I. Verbes réfléchis
Dans la chronique normande il }• a plusieurs verbes réfiéchis ipii ne le sont plus dans le français moderne ou (^ui y sont employés dans vin autre sens;
Se ecsser: \). 17!) Mais pour ce se cessèrent jusques à tant que — .
Remarque. M. Godefroy cite deux exemples de cesser, employé pronominalement et M. Stimming en cite un (che/. C'ommines), voir Z I, 209. Se comhatrr: p. ô Le sire de Gaumes fut mort fi la bataillr, mais en ce jour se eomtiatit contre Phelippe d'Artois et le print: p. 7 Le sire de Fauquemont et sa gent
se comhatirent contre les François ; pp. 22, 22, 26, 34, 35, 39, 45, 55.
Remarque. Se eombatre était employé assez fréquemment dans l'ancien français et il était en usage jus(|'au XVI:e siècle. Gfr. Haase Sgnt. l'nt. p. 74. Se eommencier: p. 34 Ajyres ee fait le commun se commencèrent <i relieller contre le gros. p. 157 — — et phiseurs Englois ci gens de compaigne — — — se commencèrent Il espendre sur les marches de Normandie.
Remarque. Ces deux exemples ne sont pas tout ii fait convaini[uants, parceipie le pronom réfléchi peut se rapporter seulement à l'infinitif. Cependant on a trouvé' des exemples qui prouvent qu'on employait eommcncier avec le pronom réfléchi. M. Ivingensson en cite deux ihez Monluc (XYI:e siècle). Voir aussi Z Y, 331.
Se consrillir: K\.: p. 13 adone se conseillèrent de roher la ville de Gant.
Remarque. Dans le français moderne, ■■ie conseiller est un verbe vieilli. On le trouve dans les dictionnaires de MM. Littré, Sachs- Villatte, Dannesteter- Hatzfeld (comme vieilli). Le dictionnaire do l'Académie Française ne le connaît plus.
Se de^ecndrr: Kx.: p. 147 Lors se descendirent et coururent seure h leurs ennemis •
Remarque, l^e verbe n'était pas rare dans Tancien français. M. Littré en a plusieurs exemples dans son dictionnaire. M. Haase, Si/nt. Unters.. ne le connaît pas chez .loinville. Tept-ndant il sv trouve p. 283: Il se descendît de h nef.
Se desloger. Ex.: p. 22 La nuit s'en parti le roij devant le jour et toute sa gent et se dcslogierent: p. 41 Là cuida aroir hataille au roij Edouart, mais il se dcs-
loiga — : p. 45 mais leurs ennemis se deslogercnt — — ; pp. 58, 58,
Remarque. Dcslogier s'employait pronominalement encore au XVI:e siècle. Se douhter (= rcdouferl. Ex.: p. 74 Lors entrèrent les contes en mer et menèrent grant gent 2)our ce que il: si' douhtoient d'enrontrer François — — : p. 128 De ces lectres ne peurent riens savoir ceidi des III estai par le régent ne piar son conseil, dont il: se douhterenf et conseillèrent rnsemhie d'occire le conseil du regcnt: p. 125 Pour la départie du régent se douhta le prevosi des marchans et ses aliez: p. 125 Quant Charles le régent seeitt la délivrance du roy de Navarre, il se dotilda moult de trahison, cor ceul.r de Paris le tenaient et gardaient — — — ; p. 134 mais il ne les rouit monstrer dont le jjcitjile se doubla de trahison: p. 69 et il // vint connue cellui ifui ne se douhtoif /loinl de leur mauraisti'.
Remarque. H est parfois a.ssez difficile de décider si le verbe a le
sens de redouter ou s'il a le sens moderne. Ainsi par exemple dans les
exemples 134 et fi!) se douhter peut avoir l'un sens aussi bien ((ue l'antie.
S en entrer: Ex.: \t. 8 Cil Robert yssi <i un resjire tout seul de Lille et s'en entra
coiement es trei: .
Remarque. S'en entrer ne semble pas avoir été très commun dans l'ancien français h en juger par le peu d'exemples i|ue nous trouvons chez les axiteurs diff(''tants.
