j tandis que la seconde expression emi)ortedesaccessoires tout contraires. Votre étourAerïem^Sidonnéoccasion àe remarquer votre défaut principal. Vous recevrez plus souvent de mes lettres, si les vôtres, devenant plus fréquentes, me donnent plus souvent Poccasion de vous écrire. A travers, au travers. Au milieu, par le milieu. A travers est une locution générale, dans laquelle le mot travers a perdu de sa valeur et n'attire plus l'attention. Dans au travers on insiste, pour ainsi dire, sur le travers dont on parle, on le tire de l'indétermination, on le fait remarquer. Si bien qu'à travers s'emploie quand on veut simplement marquer l'action d'aller au-delà en passant par un milieu, et au travers quand on veut appeler l'attention sur ce milieu lui-même. A travers votre porte vous apercevrez quelqu'un venrr vers nous, et, suivant l'expression de Pascal, on regarde le firmament au travers d'un petit verre. Ce qui frappe en général
114 WÀfrt
l'«ipnt «iBS le niliettMTmé, c'en It rétiiUiMt «l'SaNaMMle danger qu'ea court en le traverMRt. De \k wm que mrecqoe feujours ce à traven quoi on passe laisse un passage^ une ouverHun^ un jour, undis qu'il faut se faire un passage, une ouverture, un jour dans ce au travers de quoi on passe. On passe à IranHTê les champs, on passe son épée au iraven du corps. Le fil passe à travers l'aiguille qui est percée-, l'aiguille passe em trmvêre de l'étoffe ou de la peau qu'elle perce. « L'eau des ritières ne s'étend pas Imn^ en filtrant à iravert les terres. » Buw. « Au iravtre des pérUs un grand cowir se fait jour » iUc. « Nous passàmea au fraf^mn des écueils )» Fékel.
A défait, au défaui. Telle chose ou telle pmonne manquantM Tenant à manquer, A défaut n'est de mise que quand la chose ou la personne n'est pas nettement ou ceruinement èèterminée. A défaut d'autres moyens de défense, les animaux les plus faibles emploient la ruse. De même, s'il s'agit d'un futur incertain, on dira j à défaut de Tin, nous boirons de l'eau. Mais si on est sûr que le Tin fera défaut, il faut dire : au défaut de vin, nous boirons de l'eau. En parlant des hommes, comme en général on les désigne, on se sefi plutôt d'au défaut; mais tontes les fois qu'on ne les désigne pea, à défaut ^\ de rigueur : à défaut d'hommes, les Toteurs de gruids chemins ont quelquefois^ au moyen de mannequins, effrayé les
' pas^nts. ,. z m* •
Tùut, tout le: Ces deux expressions marquent une totahté. Mais cette totalité n^t pas la même, tant s'en faut, comme on peut le Tolr par les deux phrases : tm$h»mimt%l mortel, et, tout Phemme est mortel. Tout sans Partiele le indique la totalité des indiTldua de l'espèce, mais ne désigne pas en particulier cehil-ci ou oelul-tt. Tout /^'exprime la totalité, non des indiTldus de l'espèce, mais des parties intégrantes qui constituent l'kidlTidu, pris pour typedu genre. Dans tout homme, le mot homme est Tague, manque de précision ; c'est un homme quelconque. T&ut homme est capable d'un pareil effort. La Térilé, tout homme est mortel, parce qu'elle ne concerne en particulier, ni celui-ci, ni celui-là, donne à réfléchir à chacun, et peut aToir sur la conduite des hommes une influence utile. l>ans tout P homme, le mot homme a un sens précis, et bien défini ; c'est l'homme distinct de tout ce qui n'est pas lui, tel que nous le conce- Tons en lui-même ; et, sll était Trai que tout t homme fût mortel, il n'y aurait, vu la parfaite détermination de Têtre dont il s'agit, aucun doute sur le sort de toutes les parties de nous-mêmes après cette Tie, quel que dût être celui des autres créatures. Ainsi, dans
D%S STNONTMIi fllAMBIATIGAUX. us
Nm itott expr«^am, te ttot hmmoe n'Mt 1^ lUfini, dftitt rtBtie fl Ftit : dant la pramièra^ il eti i^létennmémeBt dittrlbutif^ c'eit^ àidin relatif ans indif idos qa'il ne éétemÎBe pas i daQf la Mceiide, il est générique déial> c*eii4i-dire fignîfieaiif d'an genre parfaite^ ttenk drooBicriiet délfanilé*
â* Synonymie des noms sans article avec ces mêmes noms précédés de l* article composé^ du, de le, de la, des,
Les dermera, entre qn'ils srnil pluspréeif et pins déterminés, ent teajonractessentiidlement moins de généralité que les premiers.
