‹ Syntaxe du verbe dans la Chronique normandeChapitre 2 sur 37 · I. Dans les propositions impersonelles · texte numérisé non relu

I. Dans les propositions impersonelles

Si le sujet est il, le pri'ilicat se met au singulier comme dans le fi-anrais moderne, et cela mrme, si le sujet logi(iue est au pluriel, par exemple: il y mourut pi liseurs hommes. Ce n'est pas pourtant il (pii a attin'' le verl)e au singulier, puis(|ue cet il n"a paru dans la langue (pi'à une époi|ue posti'rieure. Voir 31. Tobler, V.B. II p. 191.

On a appelé cela Nichtkongruenz du sujet et du verbe, mais peu correctement. Le verbe indiipie seulement (|u"une chose est ou se ])asse et le "sujet logii|Ue", i|ui suit, n T'tait pas d'abord et n'est pas toujours on rcaliti'' un sujet, mais plutôt une c|ualification d'cs])cce et de ipiantitc, ajouti'-e à un sujet vague et indc''terminé. ('frM. Tobler, 1'. B. lil p. 192 rem. Cette ipialific ntion se met aussi d'abord à l'accusatif. Voir M. Darmesteter, <!r. lOS.

Nous trouvons pourtant des propositions impersonelles oi'i le verbe se met au pluriel si le sujet loginue est au plurit4. Tja ipialification quantitative s'est donc pn'sentce à l'esprit de l'auteur assez, fortement, pour qu'il ait pu se former lidi'e d'un pluriel avant de préciser le pn'dicat. Ces constructions sont moitié personelles et la qualification quantitative est devenue sujet Iegic|ue. 31. Gcbhardt, Zur Subjektslosen Konstr. p. 6, nous en donne plusieurs exemples.

'pliant aux constructions avec ce et le verije rtre. l'ancien frani.ais diffère un peu du français luoderne. Dans l'ancien français, le verbe pouvait s'accorder tantôt ;i ce et tantôt au sujet logiipie. Ce n'est i|u'au XVlle siècle qu'on a la règle: c'est moi, c'est toi, c'est lui, c'est nous, c'est vous, ce sont eu.r. Plasietirs auteurs de nos jours emploient c'est aussi pour la trosième personne du pluriel (c'est eu.r).

Dans notre texte nous n'avons pas trouvé assez d'exemples pour y constater des régies précises pour l'emploi de c'est et de ce .■ionf.

II. Dans les propositions personelles. A. Avec plusieurs sujets.

a. Les sujets précèilent le prédicat.

• ^uand plusieurs sujets sont unis par la conjonction et, le verbe se met en gé'néral au pluriel dans l'ancien français comme dans le français moderne. Cependant le verbe se met au singulier, si les sujets désignent une même personne ou un même objet ou s'ils forment un tout, une sorte d'expression composée. Il arrivait parfois dans l'ancien français et puis dans le français moderne jusqu'au XVIle siècle que l'accord du verbe ne se faisait qu'avec le dernier substantif et le verbe pouvait se trouver au singulier, i|uand le premier substantif était au pluiiel. Kx.: dans l'ancien français, Villeh. 172, il semhloil que ferre et mers fondis I : dans le français moderne: «a pitié' et sa droiture lui attirait ce respect. Les délices et la paresse lui ôte le mouvement.

(Malherbe.) De si sensibles obligations et une si longue habitude fait souffrir une cruelle peine. (Si'vigiK-.)

l<oinari|ii(>. M. Dicz. Gr. p. 982, dit cme le verbe se met au |pluriel comme ilans le latin, si les sujets di'signaient des personnes: mais chez les anciens auteurs on peut trouver le verbe au singulier et il cite des exemples de lit. et du prov. A ces exemples nous pouvons ajouter deux de l'ancien français: Kaoul de Houdenc, Meraugis 126, La dame et li chevaliers est rostres: daurain 4034, U baron et le roi Artu et il meisme sejomoit. (Dans le dernier exemple, le premier sujet est au pluriel.)

l'ependant cette construction nétait pas inconnue dans le latin non plus E\.: l"ic., Brut. 17 Cur Lijsias et Hyperides amatur'!' Ces. B. G. I 23: Orgctorigiv fiUa et itnus c filiis captas est.

Dans la chroniinie normande nous avons 95 exemples avec le verbe au pluriel et un seul avec le verbe au singulier: p. 176 et la conte de Painlievre et la terre d' Avanzor — — — — — — (lenwurroit <i Iteritaige ii la dicte duchesse. (Après Avanzor il y a

une lacune dans le texte <[ue les cditeurs ont cherche'' à combler en y insérant et la vicomte de Limoges.)

