I. Syphilis et Blennorragie
Observation 34. — (Cochin).
Un malade âgé de 24 ans, consulte en Médecine pour une grosse tumeur scrotale gauche très douloureuse, ayant débuté brusquement avec fièvre. C'est un tuberculeux pulmonaire qui présente une Blennorragie chronique, en poussée aiguë, avec gonocoques. On conclut à Orchi-Epididymite blennorragique et on le traite en conséquence.
Dix jours après, le malade est passé dans le service des affections gémitourinaires parce que depuis, trois jours il présente sur la face antérieure du scrotum gauche, une petite tuméfaction rouge fluctuante, prête à s'ouvrir. Cette tuméfaction est incicée, 1l s'écoule une sérosité louche.
Nous voyons le malade et nous constatons qu'il présente à gauche un large placard d’adhérence, au milieu duquel il existe une petite zone de décollement rouge violacé où ‘s'ouvre une fistule, d’où s'écoule un liquide jaunâtre. Le testicule petit, assez gros et allongé, est adhérent en avant, dur et indolore. L'Epididyme est souple, sauf au niveau de la moitié inférieure du corps et de la queue qui est augmentée de volume, infiltrée et douloureuse. Le canal déférent est gros et sensible.
Il n'y a pas de funiculite. La prostate est molle, mal limitée et il existe une vésiculite gauche.
Dans le pus de la fistule on trouve des microbes banaux ; dans l'écoulement uréthral de nombreux gonocoques intra -et extra-cellulaires.
Le Wassermann du sang est négatif, mais l'interrogatoire nous apprend que le malade a eu douze mois auparavant, un chancre avec tréponèmes (constatés dans un centre vénéréologique important) et qu'il a eu pour tout traitement, comme le prouve son carnet, 5 injections de Novarsénobenzol.
Nous commençons immédiatement le traitement novarsénobenzolique et tout rentre dans l'ordre progressivement. Moins de trois semaines après, le testicule a diminué des deux tiers, il s’est assoupli et a recouvré sa sensibilité ; l’adhérence scrotale a disparu ; la fistule est tarie, mais se ferme lentement. DR de l'Epididyme reste grosse. Il y a toujours du gonocoque dans
uréthre.
Cette observation est aussi typique, sinon davantage, que celle de Secchi.
S'il est donc démontré que l'Orchi-Epididymite gonococcique prépare souvent le terrain de l'Orchi-Epididymite syphihtique, quelquefois la première précède de tellement près la seconde, qu'elles semblent coexister. |
Cliniquement il est impossible de soupçonner cette association. On fait le Diagnostic de l’une d'elles, la premiére. Sa rétrocession lente peut cependant faire soupçonner une anomalie. En général, ce n'est que lorsque les phénomènes aigus ont disparu, que le
traitement adéquat a épuisé tout ce qui appartient à la Blennorragie, que l’on trouvera un testicule assez gros, bosselé, par endroits ramolli, un Epididyme parfois irrégulier qui fera penser à la Syphilis du Testicule.
Le Diagnostic sera d'autant plus difficile que le toucher rectal pourra montrer des modifications prostato-vésiculaires en rapport avec la Blennorragie.
L'influence de l'Orchi-Epididymite gonococcique sur l'Orchi-Epididymite syphilitique nous paraît certaine. Bien que l'Orchi-Epididymite gonococcique ne suppure pas, la tendance destructive du gonocoque s'impose à la tendance néoformative du tréponème: la
forme gommeuse prédomine et son évolution vers le ramollissement est rapide et précoce.
(Il convient de signaler que le Sulfarsénol a une influence aussi active sur certaines Orchi-Epididymites gonococciques que sur les Orchi-Epididymites syphilitiques en général. Il n’en faudrait donc, pas conclure de la seule efficacité de ce traitement à une dualité blenno-syphilitique.)
Il. Syphilis et Tuberculose.
Observation 35. — (Cochin).
