CHAPITRE X. IN
Cette préflxe est primitivement une préposition latine, traduite en français par en et qui a deux signiflcations différentes. Elle marque le plus souvent un rapport de contenance, elle exprime qu'une chose est ou va dans une autre; alors elle répond au grec ev, eî;; d'autres fois elle peut se rendre par à, vers, sur, contre, et rappelle le grec àvà. Mais dans les mots composés dont elle forme la syllabe initiale, outre ces deux idées, elle en désigne fréquemment une troisième, celle de négation ou d'absence, auquel cas elle reproduit tout-à-fait l'a privatif des Grecs. Les autres préfixes, de, dû, mal, employées quelquefois dans le sens négatif, ne sont pas aussi spécialement destinées à nier, ne nient pas d'une manière aussi complète et absolue, ou elles ajoutetit chacune à cette idée un accessoire particulier.
Improuver, réprouver. Faire le contraire d'approuver : trouver mauvais et le dire. Dans le premier de ces mots in est agressif, il signifie contre, il marque opposition : improuver, c'est être contre, blâmer. Dans le second r^'est adversatif et répulsif; il marque une opposition violente, par laquelle on rejette, on fait reculer loin de soi, sans pitié, ni rémission : réprouver, c'est s'élever contre, proscrire avec hostilité et mépris. « On improuve ce qu'on trouve mauvais, répréhensible, vicieux; on réprouve ce qu'on juge odieux, détestable, intolérable. On imppouve une opinion dangereuse, une action blâmable ; Dieu réprouve les méchants, les infidèles. On improùve par des discours, des rais'onnements, des impugnations, des attaques ; on réprouve par le décri, les condamnations^ la proscription. La raison improuve, elle a droit d'éclairer ; l'autorité réprouve, elle a droit de proscrire. » Roub. « Il y a déjà longtemps, dit Labruyère, que l'on improuve les médecins et que l'on s'en sert. » On se garderait de les employer, si on les réprouvait, « Là religion des Juifs consistait seulement en l'amour de Dieu, et Dieu réprouvait toutes les autres choses. » Pasc « Il est prédit que les Juifs réprouveraient Jésus-Christ et qu'ils seraient réprouvés de Dieu. » In. « On est sûr de plaire au i>eup1e par des sentiments que la morale avoue; ouest sur de le choquer par ceux qu'elle réprauve,» Mo^tesq.m Les armées ne regardèrent ces député» du sénat
d4è tRÀÎTÉ
eoTôyés par tiBèré que comme les plus lâchés esclaves d^an maître qu'elles avaient déjà réprouvé. » lu.
ÎN, COÎf.
Impliqué, compliqué. Ils se disent des choses en tant qu'elles sont l'une dans l'autre, in signifie dans, et cum avec, impliqué, plié, enveloppé dans : compliqué, plié, enveloppé avec, avec plusieurs autres, dans un toutou un ensemble. Le premier ne présente que l'idée de contenance ou d'insertion, et deux choses, l'une impli-^ quée, l'autre implicante ; on est impliqué dans une affaire. Cum imprime au second un tout autre sens, celui d'une multiplicité d^objets indistincts, mélangés, confondus, embrouillés : on implique quelqu'un dans une conspiration, en l'y faisant participer; on comr plique une affaire en l^entremélant d'une foule de circonstances vagues et inutiles qui la rendent embarrassée. Impliqué est relatif et veut toujours qu'on indique expressément Les deux choses, Vimpliquée et V implicante : impliqué dans. Compliqué tsiàh^oXxk et se dît bien seul : une question compliquée. Pascal a commis une faute contre la justesse du langage, en disant : a Les preuves de Dieu métaphysiques sont si éloignées du raisonnement des hommes et si impliquées qu'elles frappent peu. » Compliqué n'est d'usage qu'en parlatit des choses : les personnes ne peuvent être conçues comme formant un péle-méle, un tout confus ; les individus restent toujours distincts les uns des autres.
m^ COK, AD.
Inhérence, cohérence, adhérence. Etat de choses qui se tiennent et ne peuvent qu'avec peine être séparées. Vinhérence marque de l'intimité, et ce mot ne s'emploie qu'en matières abstraites et înétaphysiques pour désigner une cohérence ou une adhérence idéale, en même temps qu'intime : inhérence de l'accident à la substance; faiblesse inhérente à la nature humaine. La cohérence exprime d'abord une adhérence entre les parties d'un même tout; et V adhérence, la jonction d'une chose k une autre. Mais ensuite, les deux mots se disent également, en parlant de choses différentes ou des parties d'une même chose. Ils diffèrent alors, comme avec et à en vertu du sens de leurs préfixes, cum et ad* Les choses ou les parties, entre lesquelles il y a cohérence, sont jointes ou unies l'une avec l'autre; les choses ou les parties, entre lesquelles il y a adhérence, sont simplemeut jointes ou unies l'une à l'autre. Cest-à-dire qu'il y a connexion entre les premières,
DES SYNONYMES GHAMMÀTICÀUX. 34'»
ètlés forment tin totit, et liaison seulement, Jonction entre les der^niêres; elles ne sont qu^ttachées l'une à l^antré, et^ an lien de concourir à former un tout, l^uné des deut apparaît toujours comme principale, et l^èutfè comme a^essoire, cothme une pièce ajoutée, accolée, adfjointë. Du reste, quoique ne constititani pas une nnion réciproque, complète, sous tou^ les rapports, une sorte de fusion d'oil résulte un seul ensemble, Vadhérence t)eut n^étre pas moine forte que la ct>hérence^ ni moins difficile à détruire.