IL. — Syphilis acquise et héréditaire tardive
L'action de la syphilis sur la rate de l’adulte se traduit, comme chez le nouveau-né, par le même symptôme, l’Aypertrophie. |
Avant d’entrer dans l'étude de cette splénomégalie, et de rechercher sa fréquence, nous devons dire quelques mots, comme nous l’avons fait pour l’enfant, sur la facon dont on doit la rechercher et sur les résultats qu'on obtient.
La Recherche ne donne pas les excellents résultats que nous avons atteints chez le nouveau-né. La percussion seule employée ici est délicate, car il n’est pas toujours facile de décider si un son mat, constaté dans la région splénique est réellement sous la dépendance de de la rate.
De Beurmann conseille, pour cette recherche, de faire coucher le malade sur le côté droit, les genoux fléchis, le bras gauche sur la tête.
On percute de haut en bas sur une ligne allant de la paroi postérieure du creux axillaire, à l’épine iliaque antérieure et supérieure, souvent même en arrière de
cette ligne : on délimite ensuite le bord antérieur de
oo l'organe : nous mentionnerons les services que peut rendre le « Phonendoscope » pour la délimitation de l'organe.
Les auteurs ne sont pas mème d’accordsur l'existence d’une matité splénique, à l’état normal et sur son étendue : certains admettent que toute rate perceptible à la percussion est une rate pathologique.
ette théorie à quelque chose d’exagéré, il est plus conforme à la réalité des faits d'admettre comme rate normale une rate perceptible à la percussion, mais très légèrement, c’est-à-dire sur une espace de deux à trois travers de doigt environ.
Dans les cas où la splénomégalie est intense, dans la période lertiaire surtout, la rate est perçue facilement par le palper : dans les cas moyens, on sent le bord inférieur qui fait saillie au-dessous des côtes : dans les cas extrêmes, on se trouve en présence d’une tumeur, qui peut descendre parfois jusqu'à l’épine iliaque antérieure inférieure et qui est facilement constatable.
Nous allons considérer maintenant, la splénomégalie aux différentes périodes de l'infection et y noter sa fréquence.
Dès le début de la Période primaire il y aurait hypertrophie de la rate : Telle est du moins l'opinion soutenue par Dentillac, de Beurmann.... En plus de leurs observations, ces auteurs se basent sur l’idée que M. Gastou énonçait au Congrès de 1900, à savoir que la syphilis évolue en plusieurs phases, mais que dès le début le système lymphatique se trouve largement
intéressé.
Ce dernier auteur apportait à l'appui de ses dires, le résultat d’autopsies d'individus morts peu de temps après le débutde l'infection spécifique, e: chez lesquels il avait trouvé presque toujours une adénopathie des ganglions prévertébraux, fait qui peut laisser espérer à priori, que la syphilisation étant déjà généralisée la rate serait hypertrophiée.
Quinquaud et Nicolle, Colombini, Soukernick reconnaissent que le splénomégalie est précoce, mais n° pen: sent pas qu'elle se manifeste tout au début de lPaccident primaire, mais bien quelque temps après l’apparition du chancre. |
M. de Beurmann (1) pour soutenir que pendant la période de première incubation la splénomégalie existe, s'appuie sur les observations de chancres datants de 6, 8, 15 jours : dans ces cas, le volume de la rate a varié entre 9 et 12 centimètres de Iong, mesuré en projection et à et 7 dans le sens transversal. Dans des cas relativement plus anciens, trois semaines, un mois, le volume de la rate oscille entre
7 1/2 et 9 avec les mêmes dimensions que précédemment dans le sens antérieur.
Chez l’homme, l’hypertrophie lui a semblé toujours plus considérable que chez la femme, et il n'a jamais rencontré de rate douloureuse. (Soukernik).
Pour cet auteur donc, l’augmentalion du volume de
la rateest manifeste dès l'apparition du chancre et
1. De Beurmanx et Becueru. Bull. du IVe Congrès de Derm. Paris, 1900.
tout démontrerait que, dans la plupart des cas, elle Le précède au moins de quelques jours.
Ces idées, émises à l’encontre de celles d’un certain nombre d'auteurs, cadrent bien pourtant, avec celle aujourd’hui admise, que lorsque le chancre apparait, l'infection est déjà générale, puisque son éradication n'arrête pas la maladie.
Pourquoi, au milieu de la syphilisation générale de l'organisme, la rate ferait-elle exception ?
A la Période secondaire la splénomégalie à été notée par la généralité des auteurs: c’est à cette période qu’elle semble être la plus commune et c’est, en général, dans le deuxième ou troisième mois, alors que les accidents secondaires et cutanés sont en pleine évolution, qu'elle paraît avoir été le plus souvent observée.
