II. Subjonctif dans les propositions subordonnées
a), après les verbes impersonnels.
Dans les deux exemples (après il convient) que nous en fournit notre texte, nous avons le subjonctif. Ex. p. 34 et p. 168.
b). après les verbes de volonté.
Après les verbes de volonté, cest à dire ceux pui expriment und désir, un ordre, . une défense etc. . ., on met le subjonctif dans l'ancien français comme dans le français moderne.
Accorder = permettre et s'accorder = convenir.
Ex.: p. 33 pour ce que il ne voult accorder que h- conte son oncle feust occis; p. 131 Uz s accordèrent que le roij de Navarre feust cappitaine de Paris.
Commander.
Ex.: p. 2 lui commanda que il vuijdast de la conte: p. 9 leur commanda que Hz feussent armez; p. 17 et lui commamia que la vengeance feust prinse.
Conseiller, avoir conseil.
Ex.: p. 127 Lors fut le régent conseillié que il mandast aux chevaliers —
que il meissent . Et eurent conseil que ceulz qui pourvoiance n'avoient en pre-
nissent. . .: p. 201 il conseilla au duc et au que Hz alassent . .
Dans un exemple p. 21, nous trouvons l'indicatif voir p. 21.
Demaiider.
Ex.: ]). 22 demanda que tous ceulz qui avaient fait la trahison à B. feussent Hvi'ez: p. 29 Le roij lui demanda que il lui feist hommaige — .
Dire.
Ex. p. 2 envoia le légat, qu'il dist, qu'il rendist etlaissast ;pp. 25, 64.
Le verbe qui exprime le désir peut être supprimé: Ex. p. 35 envoierent au cardinal que il laissas! l' cscommeniement ; p. 124 En ce temps furent lettres apportées a Amiens de par les III esta: que Von laissast . . ..p. 152.
Mander.
Ex. p. 2 manda au duc — — — que il venist et lui menast — — — ; p. 29 mamla le pappe Cl. au roij — — — que les templiers feussent prins et mis à mort; pp. 37, 42, 53, 62, 63, 69, 82, 125, 127, 134, 134, 135, 137, 175 .
Prier.
Ex. p. 8 qui lui priait que il ne fust point en l'aide — — — .• Si lui priait que il gardast - - -: pp. 21, 21, 22, 42, 51 etc.
Remarque. Dans un exemple nous trouvons peut-être l'indicatif, voir p. 21.
lie(iuerrc.
Ex. p. 15 dont requistrent à Charles que il les renvoijasf.: Et Charles requist au roy que il lui rendist les barons; pp. 26, 35, 60, 84, 123, 135.
Somtner.
Ex. p. 188 Et lors le roy somma — — — que Hz vécussent.
Vouloir.
Ex. p. 2 il ne voulait mije que le mariage se feist. Voult bien que V appel se feist: pp. 10, 33, 134, 134, 138, 178.
Remarque I. Après- les verbes exprimant un ordre on met parfois le verbe au conditionnel comme dans le français moderne, voir p. 21: Ainsi ordonner. Elx.: p. 14, 118.
Remarque II. Les verbes dire uiander etc . . pouvaient être à la même fois des verbes de volonté et des "verba affectuum", c'est à dire ils pouvaient exprimer un désir, un ordre etc . . ou seulement un jugement (une opinion ou iine pensée.). C'est à cause de cela qu'ils se constniisent parfois avec des modes différents dans la même phrase. Ainsi par exemple p. 17 et mandèrent pluseurs de leurs amis que Hz envoierent quérir a Bruges, et que il leur aidassent et que Hz iraient assaillir les Français; p. 63 et leur conseilla que Hz accordassent la ditte requeste et que grant prou fit y auraient; pp. 134, 187; après dire pp. 25, 64, 152 etc. . . .; voir M. Bishoff p. 36.
c). après les verba affectuum.
Dans l'ancien français on mettait régulièrement l'indicatif après les verba affectuum. Le subjonctif ne se rencontre que très rarement. Dans notre texte nous trouvons entre les exemples — peu nombreux — un avec le subjonctif. Ex. p. 90 et U eut paour que sa terre ne feust perdue.
d). Ojirvs les verhrs qui expriment une pensée uu une cqnnion.
Contre ce qui est l'usage dans lo français moderne, les verbes exprimant nn& pensée ou une opinion se construisent assez souvent avec le subjonctif même quand ils sont affirmatifs. Ainsi par exemple penser; p. 97 ou il pensait que Hz deusseni tenir; s'attendre; p. 130 les Jaques s'attendaient que le roy de Navarre leur deust aidier; cuidier; p. 139 //- euidierent, que plus grosses gens les suivissent, si se /jrindrent à retraire di'-ans qu'il: prennissent place et descendissent à jiié; p. 183 car ilr ruidoicnt que ce fe^(st — — —.
Ce subjonctif, (jui est très fiéquent dans l'ancien français, se trouve le plus souvent après ruidiir. Cfr. M. Bischoff p. ô7; il s'explique par ce fait que cuidier sou%-ent signifie s'immaginer, croire quelque chose qui n'est pas vrai; cTr. le français moderne: nn rroijait que je fusse mort; voir M. Tobler, Vrai Aniel, p. 25.
Remarque. D'après M. Miitzner Gr. p. 343, ce subjonctif se rencontre aussi parfois dans le fracçais moderne: "im neufr. ist es seltener z. B. nac/i penser, croire, outjlier.-' M. Holder, G-r. p. 371 j-em , dit iju'on le trouve parfois après les verbes i[ui signifient penser croire et il ajoute: "Dièses nachzuahmen ist nicht rafhsam."
Kn voici <|uel(iues exemples tirés de différents auteurs des X"\'I:e et X"V^II:© siècles :
Amyot: Pensant que ce fust une conjuration. Montaigne: J'estime que ce desordre ait plus porté de nuisance aujs letttes que tous les feu.r des Barbares. Clément Marot: Je sray assez que vous n'ayez pas peur. Malherbe: Je crois que ce soit une demeure Iwnne pour toutes les saisotis. Je crois qu'il soit fou. Corneille: Il croit que mes regards soient son propre h'ritage. La plus hellc des deux, je crois que ce soit r autre. Tous présument qu'il ait un grand sujet d'ennui. Molière: Cette lettre, monsieur, qu'avec cette boite On prétend ([uait rente Isabelle de vous. Eacine: Je jiensais qu'il Pamour son coeur toujours fermé Fût contre tout mon sexe également armé. On dirait que les temples fassent autant d'hôtelleries. Boileau : On dirait que, pour plaire, instruit par la nature, Homère ait a Vénus dérobé sa ceinture. On dirait (pie le ciel, qui se fond tout en eau. Veuille inonder ces lieux d'un déluge nouveau. La Bruyère: Vous diriez qu'il ait l'oreille du prince. Bossuet: Qui croirait (pie Cyaxare fût le tui'-me nom qu Assuérus'^ On dirait ([ue le livre des décrets divins ait été ouvert h Zarhtirie. Au lieu de dire qu'Esdras ait fait tout d'un coup paraître tant de livres, on dira — —