CHAPITRE VI
STXONTMIS DES 8UB8TAJITIFS OBDllIAI&BS AVEC DES PARTICIPES PASSES PASSIFS PBIS SUB8TAET1TBMEHT.
5 I. Narration , narré. Exposition , exposé, Énoncialion , énoncé, Prononcia" tion, prononcé. Délibération y délibéré. Interdiction^ interdit. Contradiction j contredit. Production y pmduit. Institution, institut. Fusion, fonte. Perdition, perte. Imposition, impôt. Croissance, crue,
S IL Rot, râti. Arrêt, arrêt4. Font, fossé,
SaivaDt que les substantifs^ arec lesquels les participes passés pa^ siis ont des rapports de synonymie, sont ou ne sont pas à terminaisons significatiTeSy les synonymes de cette classe se partagent en deux espèces; qui exigent chacune une règle de distinction particulière. Cet article doit donc se diviser en deux parties. Ensuite, il est à remarquer que dans la première espèce on ne trouve, comme synonymes des participes passés^ que des substantifs en ion, à l'exception d'un seul qui est en ance. Ce dernier devra faire l'objet d'un examen à part. La seconde espèce donne lieu à une remarque analogue : parmi les substantifs à terminaison'indifférente, qui ont pour synonymes des participes passés^deux, rôt et arrêta sont eox-mémes des participes passés ; seulement ils s'éloignent un peu plos, par la forme^ du verbe primitif, et ne s'y rattachent pas aussi directement ; mais un troisième, fosie, semble ne devoir pas être soumis à la même règle que les deux précédents^ parce qu'il ne tire pas comme eux son origine d'un verbe antérieur.
S I. Substantif» à terminaisons significaiives comparés avec des substantifs primitivement participes poussés passifs et synonymes des premiers, •
La différence des uns aux autres varie nécessairement suivant la valeur de la terminaison des substantifs proprement dits. Or, ceuxci se terminant presque tons en ion, tout se réduit à savoir d'abord ce qui distingue les substantifs français ainsi terminés d'avec les substantifs participes dont il s'agit ici. Ion marque l'action , la réalisation présente de l'idée exprimée par le verbe ; c'est une désinence subjective^ c'est-à-dire qui montre le sujet faisant l'action. Le participe passif signifie un résultat, la chose constituée et faite; C'est une désinence objective, c'est-à-dire qui désigne la chose
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comme un objet ayant des qualités^ mais sans rapport à l'agent qui l'a produite. De là résulte une telle distance entre les noms en ton et les participes correspondants^ qu'on conçoit à peine la possibilité de leur synonymie. Cette synonymie n'a lieu en effet que quand le substantif se prend obJectiTement comme le participe pour exprimer le résultat de l'action^ une chose faite^ quand; par exemple, j9rocfu<?tion yeut dire^ comme produit, une chose qui a été produite. Alors subsistent entre les deux mots des jjifférences qui tiennent à la diversité de leur signification primitive. Les substantifs proprement dits sont relatifs et concrets; les participes^ absolus et abstraits. Les uns font connaître la chose extrinsèquement, ils la présentent dans ses particularités, dans ses rapports au temps^ aux personnes^ aux circonstances, à la manière -, les autres la font connaître intrinsèquement; en elle-même^ sans considération relative, indépendamment de tout rapport à l'agent et à son mode d'agir, abstraction faite de toutes les circonstances qui ont accompagné l'action. En un mot, quoique le substantif ne signifie pas l'action particulière de faire la chose, mais la chose faite, il la rappelle avec toutes ses particularités 3 tandis que le participe désigne la chose absolument^ telle qu'elle est au fond, intrinsèquement, en soi. De sorte que le participe se trouve, à l'égard des substantifs en ion,* identiquement dans le même rapport que les substantifs sans terminaison significative, dans le même rapport, par exemple, qu'ae/« et action j progrès et progrès^ siofi, concept et conception,
