PATES
transformation néoplasique, dont la rareté n'empêche pas l'importance, que nous signalerons ailleurs:
Mais le plus souvent la Syphilis du Testicule continue à évoluer. Et suivant que dominent les gommes ou la sclérose, l'évolution se fait, soit vers l'hypertrophie du Testicule, soit vers l’atrophie progressive de la glande.
A) Gomme,
Livrée à son évolution spontanée, la Gomme (quelquefois à la suite d’un traumatisme ou d’une poussée aiguë d'une affection génitale intercurrente) s'accroît progressivement. Bientôt elle envahit tunique par tunique toutes celles qui couvrent la glande. Sur un placard plus ou moins étendu, la peau s'infiltre, s'œdématie, se plisse difficilement, adhère aux plans sous-jacents. Puis elle s’amincit, prend bientôt un aspect rouge, puis violacé. Sous elle vient sailir une zone nettement fluctuante et douloureuse. L'évolution continue à froid, ou au contraire, des signes généraux apparaissent tout comme dans un véritable abcès chaud, obligeant le malade qui souffre, à s’aliter. Mais bientôt le calme revient, la peau s’est ulcérée, la gomme se vide et laisse écouler une sérosité filante puriforme, mêlée à des grumeaux blanchâtres, dans laquelle. l'examen histologique ne découvre qu'une riche flore de microbes associés.
La Fistule est ainsi installée. Selon le siège de la gomme, testiculaire ou épididymaire, elle peut s'ouvrir sur n'importe quel point du scrotum. La lésion étant souvent testiculaire, la Fistule siège souvent en avant. Mais son siège ne permet pas, comme on le pense trop souvent, de diagnostiquer infailliblement la nature de la tumeur scrotale. Les cas d'’inversion épididymotesticulaire viennent encore augmenter les causes d'erreur.
Ainsi le Testicule, fixé à la paroi, dessine ses contours sur le scrotum. Celui-ci est maintenant déplissé, affiné, d’une couleur violacée. Il présente une Ulcération régulière, de la taille d’une pièce de 0 fr.20 à 0 fr. 50 environ. Ses bords rouges vif, décollés et faillés à pic, circonscrivent une cavité anfractueuse de 1 à 3 centimètres de profondeur. Ses parois, à peine humectées d’un liquide filant, parfois séro-purulent, qui augmente par la pression de certaines zones de la glande, surplombent cette sorte de cratère, au fond duquel apparaît une matière jaune blanchâtre rappelant un peu le bourbillon de l'anthrax, quoique moins friable et se détachant par fragments. Elle représente le produit de la gomme nécrosée.
S1 on essaie de l’attirer à l’aide d’ane pince, on en voit sortir des filaments jaunes plus ou moins déliés, ou en peloton, pareils à des paquets d'étoupe ou à la filasse mouillée qu'on ne peut
y à Le
détacher sans douleur que par lambeaux, et qui sont le plus souvent des tubes testiculaires effilochés, dissociés en voie d’élimination.
Cette expulsion peut être active et la substance vient s'exprimer spontanément entre les lèvres de l’ulcération qui grandit tous les jours.
Qu'un traitement efficace intervienne, on voit le fond se déterger, les bourgeons charnus apparaître, les bords de l’ulcération se recoller, la solution de continuité: des téguments diminuer progressivement et bientôt la guérison doit être complète.
Seule une petite cicatrice en cul-de-poule, plus 6u moins adhérente à un nodule scléreux sur le segment correspondant de la glande, témoignera plus tard de la souffrance du Testicule.
Si, au contraire, on abandonne l'affection à elle-même, ce qui est une exception, on assiste à une évolution d'une lenteur désespérante.
La plaie scrotale n’æaucune tendance à-la SRE ON spontanée et deux éventualités peuvent alors se produire :
a) Si le Testicule est formé de gommes multiples, on le voit s ‘éliminer peu à peu, se ratatiner tous les jours et fondre jusqu'à n'être plus représenté que par un moignon informe appendu au canal déférent.
La fistule persiste indéfiniment, borgne ; ou n'étant plus alimentée, tarit.
b) Si le Testicule est occupé par une gomme de grand volume, le fond de la cavité une fois vidée, bourgeonne peu à peu. Les bourgeons végètent, deviennent exubérants, comblent d’abord la petite caverne, puis franchissent en s’étranglant, l’orifice cutané; s’étalent sur le scrotum en masse champignonneuse et constituent ce que l’on appelait autrefois un Fongus. ,
Cette évolution désastreuse que l'on doit interrompre à temps, et surtout prévenir par un traitement approprié, est aujourd'hui une véritable curiosité.