Âpair peine , piUé , horreuft , honte / awtir de la peine y de lapitiéy de V horreur y de la honte. Éprouver les sentiments expriittéapar les mots peine y pitié y etc. Les mêmes distinetions delant s'appliquer il tons ces ^fnonynes y nous nous bornerons à traiter o(oo/ifr peine , et aw^ de la peine. Ils signifient trouver des dilBenltés^ des obstacles à faire et à dire quelque eiiose^ on bien y répugner. iltu>^l>é^M^ est une eipression générale indéfinie, une formule toute fsiite; le mibXp^ne y n'y a qs'un sens vagoe et indéck sur lequel t'esprit ne se porte point ) il s'est en quelque sorte fonda arec leverbe a#ot>, ce qui lui a 6té une partie de sa force. Avoir éelap^iiné implique deux idées aoeessoires qui lui viennent de l'aride «t delà pr^sition de. D'abord, il indique une peine réelle, une Aiffiealté , ou une répugnance plus expressément marquée, sur laqutlla il «vête davantage Fesprit. Dans cette pbrase x deux amspieea , disait Cieéron , ont peine à se regarder sans rire, le mot pei$ie n'a pas , à beaucoup près , la même précision que dans celte aaUra , eweip de la peine à parler ou à marier. On a peine à ereire une (diese et de la peine à remuer un fardeau ; on a peine à aimer son ennemi et de la peine k l'embrasser , ft kii fiiire du bien. Ensuite, dans apoir de la peine y la préposition quantitative de fiit eeasidérer la peine c(Nnme nne cbose d^t on a plus on moins , qu'on éprouve à tel ou tel degré dans les cas particuliers. On a |M^« à foire ce qu'on fait difficilement, et de la peine à faire ce qu^ounefàitqù'ft force d'efforts et malgré une résistance plus ou Boînsgrande.i^(nrj»«^9te marque simplement la difficulté ou la répugnance d'une manière générale et absolue,- awir de la peine montre et l'œuvre et peint le plus ou moins de difficulté on de répugnance suivant les différents cas. Donc , avoir peine est plus vague et pins général ; avoir de la peine, plus précis, plus propre, plus expressif, et plus particulier. Il semble cependant quelquefois que l'^pression sans l'article dit plus qu'avec rarticle; par exemple
. dans les locutions, avoir horreur du vice, avoirpitié de quelqu'un; car enfin, avoirunechosedit plus qu'avoir de cette chose. Mais si dans les expressions sans Tarticle le sentiment est plus étendu , plus complet , il est moins vif , moins fortement ressenti dans la circonstance. On a horreur du crime , on le trouve horrible ; on a de t horreur pour le crime qu'on a plus particulièrement en horreur. Il en est de même à^ avoir piliép^ir rsii^porXk avoir de la pitié: avoirpitié c'est éprouver vaguement et sans véhémence particulière un sentiment qu'on éprouve potir tout le monde; avoir de la pitié exprime le même sentiment seulement jusqu'à un certain degré , mais plus énergique , plus spécial , dans une application particulière.
Prendre empire, prendre de P empire. Acquérir de l'ascendant^ arriver à pouvoir moralement plus ou moins sur l'esprit de quelqu'un. Prendre empire se dit en général, vaguement et sans restriction; prendre de V empire, c'est en prendre par degrés et jusqu'à un certain degré, mais cette part d'empire est plus pressante, se fait mieux sentir. Prendre empire marque un empire plus étendu, mais moins fort, moins spécial, moins particulier, moins extraordinaire. 11 y a tels ménages, dans lesquels il est bon que le màriprenne empire sur la femme, ou la femme sur le mari. Qu'une mère laisse prendre de V empire sur elle à son enfant, elle finira par lui céder presque en toutes choses. Il est naturel qu'un maître prenne empire sur son domestique; mais on voit quelquefois des domestiques j^r^ndre de t empire sur leurs maîtres, au point de les tyranniser quand il s'agit des détails du service.
