‹ Syntaxe des temps et des modes en franc̜aisChapitre 10 sur 25 · II.- PROPOSITIONS DÉPENDANTES · texte numérisé non relu

II.- PROPOSITIONS DÉPENDANTES

Les Propositions complétives sont ainsi appelées parce qu'elles sont nécessaires pour compléter le sens de la principale, vis-à-vis dé laquelle elles jouent ordinairement le rôle de complément direct. De même, en effet, que Ton dit : je crois ceci, je crains la pluie, etc., on dira : je cvoi^ être heureux^ je crains gui/ ne piewt)e, etc.

§ i. ~ PROPOSITfONS INFINITIVES

A. Infinitif sujet ou attribut :

Crier (suj.) n'est pas chanter (attribut). — Réussir n'est pas toujours facile. — Promettre est un, et tenir est un autre. — Mentir est chose hon- . teuse.

Mais : Il est honteux de mentir (quand rinfinitif suit le verbe être). Mieux vQiiït s'abstenir que de mal faire.

Pour exprimer le résultat de l'infinitif, on peut dire :

Travailler longtemps me fatiguii.

Ou : Gela me fatigue de travailler longtemps.

Ou : De travailler longtemps, cela me fatigue,

B. Infinitif complément. :

l'* Cet infinitif s'emploie après les verbes signifiant dire et penser : Je prétends (je crois) être juste.

Remarque a). — » L'infinitif ^(re peut manquer; dans ce cas, le pronom réfléchi doit être exprimé ; dans le cas contraire, il ne l'est pas. — L'infinitif ^^re n'est jamais exprimé après le verbe «avoir (= connaître), ni lorsque le complément est un nom ou un pronom non réfléchi.

Il croit être heureux, ou: il se croit heureux.

On dit Paul riche. — On le dit riche. — Use sait fort. — On le sait fort.

Remarque 6). — Il n'y a qu'une forme pour le présent, le fuiur et le con-

, ditionnel futur.

Il prétend être juste (c'est-à-dire qu'il ^5^). Il espère partir (c'est-à-dire qu'il partira). 11 comptait partir (c'est-à-dire qu'il partirait).

Remarque c). — La proposition infinitive peut être remplacée par une proposition à l'indicatif (ou au conditionnel) avec que ; cette dernière construction est obligatoire quand le sujet du second verbe n'est pas le même que celui des verbes signifiant dire et penser ; on dira donc :

Il croit êti^e heureux ; ou : il croit qu'il est heureux. Mais il faut dire : il croit que Pierre est heureux.

ÎP a), — Les deux verbes ont le même sujet quand le premier est un des verbes :

Devoir^ savoir (=^ être capable de), pouvoir; — vouloir, désirer, aimer mieuxi^), préférer {^>; -- aimer on aimer à ; — souhaiter ou souhaiter

(l) Après aimer mieux, préférer rintinitif qui suit^ue doit être précédé de de : J'aime mjieux mé taire que de mal parler ,

' Syntaxe.— 2

de; —. laisser, oser, daigner; — sembler, paraître, faillir, pmser (=manquer de); — aller; — faire.

Remarquer le gallicisme ne faire que, qui exprime :

i° La répétition : il ne fait que sortir (= il 8ort à tout moment).

2® La continuité : il ne fait que s'amuser (=il ne cesse de s'amuserj.

3o La restriction : je n'ai fait que passer (=j'ai passé seulement), il n'était

déjà plus.

Ne faire que de sortir signifie aujourd'hui : être sorti tout récemment, mais au xviie siècle avait le même sens que ne faire que sortir.

b) Le sujet de l'inânitif est le complément des verbes : Sentir, voir, apercevoir, regarder, entendre, écouter,-- Laisser. — Faire. Je le vois venir ou : je le vois qui vient.

Je vous laisse par h'r ou : je permets que vous^ partiez . Je le ferai travailler (=je ferai en sorte qu'il travaille). Remarque. — Quand l'infinitif complément de faire a lui-même un complément direct, le nom ou pronom prend la forme du complément indirect : Je lui ferai apprendre sa leçon.

Je ferai apprendre sa leçon à cet élève.

Je leur ai fait remarquer que. , .