Se ferir: Ex.: p. ('» heviint les autres s avança le conte de Vendostne et se feri aux Alemans: p. 20 Mais les Flamans après la response rendue, rendirent les trieves et se fhirent moût appertement sur les François — — ; p. 85 puis le montèrent sur ttn courcier et se ferirent en Teaue.
Remarque, •.•e verbe ferir a presque disparu de la langue française et ne se trouve plus i|ue dans la locution san-'i conii ferir. Se forfaire: Ex.: p. 188 <iue il fut jugé jtar sentence et arrcst de J'arlenient i/ne il s estait forfait contre le roy et la couronne de France.
Remarque. Forfaire se trouve dans le français moderne mais presque exclusivement dans le langage du palais et sans pronom réfléchi. Se meffuire: Ex.: p. .il el celle rogne .sg meffist de son co)ps.
Remarque, l-o verbe me/faire, employé pronominalement, était assez fréijuent dans l'ancien français et jusipie dans le XVIie siècle. M. Godefroy, Dict. nous en donne beaucoup d'exemples du temps des XIlLe — ■ XVI:e siècles. Si' miejuirtir: Ex.: p. 194 les François se miepartirent. l'une partie défendit — — .
Remarque. Miejiarlir a disparu prcsi|ue tiotalement de la langao. Nous en a\()ns un reste dans mi-juirti. Se ordonner: Ex.: p. 143 mais la forleresce fut rendue entretant ijiie il se ordonnoit jfour >/ venir.
Remarque. Ordonner n'est guère employé pronominalement de nos jours. Le dictionnaire de l'Académie ne le connaît pas avec le pronom réfléchi. .Saclis-N'iliatte cite .<ie ordonner --= 1) se ■'iounielire à (jch., 2) être chargé de i/ch. mais sans exemjiles. M. Littré le cite aux mêmes sens avec deux exemples, l'un de Bernard de 8t. Pierre et l'autre de Madame do .Sévigné (1G79J.
ISe partir: K\.: |i. J Et /nt l'an dr grarr — — . ijue le roi/ sr partit pour aler en
Fliindrex: p. "Jl et leur ont en ronicnant i/ue ii l'assembler fie la hutaillc il:
se partiroienl et leroient prendre de se.s ennemij.s: p]!. :{0, 'A'2, 41, 42, .">!), 60,
65, 71, 76. 78, 79, H2. 88, 'Xi et dautrcs.
Remarque. •SV /lartir s'employait oncoro au .\\'I:u siécla (Kuix'luis,
Aiiiyot; \o'm- Littn'-, DirL).
S'en partir: Kx.: p. 10 par tel eonrcnl, i/uc liohert s'en /larliruH .sainement: p. 11 maîV.
lin ijuatriesine jour s'en parti — — ; pp. K5, 'l'I, 61, 63, 0."), 6S, 72, 80, '.10,
117, 121, 12:)\t d'autres.
Se piiiireliaricr: K.x.: p. 1(»0 En, niltii temps rint ii vraie eonynoissanee ou regeni que
le rofi de Xaearre entendait et se pourehaeoit pour lui faire et eommcneier
(jiierre.
Remarque. J'unrrhacicr sans pronom réfléchi est encore en usage
dans le lani^age familier.
Se reeueillir: Kx.: p. 70 el se rceucilli sauronent. lomhien que il fend de mmil prés
suimj; \). 04 et les autres se recueillirent en bateaux et passèrent de l'autre
part lie l'eaue: p. 05 et les autres se reeucilUrent ù la bataille de leur ijcnt:
p. 11.") et une partie se recueilli ù l'osf du roij — .
Remarque. Se recueillir subsiste encore dans le fram.ais moderne
mais dans un autre sens.
S'in rejicricr: Kx.: p. 11 /)uis s'en repéra en Anglemoustier en l'osl du ruij: p. 12 ri
puis s'en repairercnt ti Gant: p. 4.S et puis s'en reperirreni : \> 00 El le r'iij
Jehan s'en rejicra en Franee — — .