1. Narration , narré. Le sens commun à ces deux mots est l'idée d'un fait raconté, ou de la relation d'un fait. La narration se rapporte à celui qui fait le récit, et à la manière dont il le fait \ elle indique de sa part des détails, de l'invention pour les circonstances accessoire^i une manière à lui propre. Le narré ne se rapj^ort^ qu'aux choses narrées, au fond du récit ; il le présente de la façon la plus simple, la plus brève, la plus abstraite, la plus absolue, indépendamment de tous les détails de forme et de tous les ornements qui ne tendent qu'à faire valoir le narrateur ou sa cause : c'est le récit pur et simple du fait, sans rapport à la manière. On donnera plutôt à narration les épithètes qui s'appliquent à l'auteur, à son style et à Tarrangement de son récit; à narré, celles qui conviennent au fait : une narration intéressante plaît par la manière fleurie, élégante, bien ménagée dont les faits sont racontés; un narré intéressant plaît par ces faits eux-mêmes. La narration se qualifie comme une œuvre littéraire, poétique, ou oratoire; ce qu'oçi y considère le plus, ce n'est pas le fond, mais la forme ou la manière;
DES SYNONYMPS OliAMMÀTICAUX. |||
les meideau y 4épeiid6Qt 4fl fiarrateur^ ^i peut à êw gré lei r^ traaciMr ou les modiier. Le narré se qualifie comve Tc^ivre d'ui Iiistoriea o« d'un téi&oiii ; il doit être d'une fidélité rigoureuse^ il œ comporte ni les reiraachenients, ni les modifications ; il faut qu'il n'ait rien de personnel^ que le narrateur n'y mette rien du sien, qu^ rien n'y soit laissé à son arbitraire. En itltérature, on dofine les rè* gles de la nmrration, parée que dans U narration presque tout est relatif et à la discrétion de l'auteur ; en ne donne pas de règles pour le narré, car il dépend entièrement de la nature des faits. Lorsqu'on Yeut exercer le talent des écoliers par des Marra A'â»^^ en leur dicte pour sujet le 9tarr^ des faits qu'ils doivent raconter à leur manière.
a. B»po9itùm y expoié. Chose exposée^ mise sous les yeux par la parole; récit d'un lait avec ses cireonslanees. VeapoHiio» admet plus de détails^ elle laisse à Tauteur quelque invention et une ma-» nière prspre ; Vexpoêé est plus abstrait^ ce n'est point une exptic»-» lion éêtaitlée, mais un récit dans lequel les faits sont présentés d'une manière nue et simple^ On fait Vespesé e| non Vêscp^iitUm d'an système^ parce qu'il s'agit là du fond des idées, et non de la forme et du tour que le discours leur donne ; mais nq orateur faU Vejpposiiiûn des faits qu'il va traiter, parée que ses preaûèMs paroles doivent avoir déjà des qualités partieulières de ton et de style qui disposent ^n sa faveur. Un acte d'accusation contient V^SÊposé èxA faits, qui ont provoqué les poursuites, et dont l'avocat donne m-t sëteVeofpositien. Dans Veofpeêé ée la cause, le juge d'instractîMi ne doit mettre qae de l'impartialité ; dans Veojpmition de la même GMse, l'avocat se montre plus on moins babile. On dira doue a^roe J.-l. Rottssean, en ne tenant compte qne du fond des «lioses: « It résnke de cet expefé trois vérités rncontestaMes»; et en ayant égard à la manière dont les choses sont présentées: « Si nottsavono Men raisonné dans V exposition de ce projet, il est déraoniré que, etc. »
a. Ènontiation , énonoé. Ce qu'on énonce, expression d'mM idée, d'une proposition. Vénoncia^n est relative; elle se rap^ porte à la manière dont on énonce, on dont on s^énonce; c'est laobooa énoncée de telle fa^n, par telles personnes, dans telles clrconstancei de temps, de lieu, on autres. L'^^^te^est absolu; il oonsisledant hi formule courte et daire, dans les termes qui portent les idées II Tesprit ; c'est la chose énoncée, abstractt(«i faite de tont rapport efc, de tout détail de circonstances. On n'emploie gnère ènovteé qn*^ mathématiques, e'est^dire dans les s^nees oà il ne doit rien «p-*
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paraître de la manière propre do savant: Véncncé d'une question^ d'un théorème. Vénoncé, d'ailleurs, désigne plutôt ]a chose en ellemême; pour qu'il soit clair, il faut non-seulement que Vénoneiatian le soit, mais encore que ce qui est énoncé ne dépasse pas la portée de notre conception. Vénonciatian se qualiGe par rapport à ragent qui énonce, et Vénoncé par rapport au sens de ia proposition énoncée. « Il importe, pour avoir bien Vénoncé de la yoionté générale, qu'il n'y ait pas de société partielle dans l'état.» J.-J. Rousseau.
