I. Présent
I,e pirsent s'i-niploio i|nel(|iiofois pour le passi', ro, i|ui donne plus de vivarit"' h la [ilirase. ( 'et usaj;;o l'tait beaucoup plus fréipiant dans i'aneien français qu'il n'est de nos Jours. Ainsi le pn'-sent s'employait très souvent alternant avec le passe di'-fini dans la même plnase. Cela se trouve d<'j;i dans Midalie, voir M, Die/., Or. ill |). !)(i4. Dans notie te.xte, on en trouve aussi des exemples: p. 29 A cestr fexie iikc le rm/ /isl nr fut inie Ruhcrf, conlc de Flcnulrrs'. dont Ir rai/ se plaint !i ses (imis — .
Tniit. ittrcit et retrait pp. ô, 49, 180, 184, 180, 192 et 202 sont des formes du passi' dt'fini. La forme irgulière du passé défini irtiist ne se trouve pas dans notre c.hronii|iie.
Remarque. Dans Villehardonin et aussi dans Joinville trait se rencontre plusieurs fois: Iraist seulement deu.x fois, ('est pouripioi aussi M. Haaso, St/iil. l'nt. p. 8)^> les rf^garde comraes des formes du passi'- défini.
Le pié'sent du /'airr avec une citation fait-il = dil-il (jiassr di'/ini) est une locution très commune dans l'ancien fram.ais. Nous en trouvons un exemple p. 9: Le rhrndiir dis! an ra;/, ''Sire,'' fait-il. "faites deiuain vluuifr — — — ."
Remarque. ' 'n m- doit pas s'étonner de la rareti'- de cette locution <lans notre texte: i e--t i|Ue nous n'y trouvons en tout que doux ou trois citations.
n. Passé défini et imporfait.
A. Dans le latin.
a). Parfait historique ( > passé défini )
Les grammairiens ne sont pas d'accord du sens du parfait historique dans le latin. L'opinion la pins n'^pandue. c'est que le parfait historiijue ne fait qu"indi(|uer une action au temps passé. Les rapports de cette action à d'autres actions en ce (|ui concerne sa durée et son achèvement ne sont pas déterminés, voir M. Ellendt-Seuffert, Or.
Une autre opinion a été émise par MM. (iardia et W'ierzeyski Gr. p. r)84: Le parfait historic(ue marque une action accomplie dans le passé.
H y a aussi une troisième opinion, soutenue par MM. Stolz, Schmaltz et d'autres: Le parfait historique indique le commencement d'une action dans le passé. "Vas rrJihIcndc Ferfert (pcrf hist.) wird gctirancht am in der cr:ahlenden Darstellang das Eintretin einer v<r</an(jenen Handlam/ fmit liiicksicht aaf dcn Ziisanimenlianij drr Ereitjnisse/ la tiezeielinen (iiieist auf die Fraye: Was çieschah deraaf?)"
M. Vising, Fr. St. "VII 3, p. 4, 5, cherche à parvenir au sens du parfait historique ;i l'aide de son développement historic|ue. Selon lui le parfait historique indique: L'intensité d'une action, lachèvenient, la seule mention d'un événement coimne arrivé, le résultat et le counneneeuient d'une action. De tout cela s'est formé le parfait historique et il nous en donne (p. 6) une foule d'exemples dans ces sens-là.
b). Iiiijiiirfiiit.
<^>uant au sens de liuiparfait dans le latin, les opinions ne sont pas si différantes : L'imparfait niar«iue '[Ue iinelcpie rliose était actuel ou avait coutuiue d'arriver dans le temps passé dont on parle. Pour les sens spéciaux de l'imparfait, voir M. Vising, Fr. St. VII 3, p. 11.')
Il va de soi ipie la matière elle-même ou l'idée qu'en avait formée l'auteur devait favoriser dans un assez vaste degré l'emploi de l'un ou de l'autre de ces deux temps, l'n ohronic|ueur au style sec et maigre, t|ui se coatcntait d'énumérer les faits, employait par préférence le parfait historii[ue, tandis ([u un auteur (|ui cherchait à faire de sa matière un exposé clair et plein de vie employait les deux temps alternativement.