Remarque. (En) repcrier s'employait personellemcmt dans l'ancien
fram.ais di'jii dans les textes les plus anciens: (7/ s'en repaireid a Rome
la e'itct (Alc.ris): En dulcr Franee s'en rcpairral li leis (Kol. ôTi). Au temps
de notre texte il était tombé en désuétude et .loinville, ipii est un peu plus
ancien, ne le connaît pas. Vh: Haase, Sifnf. Cntcrs. p. 74. lùperier sans
pronom n'fléchi se rencontre une fois dans notre texte (p. 12) ci au
même sens.
Se traire: Kx.: p. 42 ains se vouldrent traire par force ù l'aide du roij Edouarl.
Remarque. Traire employé pronominalement ne se trouve iilus: sans
pronom réflichi i\ s'est conservé dans la langue mais presque seulement
dans le sens: tirer le lait.
S'en lenir: Ex.: p. 18 fiant s'en viiidrent aux champs et distrcnf — — .
Remarque. S'en venir se rencontre avissi dans lo franeais moderne,
il est vrai: mais ce verbe était beaucoup plus fré([uent dans l'anciei. français
ijuil n'est de nos jours.
S'en ijssir: Kx. : p. 24 Jinnf s'en i/ssire)d Flamans.
Remarque. Le français moderne ne connaît lo verbe iju au part. /ssu.
\'erhes tantôt re'tléchis. tantôt actifs ou neutres.
Tout verbe réflixhi, «n ancien français, pouvait omettre le pronom réfléchi après les verbes faire, laisser, croire, entendre, voir etc. Ce phénomène s'est maintenu dans la langue justiu'à nos jours. Voir Kbering ZF336. Nous en trouvons beaucoup d'exemples dans notre chronii|ue.
Dans l'ancien français, le pronom réfli'chi pouvait aussi être omis,^ si le verbe était aux temps composés. "S^oir M. Tobler Juhrb. XIII et Vrai Aniel 31. Par exemple p. 179 Lequel Henry fut recueilli devers le roi/ Jehan. 11 y en a plusieurs exemples dans notre texte.
Outre cela, nous trouvons, dans l'ancien français, des exemples où un verbe réfléchi pouvait s'employer sans le pronom réfléchi et au même sens. Ainsi :
En alct (neutre). K\.: p. SX) six des hourgoix de In rillr en alerent (tu roi/ EdouaH . . . Remarque. I^aus notre iliionii|Uc nous n'en avons trouvé iiu'un seul
cxoniplc. Daus N'illehaidouin et surtout dans Joinville, en aler était très
commun, voir ^I. Haase, Si/nt. Uni. p. 7(i. Dans Raoul de Houdenc, il se
recontre aussi en plusieurs endroits, voir M. x\bbeliusen, Znr si/nt. H. de.
lliiud. p. 7.
ApproHcher (aetif). Kx.: p. iL'O mais le Baudrain de Ut Heu te et Guilldiime du Fkssis
h tout hien A'A'.V hommes d'armes ap/irouc/ierent leurs ennemis.
Remarque. Approeher qqn se troti\e dans le franc.ais moderne au
sens de ilve admis clie: qqn.
Assembler (neutre). Ex.: p. lOo (> très grani péril assemUeroienl en, bataille eonfre le
roij . . .
Emperer (aetif). Ex.: p. Ul.'i i/ui mont avoil travailUé à emperer la ditte plaee. Lever (neutre). Ex.: p. 7 Le erij lera jtarmi l'ost. . . ., p. 13S Adoid leva le erg en
la ville d' Amiens. ,
Remarque. Lever peut être employé aussi ilans le français moderne
comme verbe neutre et sans pronom réfléchi: il a donc le sens de pousser
(les plantes — ) ou de pi'trir (la piHe — ). (En) partir (neutre). Ex.: p. 142 inais quant Ut en partirent.
Remarque. Partir, ipi a supplanté^ entièrement se partir au X\'l:e
siècle, était déjà assez commun à cette époque-là. Prendre (à -f- inf.). Ex.: p. 39 et j/rindrent it hair fort leur seigneur: p. (il) il: jirin-
dreni à eorner.
Remarque. Premlre avec a -\- inf qui s'emploie à côté de se premire
avec '( -p inf se trouve dans notre chronique 6 fois; se prendre 10. Ketraire (neutre). Ex.: p. 6 qui se défendirent en retraiant vers leur porte: p. ô.') d
convint aux Anglois retraire en mer.