4. prononciation, prononcé. On dit prononciation et pro* nonce de la sentence, du jugement, de l'arrêt, pour signifier ce que prononce celui qui porte la sentence, le jugement, l'arrêt, les paroles qui expriment sa décision. Prononciation se rapporte à l'action et à la manière de prononcer; il présente la chose comme un évéoement^ il reçoit une foule de qualifications i*elatives au temps, aulieu^ aux personnes, aux circonstances diverses, et qui ne conviennent pas à prononcé. Mais, si on considère les paroles du juge par rapport à leur sens et à leur portée, c'est du mot prononcé qu'il faut se servir. Pendant la prononeiaiion de la sentence, j'ai fait de vains efforts pour en comprendre le prononcé.
6. Délibération, délibéré. A vrai dire, il y a peu de synonymie entre ces deux mots ; le secopid signifie une délibération , qui a lieu à huis-clos entre les juges d'un tribunal. Nous les plaçons ici, uniquement pour montrer que leur différence s'explique par notre règle générale, et par conséquent la confirme. Délibération est un terme conclut, représentatif, faisant image; il peint une foule d'incidents, la tergiversation, l'opposition, l'attaque, la défense, la lutte du pour et du contre. Délibéré, étant un terme absolu et abstrait, qui signifie la chose indépendamment de toutes ces circonstances, convient merveilleusement pour exprimer une délibération à huis-clos.
6. Production, produit. Chose produite ou ce qui est produit. L'un reporte Tattention sur la manière dont la chose a été produite, l'autre la retient tout entière sur la chose, telle qu'elle est maintenant, en elle-même, bonne ou mauvaise. Quand on dit que tel ouvrage est wàe production remarquable de Tintelligence humaine, on a égard an travail qu'il a fallu pour le produire et à la capacité de la cause qui l'a produit. Se borne-t-on à considérer la chose comme un simple Insultât, on dira mleixxproduit : leproduit ù^ane multiplication, des produite chimiques, l'exposition des produits de l'industrie française. L'homme religieux admire les productions de la nature, et le commerce consiste en grande partie k échanger les produits de la
DES SYNONYMES GRÂ.MMATIGAUX. 1S3
nature bruts OU manufacturés. L'habitant de la campagne contemple et suit avec intérêt les progrès des productions de ses arbres^ et il porte au marché les produits de ses terres. Produit est surtout un terme d'économie po1itique;parce que dans celte science on nes'occupe que de l'utilité intrinsèque et présente des choses.
7. Interdiction, interdit. Défense d'exercer les fonctions de sa charge ou certains droits. Gomme le second ne se dit qu'en matière religieuse/ c'est seulement en parlant des défenses ecclésiastiques de ce genre qu'on peut courir le risque de confondre les deux mots. Suivant le sens primitif, interdiction signifie l'action par laquelle on interdit^ et interdit l'état qui résulte de cette action : Vinterdic- Hon du pape mit la France en interdit. Mais on dit également/ en considérant objectivement Vinterdiction et Vinterdity jeter, X^lH" cetyXestvVinterdiction ou Vinterdit, Dans ces expressions, chacun des deux mots conserve le caractère qu'il tient de son origine : l'm-. terdiction T2L^]^e\\e des proclamations, des défenses publiques, une action manifeste ; au lieu que Vinterdit n'a rien d'apparent, d'intuitif, de représentatif, et ne fait songer qu'à ses conséquences, plutôt encore morales qu'extérieures et visibles. S'il nous était permis d'employer des termes scolastiques, nous dirions que Tun des mots est à parte a«^c et l'autre à 7>ar<e/?o*/, c'est-à-dire que l'un fait considérer la chose dans un état antérieur, et l'autre dans un état postérieur.