C..., 48 ans ; a eu la Syphilis il y a 20 ans, la Blennorragie, il y a 15 ans. Il consulte le 1° décembre 1919, pour une tuméfaction du scrotum gauche, ayant débuté, 1l y a six semaines, et augmenté progressivement de volume sans douleur.
L'examen montre une tumeur rénitente, transparente, ovoide avec prolongement inguinal : Hydrocèle vraisemblablement symptomatique qui rend impossible la palpation des organes sous-jacents.
La prostate de dimensions normales est granuleuse à gauche. La vésicule, du même côté, est perceptible et douloureuse. Les urines sont claires.
Une ponction évacuatrice permet de déceler un Epididyme gros, induré, sensible ; la queue de l'organe surtout est très augmentée. Le testicule a perdu sa souplesse et présente par places des plaques indurées.
Du côté droit, un épanchement minime n'empêche pas de sentir un Epididyme un peu gros.
Les lésions testiculaires font penser à la Syphilis et on traite le malade par deux injections de Novarsénobenzol et par de l'huile grise hebdomadaire pendant deux mois et demi.
Il aurait quitté l'hôpital très amélioré.
Le 23 février 1922, le malade revient pour une tuméfaction droite ayant débuté insidieusement, il y a un mois et demi.
À droite, grosse hydrocèle qui rend impossible la palpation de l'appareil testiculo-épididymaire. ; :
À gauche, l’épanchement ne s’est pas reproduit depuis la ponction d'il y
a deux ans, mais il persiste une grosse queue épididymaire. Le testicule est
souple.
Au toucher : La prostate droite présente un gros noyau dur, bien limité et une énorme vésicule injectée au suif. À gauche, les lésions prostato-vésiculaires sont à peine perceptibles.
La ponction de l'hydrocèle droite fait écouler un liquide louche et pâle et permet d'apprécier un testicule normal, souple, sensible, coiffé par un énorme cimier de casque, constitué par l’Epididyme qui est dur, augmenté de volume, surtout à la queue, et sensible.
On conclut à une Epididymite tuberculeuse.
Si les scrofulates de vérole, chers aux anciens auteurs, ne nous paraissent pas devoir se rencontrer à la glande séminale, mais s'appliquer bien davantage (comme l'avait déjà remarqué Tedenat) à ces lésions ganglionnaires torpides, à ces ulcérations echtymateuses rappelant à la fois la Syphilis et la Tuberculose, par contre, l'association ou la coexistence de ces deux affections nous semble moins rare quon ne l'imagine.
Cliniquement : C'est une grosse tumeur, où il est difficile de reconnaître le testicule de l'épididyme.
On porte le Diagnostic parfois sinon de Néoplasme, du moins de Tuberculose hypertrophique ou de Syphilis, selon qu'il y a ou non des lésions prostato-vésiculaires. .
D'autrefois, c'est un testicule blindé ou bourré de grains de plomb entouré d'un véritable casque épididymaire : on pense à la Syphilis. :
Bref dans tous ces cas, le Diagnostic d'association n'est posé que secondairement, soit au cours d'une Epididymectomie ou d’une castration, soit après un traitement anti-syphilitique, qui fait fondre ce qui appartient à la Syphilis, laissant persister au contraire les produits tuberculeux.
T'héoriquement, on pourrait soupçonner la coexistence des deux affections : lorsqu'il est possible de limiter les différents segments de l'appareil épididymaire. |
En effet, la Tuberculose atteint rarement, du moins en apparence, le testicule, se confinant surtout à l'Epididyme et principalement à la queue.
La Syphilis atteint souvent l'Epididyme, mais les lésions en sont sinon plus petites du moins plus grossières à tendance nodulaire, à localisation surtout à la tête.
Le toucher, enfin, peut permettre, de soupçonner la Tuberculose s'il montre des lésions prostato-vésiculaires qui se voient rarement dans la première de ces affections (contrairement à ce quécrivent certains auteurs américains).
