TIÉ, ION
La désinence ^^'désigHe une propriété inhérente auxchoses, etla dési^ nence ion une action; l'une est qualificative, et tient plus del'adjectifi l'autre est active, et tient plus du verbe. Quand elles terminent deux mots synonymes à radical conlmun,celui quiesten tonmarque,oii bie« la réalisation, la présence effective et actuelle de la qualité exprigiéa pur l'autre, ou bieu un acheminement^ un progrès vers cette quali^i
OU da moins, dans tons les cas, ractkm d'un Ycrbe coirespondinit
1 . Connexiié, connexion. Ces mots expriment ie rapport, la liaison, la dépendance, qui se trouvent entre certaines choses. Roubaud lésa parfaitement distingués. « La eonn^â?}/^', dit-il, ne dénote qu'an simple rapport qui est dans les choses, et dans la nature même des choses : la connexion énonce une liaison effective qui est établie entre les choses, et fondée sur ce rapport. Par la connexité, les choses sont faites pour être ensemble : par la connexion, elles le sont. La eonnexite' est, pour ainsi dire, en puissance: la connexion est de fait. Deux idées ont de la connexiié; leur connexion forme un jugement. Par le raisonnement tous établissez la con^ nexion entre des propositions qui n'avaient qu'une connexiié. La connexiié de l'astronomie avec la navigation est démontrée par la connexion établie, par exemple, entre la connaissance des satellites de Jupiter et la détermination des longitudes. Deux affaires qui ont de la connexiié sont, par leur connexion, jointes, examinées, discutées, jugées ensemble. Malgré la connexiié dn savoir et de la capacité d'enseigner, leur connexion est assez rare. »
2. Variéié, variaiion. Ces deux mots donnent l'idée d'une certaine diversité. Mais la variété signifie la diversité inhérente aux choses variées; et la variaiion, la diversité qui arrive aux choses qui varient. L'une est dans les êtres, suivant le langage de l'Encyclopédie, Fautre dans les actions. Et l'on peut ajouter, en empruntant les exemples de Girard : « Il n'y a point d'espèces dans la nature où l'on ne remarque beaucoup de variétés ; et il n'y a point de gouvernement où il n'y ait eu des variations. » La variété des usages indique plusieurs et différents usages; la variaiion des usages indique plusieurs et différents états par lesquels passent les usages qui changent. L'un est relatif à l'être, l'autre au devenir on au phénomène.
8 . Perversité, perversion. Une idée de corruption est commune à ces deux mots. Mais « la perversion, dit Condillac, est le changement qui .se fait dans les mœurs, lorsqu'elles se corrompent, et la perversité t%l Tétat de corruption. «L'une est un acheminement, un progrès vers la. qualité exprimée par l'autre ,* l'une indique ce qui se fait, un changement, l'autre ce qui est, une qualité ou un état. La soif des richesses cause la perversion des mœurs. Cet homme ne peut détruire la perversité de son naturel.
4. Maturité, maturation. L'idée de fruits mûrs est commune à ces deux mots. Mais ils diffèrent absolument delà même manière que les précédents. L'un se dit en parlant de fruits qui sont mûrs, et l'autre en pariant de fruits qui mûrissent. « La maturité, dit l'Académie, est
DES SYNONTMKS GRAMMATICAUX. 41^
rétât oti sonl les fritits, quand ils sont mûrs^ et la mahiratioîi est le progrès successif des fniils vers la maturifé.n
6. Con/imei^^,ecm/mtia/ibn.Ilsfloarquentégalementuneabsence d'interruption. Mais la continuité a lieu entre les choses qui sont continues, et la continuation entre les choses qu'on continue. L'une^ suivant l'observation de Girard et de Condillac, se dit des choses qui se touchent et a plus de rapport à l'étendue, l'autre se dit des actions qu'on continue à faire et se rapporte davantage à la durée : continuité Ae% parties^ solution de continuité; continuation d'une action, d'une même conduite. — Toutefois, les deux mots s'emploient quelquefois également pour signifier une absence d'interruption entre des choses qui durent. On dit pareillement, continuité el continuation d'un travail, d'un bruit. Mais^ dans un cas, le travail et le bruit sont considérés comme des tous ou des continus ayantdes parties juxta-poséessans Intervalles; et, dans l'autre, ils le s^mt comme des actions qu'on continue à faire.' hsi contintUté an brait n'est relatif qu'au bruit et à sa: qualité de ne pas cesser; la contmuatùm du brait se rapporte à un agent et à son action. La continuité de ce brait m'importune ; la continuation de ce bruit annonce de la malignité.
6. Perpétuité, perpétuation. Durée sans interruption. Il y a dans le second une idée d'action qui n'est pas dans le premier. Le premier se dit des choses qui durent ou se conservent telles qu'elles ont commencé, et le second des choses qui durent ou se conservent parce qu'on les renouvelle ou qu'elles se renouvellent toujours. C'est la distinction établie par Condillac. La perpétuité est la qualité des choses qui sont perpétuelles, et \bl perpétuation est Tétat des choses qu'on rend ou qui se rendent perpétuelles par le renouvellement. La perpétuation des espèces.
7. Humilité, humiliation. Une idée d'abaissement fonde la synonymie de ces deux mots. Mais l'un marque la qualité, la vertu, qui fait qu'on s'abaisse, et l'autre l'action de s'abaisser ou l'état de celui qui est abaissé ; en sorte que V humiliation est un acte A^ humilité, ou un affront qu'on re^it. iTumiïtï^' est beaucoup plus près de Tadjectif : il exprime la qualité d'être humble; humiliation se rapproche davantage du verbe : c'est Taction de s'hiîmilier, ou l'état de celui qui est humilié, mortifié.
8. Gravité, gravitation. Ils se disent tous deux des corps considérés comme pesants, comme entraînés dans une certaine direction. La gravité est dans les corps une propriété; la gravitation se manifeste dans les corps comme une tendance et une sorte d'aspiration.
Par la gravité le» corps sont graves ; par la gratiMwn ila gravî* tent. La gravité ne s'attribue qu'aux corps qui à la «iriace de la terre oui la propriété de dépendre ou d'être eaUralnés v«rs soa centre; la gravitation est une tendance manifestée par tous les corps del'univers, tendance en vertu de laquelle ils s'attirent les uo* les autres.