8. Contra diction , contredit. Ces deux mots signifient un dissentiment , une opposition que l'on fait à une proposition : tous deux emportent l'idée de contredire quelqu'un, ses penséejs, ses opinions, ses paroles, c'est-à-dire de soutenir le contraire de ce qu'il avance ^ mais l'un se rapporte à l'idée du contradicteur, à son opposition manifestée, à la lutte qu'il institue avec éclat ; l'autre ne se rapporte qu'à la chose objectée en elle-même , à sa valeur intrinsèque, à son sens, à sa portée. L'une est de fait et concrète, l'autre de droit et abstraite. C'est seulement dans les deux locutions adverbiales sans contradiction et sans contredit que ces mots sont vraiment synonymes. Sans contradiction j c'est-à-dire, sans qu'on contredise ; sans contredit, c'est-à-dire, sans qu'on puisse contredire. Une proposition passe sans contradiction ^ et elle est vraie sans eori- ^edit,
«» Institution, institut, Établissement fondé pour plus ou moins de temps. Vinstitution est relative , peu durable , et n'a qu'une existence précaire; Vinstitut est absolu, et fondé à toujours. Il y a, entre ces deux mots, la même différence qu'entre corporation et, corps, signifiant une réunion de personnes qui vivent d'après des
If4 TRAITÉ
règles eoinmuaes. La première société sarante de France porto le nom à^Inêtittii, parce qne c'est une institution créée à perpétuité» On appelle aussi institut y la règle de vie prescrite à un ordre reU* gieui au temps de son établissement, pour marquer qu'on ne doit jamais toucher à cette règle ni l'abolir.
io« Fusion f fonte. Liquéfaction, état des choses qui fondent^ destruction de la cohésion par l'action du calorique. Fusion se dit plutôt pendant l'action, et fonte après. Dans tous les cas, le premier se rapporté à un agent, à une cause, et à son opération ; ce qui fait qu'il se dit de préférence dans les arts, en parlant des métaux ) an lieii que éon synonyme s'emploie bien dans l'ordre naturel, lors* qu'on considère un phénomène de fusion plutôt dans ses effets que dans sa causés la fonte des neiges, la fonte des humeurs* La /iision est un phénomène difficile à expliquer > et la fonte des neiges un éténement parfois redoutable.
11. Perdition, perte. Ces mots n'ont de synonymie que dans le langage de la dévotion , car perdition n'est point usité ailleurs^ lis signifient l'état d'une personne qui est dans une croyance contraire à celle de l'Eglise, ou qui se lirre habituellement au vice. La/^^rdition est relative^ elle a des degrés; elle dure: la perte est absolue, c'est une chose faite , accomplie, irrémédiable par conséquent; elle se considère après et non pendant. Si l'on ne quitte la voie Aepev'^ dition > on est bien sûr d'arriver à sa perte*
la. Imposition, impôt» Contribution, ce qui est imposé aux ei^ toyens , ce qu'ils paient au trésor public^ Le premier de ces mots est relatif, le second absolu « «L'imposition, dit Roubaud, est Vimpôt considéré relativement à l'acte d'imposer. C'est un tel impôt partie culier, ou une telle portion du revenu public établi en tel temps, d« telle manière, avec telles conditions.» £t il faut ajouter, sur telles ou telles personnes. On répartit Vitnpôt, et, Vimpôt réparti, chacun paie ses impositions, c'est-à-dire son contingent, sa part de Vimpôt général. L'ïmj»^/, réunion des im/^OMÏîo/i*, constitue le revenu publie et pèse sur la masse; Vimposition, variable suivanl les membres de l'état, pèse sur les individus. « On fait, dit encore Roubaud , l'histoire économique de Vimpôt et le détail historique des impositions, n Il remarque aussi que quelquefois les impositions désignent particulièrement des charges variables, non pas constitutives de Vimpôt primitif et permanent, mais qui y sont ajoutées.