L'arbitraire et le goût individuel pouvaient aussi influencer l'auteur dans le < lioix entre les deux teuips. Ainsi M. Vising, Fr. St. VI M, p. Ifi reinar(|Uo (ju'il n'y a pas un seul imparfait chez Cornélius Népos dans sa biographie iX Ijiliicrutc. D'autres auteurs au contraire ont donné la préférence à ce temps-là.
1>. Dans le français.
Le parfait histori(|ue et l'imparfait dans le latin correspondent au passé défini et il l'imparfait dans le français. Les deux temps français s'om])loient à peu près de la même maniiTC comme leurs temps correspondants dans le latin. Les sens différants du parfait historii|ue se sont maintenus dans le passé di''fini, aussi bien (jue les sens diffc'-rents de l'imparfait latin se sont maintenus dans l'imparfait français. Comuie dans le latin, l'arbitraire et le goût individuel jouent aussi dans le français un grand ri''le au choix des temps: la matière elle-mèuie et la manière de la comprendre sont toujours importantes pour l'un temps, ou pour l'autre. C'est ainsi, que, dans l'ancien français jusifau XR'.e siècle, nous rencontrons le passé défini beaucoup plus souvent i|ue l'imparfait. Ce fait est dû à l'influence du style sec des chronii|ueuis de ce temps, dont nmis avons parlé' plus haut.
Remarque. ^I. Darmesteter, Cutirs île la (jr. Iiist., IV, 15:^, semble même croire que les auteurs du XIV:e siècle ont préféré, eux aussi, dans le style descriptif le passé défini à l'imparfait et il cite un exemple de Join ville. Mais cela est un jieu incorrect, comme nous verrons tout à l'iieure. Quant à .foinville, il se sert régulièrement de l'impaifait dans les passages descriptifs et nous n'avons pu trouver chez lui que deux exemples du passé défini. L'un p. 134, cité par M. Darmesteter et l'au-ti'c dans une proposition subordonnée p. 732.
<^iuant à l'usage d'employer le passé défini dans le style desiriptir, on en trouve des traces jusque dans le XVI I:e siècle voir Nfr. Z. IV. p. HÎO.
P(iss(' il('fim enijiloi/r /loiir /'iiu/Hir/Uit.
Cuinme nous avons dit plus haut, l'ancien français aimait à employer le jiassé défini pour l'imparfait et cette jirédilection )tour ce temps-là l'tait due à l'influence du style des chroniqueurs Ce fait se rencontre dans tous les textes les plus anciens, Pitssion, St. Li'ijfr, Ah-iin, Tiijlund et dans la ]ilu])art îles chansons île geste.
S An nii-me f-ndrnit, un»' fanlf Jimprimerie s'ost insùn'c; — — rim ilrm l'ci-Kiirlileii niler Volll>riii:liltn, doit êlr<; von ilem \'ergui:lili-it tiicht \'ollbrachten.
Cependant un style nouveau avait commencé à se former dès Ja moitié du XII:e siècle (Chresticn de 'l'royes) et l'imparfait avait commencé à régagner ça place comme temps descriptif.
M. N'ising, Fr. St. ^'11, 2 p. 20, a fait un tableau sur lo passé- défini employé au lieu de l'imparfait par des auteurs différents de ce temps et il a constaté les faits suivants: Dans les cas où le français moderne metterait l'imparfait, les textes suivants ont:
La plus ancienne version d'Alexis imp. 14 passé déf. 100
A/rxis (du XlV.c sièclf) „ .'il „ 100
Klic lie SI. Gille '.. . „ ?:! „ 115
Cli(/es*) „ 250 .. 50
(Quatre Livres des Mois (prem. livre) „ 103 „ 220
ViUe/utrdouin „ 920 „ 100
Remarque. Dans Quatre Livres des Mois, l'auteur a préféré, dans beaucoup de ras, le passé défini ù l'imparfait même dans les passages où le texte latin a l'imparfait. Cfr Kôrnig Si/nt. Gebr. d. Liip u. d. hist. Perf. ini Allfr.