Pratiquement, le Diagnostic se fait à posteriori plus ou moins, soit comme nous l'avons dit par les séquelles qui subsistent après traitement, soit aussi par la lenteur avec laquelle il agit.
Influences réciproques.
: S'il semble que l'Orchi-Epididymite gonococcique ait une influence sur l'Orchi-Epididymite syphilitique, s'il nous a paru que l'Epididymite tuberculeuse chez un Syphilitique se localisait surtout à la tête et s'ouvrait en avant, nous n'avons pas eu l'impression que dans les Sybhilo-tuberculômes testiculaires il y ait eu une modification dans l'allure des deux affections considérées séparément.
Hamonic, cependant, ajoute que dans les trois cas, où il a vu la Syphilis du Testicule se surajouter à une Tuberculose préexistante, la Syphilis n’a pas paru exercer une influence néfaste sur l’état local. Au contraire (les malades étant traités pour la Syphilis), elle a engendré un processus scléreux, qui a amené du côté des l£sions tuberculeuses une sorte d'action régressive et atrophiante.
(Il convient d'ajouter que chez l’un de ces trois malades, l’atrophie a été obtenue par une suppuration prolongée et complète de la glande !)
Colleville, de son côté, à la fin de son observation remarque que le traitement ioduré intensif n’a pas donné de coup de fouet à l'évolution tuberculeuse et que les lésions épididymaires persistantes ne réclamaient pas, à son avis, de traitement spécial, puisqu elles semblaient correspondre à une Tuberculose bénigne et sclérosante.
Dans une de nos propres observations, citée plus haut, :l semble que le traitement anti-syphilitique ait arrêté le processus tuberculeux du-côté où 1l y avait association syphilitique, sans empêcher son évolution du côté opposé.
Cette évolution sclérogène ne se retrouve pas dans les cas de Jianu et de Magee. Fait curieux dans ces deux observations de Syphilo-tuberculôme, les lésions tuberculeuses sans se locahser surtout à la tête, se fistulisent à ce niveau sur la face antérieure du scrotum comme une gomme banale du testicule.
Faut-il conclure que les Epididymites tuberculeuses développées sur un terrain spnibtque ou associées à une Oyphilis génitale, se fistulisent en avant ? De plus, dans l'étude des influences . réciproques de la Syphilis et de la Tuberculose du Testicule, faut-il faire intervenir, comme pour le poumon, des considérations sur la priorité de laftechonr Syphilis sur Tuberculose ? Tuberculose sur Syphilis ?
Nous ne saurions conclure !
Syphilis et Orchi-Epididymite urinaire (ou infectieuse en général).
La Syphilis du Testicule peut s'associer également à l'Orchi- Epididymite urinaire. Dans le cas où il nous a semblé rencontrer cette association (et dont on retrouvera l'observation parmi celles de Syphilis héréditaires tardives) en plus de l'Epididymite il y eut gomme du Testicule qui se ramollit, se fistulisa en avant et forma un véritable Fongus que le traitement anti-syphilitique fut incapable d'arrêter. :
La tendance suppurative de l'Orchi-Epididymite urinaire s'imposa, ici, nettement.
Observation 36. (Saint-Louis).
Dans un deuxième cas, il s'agissait d’un malade de 66 ans qui nous consulta pour une tumeur indolore, adhérente au scrotum droit. Les antécédents du malade nous firent conclure à une Syphilis et malgré une réaction négative du sang, nous commençâmes un traitement au Bismuth et au KI.
Sur ces entrefaites, nous demandâmes au malade du sperme aux fins d’examen. Il nous en donna avec difficulté. Le liquide séminal contenait spermatozoïdes et nombreuses hématies. Soit coïncidence, soit à la suite de cet acte, la tumeur scrotale augmenta brutalement, devint volumineuse, rouge, très douloureuse et s'’accompagna d’une funiculite intense.
Nous pensômes à un coup de fouet sur un néoplasme et, faute de mieux, nous continuâmes cependant le traitement anti-syphilitique.