Avoir autorité, influence, crédit; avoir de t autorité, de l'influence, du crédit. Jouir des avantages exprimés parles mots autorité, influence, crédit. Toujours même distinction. Les premières expressions ont un caractère d'universalité vague; les autres sont plus particulières, plus précises, et plus significatives. Avoir influence dans une assemblée, c'est ne rester étranger à aucune de ses opérations; y avoir de Vinfluence, c'est y exercer une influence particulière, y être très influent. Les premières sont tellement indéterminées qu'on ne serait jamais intelligible, si on disait, sans rien jyouter> qu'un homme a autorité, influence, crédit,- au lieu qu'on dit bien qu'un homme a de t autorité, de Vinfluence, du crédit/ ce qui signifie, suivant les cas où on le dit, qu'il jouit de ces avantages, non pas vaguement, dans tous les temps, dans tous les lieux, et sous tous les rapports, mais dans le gouvernement, dans une société, dans une maison, et qu'il en
DES SYNONYMES GKÀMMÀTICAUX. 117
jouit ^d'une façon particulière^ c'est-à-dire à on haut degré.
s® Synonymie des noms précédés de l'article simple , le, la^ açec ces mêmes noms précédés de ^article composé, du^ die le, de la.
Ils sont précis et déterminés de part et d'autre quant à l'espèce ou an genre ; mais dans la'seconde expression ils se rapportent à la quantité qu'ils marquent indéterminément.
Fournir le sél, fournir de sel, fournir du seL Donner ou apporter de quoi saler les alimeats. La première expression est relative à l'espèce de la chose fournie erla définit nettement, le sel; la seconde est relative à la quantité de la chose, et ne la détermine pas^ de sel; la troisième participe des deux autres; elle marque précisém^t l'espèce de la chose, mais elle en indique une quantité indéfinie. Pans tire ses proyisions de plusieurs provinces : l'une lui fournit le sel, l'antre le blé, une autre le bois, etc. Il est plus on moins difficile de la fournir de sel, suivant que sa population augmente on diminue. Toutes les provinces de france concourent, chacune selon la nature et l'abondance de ses productions, à lui fournir, celle-ci du sel, celle-là du vin, et ainsi des autres (i).
Avoir nouvelle, avoir des nouvelles. La première expression est pins complète et plus vague ; là seconde est partitive, délimitée et précise. On a nouvelle d'un évèneiiient, quand on l'a appris, quand on sait qu'il a eu lieu, mais sans plus, sans pouvoir en rien dire de particulier; en avoir des nouvelles ^ c'est en savoir telles circonstances, de manière à être capable de les décrire, d'en rendre compte. On disait au temps de Yàugelas et de Bonhours avoir nouvelles, au pluriel ; c'était à tort, car le vague produit dans cette locution par l'absence de l'article s'accommode mieux du singulier, de sa nature
(i) Du^ étant pour de le, c'est-à-dire renferinaut l'article, seoiblerait devoir être plus détermiDé que de. Et cependaal il Test moins, car fournir du sel, c'est en fournir une quantité qui n*est nullement spécifiée, et fournir de sel, c*est CD fournir une quantité déterminée par la consommation, qui est une mesure approximative, et variable sans doute, mais enfin une mesure. Mais il est k remarquer que du définit bien ici la seule chose que Taiticle soit chargé de définir, Tespèce signifiée par le nom qu'il précède, tandis que de ne la définit pas, ou ne la définit pas si bien. Pour la quantité, s*il l'indique plus vaguement que de, c'est qu'il n*est pas comme de destiné uniquement à exprimer ce rapport. La justesse de la règle n'exige pas que l'article donne de la précision, non seulement à l'idée que représente le nom de\ant lequel il se place, -mais encore à toutes les idées accessoires spécialement marquées par des prépositions auxquelles il se trouve mêlé.
11$ TIAITÉ
général , compréhensif » completi miui impropre à marquer lei détails.
§ II. Article numérique un.