30 Gouvernent Y infinitif précédé de A les verbes :

Aboutir, s'acharner^ s*appliquer» apprendre, aspirer, s'astreindre, avoir (= devoir), balancer, borner, se borner, chercher, consentir, consister, contribuer, convier, se décider, donner, enseigner, exceller, se hasarder, hésiter, semettre, penser{= SLYoir Vinieniion de, ne pas oublier de), se plaire, persister, prendre plaisir, prétendre (= vouloir obtenir), réduire, renoncer, se résoudre, réussir, servir (= être utile), songer, suffire, tarder {= être longtemps à faire quelque chose), tendre, tenir, travailler, viser.

i"* Veulent après eux V infinitif précédé de DE les verbes :

a) S'abstenir, se dispenser, éviter, négliger, prendre garde, se garder; achever, cesser, finir; — - affecter, avoi/r l'air, faire semblant, feindre; — s'aviser; — brûler (= être impatient), avoir hâte, se hâter, il me tarde (= je suis impatient); — avoir coutume; — dédaigner; — désespérer; — différer; — remettre; — s'efforcer, tâcher; — s'empresser, se presser;

— entreprendre, hasarder, risquer, etc.

b) Jurer, menacer, permettre, promettre, refuser; — \se piquer ; — se faire un plaisir; —proposer; — regretter; — avoir honte, soin, à cœur;

— souhaiter; — résoudre, décider d).

Cl) Règle générale : Se construisent avec à et Tinfinitif les verbes qui sont susceptibles de se construire av^c à et un substantif ; ainsi on dit : se mettre à trom

5® Après certains verbes l'iafinitif peut être précédé de à ou de de, mais ayec une différence de sens.

Commencer à implique progrès, accroissement : Je commence à comprendre ; commencer de implique, durée et continuité : Albe où j'ai commencé de respirer le jour. (Corneille, Horace),

Continuer à = reprendre une action interrompue : il continue (= se remet) à marcher. — Continuer de = faire sans interruption : il continue de marcher.

Contraindre j forcer, obliger à, supposent un but ou une violence - fai te à la volonté : Sa femme le contraint à agir ainsi. — Votre vertu me force à vous aimer. (Fénelon.) — La vérité m'oblige à vous dire. — - Dans les autres cas, en emploie de, construction exigée après un passif : Je suis contraint, forcé, obligé de vous quitter.

Demander à (simple désir) : Tous demandent à voir la maison. (La Bruyère.) — Demander de (exigence, ordre) : On vous demande de vous taire.

Laisser à (destination) : Je vous laisse ces livres à lire. — Laisser de (négliger) : Je laisserai bien de venir. — Il ne laisse pas que d'être inquiet • (=il est tout de même inquiet).

S'ennuyer à, se lasser à (ennui, fatigue) : On s'ennuie à attendre. — S'ennuyer de, se lasser de (impatience, dégoût) : On se lasse d'entendre toujours dire les mêmes choses.

S'occuper à (simple emploi du temps) : Il s'occupe à lire. — S'occuper de (soins apportés à la chose) : Je m'occupe de vous bien recevoir.

Solliciter à (engager) : Je vous sollicite à travailler. — Solliciter de (prier instamment) : Ils l'avaient sollicité d'entrer dans leur parti. (Académie.)

Venir à (fait éventuel) : Si l'on vient à vous dire (= s'il arrive qu'il vous dise). — Venir de (fait tout récent) : Il vient de sortir.

§ 2. — PROPOSITIONS CONJONCTIVES

Ces propositions sont introduites par que suivi de l'indicatif ou du subjonctif :

lo Que est suivi de Tindicatif Cl) après les verbes signifiant dire, penser, savoir ; cette construction est obligatoire avec dire et penser lorsque les deux verbes, principal et dépendant, n'ont pas le même sujet :

Je dis (je crois, je sais) qu'il est malade.

Je sais que je l'ai fait.

Remarque 1. — La construction avec que est obligatoire dans tous les cas : A. Après les verbes : a) savoir (= connaître), comprendre, entendre

vailler, parce qu'on peut dire : se mettre à ^ouvrage. Les autres verbes (sauf ceux cités !• et 2*) veulent de devant l'infinitif. (1) Ou du conditionnel, quand le sens l'exige : Je pense qu'il voudrait vous parler.