Remarque i. Outre que les substantifs examinés jusqu'ici ont ta désinence ion, laquelle se distingue par un caractère de noblesse coauBe dérivant du latin, ils sont tous latins dans la cfônposition de
Digitizëd
DES STNOmUBS GEAMMATIGAUX. Ittt
leurs radicaû. Aa contraire^ la plupart des participes qui leur gont nnis par des liens de synonymie, au lieu d'être directement traduitfi de participes latins, se présentent sons les formes que prennent d'ordinaire ces sortes de mots dans notre langue. Il s'ensuit pour les premiers une supériorité qui les rend plus propres à figurer dans le style releyé. De là Tient en partie qu'on dit plutôt, les produeiionê de l'intelligence et les produite de l'industrie ; de là.vient surtout que fusion s'emploie «eul au figuré pour signifier alliance et mé- Irage, /îaton de deux systèmes^ fusion de dent partis, et que perdition n'est d'usage qu'en matière de religion et de moralité.
Remarqué a. On peut s'étonner de voir traiter ici comme partie cipes passés les mots fonte et perte y tandis que nous ayons précédenmient 0(msidéré comme des radicaux nus, progrès, acte, cùneept. Cette irr^ularité, vraie en elle-même, n'entraîne aucun ineon- Ténient, et par conséquent importe fort peu. Tons ces mots, comme •n le voit à la fin de la règle générale établie ci-dessus, qu'on leé prenne pour des participes passés on pour des substantifs sans ter-^ ninaison significative , diffèrent de la même manière des substantifs en ion.
Croissance ^ crue. Augmentation de grandeur on de hatitenr. énee marque la durée, la continuation de ce quia été commencé, et par suite le mot croissance se rapporte à la durée du phénomène, dont on peut mesurer les périodes. La croissance est donc une dug mentation successive et uniforme; on la suit dans ses progrès. Tout to contraire, la crue indique un effet, un simple résultat; elle montre l'action faite, et non pas se faisant et se faisant progressif vement ; c'est un accroissement subit , passager , instantané , inattendu, et c'est pourquoi ce mot ^e dit surtout en parlant àe% rivières et des fleuves que les orages ou les fontes des neiges font grossir tout-à-eonp. On l'emploie bien aussi quand il s'agit des animaux et des arbres, mais c'est dans un sens tout absolu et objectif: on ne dit pas, arrêter la crue, âge de crue, ^ommt on dit, arrêter la crot>sanes, prendre beaucoup de croissance, âge de croissance. Dans la phrase, cet animal a pris tonte sa crue , le mot cime exprime absolument et en elle-même l'augmentation de grandeur ; dans cette antre, eet animal a pris tonte sa croissance, le mot croissance rappelle le temps qu'il a fallu à l'animal pour croître , et les progrès suecessifs par lesquels il a passé pour devenir tel qu'il est. Pour parler avec une entière justesse, il faudrait toujours dire avoir toute sa etue^ et prendre toute su croissance^
Ç IL Substantifs à terminaUim insignifiante comparés avec des substantifs primitivement participes passés, et synonymes des premiers.