C<Nnme l'arttele défiai i il donne aux «obêtantifiqn'il préeède tm sent préeie et déterminé. Ainei , tonqn'il se rencontre deux eit^ pressions synonymiques renfermant le même snbetantif ^ mate sane artîele dans l'une et aYec Tartiele numénqne dans l'antre ^ ee enbstantif a dans la première une signifleation indéterminée, Ttgne^^ qui rappelle la primitiTOi anis tn l'étendant et en l'afUibUssftnt» et dans la seconde» au contraire» il reproduit la signification priÉittitt dans touu sa force et dans kmte sa rigneur.
Faireuffivni, faire nn a f front f faire injure ^ faite une m^ jure* Offenser quelqu'un dans son honneur ou son anioni^pro|>re , lui causer une mortification, tes mots uffront^injure dans fmre offrent et fiUre injure n'<Nit plus qu'une signifieatidn étendue el Yague» en vertu de laquelte iU expriment une légère offnue , on quelque chose qui tient de l'offense plutôt qu'une offense réelle ( mais dans faire un affreni , et faire une injure ^ ils conienrent lonte leur force ti demeurent synonymes d'outrage et d'ittsulle. L^oUon de fû,ire affront consiste quelqnefoié uniquement à reprocher quel« que chose en public de manière à inspirer de la honte. Quand on nous finit ûffrofUf me» rougissons > rien de plus ; qnand on nons ùàiunaffi^p nous frémissons > notre sang bouilhmne et nons conrons à la rengeance. D*nn antre c6lé,toons'disone continnellement enconttrsation » et sans oonséquence c Cest me faire injure qne éà croire ^ tous me faitee injure en me supposant de telles intentions ) faire une injure aurait Une toute autre portée.
Avoir bon esprit, avoir un bon esprit. Avoir bonesprit est une expression purement formelle: elle annonce une capacité générale, vague et plutôt spéculative que pratique. Avoir un bon esprit a plus de rapport à la réalité et marque de la solidité, du bon sens , un talent qui ta plus aux affaires et à la conduite. C'est la distinction élablie par Bonheurs, et elle s'applique également aux exprès-* slons, avoir bon cœur et avoir un bon cœur. La première se dit en général, sans qu'on insiste , sans rigueur, sans conséquence; la seconde exprime une bonté plus positive.
Ç m. Article défini comparé à tarticle numérique.
TOUS deux font connaître les substântifi» qu'ils précèdent dans leiur sens précis et rigoureux; tous deux les mettent en relief, et appel-
BES STNOlHYMe aULBIMATIOAUX. 119
k&t nr en ratteBUmi. Mais flouYent il aniTe que rnn détermine le Qmte f tandis que l'autre détermine toujours l'individn , on tout au ^Qs l'espèce ; le premier alors empêche de confmidre la chose» dont il rappelé les caractères propres» avec toute autre» le second empêche delaerafottdre avec uneautre d$ la même espèce ou du même genre. Aiasi^/ofMip^to'kidiqne un genre qui diffère de tout autre» la simplic^, la naturel» «tc.> qui a ses qualités cmtitntiTes» ses règles. Une naïveté sig^eiiidiYtduellementoudistributiTement on trait de laiTeté «jui ittffère de tout autre. La naSveté est d'un homme naif: %mênawetémiA d'un homme qui» parmi les choses naïves» en a dit one ; on ne la définit pas » on n'en donne pas les règles ; on la raconte» on n'en dit point les cara<^ères généraux» elle n'en a pas» mais senlero^it les qualités indi?iduelles, les particularités. CependMit Fartide défini ne détermine pas toujonrs que le genre ^ maif parfois aus^ l'espèce ou l'indiridu» tout comme l'article numérique; c'est alors cpie leur distinction devient difficile. Cherchons Béanmdns à l'établir en prenant pour exemple les deux expressions synonymiques un champ et le champ: tm ehamp on le champ bien eultlTé paie le laboureur de ses peines. La première expression ùdt pens^ k tons les champs parmi lesquels on en choisit un. La seconde eom;<«tre l'attention sur la notion du champ en lui-même» et ne rappeHe en aucune sorte les antres espèces du même genre , c'est'à-dire les autres champs. On parlera donc avec une entière jnstosse en disant» tin ehamp bien cultivé rapporte plus qu'un autre» et le champ l»en cultivé rapporte beaucoup. La différence est la Bèoie entre un rei ioge et le roi sage, et ainsi des autres exemples.