‹ Synonymes françaisChapitre 49 sur 218 · MAL, DIS · texte numérisé non relu

MAL, DIS

Malfamé , diffamé. Qui ne jouit pas d'une bonne réputation.

Digiti^d

L'homme malfamé n'a pas une bonne réputation; Phomme cf^famé est perdu de réputation. Diffamé est une qualification plus positive^ plus directe^ plus rigoureuse^ plus décidée, plus tranchante ; il y a comme une séparation nette entre la bonne réputation et l'homme diffamé. On évite la société ou Talliance df l'homme malfamé; on rougirait d'avoir le moindre rapport avec Fhomme diffamé. Ensuite, à malfamé ne correspond point an verbe comme à diffamé, et c'est pourquoi celui-là n'implique point, comme celui-ci un fait particulier qui a déshonoré^ un éclat qui a perdu tout d'un coup dans l'esprit du public. Celui qui est malfamé est ainsi, a telle manière d'être : on en parle mal; c'est un effet qui a sa cause en lui, dans ses principes ou dans sa conduite. Celui qoi est diffamé a été diffamé ; son état résulte d'une diffamation juste ou non méritée. Et de là le troisième caractère de l'adjectif cfiTTam^. C'est qu'on peut être €^t//am^ sans cesser d'avoir droit et part à l'estime des hommes ; ce qui arrive quand on a été la victime d'une diffamation injuste et cal<»nnieuse. Mm malfamé, quoique plus faible et plus vague, annonce toujours une réputation effectivement mauvaise.

Malgracieiix, disgracieux. Qui n'est pas gracieux. En fait de grâces, le malgracietix est mal, laisse beaucoup à désirer, et le disgracieux n'est rien. Celui-ci dit donc plus que celui-là : il énonce directement et positivement ce que le premier ne fait entendre que par un détour, et en atténuant. De plus, ce qu'on considère dans l'objet malgracieux, c'est Ist manière dont il est, sa forme, son air, et l'adjectif ne convient que par rapport aux objets envisagés sous ce point de vue. La qualité qui fait traiter de disgracieux peut être intrinsèque et abstraite. « Aventure disgracieuse. Cela est bien disgracieux. » Agad. « Douleur et mal marquent une sorte de sensation disgracieuse qui fait souffrir. » Gir. <c Elle avait pris en cet homme un époux malgracieux, incommode et jaloux. » Laf. « Votre père, le plus malgracieux des hommes, m'a chassé dehors malgré moi,'et j'ai couru risque d'être battu: » Mol. (V Avare, Laflèche à Cléante).

Malproportionné, disproportionné. Qui pèche par défaut de proportion. Dans l'objet malproporiionné la proportion n'est pas juste, sage, convenable ; l'objet disproportionné manque de pro^ portion, il contient donc un défaut plus grand. Mais ensuite, l'un se dit d'un seul objet dans lequel on considère la manière dont ses parties sont arrangées, et l'autre en suppose au moins deux (<5'tç, deux fois, de ^ûo, deux) qu'on compare l'un à l'autre et qu'on trouve

séparés pâf de grandes inégalités. « Un <^ôrpS; uù liommé Màtpro^ pottionnS, » Acad. « Si l'homme était un quadrupède^ tontes ses parties réunies eusseitt fait un anitfiàl nialproportionné et maN chant peu commodément. » J.-J. « 11 ne peut y avoir chez de pareils peuples de ces fortunes dùproporiionneeê qui se forment dés dét)oUilles d^unc multitude de familles réduites h la misère. » Côivf». c( Lés comparaisons qu'on tire de l'àmé sont toujours infiniment disprùporttonnées à la nature divine. » Boss.

Al AL y HS*

Ces deux partictites changent en mauvaise part le sens dès mots devant lesquels elles sèmettent, et leur font exprimer quelque chose de Acheux. Mais la modification apportée par mal semble motûS essentielle^ moins intime, moins décidément mauvaise ; elle s^arfétci pour ainsi dire, à la forme, à la éuperficie.

Matctmtenty mécontenL Qui n^est pas satisfait, pour qUi ce qi^i est ne convient pas ou ne se passe pas comme H le voudrait* Jlf A?oft- ^^f dit quelque chose déplus. «On e^t mal content, dît Roubaud, quand on ne Test guère, on qu'on n'est nullement satisfait ; et méôonient, quand, loin d^étre satisfait, on est fàchè et très f&ché. » Suivaut Coridîllac, on est mécontent quand ott est malcùntent au point de se soulever : les m^eowfe^^^ ont pris les armes. One preuve de la supériorité de force du sentiment pénible signifié par mécontent, c'est qu'on fait de ce mot, comme en général de tous ceux qui se distinguent par leur énergie, un usage bien plus fréquent que de son synonyme. D'ailleurs, il s'emploie seul d'une manière absolue et sans complément, seul 11 a un substantif correspondant pour désigner d*ufte manière nette et positive le sentiment dont il S*agit. te malcontent éprouve un sentiment d'humeur dont son âme est à peine effleurée. «Thérèse est malcontente et grondé. » Lap. «A Ceux qui voudront tuer on présentera Lessius; à ceux qui ne voudront pas tuer on produira Vasquez, afin que personne ne sorte matc&ntent et sans avoir poiir soi un auteur grave. » Pasc. A la rigueur même, malcontent fi'^eXctut pas toùt-â-fait le contentement, mais il ne fait que le représenter comme incoiâpiet, comme n'étant pas sans trouble, sans inquiétude, sans mélange. C'est ce que Pascal exprime très bien dans le passage suivant : « La propre volonté ne se satisferait jamais, quand elle aurait tout ce qu'elle souhaite ; mais on est satisfait dès l'instant qu'on y renonce. Avec elle on ne peut être que maloontent/ sans elle on ne peut être que content. » ïl en est du mécontentement comme du mépris et de la