Dans les jours qui suivirent, tumeur et funiculite diminuèrent et apparut en avant une fluctuation nette.
Nous arrêtâmes le traitement anti-syphilitique et nous conclûmes à une Orchi-Epididymite d’origine X, puisque le malade quoiqu'ayant une porstate augmentée de volume, n'était ni rétentionniste, ni rétréci, et que ses urines étaient claires. Nous conseillâmes au malade révulsion et repos, et des séries de KI par décades.
Deux mois après, le scrotum était souple ; toute adhérence avait disparu ; le testicule et l’épididyme parfaitement délimitables.
Le premier présentant des irrégularités était, en partie, induré et insensible.
Le second, portait un double noyau dur, indolore, à la tête et à la queue.
Le Wassermann était devenu faiblement positif.
Nous remîmes le malade au KI et au Bi. Il est actuellement complètement guéri. ra
Il semble que dans ce ces, une Orchi-Epididymite infectieuse se soit associée à une Orchi-Epididymite syphilitique ou que celle-ci ait subi une poussée inflammatoire post-traumatique.
Conclusions
De tous ces faits, on peut tirer quelques conclusions diagnostiques, thérapeutiques et pathogéniques î
L'association morbide est en général diagnostiquée tardivement ; l'évolution lente, la rétrocession lente ou incomplète du traitement ne doit pas toujours faire penser à une erreur de Diagnostic, mais quelquefois à une association morbide. Celle-ci peut-être soupçonnée dès le début.
Le cas est facile du malade que l’on connaît ou dont les antécédents sont nets de telle ou telle affection.
Dans les autres cas, quand aux signes de Syphilis s'ajoutent des signes anormaux épididymaires ou prostato- -vésiculaires on pourra soupçonner une association. La réciproque est vraie pour la Tuberculose.
Pratiquement le danger n'est pas d'imposer inutilement un traitement anti-syphilitique. Le danger est de se laisser 1 imposer par les signes anormaux et de recourir d'emblée à une thérapeutique bte évitable.
À ces considérations pratiques s'opposent les aperçus théoriques d'ordre pathogénique.
Nous avons appelé ce chapitre Associations morbides, car nous avons l'impression que l'hybridité n'existe pas.
Que les affections associées s'influencent et modifient leur évolution, c'est certain ; qu'elles se CHE rien ne l'est moins.
Les faits semblent se passer comme si les deux affections coexistantes avaient au début leurs cantonnements propres, mais comme si, très rapidement, l’une d'elles, la dernière venue, l’'emportait sur l’autre, sans toutefois l'étouffer. Il y a symbiose, mais dans un premier temps celle-ci serait harmonique, dans un deuxième temps dysharmonique.
En faveur de cette double hypothèse : des arguments cliniques, bactériologiques, anatomo-pathologiques.
La Clinique peut montrer les caractères individuels des deux affections, mais le plus souvent l'Orchi-Epididymite gonococcique ou urinaire masque une Syphilis testiculaire concomitante, de même que quelquefois l'Epididymite tuberculeuse s'efface devant une Syphilis testiculaire.
Le Laboratoire a permis de déceler, dans le pus des lésions fistulisées, le Bacille de Koch et son inoculation au cobaye a
pu être positive (Jianu) ; mais dans un cas (Herman l’affirme) à côté du Bacille de Koch il a été possible de déceler le Tréponème.
Et cependant, après opération, l'examen anatomo-pathologique des coupes de l'organe aurait démontré des lésions très nettement syphilitiques. Il est vrai que cet examen n'arrive pas toujours à faire le départ entre la Syphilis et la Tuberculose.
Quel est le mécanisme de ces associations morbides ?
Nous croyons que l'affection préexistante joue le rôle de cause prédisposante. Elle favorise le réveil, la fixation du virus de l'affection associée, selon que celui-ci y préexiste à l’état latent et atténué, ou qu'il infecte secondairement l'organisme. Qui sait même si en créant dans un organe un locus minoris restitentiae, une affection n'’augmente pas la vulnérabilité de cet organe.