Signalée la première fois par Weil (1) (1874) puis étudiée par Vewer et Bianchi, cette splénomégalie secondaire serait pour Nicolle et Quinquaud, un fait essentiel, le véritable symptôme initial de la période secondaire, on le rencontrerail constamment et il serait pathognomonique de l’infection générale.
Pour Soukernik, ce serait simplement un symptôme fréquent qui confirmerait dans les cas douteux le diagnostic de syphilis.
Cette hypertrophie splénique secondaire est variable comme degré: on l’évalue en moyenne à quatre travers de doigt (Quinquaud et Nicolle), elle pourrait parfois s'élever jusqu’à cinq d’après les mêmes. *
1. Waeir. Ueber das Vorkommen des milztumors bei frischen syphilis, Deutsches arch. f. Klin.med. Leipz. 1874:
FAR Fr our
7 cent. de7à 8»
Cette augmentation de volume de la rate n’est liée à
= aucun trouble, même lorsqu’elle atteint son maximum.
Ce mème auteur a noté dans 6 cas sur 37, un peu de splénodynie caractérisée par de la pesanteur, et un peu de gène dans la région splénique.
On a prétendu que cette splénomégalie avait des
rapports avec les syphilis de forme anémique et cachectisante: Dentillac prétend avoir trouvé de très grosses rates, et cela d’une façon constante, « lorsqu'il existe
cette asthénie musculaire, cette fatigue, cette anémie syphilitique, si bien décrites par M. le professeur
Fournier. »
Mais cela ne s'accorde guère, avec celle autre idée
qu’elle serait un « symptôme constant de syphilis
secondaire » c’est-à-dire un symptôme existant dans
tous les cas.
Ep
Même discordance parmi les auteurs, lorsqu'il s’agit de l’évolution de ce symptôme.
D’après Quinquaud et Nicolle, elle n'aurait aucun rapport, soit avec le nombre, le siège, la durée des accidents primitifs; soit avec la nature ou l'étendue des éruptions, soit enfin, avec les troubles fonctionnels ou généraux. Elle évoluerait pour elle-même, et parallèlement aux symptômes dont elle a devancé l'apparition.
Mais Dentillac et de Beurmann s'élèvent contre cette théorie d’une évolution cyclique: ils prétendent avoir été frappés de ce fait, que la rate est grosse,
1° Quand il y a des lésions généralisées.
2° Quand il existe de l’anémie syphilitique;
3° Quand l’angine syphilitique est intense ;
4° Quand le malade n’a pas été traité.
Ces idées tendent à être admises aujourd’hui par la généralité des auteurs, comme étant conformes à la réalité.
Que devient l'hypertrophie de la rate, après les trois premiers mois ? Combien dure-t-elle et disparaît-elle toujours avant la période tertiaire ? ee sont des questions bien difficiles à trancher. D'abord, plus la syphilis est ancienne et moins on a de chance de remonter à la date exacte de son début, d’où la rareté des observations utiles. Ensuite, il semble prouvé que l’évolution de la splénomégalie varie beaucoup d’un malade à l’autre. Les observations montrent que jusqu’à six mois, la splénomégalie se maintient dans les limites ordinaires, mais qu’ensuite elle tend à disparaître chez
certains individus. Au huitième mois, on trouverait une
57 — matité de huit travers de doigt, tantôt de deux seulement. Les observations sont difficiles à prendre : il est rare de pouvoir surveiller un malade pendant un an.
Si les auteurs, autorisés sans doute, que nous venons de citer, admettent la splénomégalie, nous devons ajouter que pour certains observateurs, ce ne serait qu'une manifestation éventuelle et peu fréquente de syphilis secondaire, ne se rencontrant guère que chez dix ou douze malades sur cent.
Pendant la Période tertiaire, de Beurmann a trouvé chez presque tous ses malades, une rate appréciable et ceux qui avaient une lésion marquée présentaient une splénomégalie considérable. Il résume ainsi ses observations : « Quel que soit l’âge de la syphilis, le « volume de la rate est fonction du nombre et de « l'étendue des manifestations, surtout de l’état général «et de l’absence de traitement. »
Quinquaud et Nicolle constatent, eux aussi, une certaine tuméfaction de la rate au cours de la syphilis tertiaire maligne Il s’agissait de rates de moyen volume, au maximum, six travers de doigt, exigeant par conséquent des recherches attentives.
Gherardt (1), dans un article sur la syphilis du foie, montre que la rate est presque toujours augmentée de volume, dix-sept fois sur 19 observations.
M. le professeur Fournier, dans une statistique por-
tant sur les divers accidents tertiaires observés par lui