I^es anciennes traductions en prose du Psautier et àcs Dialogues du Pape Grégoire au contraiie suivent fidèlement le texte latin.
L'auteur do notre chronique a été influencé, lui aussi, par le style des anciennes chroniques et nous rencontrons dans le tt xte beaucoup d'exemples où le passé défini est employé pour l'imparfait. Ainsi: p. 1 et fut fili à la confesse Marguerite et ot en son virant dev.r femmes. — — de eclle ot le conte trois /il:.; p. 2 Le pape Boniface rouit bien que l'ajijiele se feist (un peu plus haut vouloit) etc
Un phénomène que nous trouvons sur presque chaque page de la chronique c'est la substitution de fut ;i estoit. Co phénomène était très commun dans l'ancien français et nous en avons des exemples jusque dans le X^"I:e siècle voir M. Ixingenson, Monluc. 29; Grafenbeig, Beitr. :ur fr. Sgnt. des XVI Jarh. p. 84.
Dans le latin, la forme correspondante fuit semble y avoir été employée avec prédilection au lieu de l'imparfait. Cir. M. Yising, Fr. St. VI 3 p. 16. Ex. de notre texte: p. 20 Adonc fut foute Flandres au.r Flamens et fut contre le rog . . ., p. 21 La rogne i/ist que si ferait elle, mais moût triste fut pour son frère .... etc. . .
Remarque. Aussi dans les cas où nous trouvons le verbe demeurer = estre, nous avons ;i noter le passé défini au lieu de l'imparfait: Ex. p. 36 Ajirès la mort du rog Charles, fut Phelippe de Valois regens du , ogaume, pour ce que la rogne demeura ensainte, mais elle apporta une fille, p. 32 Ce rog Logs ne régna que un an et fut empoisonnez, et la rogne demoura grosse d'un filz . . ., etc. . . .
l)t dans la locution l'il) g ot. (Il) g ot appartient à l'ancien français, il g avo'it au français moderne. Daprès les recherches faites par M. Kornig. // ot a prédominé jusqu'à Joinville. Cet auteur a donné la préférence à g aroif : pourtant il emploie aussi assez souvent // ot.
Dans notre texte, qui est postérieur aux ouvrages de .Joinville, nous trouvons // ot 114 fois et // avait 58 fois: L'auteur de la Chronique Normande a donc suivi, ici aussi, plus fidèlement le s'yle des anciennes chroni(jùes.
(H à nom, avait à nom. Dans l'ancien français, quand on voulait nommé une personne ou une chose on aimait à se servir de la locution ot (à) nom ou avait ('a/ nom. Ot h nom est plus usité dans les textes bs plus anciens. Quelques-uns entre les plus anciens textes, par exemple Alexandre, Aleschans, Yvain, Quatre Livres des Mois ne connaissent que ot n nom. Dans c[uelques autres comme Aiol et Erec on rencontre ça et là avoit à mom et dans Yillehardouin et Joinville cette dernièrG e^ipression est la plus usitée.
*) Cependant Erec a le plus souvent le passé défini. Ycdn ]"imparfait; dans Yvain, on rencontre pourtant le passé défini presque aussi souvent.
Au temps de notre texte ces deux locutions semblent avoir commencé à tomber en désuétude. La Chronique Normande nous présente en tout ot (h) nom trois fois (pp. 4, 32, 32) et avoit nom deux fois (pp. 18, 120.)
Si le verbe est précédé par ladverbe onques, notre texte le met toujours au passé défini Ex. pp. 10, 24, 33, 73, 78, 80, 184. Ce phénomène, qui se rencontre dans tout l'ancien français, remonte jusqu'au latin Cfr. M. Yising Fr. St. VI 3 p. 8.
Passé défini enniloijé pour le ,plus-que-parfait.
