CHAPITRE IL ION
Les substantifs français terminés ention^sion, ssion, sont tous traduits de mots latins qui leur correspondent toujours exactement pour la forme, et presque toujours exactement pour le sens. Ainsi action vient é^aciio, ré formation de reformaiio, salutation de salutatio, progression de progressio, aspersion ^aspersio. Or, les désinences latines tio, sio , ssio, terminent les substantifs dont la base est un supin en tum , sum ou ssum ; en sorte que re^ formatio dérive de reformatum, aspersio d'aspersum, progressio àeprogressum. De là vient que, dans l'une etPautre langues, les substantifs de cette espèce désignent l'action de faire ce qui est exprimé parle verbe correspondant. Et cette seule remarque suffit pour faire découvrir les différences qui peuvent exister entre les noms français terminés en tion , sion ou ssion , et leurs synonymes dont la désinence est ou n'est pas significative. Nous ne les supposons ici en rapport qu'avec des synonymes à terminaisons indifférentes.
Les substantifs en ion ont un sens ^ort analogue à celui des substantifs en ment , c'est-à-dire qu'ils marquent comme eux la manifestation actuelle de l'idée exprimée par le radical et un certain rapport à l'agent et à son opération. En d'autres termes , ils sont essentiellement actifs et subjectifs ; subjectifs, en ce sens qu'ils appellent l'attention sur le sujet qui agit et sur son mode d'aciion. Il n'en est pas de même de leurs synonymes à terminaison indifférente : ceux-ci se distinguent par un caractère manifeste de passivité et d'objectivité : ils expriment l'effet produit par l'action , la nature de cet effet, et non sa manifestation présente. Celte différence renferme à elle seule toutes celles qui peuvent se trouver entre les synonymes dont il s'agit ici. La règle est donc susceptible de développements ; mais comme ces développements seraient, à notre sens, divers suivant les divers synonymes, il convient délaisser cette règle dans toute sa généralité et de passer immédiatement à l'application.
1. Réforme, réformation, « L'idée commune à ces deuxmols est celle d'un rétablissement dans l'ancienne forme ou dans une meilleure forme.» i^ha ré formation, ditBeauzée, est l'opération qui procure ce rétablissement ; la réforme en est le résultat ou le rétablissement même. » C'est aussi la distinction qu'éublit Girard , «La réforfnation , dit-il; est l'action de réformer j la réforme en est l'effet. Dans
le temps de; la réfùrmation, on travaillée mettre en règle et l'on cherche les moyens de remédier aux abus; dans le temps de la ré^ forme, oa est réglé et les abus sont corrigés. Il arrivé quelquefois que la reforme d'une chose dure moins que le temps qu'on a mis à sa réformation. » La réforme est un état , la ré formation est un événement qui le prépare: on vit dans la réforme; la ré formation a ébranlé la puissance pontificale.
2. Acte, action. Tous deux donnent l'idée d'une force déployée dans la vue d'atteindre certain but; mais V action est la manifestation de la puissance, eiVaete en est l'effet manifesté. « Par l'ac/eow, dit Roubaud , la puissance se réduit en acte, » V action étant une manifestation^ est susceptible de divers degrés: elle est vive^ véhémente, impétueuse ; on dit , le feu, la chaleur de Vaction ; une action d'éclat. Les acte» ne sont susceptibles que d'être comptés ott caractérisés par leur nature. On dit; \xxiacte, divers acteê d'une telle espèce; la répétition des ae/^« d'avarice décèle l'avare; nous appelons fou celui qui fait plusieurs acte» de folie. — Un second caractère, remarqué par les synonymistes Girard et Condillac, consiste dans la subjectivité de Vaction et l'objectivité de Vacte. « Le mot d'aciion , dît Girard , a plus de rapport à la puissance qui agit , et celui à^aete en a davantage à l'effet produit par cette puissance. » Et Condiilac : « Dans le mot action, il semble que l'esprit se borne à considérer Teffet comme provenant de sa cause ; et dans le mot acte, il semble considérer l'effet relativement à Fobjet auquel il se rapporte. On dira donc, les action» de la volonté , et, au contraire , ce choix est un acte de la volonté. Dans la première phrase, les action» ne sont considérées que dans la volonté; dans la seconde, l'ac/^ est relatif à ce qu'on choisit. » On caractérise Vaction en caractérisant le mode d'agir de l'agent : on dit , une action vertueuse , généreuse, équitable, magnanime. On caractérise l'ac/e en disant ce qu'il est essentiellement en lui-même ou dans sa nature, un acte de vertu , de générosité, d'équité, de magnanimité. La morale en action rapporte des action» vertueuses; les traités de morale déterminent les acte» de vertu, de méchanceté, de justice. Une ac^to/i généreuse ou d'éclat nous intéresse tout d'abord en faveur de celui qui l'a faite; dans nn acte de vertu, c'est Vacte lui-même que nous considérons avant tout. —Un troisième caractère consiste en ce que Vaction, bien que le plus souvent subjective, c'est-à-dire relative à l'agent et à son mode d'agir , ne se dit point des opérations intimes de nos facultés , apparemment parce que ces opérations ne sont point considérées comme des manifestations on des déploiements visibles de force.
«Nos actions sont nos œuvres proprement dites, dit Roubaud ; nos a>ctes ne sont que des opérations de nos facultés. Nous faisons des actes de fdi , d'espérance , de charité y ces actes ne sont que des émissions, desdéclaration^^ des aveux de nos sentiments , et noû pas des actions. Nous péchons par pensée, par parole, par action. La pensée n'est qu'un acte , et Vactian est Une œuvre j Vaction entraîne Vacte ; Y acte ne nécessite pas Vaction prise dans ce nouveau gens.» En style Judiciaire, ac/e exprime quelque chose d^objectif , une pièce ou un écrit constatant une convention; et action, un événement, une poursuite, un procès. C'est aussi un évènementque marque Vaction dramatique, tandis que les actes désignent les parties principales dé la pièce considérée en elle-même et comme œuvi'e littéraire.