« Ainsi que l’a enseigné, un des premiers, Desgranges de Lyon, toute déviation organique est un pas vers une déviation organique plus grave. »
Et Jullien ajoute :
€ Plusieurs faits montrent le Syphilôme naissant sur des Epididymes affectés partiellement d'infiltration gonococcique ou tuberculeuse (Tanturri). Inversement, ce n'est pas chose très rare que de voir le carcinôme succéder au sarcocèle syphilitique. » à
Et c'est, en effet, une nouvelle association, que nous allons maintenant envisager.
Syphilis et Cancer du testicule
Les idées prophétiques de Jullien n’ont pas encore reçu confirmation. La Cancer demeure une grande inconnue. Les hypothèses seules sont permises, mais l'observation non seulement les autorise, elle ne les infirme point. Dans l'Etiologie du Cancer (qui apparaît comme un véritable syndrôme), la Syphilis joue un rôle prépondérant.
Ïl existe indubitablement un Cancer sur-syphilitique.
C'est peut-être le plus fréquent.
La relation de ces deux affections est-elle directe ? De cause à effet ?
Est-elle indirecte par les troubles de nutrition et par les lésions vasculaires qu’elle entraîne, ou par l'intermédiaire du tissu cicatriciel que la Syphilis crée et sur lequel se développerait si volontiers le Cancer ?
Est-elle fortuite, la rencontre du Cancer avec une affection extrêmement fréquente comme la Syphilis
Nous ne saurions conclure !
Ce qui est certain, c'est que la Syphilis acquise ou héréditaire est l’antécédent le plus fréquent du Cancer.
Fournier pouvait dire que la Syphilis bâtit le nid du Cancer.
Ozenne, dans une thèse intéressante et plus tard Horand, de Lyon, ont essayé de le démontrer.
Plus d'une fois, nous avons entendu notre maître Milian s'écrier : € Soignez la Syphilis, vous supprimerez le Cancer » |
Non seulement la Syphilis créerait le terrain général du Cancer, mais celui-ci semblerait se fixer avec prédilection sur un organe antérieurement touché par le Tréponème.
Nul ne le conteste pour la langue ; nombre l’admettent pour l'estomac ; quelques-uns pour le rectum; d'autres pour les Epithéliomas cutanés.
Que faut-il penser du Cancer sur Syphilitique du Testicule ?
« La fréquence du Cancer du Testicule chez les Syphilitiques s'explique, écrit Horand, par la fréquence des lésions syphilitiques sur cet organe. »
De son côté, en 1922, Nanta, de Toulouse, Re dire (approuvé par MM. Civatte et du Bois) « que dans le testicule syphilitique on voit quelquefois une métaplasie qui aboutit à la transformation de l'Epithélium séminal avec cellules géantes d’origine parenchymateuse et effondrement de la paroi propre, et qu'il est difficile alors de dire s’il s’agit de cellules séminales, de cellules de Sertoli, voire de cellules interstitielles. » Et :1l ajoutait : « Toujours est-il qu'on peut trouver là un terrain d'étude qui permette de saisir le passage de la Syphilis au Cancer. »
Il y a deux questions :
19 Le Cancer du Testicule développé chez un syphilitique (acquis ou congénital) : Les observations en sont nombreuses.
Elles nous intéressent peu, quoique dans ces cas il pourrait s'agir de Syphilis testiculaire occulte passée inaperçue ;
29 Le Cancer du Testicule développé sur une Orchi-Epididymite syphilitique évidente : Ces cas apparaissent beaucoup plus rares, mais sont bien plus importants.
Il existe dans la littérature quelques observations, qui semblent certaines : ;
1° Observation Verneuil (Congrès de Londres 1882) :
Cancer du testicule atteignant un testicule guéri depuis deux ans de Syphilis. L'auteur y fait intervenir un locus minoris resistentiae.