Dans l'ancien français, le passé défini s'employait assez souvent pour le plus-queparfait et MM. Yising Fe. St. TI 2 p. 37 et Kornig, Si/nt. Gebr. des Imperf. und des hisf. Perf. im. Altfi: p. 39 nous en donnent plusieurs exemples. Dans notre texte nous trouvons p. 49 ahis fut par la force des barons et des chevaliers que le conte airait devers lui: peut-être aussi p. 73. Et lors vint en l'ost des Français U7i grant courrot, car on dist h Phelippe de Bourgougne . . .
Dans le français moderne ce phénomène est très rare. M. Kôrning en cite un exemple de la Pevue des deux mondes 15 jan. 18S1, p. 229. L'immortalité des lieux ajoute (I leur grandeur et ceux qui combattaient contre les Turcs, se souvenaient sans doute de ceux qui combattirent contre les Perses.
Imparfait employé pour le liasse défini.
Dans le français moderne, l'imparfait s'emploie parfois pour le passé défini, voir :MM. Ayer, Gr. p'. 458, Hôlder Gr. p. 60, Matzner Gr. p. 319, Yising Fr. Si VU 2.
C'est surtout chez les auteurs les plus modernes "l'école pittoresque", qu'on le trouve le plus souvent.
Cette substitution au passé défini par l'imparfait n'était pas inconnue dans l'ancien français, comme nous a montré MM. Kornig, Synt. Gebr. des Imperf. und des hist. Perf. ira Altfr. p. 33, 34, Yising Fr. St. VII 2 p. 40 avec des exemples de Passion, de Cligès et de Villehardouin. Dans notre chroniijue nous n'en avons pas trouvé d'exemples convainquants.
L'imparfait pour le jflus-que-piarfait.
L'imparfait s'emploie parfois pour le plus-cjue-parfait dans l'ancien français: Par exemple. liaoul de Houdenc, Meraugis 67, 18: Lors prent l'escu, sel va porter la ou il pendoit.
Dans notre texte p. 28: et en ycelle yre il maudist le roy de France jusques à la septiesme ligne et tous eeulz qui ce meffait lui faisoit.
L'imparfait pour le conditionnel.
Dan.s une proposition subordonnée nous avons rencontré un exemple de l'imparfait où le français moderne mettrait le conditionneP). Ex. p. 2 — — on avoit esiahly en France par le noble conseil du royaume, que nul prince ne noble homme ne 2>ovoit ées en fans marier — .
'j Cela se trouve aussi chez les auteurs du XVI:e siècle; voir M. Biugenson, Monliic, p. 30.
Remarque. Dans le français moderne, l'imparfait s'emploie pour le conditiormel pri'sont après la conjonction si. Par exemple: La terre, si elle l'tait bien cultivée, nourrirait cent fois plus d'hiimmes qu'elle n'en nourrit. Si elle ctait bien cultivée = dans le cas où elle serait bien cultivi'o.
L'imparfait s'emploie aussi quelquefois |iour le conditionnel après une proposition indi(iuant une supposition et un verbe au plus-que-parfait Par exemple: (N'oltaire): Si f avais dit un mot, on vous donnait l« mort. (Boileau). Pyrrhus vivait heureux, s'il eût pu l'écouter. Sur cela voir les grammaires.
Pmfin il faut mentionner un fait qui revient ça et là dans l'ancien fiançais et qui semble avoir été très commun chez quelques auteurs, spécialement chez Froissart. (Test l'alternation de deux temps dans la m«*rae phrase. On fit alterner les deux temps pour renforcer l'expression ou pour donner plus de vivacité ii la phrase.
Ainsi chez Froissart: YI 158, 28 Cib hastars Henris esioit et fu moult hardis et preus chevaliers: 1 128, 19 Bricfnient à parler, il n'eut onques en Flandres, ne en aultre pays, conte, duch, prince ne aultre, qui peust avoir un pays 'a sa volenté com cilz avait et eut longeaient: lY, 66 . . . car là tenoient et tinrent tout dis les devs dames guerre l'une contre l'autre.
Dans notre chronicpie nous trouvons le passé défini alternant avec le plus-queparfait: p. loi) — — -et ^y?i(5e«rs nobles chevaleries fist et avait fait par avant le dit Bertran.