A en juger, la construction avec le verbe au singulier après plusieurs sujets n'a pas été si fréipiente, comme le croit M. Darmesteter Gr. p. 179.') L'ela se confirme aussi par les recherches de M. Haase dans Villehardouin et Joinville. Chez Joinville il n'en a trouvé aucun exemple et chez Villehardouin >seulement i|uatre.

F. 41 de notre texte nous lisons: En ce temps alerent ii Envers les aliez du roij Edouart et parti de Brabant le dit roij d' Angleterre et entra en Hennaut. Et Ouillaume de Hennaut et Jehan de Beaumont conduirenf son ost jusques h Cambrai/ et ij fist siège en la citi' etc. . . . Au premier coup d'oeil on pourrait croire ([ue t^st fût le verbe correspondant aux sujets Guillaume et Jehan: mais ce n'est pas ainsi. Le sujet de fi-st est omis et doit être supph'^é de son, cjui corresponde à dit roi dans la proposition précédante.

Dans l'ancien français, (juand deux sujets sont unis par la préposition avec, le verbe se met parfois au pluriel. Ex.: p. 167 un cappitaine d'Englois appelle Cressonvale II tout fiien ILc combafan-s estoient logie's a Olivct. (à tout = avec).

Remarque. Dans le franc, mod. aussi, la pn'position arec, prise dans un sens purement cunjonctif, se construit parfois avec le verbe au pluriel. Kx.: Le singe avec le léopard gagnaient de l'argent îi la foire (La Fontaine.) M. Hôlder, Gr. p. 329 dit: Selbst uiei mit avec verbundene Hauptnôrter finden sich mit dem leitirort im Plural, allein dièses ist nicht nachzuahmen. Cfr aussi Yaugelas, Eem. II 463: La puissance avec la volonté sont capables, ce seroit un solécisme.

b. Ijc jirrdicat précède les sujets.

Si le prédicat précède deux ou plusieurs sujets, unis par la conjonction et, il peut se mettre au singulier ou au pluriel dans l'ancien français. Le singulier est plus commun. Cfr. Darm. Gr. 179.

Nous avons trouvé- dans notre texte 149 exemples avec le pré'dicat pn'codant les sujets; de ces exemples 121 ont le verbe an singulier et 28 le \evhe au pluriel.

L'un et Tautre. Si les sujets sont l'un et l'autre, le verbe peut se mettre au singulier on au pluriel. Le verbe se met au singulier, si l'on veut indi(]uer que l'action n'est fiu'une seule, exécutée par les sujets simultanément: et le \erbe se met au pluriel, s il est <|ue8tion d'actions considérées comme séparées. Selon M. Darm. Gr. 179, cette distinction n'existait pas avant le XVILe siècle et si cela est correct, c'est par

•; Jusqu'au XVIII:e siècle, en effet, l'usage gi'néral voulait, alors nn'me que les sujets étaient uni» par et, .|uon fit accorder le verbe avec le dernier, s'ils étaient préposés, avec le premier s'ils ctaient postposés. ^ i^ > i

un pur hasard i|ue notre texte nous pn'sente tous les exemples avec le verbe au pluriel, y.x.: IJf h'i (le-scemlircnt îi jiic l'une partir et l'autrr: 141, 151, lôH . . .

Remarque. D'apn's M. Tli. ( 'orneillo ( Ifi.ST), voir Vangelas, Kern. I 239, l'un et l'autre se construisaient l\ cette i''poi|ue-l,'i le plus souvent avec le verbe au singulier.

Remarque. L'un l'autre. Peut-'-tre faut-il mentionner ici l'un l'autre (pronom n'ciproque), qu'on rencontre queliiuefois dans notre texte et toujours avec le verbe au pluriel conformi'ment h la règle. Ex.: p. 39 Après eelle descon/ifure se prindrent u

troubler en Flandres fort lun contre l'autre: et d'autres Selon M. Diez

Or. 982, le verbe se met parfois au singulier s'il vient directement après le pronom réci|)roi|ue. Nous n'avons pas pu en trouver d'exemples pour le français; mais en voici un oii le verbe précède le pronom: Ixaoul de Houdenc, Gauvain 1114, Fièrement vonuue dui lion rerait li uns l'autre frir.

1»:I Le sujet est un nom collectif.

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