2° Observation H. Petit (in thèse Ozenne)..
Malade atteint de sarcocèle syphilitique qui guérit par un traitement mixte, laissant cependant quelques traces d'induration. Plusieurs mois après, apparut une nouvelle tuméfaction du testicule qui ne
céda pas au traitement. Il se forma rapidement un abcès gazeux des bourses, nécessitant la castration. Mais le malade mourut de généralisation néoplasique.
La pièce avait démontré l'existence d'une emcéphaloïde. typique avec kyste central.
39 Observation Meunier (in thèse Ozenne).
Homme de 33 ans, Syphilitique qui, à la suite d’un violent traumatisme, fit un sarcocèle syphilitique droit, qui guérit. ù É
Neuf ans après, il présenta un fritis ; dix ans après : le testicule droit se mit à augmenter de volume et à devenir douloureux. Le traitement anti-syphilitique resta sans effet. Il n'empêcha pas l'ouverture de la tumeur et la formation d'un fongus. On fit une castration et l'examen microscopique de la pièce montra qu'il s'agissait d'un Sarcôme.
À ces trois cas anciens, qu'il nous soit permis d'ajouter une observation personnelle. Elle n'est, certes, pas absolument démonstrative. Puisse-t-elle, cependant, convaincre le lecteur autant qu'elle nous a convaincu ! Puisse-t-elle du moins le troubler et l'obliger à rechercher par l'examen clinique et histologique, ces cas de Cancers sur Syphilitiques qui, nous le croyons, ne sont pas exceptionnels.
Observation 37. — Séminôme-sur Syphilitique (?) du Testicule gauche
(Cochin). |
À, P.…, présente un gros testicule gauche indolore, mais gênant.
Aùx dires du malades, ce testicule jadis de la taille d’une prune, était antérieurement! en ecfopie inguinale. Depuis quatre mois environ, ilgrossit et descend progressivement dans le sac scrotal.
Malade bien bâti, floride, n'accusant que quelques bronchites hivernales et Blennorragie dans le jeune âge.
Le Testicule gauche à peu près ovoide, mesure 7 cm. 3 dans son grand axe, 5'dans son diamètre transversal. Il est légèrement aplati, très dur et complètement indolore. Lisse dans toute sa moitié inférieure, il présente au tiers de sa face externe, quelques crètes parallèles longitudinales, et en son milieu une petite-bosselure rénitente, de la taille d’un pois, très sensible à la presion.
L'Epididyme apparaît normal sur toute sa longueur ; on pince facilement sa tête.
La: Vaginale ne peut être pincée que dans le tiers inférieur de la tumeur.
Le déférent est normal, mais il existe une funiculite antérieure légère dans laquelle on ne perçoit pas les battements de la spermatique.
Le Testicule droit de taille inférieure est souple, lisse, sensible.
L'Epididyme présente; au niveau de sa queue, un petit noyau indolore:
Il semble qu'il y ait un très léger épanchement vaginal. Leucoplasie commissurale. droite légère. Déformation de la pupille droite. Réflexes normaux: Les autres appareils paraissent intacts.
Tension : 13.5 — 9,
Urée : 0.55.
. Les antécédents héréditaires et personnels du maläde ne- nous apprennent rien; par contre, il avoue que sa-femme a suivi plusieurs. séries d'injections intraveineuses, à la Salpétrière,. à-la suite desquelles-une maladie nerveuse aurait été guérie. Son Wassermann à cette époque était positif. Celui du malade fait à ce moment fut négatif.
M: Chevassu pense à-un: Néoplasme:suriun: testicule en-ectopie: Mais vu les antécédents collatéraux du malade, et malgré une nouvelle réaction négative dusang;, conseille un traitement. d'épreuve.
À cet effet, nous faisons prendre au malade l'Iodure-de Potassium per‘os, 2, puis-3, puis 4-gr. En même temps: nous altérnons deux fois par: semaine, le Quinimuthol et l’Acétylarsan intra-fessier.