3. Sàtut, salutation. Le salut est le signe ordinaire pris pour i'action de saluer ; c'est une démonstration extérieure et commune de civilité, d'amitié, de respect, faîte aux personnes qu'oti rencontre, qu'on aborde, qu'on visite. La salutation est relative à l'agent qiti salue et à son mode d'action ; elle indique la manière dont l'action de gainer est faite dans telles circonstances. Un homme ne fait pas la même salutation qu'un autre en faisant le même salut, a La salutation, dit Roubaud dont tious empruntons ici les idées, est le salut particulier tel qu'on le fait dans telle occasion, surtout avec des marques très apparentes de respect ou d'empressement. Vous trouveriez peut-être dans les différents saluts des divers peuples êies traits particuliers de caractère. Des salutations particulières vous tirerez peut-être quelquefois des inductions sur le caractère, l'éducation, les affections présentes des personnes. » C'est afin de marquer aux gens à qui l'on écrit qu'on éprouve pour eui des sentiments tout particuliers de respect ou d'affection, qu'on leur présente, â la fin de ses lettres, ^e^ salutations respectueuses, affectueuses oU amicales.
4. Taxe, taxation. L'idée commune à ces deux mots est Celle de la détermination établie de quelque valeur pécuniaire. Taxe Se prend objectivement pour cette valeur même (^u pour le règlement qui là détermine; taxation signifie l'opération de la taxe, et, aii pluriel, certains avantages pécuniaires alloués aux employés qui s'occupent de cette opération. Ces distinctions de Beauzée s'accordent donc bietl avec la règle générale.
6. Don, donatian. Ce qu*on donne, ce dont on transmet la propriété à un autre. Le don est considéré en lui-même, dans l'objet qui le constitue; la donation est relative à la façon dont on donne ;
DES StNONTMES OAAMMÀTIGAUX. ^1
^est et qui de dotitie par acte public, d^nne manière expt*esse, notoire et soleiiiielle. Ce qui importe dans le do^i, c'est la chose; dans la dùnàHwty Cest là manière on lé fait : un don est plus où moins pi^iettx ; la donation est légale ou iilégale, conditionnelle; pure et ^ simple, etc. On fait acte de donation.
e. îndiàe, fndiûation. Ce ((ui indique, ce qui donne à cotinaitre qiielqtie chose et qui est une espèce de signe. Vindice est par luimême et ûatnrellement dans Tobjet ; Vindication Jr est parce qu'on l'y a mise, a Tâchez de ne pas changer les numéros dès paquets, dit J.-J. RojtfSsèauyafin qtfiisnous servent toujours dïwe^t^^atàm pour let papiers dont je puis avoir besoin. » Vn indice trompeur est tel en Itiimème qu'il fait croire à ce qui est faux; une indication trompeuse vient de quelqu'un qui a touIu induire en erreur.
7. Bmoi, émotion^ Agitaïkm produite dans Fesprit. Vémoi esî BQ sentiment^ un état de Fàme^ V émotion est une passion, un moiH yement de Pâme : on est en émoi^ et Ton éprouve ou l'on excite nnt émotion ou des émotiom. V émotion est difficile à eacher \ c'est par elle ^ne se détermine et se manifeste Vémoi.
a. Pro^è9,jyro(jrM8ion. On dit également, au figuré, kprogrèi et làprùgressionAe Fesprit humain, pour marquer les pas qu'il fait dans la voie des améliorations et du perfeclionncmefit. heproffrèé c«t lé résultat de cet afancement, de la progréêsion,* la ptth groiHon est l'action d'avancer, laquelle amène le pn'ogtëà : ort constate te progtèê ou les progrès de l'esprit humain ^ et on le sait èAft% sa progtéiHon.
0. Cmùêpt, èûnàeption. Idée, notion, vue de l'esprit. Le con-^ cêptm tmt objectif et tout passif; il ne reçoit de qualification qieen raison de son essence, de i& nature : le concept du triangle enferme les idées de trois côtés et de trois angles. La conception est relative à Fesprit qui conçoit et à la manière dont il conçoit) elle est vivcj hardie, originale, plaisante. ,
10. conteste, emtestation. Défaut d'accord. Le conteste esl uhe simple difficulté; la contestation en est la maùifestalîon, et comme il est rare que le conteste n'en vienne pas à cet éclat, ce mot n^est plus guère d'usage que dans la loculion, sans conteste. « La maison à présent, comme savez de reste, au bon monsieur Tartufe appartient sans conteste. » Mol •
11, Corps, corporation. Réunion de personnes vivant d'après des règlèij communes. Corporation n'existe point avec ce sens en tetin, et la taïeur précise de ce mot est d'autant plus difficile à détértniiier ^u'îî ti^i â poWrt de verbe correspondant d'où l'on puisse lé
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faire venir. La corporation est, ce semble, nn corps qni se foriDe, qui est en train de se constituer, qui n'est soumis qu'à des règles peu nombreuses, et dont l'existence dépend d'une volonté étrangère. Le corps est constitué, reconnu ; il existe par lui-même. On distin- ^guerait de même peuple ei population,
12. Fabrique, fabrication. Ces deux mots se disent également en parlant de la manière dont les choses sont fabriquées. La /a- ^n'^ué exprime le résultat, les^ qualités inhérentes à ces choses; la fabrication est relative à l'opération de fabriquer et aux procédés qu'on y emploie. Une étoffe est de bonne fabrique, et la fabricaiton en est soignée.