Fongus
Le Fongus, en général, a une très riche histoire. Le Fongus bénin, fongus syphilitique, entrevu par Rollet en 1859, a été étudié et définitivement classé par Reclus et son élève Minière (1876-
Du le mémoire de Reclus (1882) nous avons trouvé à peine trois ou quatre observations de Fongus syphilitique. Nousmême, nous en rapportons quatre : dont une, d'ailleurs, est
peu typique.
ussI nous n'’insisterons pas beaucoup sur cette éventualité
DEN Je ya
exceptionnelle. Nous ne parlerons pas de toutes les discussions auxquelles elle a donné lieu. Nous rappellerons cependant, qu'elle succède à l'ouverture spontanée et surtout opératoire (deux observations personnelles) d'une gomme et qu'il s'agit d'une tumeur granuleuse, d'origine testiculaire proéminant sur le scrotum. Son volume est variable, son tissu est ferme, élastique, peu friable, rouge vif, ne saignant pas et complètement indolore.
Reclus en a distingué deux. variétés :
Fongus superficiel.
Fongus profond.
Dans le premier cas, la gomme se développerait, à l'en croire, dans l'albuginée. Celle-ci bourgeonnerait mais ne serait pas perforée, ce qui, ajoutait-il, ne préjuge nullement de l'état du parenchyme sous-jacent.
Dans le deuxième cas, la gomme siégerait en plein parenchyme. Son expulsion ouvrirait albuginée et téguments.
Distinction subtile qui ne nous paraît pas devoir être conservée.
Le Fongus, à notre avis, semble être toujours parenchymateux. C'est logique de lé penser, et ce paraît conforme à la réalité.
En effet :
1° La Clinique ne permet pas de localiser l’origine superfcielle ou profonde du Fongus.
29 L'examen macroscopique montre sur coupe un Testicule pathologique se prolongeant par un bouquet de bourgeons charnus qui proéminent ou s'étalent plus ou moins sur le scrotum.
Dire à l'œil nu où commence et où finit le parenchyme testiculaire ce nous paraît absolument impossible. Ce l’est autant
3° A l'examen microscopique :
Le tissu de granulation abondamment vascularisé du fongus se continue insensiblement avec le tissu glandulaire plus ou moins reconnaissable parmi les trousseaux scléreux, ou les plages de nécrose. À
Les polynucléaires fréquents de l’un sont progressivement remplacés dans les infiltrats interstitiels ou périvasculaires par les plasmazellen et les lymphocytes de l’autre.
On peut donc dire que le Fongus semble être toujours profond.
Dans la règle, le testicule reste dans sa loge, mais il existe des cas, exceptionnels, il est vrai, où la glande attirée au dehors comme par une ventouse, s'énuclée tout entière des. bourses dont les enveloppes se rétractant, viennent en arrière de l'organe étremdre Epididyme et Cordon.
Photo Schaller.
Musée de photographies de l'Hôpital Saint-Louis (Obs. 58).
Tr AA
Le Fongus s’ accompagne assez souvent d'une lésion gommeuse du Testicule opposé, et il n’est pas rare qu'il coïncide avec d'autres gommes du corps. [l cède d'ailleurs lentement à un traitement approprié énergique, mais l’on comprend aisément que les dégâts qu'il produit compromettent plus ou moins les fonctions de la glande.
Heureusement, le Fongus demeure aujourd’hui une évolution exceptionnelle de la Syphilis du Testicule.
B) Quand les tissus scléreux dominent
La lésion, après être restée plus ou moins longtemps stationnaire, évolue vers la rétraction de la glande.
Silencieusement ou par poussées douloureuses plus ou moins rapprochées, le Testicule devient de plus en plus petit, de plus en plus dur, de plus en plus insensible, et un Jour prochain on ne trouvera Nue dans le scrotum qu une sorte de noyau cicatriciel gros comme un haricot, parfois à peine comme un pois.
C'est la Syphilis oo atrophique ou Haricocele.
Cette évolution qui correspond à une véritable « castration sous Albuginée, » est d'une importance variable :
Monotesticulaire : C'est une anomalie inesthétique, dont adultes ou enfants s’accommodent aisément. À
Bilatérale : a) chez l'enfant elle est désastreuse : elle provoque des troubles profonds de l'organisme et la stérilité : séquelles que nous retrouverons dans le chapitre de la Syphilis héréditaire.
b) Chez l’ adulte, son importance est moindre.