(=: comprendre), concevoir, apprendre, entendre dire, ignorer. — b) faire savoir, annoncer; faire voir, montrer, expliquer, signifier , avertir-, — faire entendre, donner à entendre, sous^entendre ; -- faire remarquer, faire observer.

B. Après les verbes exprimant une perception : s'apercevoir, se rendre

compte, remarquer, entendre, voir, G. Après les verbes de pensée suivants : sentir, réfléchir, songer, rêver ; se dire (eu soi-même), se douter {= penser) ; — considérer, estimer, jurger, trouver ; — oublier W ; ne plus penser (= oublier). Remarque 2. — Après nier et contester et l'expression ^e ne sache pas, que est toujours suivi du subjonctif (2) : je nie (je conteste, je ne sacbe pas) qu'il Vait fait. — On ne saurait nier (qui nierait) qu'il ne Vait fait. Après les verbes signifiant dire, penser, savoir employés avec une négation ou construits m^erro^ahvemen^ par inversion du pronom personnel (3), que est suivi du subjonctif, à moins que le fait de la proposition conjonctive ne soit expressément affirmé et présenté comme réel, objectif : Je ne crois pas (croyez-vous) qu'il soit malade. Croyez-vous que l'âme soit immortelle ? (Idée de doute). Où pensez-vous qu'il soit allé ? (Il a pu n'aller nulle part). Mais ; Il ne réfléchit (sait) pas qu'il se perd (Il se perd réellement).

Croyez-vous que l'âme e^Hmmortelle ? (c'est-à-dire cette vérité que.

l'âme' est immortelle).

Où pensez-vous qu'il estdWël {On affirme qu'il est allé quelque part). On. dit encore : j'ignorais (= je ne savais pas) qu'il /ti^ malade, mais :Je nHgnorais pas (= je savais) qu'il était malade.

2» Que est toujours suivi du subjonctif après les verbes de volonté et de concession : vouloir, entendre (= vouloir), désirer, souhaiter; dire^ exiger, commander, ordonner {^^; avoir soin, faire en sorte; aimer ^ trouver bon (mauvais, plaisant, absurde, etc.j ; souffrir, supporter, admettre, permettre, tolérer, endurer; autoriser ; consentir à ce que :

Je veux, j'entends qu'on m' obéisse.

Remarque A. « Les verbes suivants se construisent : a) quand ils n'ont pas de complément, avec qice et le subjonctif, — b) quand iU ont un complément, avec l'infinitif précédé de de -..souhaiter, commander, dire, ordonner, permettre, conseiller . Cette dernière construction est la seule possible Siyec prescrire et dissuader .

^ufomer, sans complément, se construit avec gwe et le subjonctif; avec un complément, est suivi de à et de l'infinitif.

(1) Mais 5e souvenir de (infin.) o\i que (indicatif) —se rappeler (infia). ou que (ind ).

(2) On disait môme autrefois : je crois qu'il soit fou. (Malherbe.)

(3) Mais les formes {est-ce que) vous croyez que, n' est-il pas vrai que n'entraînent pas le subjonctif.

(4) Ordonner signifiant décréter (officiellement) est suivi du futur : Nous ordonnons qu*H sera fait un rapport.

On dira donc : je souhaite .gM't7 réussisse; j^autorise qu'on te fasse. Mais : je vous souhaite de réussir ;']e les autorise à partir. Remarque B. — L'indicatif et le subjonctif s'emploient avec un sens différent après dire, prétendre, décider y entendre, supposer , concevoir, corn» prendre, admettre; — l'indicatif implique affirmation, le gubjonctif volonté ou possibilité :

^ Dites-lui que je suis ici (affirmation), qu'il vienne (ordre).

Je prétends (= j'atfirme) que vous ferez cela. Je prétends (=je veux) que vous fassiez cela.

3<> Après les verbes de crainte, craindre, appréhender, avoir peur, trembler, etc. ; que est suivi du subjonctif (l) :

Je crains qu'il ne vienne (= je désire qu'il ne vienne pas). Je crains qu'il ne vienne pas(=je désire qu'il vienne). Je ne crains pas, craignez-vous qu'il vienne (.«ans négation). Remarque. - Quand le sujet eî»t le môme pour les deux verbes, on remplace d'ordinaire que et le subjonctif par de et l'infinitif : Il craint de s'être trompé, de ne pas' réussir.