Au bout de huit jours, nous avons l'impression: (confirmée: par le: malade) que si la tumeur n'a pas diminué elle a, tout au moins, recouvré: une certaine souplesse dans sa moitié supérieure’où:elle est dévenue sensible: La Bosselure de la face externe a disparu en partie.
Encouragés, nous continuons le traitement : au Quinby et au Novarsénobenzol ; à partir de ce moment, éfat stationnaire, au point que le patient demande à reprendre « l’ancien » traitement.
Nous persévérons pourtant ; mais comme au bout de vingt-et-un jours, après le début de ce traitement d’épreuve, nous n’obtenons pas de résultat, comme l'amélioration du début semble s'être arrêtée, comme il nous paraît au contraire que la tuméfaction augmente, craignant un néoplasme, nous conseillons au malade l'exploration sanglante.
Elle a lieu, en définitive, six semaines après la première entrée du malade à l'hôpital.
Voici son compte rendu :
« Vascularisation des tissus mous péritesticulaires. Adhérence totale des deux « feuillets de la vaginale, dissociables sans grande difficulté.
« L'albuginée est plus vasculaire que normalement, mais pas au degré qu’on «observe dans les Néoplasmes. Elle est flasque à la partie supérieure. Une petite «incision montre sous elle un tissu non exubérant, dont on distingue les tubes. « L'ensemble à une teinte feuille morte et n’a pas d'aspect œdémateux ou ver- « nissé.
«Nouvelle incision plus bas au tiers inférieur de la face antérieure. Après «un demi-centimètre on arrive sur üne zone plus consistante, dans laquelle les «tubes ne paraissent plus dissociables, mais forment un bloc un peu gélatineux. « Il s'agit à peu près certainement d'une gomme.
« La limite de cette zone plus dure est légèrement sinueuse. La couleur des deux
« zones est sensiblement la même et c’est leur consistance surtout qui les diffé- «rencie.
«Plusieurs ponctions profondes ne décèlent pas de pus, mais la premièresuture faite après excision d’une tranche, laisse sourdre un peu de liquide puriforme.
L'examen histologique ayant montré qu'il s'agissait d’un Séminôme la castration est décidée.
Elle est pratiquée sans incidents quelques jours après.
Or voici ce que la pièce a montré :
xamen macroscopique : ( quantité considérable de tissu nécrosé, qui remplit
la presque totalité du Testicule hypertrophié. Contours sinueux comme font habituellement les gommes. Aspect vieil ivoire. Autour de cette zone blanche sur les trois quarts de sa circonférence, tissu chamois rosé, formant une coque variant de | cm. d'épaisseur à quelques mm. seulement.
Sur le quart de son étendue, la nécrose affleure directement la surface du testicule. »
La pièce rappelait, donc, le testicule syphilitique.
Examen microscopique (Dr. Giroux).
» Séminôme incontestable, mais le tissu néoplasique vivant occupe une place relativement minime. Dans l’ensemble, la plus grande partie du testicule est nécrosée. Il s’agit à peu près sûrement de nécrose du Néoplasme.
» À la périphérie, lésion de sclérose considérable péritubulaire (des membranes propres) beaucoup plus accentuée que dans les néoplasmes habituels. 1 y a, en plus, des lésions d’endartérite manifeste et (en dehors du néoplasme) des foyers inflammatoires interstitiels, correspondant à urie affection chronique qui n'est certainement pas la Tuberculose, mais très probablement la Syphilis.
C'est vraisemblablement cette sclérose qui a favorisé la nécrose précoce et étendue du néoplasme. On peut se demander si, dans une certaine mesure, ce n'est pas un bien pour un mal.
En tous cas, le malade a quitté l'hôpital vingt jours après la deuxième inter-
vention, complètement cicatrisé.
ous nous proposons de le suivre régulièrement.