Les substantifs à terminaison insignifiante semblent èqniTaloir aux participes passés pris substantiYement; car^ considérés les uns et les autres^ séparément^ par rapport à des synonymes de même radical et à terminaisons significatives ^ ils en différent de même; Cependant^ si on les rapproche afin de déterminer précisément leur valeur respective^ comme nous le faisons ici, on les trouve bien distincts les uns des autres. Le participe^ absolu quand il se trouve synonyme d'un substantif dont la terminaison modifie le sens, de^ vient ^ à son tour, relatif et particulier quand on le compare à un substantif dont la terminaison est insignifiante; lui qui^ dans, le premier cas y représente la chose en elle-même et indépendamment de tout rapport^ dans le second a rapporta l'action marquée par le verbe ^ et à toutes les circonstances de temps , de lieu, de personnes qui accompagnent cette action. Les substantifs à terminaisons sans valeur, ou, ce qui revient au même, les participes passés qui, tels que rôt et arrêt, ont subi une altération si profonde, qu'ils n'ont plus rien de commun avec le verbe que le sens fondamental , sont plus absolus et plus généraux. Les participes devenus substantifs sont, au contraire, relatifs, distributifs , représentatifs , circonstanciels. Les substantifs-participes peuvent sans doute remplacer les substantifs absolus à l'égard des substantifs à terminaison significative; mais, quoiqu'ils aient le même caractère, ils ne Tout pas au même degré, et, sitêt qu'un siibstantif-participe est mis en présence d'un substantif absolu, il reprend le sens relatif et rappelle l'action de son verbe.
1. Rôtf rôti. Mets que l'on sert après les potages et les entrées. Ces deux participes d'un même verbe tirent leur différence de ce que le premier, s'étant beaucoup plus éloigné de sa source, a perdu tout^ marque de relation. Rôt signifie un service de table composé de viandes rôties, l'ensemble de tout ce qui couvre la table, une partie ou une époque du repas, et non un plat parmi d'autres. Rôti particularise ce quero/ présente en général, parce qu'il rappelle l'action du verbe, parce qu'il indique expressément que l'action de cuire a été faite, accomplie, soufferte; il exprime une pièce qui a été cuite suivant un mode particulier, ce On sert le rôt dit Roubaud, et vous mangez du rôti. Le rôt est servi après les entrées; le rôtit%i autrement préparé que le bouilli. » Lorsqu'on en est venu
an rôty tous dites : Passez-moi le rôtù On dira bien d'une manière absolue, nous aurons à diner un rôt, et d'une manière relative^ un rôti de poulet.
2. Arrêt , arrêté. Résultat des délibérations de quelques compagnies. Arrêté rappelle expressément l'action du verbe arrêter ; c'est ce qu'on arrête particulièrement, une décision spéciale, portant sur tel ou tel objet, émanant d'une autorilé-qu'on désigne : un arrêté du préfet, du maire. Il se considère ^aussi comme un événement, comme ayant lieu dans certaines circonstances. Mais Varrêt se considère uniquement en lui-même, par rapport à sa teneur. Varrêt est souvent invariable et éternel : les arrêts de la providence, les arrêts du destin ; V arrêté correspond à un besoin du moment : le maire fait un arré/^' à propos de la fête du roi. Dans tous les cas, Tarr^l renferme une force, une autorité supérieure à celle de V arrêté. L'un est à l'autre comme la règle au règlement, <c Varrêt^ dit Leroy, est la décision d'un tribunal supérieur, décision que ce tribunal ne peut ni annuler ni corriger, lors même qu'il reconnaîtrait qu'il a mal décidé ; et V arrêté n'est qu'un acte d'administration publique ou privée qui peut être annulé, corrigé ou amendé, d'après quelques considérations nouvelles, par ceux mêmes qui en senties auteurs. On rend des arrêts, on prend des arrêtés) les premiers se cassent, les seconds se rapportent quand il y a lieu. » ' Fosse, fossé. Trou fait dans la terre, excavation. Fosse offre nécessairement les mêmes nuances caractéristiques que rôt et arrêt, qui les doivent à ce que nous leur avons accordé, ce que nous ne pouvons refuser à /b«e, d'avoir une terminaison insignifiante. Le mA fosse sera donc plus général, plus absolu, et le mot fossé plus particulier, plus relatif. L'un exprimera la chose en elle-même, et sans rapport à l'agent : il y a dans la rivière une fosse dangereuse. L'autre se rapportera à l'action, au travail de l'homme qui a creusé \t fossé, à son mode d'action, et à son intention. En effet, le fossé n'est jamais, comme quelquefois la fosse, l'œuvre de la nature ou du hasard; il a une régularité qui lui est propre, et une fin particulière, celle de protéger un édifice, un fort, ou un champ.
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