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ductiou longue et difficile d'un ancien ouvrage sur la syphilis, il serait plus convenable d'actualiser la matière et de créer moi-même, sous de moindres proportions, non-seulement une œuvre de poésie , mais une œuvre de morale et d'utilité publique. Nulle époque, d'ailleurs, ne me parut plus opportune pour cette publication que ce moment même , où deux systèmes thérapeutiques sur le traitement de cette maladie partagent l'opinion des plus sages praticiens, et se trouvent en présence sur le champ de bataille de la médecine. Enfin, pourquoi le dissimuler? je fus séduit par l'étrangctc même du sujet, qui jusqu'ici n'a été présenté que sous des formes légères , ou furtivement introduit dans la poésie par de misérables colporteurs et de plates obscénités. Je me sentis entraîné par la hardiesse d'une excursion dans ce domaine en friche; j'éprouvai une sorte de plaisir à réaliser le vers d'Horace :
.\il iutenUitnm nostri liqiière poetce ,
je voulus expérimenter une association entre la médecine et la poésie, et découvrir si la fable n'exprime pas une vérité en nous disant qu'Apollon est le père d'Esculapc.
En un mol, s'il est permis de formuler la bizarrerie de ma pensée, par une sorte d'expression blasphématoire, par la plus monstrueuse des antithèses; je me suis dit que, tous les genres se trouvant aujourd'hui exploités , usés, triturés, tous les sujets littéraires étant déflorés, il n'en existait aucun qui fut plus vierge que la Syphilis.
Il est inutile de déclarer qu'au premier abord je fus épouvanté pai* la nature de la composition , et par le nom seul de
l'alarmante héroïne de ce poëme. Mais, exercé depuis longtemps à ce genre de courage, je pensai, après mûre réflexion, que , sans soulever un scandale littéraire , je pouvais aborder cette scabreuse difficulté, faire absoudre l'impudicité de la matière par la chasteté de l'exécution , en publiant un livre dont la lecture ne portât la rougeur au front de personne , et dont le titre seul fût un objet d'épouvantement.
J'ose l'espérer, ceux qui auront lu ce petit poëme conviendront qu'il ne contient aucun passage, aucun vers même, qui ne puisse être cité par une bouche honnête; et que, bien loin de spéculer sur des peintures erotiques, comme moyen de succès , il n'a d'autre but et d'autre effet que d'inspirer l'aversion de la débauche et l'horreur du fléau qu'elle entraîne si souvent à sa suite; ils lui rendront cette justice, qu'au lieu d'être mis à l'index comme une œuvre de corruption, il devrait, au contraire, être placé entre les mains des jeunes gens, comme un avertissement sévère, comme un salutaire préservatif contre le danger physique de la plus impérieuse des passions; bien différent en cela de certains ouvrages de morale , tels que le fameux livre de Tissot , qui , sous prétexte de porter dans déjeunes imaginations un sentiment de dégoût et d'horreur pour le vice , ne produisent d'autre effet que de satisfaire une curiosité libidineuse , et n'agissent sur les esprits que comme des excitants dangereux et des agents provocateurs.
Le poème une fois terminé , j'ai jugé qu'il était indispensable d'y ajouter quelques notes pour éclaircir ce qui n'est qu'indiqué dans le texte , et pour arriver logiquement à des démonstrations qui seraient fastidieuses ou obscures avec la
poésie. Le troisième chant surtout semblait exiger ces éclaircissements , à cause des divers systèmes de médecine générale qui s'y trouvent mentionnés et notamment du traitement spécial qui en est le véritable but. Mais là j'ai reconnu mon impuissance, j'ai senti que mes lectures superficielles de quelques ouvrages de médecine ne suffisaient pas pour me rendre habile à traiter cette matière difficile même pour les professeurs; et j'ai naturellement eu recours à un homme dont personne ne contestera la compétence , le docteur Giraudeau de Saint-Gervais , qui, officieusement et par amitié, a bien voulu se charger de cette tache laborieuse , tout à fait au-dessus de mes forces, mais indispensable pour compléter cet opuscule, et arriver au but d'utilité publique que je me suis proposé avant tout.