40 Que suivi du subjonctif s'emploie après défendre, empêcher, — prendre garde, éviter :

Je défends, je ne. défends pas qu'il y aille. J'empêcherai (rien n'empêche) qu'il ne parte. Prenez garde (2), évitez qu'on ne vous voie.

Remarque. — Quand les deux verbes ont le môme sujet ou quand défendre et empêcher ont un complément, il faut de et l'infinitif :

J'éviterai d'être aperçu.

Il me défend de parler. — Je ne puis m'empôcher de rire.

50 Que est suivi du subjonctif après douter :

Je doute qu'il vienne.

Je ne doute pas (doutez-vous ou nul doute) qu'il ne vienne.

6^ Après les verbes de sentiment (contentement, surprise, regret), o;i peut toujours employer que et le subjonctif; il faut employer de et t infinitif quand les deux verbes ont le même sujet :

Je suis heureux (je m'étonne qu'il n'en sache rien). Je regrette d'être venu.

70 Après les impersonnels «affirmatifs il arrive, de là vient, il se fait.

(1) On pouvait autrefois employer l'indicatif affirmatif après ces verbes : j'apj)r(ibende (= je pense avec appréhension) qu'Usera difficile. (Balzac.)

(2) Mais : prenez garde (= remarquez) qv£ je vous vois (fait certain).

il y a apparence, il est vrai (sûr, certain, évident, manifeste, probable) ^-^ tant il y a, toujours est-il, que est suivi de l'indicatif.

Après les mêmes employés négativemeai ou dans un sens non affirmatlf, et leurs contraires iZ est rare {faux, absurde, etc.), çwé régit le subjonctif :

li est vrai (n'est-il pas vrai) qu'on nous a trompés.

Est-il vrai (il n*est pas vrai, s'il est vrai) gw'on nous ait trompés? %

Il est rare ^w'on le voie.

8^ Que régit encore le subjonctif après les impersonnels exprimant : a) la convenance ou la nécessité, b) la possibilité ou la dépend^ace» c) un sentiment, d) la suffisance ou Texcès, e) la restriction :

a) il faut, il importe* (l), il convient*, il est bon' {juste*, etc.), il est toynps*^ opportun*, etc.

b) Il est possible* {impossible*, difficile*), il se peut, — il (tant) s'en faut, peu s'en faut que.., ne, il s'en faut de rien que. . . ne, — il tient à moi, il dépend de moi ; il ne tient pas à moi que. . . ne.

c) // est regrettable* {pénible*, agréable*, etc) — il me plait* (déplaît), cela me va*,

d) C'est assez*, il suffit* (2), c'est beaucoup*, c'est trop*, c'est peu*.

e) C'est le moins, c'est bien le moins.

Remarque. — Il semble que est le plus souvent suivi du subjonctif; l'emploi de rindicatif, plutôt rare aujourd'hui, exprime une réalité : Il semble que le malade aille mieux (la chose n*est pas certaine). n semble que le malade va mieux (constatation d*un mieux réel). // semble que personne ne les vaille (mais cela n*est pas).

— Il me semble que (=je crois) est généralement suivi de l'indicatif; le subjonctif, très rare, exprime une chose invraisemblable, exagérée à dessein :

Il me semble que sous ces ombrages je suis oublié. (J.-J. Rousseau.) Il me semble que mon oœxxT veuille se fendre par moitié. (Sévigné.)

— Après on dirait que, on croirait que (=il semble) le subjonctif était fré" quent autrefois (on dirait que le livre du destin ait été ouvert à ce prophète. [Bossuet]) ; aujourd'hui, on n'emploie plus guère que l'indicatif :

On dirait, à l'entendre, qu'il peut tout faire. (Acad.)

(ï) Les formes marquées d'un astérisque peuvent se construire avec de et l'infin. quand celui-ci a pour sujet on ou le complément de l'impersonnel : il convient de se taire (= qu'on se taise). — Il vous importe d'écouter C=: il importe que vous écoutiez). — Mais on dit : il faut, il me faut agir (sans de).

(2) Il suffit que peut^tre suivi de l'indicatif affirmatif : il suffit que nous savons.

(MOLIBRB).

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