Fournier avait déjà signalé des sujets chez lesquels il ne reste plus que des moignons de Testicule et qui, cependant, conservent encore une certaine appétence génitale et la faculté d'y satisfaire.
La frigidité et l'impuissance ne semblent donc pas en rapport avec l'étendue des lésions.
L'infécondité par contre est complete.
C'est à titre de curiosité que l'on a pu citer des cas exceptionnels, (Lejeal, Vidal) où l’atrophie des glandes génitales avait modifié l'habitus extérieur du sujet comme chez les castrats.
Il n'en est pas moins vrai que l’atrophie scléreuse bilatérale peut entraîner des troubles endocriniens, quelquefois directs, d’autres. fois indirects par synergie fonctionnelle.
“Voici deux observations relativement récentes qui le prouvent :
Observation 21. — 1° Observation P. Dalché Société Médicale des Hôpitaux (1902).
Dystrophie orchidienne (pseudo-myxœdème syphilitique). Homme de 36 ans ; à 20 ans : Syphilis ; Orchite vers l’âge de 30 ans ; d'autre part, strabisme de l'œil gauche et choroïdite oare
ENT HS
Début, vers 30 ans, par faiblesse générale ; puis peu à peu, gonflement des membres inférieurs, de l’abdomen et de la face, la barbe, les poils du tronc, du pubis sont tombes ; l'impuissance est complète depuis plusieurs mois.
Au moment de l'examen la face ronde, bouffe, pâle, garde « une vague appa-
rence myxœdémateuse ».
Aux membres inférieurs, infiltration assez molle s'étendant aux téguments
de l'abdomen. Vive sensibilité au pied.
ja thyroïde est difficilement appréciable. Parole lente, intelligence faible, émotivité, mouvements rares, nonchalants.
Organes génitaux petits, testicules atrophiés, offrant les caractères des testicules syphihtiques. Polyurie de 4 ou 5 litres. Après un traitement, puis à la suite de l'administration d’orchitine, l'apathie et la faiblesse diminuent ; l'impuissance et la polyurie persistent.
Ultérieurement s’accusèrent une cypho- Mr et une augmentation de volume des pieds rappelant l’acromégalie.
Observation 22. — 2° Observation Dupré, in thèse Paris, 1905.
Homme de 45 ans, ayant jadis moustache, poils, puissance virile.
À 30 ans, après une Syphilis, début des troubles.
Actuellement : face ronde, bouffie, glabre, moustache d’un jeune homme de 17 ans, pas de poils aux aisselles peu au pubis, verge réduite, testicules atrophiés, du volume d’un haricot, et mous ; impuissance ; thyroïde de volume
normal.
ÉPIDIDYMITE SYPHILITIQUE
Si l’on admet la division de la Syphilis en périodes (division qui implique beaucoup moins une notion de temps qu'une modalité anatomo-pathologique) on peut dire qu'il existe deux Epididymites syphilitiques :
Une secondaire contestée.
Une tertiaire incontestable, mais peu connue : toutes deux rares.
EPIDIDYMITE OÙ EPIDIDYME SECONDAIRE
Dans les différentes monographies sur la Syphilis du Testicule, il est d'usage de réserver un chapitre à l'Epididymite secondaire. Celui-ci a toujours été réduit, parce qu'en général, les auteurs n'y croyaient pas. L'historique de cette affection est curieux : on la nie et on la confirme tour à tour. Aujourd’hui encore, quoique l'Epididymite secondaire ait définitivement pris droit de cité dans les livres didactiques, la majorité des auteurs la considèrent avec quelque scepticisme.
Il semble, à première vue, qu'ils n'aient pas tott.
Quand on lit, en effet, le mémoire initial de Dron, on est impressionné par le nombre de cas d'Epididymite secondaire que cet
-auteur a observés dans un laps de temps relativement court.
Et cependant, lorsqu'on consulte la littérature médicale, on est stupéfait de voir que depuis Dron, Balme, Pascalis, soit depuis plus de quarante ans, on ne découvre que deux observations publiées (Darier, Legueu) dont une très douteuse.
L'’explication de cette contradiction paraît aisée.
L'Epididymite secondaire, devenue classique, est considérée comme une affection indigne d’être publiée.
Mais comment expliquer alors que des auteurs tels que MM. Chevassu, Marion, E. Fournier et bien d’autres, doutent de son existence ?