DES SYNONYMIES GRAMMATICAUX. Ui

méfianôê; c'est moins une négation^ une restriction qu'un sentiment positif dont l'âme est comme pénétrée. Mécontent ajoute à mal content Viùée accessoire que le sujet est pluâ profondément affecté et qu'il éprouve du dépit ou du ressentiment. En second Heu^ *et conformément à la première distinction^ mécontent suppose de ta part du sujet chagrin prononcé et disposition active à réclamer la réparation d'un tort réel ou prétendu^ et de la part de la personne qui excite ce sentiment^ refus ou violation de ce qui est juste, ou de ce qu'on croit juste; au lien qiie malcontent n'emporte que la priva* Ûon de ce qu'on espérait. Je suis mécontent d'un domestique qui ne fait pas ce qu'il doit , et malcontent de celui qui ne fait pas ce qu'il doit comme je le voudrais : il y a de la part du premier mauvaise volonté, négligence ou paresse, et de celle du second simplement inexpérience ou incapacité. On a droit d'être mécontent, et quelque sujet d'être malcontent. Toutes les fois qu'il y a une injustice de commise, passe-droit, inexécution volontaire d'une obligation, on ne peut être que mécontent. On est malcontent, de son état, de sa fortune, du tour que prennent les affaires, quand ils ne sont pas comme on désirerait qu'ils fussent.

Malaise, mésaùe. Ils désignent un état ou une situation légèrement pénible. Malaise exprime plutôt l'état où l'on se trouvé, et mésaise le sentiment qu'on éprouve. Dans le malaise on n'est pas commodément.; l'âme est désagréablement affectée dans 1» mésaise. €e que le premier exprime de fâcheux se rapporte à l'extérieur, à la position : le malaise se fait sentir à une personne qui est mal à i'aise, mal assise on mal couchée. Le mot mésaise, plu3 particulièrement subjectif, indique un état général de déplaisir dans , lequel on désire vaguement d'être mieux. Pour sortir du malaise, il faut Se mettre autrement; on ne sait comment faire cesser le mésaise, parce qu'il ne consiste point à être mal au dehors, par rapport aux lieux, aux choses et aux personnes. A cause de son intimité , mésaise ne se dit guère que relativement à la santé du corps, (c L'estomac a un dissolvant qui cause la faim et qni avertit l'homme du«besoin de manger; ce dissolvant, qui picote l'estomac, lui prépare, par ce mésaise,\\ïi plaisir très vif, lorsqu'il est apaisé par les aliments. » Fénel. « Toutes les opinions du monde en sont là, que le plaisir est notre but; car, qui écoulerait celui qui, pour sa fin, établirait notre peine et mésaise P » Moihtaig.

Malséant j messéant. Contraire à la bienséance. Mais l'un signifie une inconvenance die forme, l'âuire une inconvenance intrinsèque, ^séntiellé. C'est apparemment à quoi se réduit la distinction

suivaDte de Condillac. « Il me semble que le premier se dit des choses qui ne conviennent pas à l'état, àTàge ou à la profession d'une personne, et que le second se dit de tout ce qui ne sied pas. » Une barbe d'artiste terminant la figure d'un prêtre ou d'un magistrat serait maUéante; il est messéant que la femme commande au mari et que le valet en remontre à son maître. L'air dissipé est malséant, et l'inattention est messéctnte pour un magistrat. Une posture malséante ne messied qu'eu égard aux usages tout extérieurs et formels de la civilité; une \iOSiv\vçi messéante messied réellement, blesse rhonnôtelé, va jusqu'à l'indécence. «On doit donner largement aux femmes de quoi maintenir leur état , d'autant que l'indigence est beaucoup plus malséante et malaisée à supporter à elles qu'aux mâles. » Motntaig. « Les petits verres sont les miens favoris, et me plaît de les vider, ce que d'autres évitent comme chose malséante. » Id. « Aux canonnades, il est messéant de s'ébranler pour la menace du coup. » Id. « Le vice de mentir apparaît toujours très messéant à un, homme bien né, quelque visage qu'on lui donne. » Id.

^alvendu, mévendu. Qui n'a pas été bien vendu. Le premier de ces mots implique un blâme relativement à la manière dont la vente s'est faite. Quand on a vendu par petites portions , au lieu de vendre par parties considérables, à crédit et non comptant, ou bien à des débiteurs peu solides, dans ces différents cas on a mal vendu, ou la marchandise a été mal vendue. Mais à mévendu s'attache l'idée d'une faute moins relative à la forme qu'au fond , au mode de la vente qu'au dommage éprouvé en conséquence d'une vente désavantageuse : on mévend ce qu'on vend au-dessous de son prix réel. On emploie bien aussi mal vendre ou vendre mal dans ce sens; mais alors on parle avec moins de précision, et on a tort de ne pas préférer une expression qui dit la même chose d'une manière toute spéciale et exclusive.

^ Remarque. Une observation bien simple sert à prouver que mé l'emporte sur mal, dans le sens défavorable où ils se prennent l'un et l'autre. C'est que mal vendre ou vendre mal signifie quelquefois vendre peu : cette marchandise s'est mal vetïdue sur tel marché, se vend mal dans telle saison. Au lieu que le substantif mévente signifie nofi-vente , cessation de vente. En allemand, Vehelthat, mot à mot, un mal fait , désigne une mauvaise action sous le rapport tout extérieur du mal qu'elle cause à autrui, et Musethat, méfait, une mauvaise action considérée intrinsèquement comme violant une loi, et en elle-même digne de punition.

D'aillears^ bu plutôt en conséquence, le mal fait est un simple délit, et le méfait un crime.

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