‹ Syphilis du TesticuleChapitre 47 sur 65 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

C'est du pronostic fonctionnel que nous voulons parler. Implicitement, nous l'avons déjà étudié dans les chapitres, qui précèdent. Nous serons donc bref.

Deux conditions essentielles sont nécessaires pour assurer le parfait fonctionnement de la glande testiculaire : d'une part, il faut l'intégrité à peu près absolue d’une partie, sinon de la totalité des tubes séminifères ; d'autre part, le libre parcours des voies d’excrétion est absolument indispensable.

Par conséquent, le pronostic est en rapport avec : 1° L'extension des lésions (uni ou bilatérales) :

2° Avec leur âge (infiltration simple et gommes microscopiques sclérose ou gomme ramollie) et leur siège ;

3° Avec la forme (Syphilis classique ou Syphilis occulte) : 49 Avec leur cause (Syphilis acquise ou Syphilis héréditaire).

1° Pour que le Pronostic se pose, il faut que les lésions soient bilatérales. Unilatérales, elles ne présentent que le danger de devenir, non traitées, bilatérales. Cependant, d’après Liégeois, l'inflammation d'un testicule pourraît arrêter la sécrétion du sperme dans l’autre. Si ces cas existent, ils pourraient s’expliquer, non pas par un véritable réflexe à l'instar du réflexe réno-rénal dans l’anurie, mais plutôt par des lésions, qui atteindraient le testicule opposé mais d’une façon occulte.

20 L'âge des lésions est très important à considérer.

Au début, alors qu'il n'y a qu’une simple infiltration, alors que les tubes sont simplement écartés sans être comprimés ni altérés, le traitement appliqué à temps fera disparaître toute lésion et les fonctions, un instant compromises, reparaîtront dans toute leur intégrité. |

Plus tard, quand la rétraction scléreuse a commencé à se faire par places ou dans tout l'organe, les conditions sont changées,

et ce travail cicatriciel sous-albuginé aboutira nécessairement à la destruction des tubes.

Une sclérose partielle permettra, évidemment encore, la sécrétion des spermatozoïdes et leur évacuation, si les voies sont libres ; mais si la glande dans la totalité est atrophiée, si l'on a affaire à un haricocéle ou si la sclérose évolue au niveau de l'Epididyme, y faisant l'office d’une véritable ligature, la fonction sera alors totalement abolie.

Et cependant, vu la marche lente du mal, la période d’opportunité thérapeutique est très longue et le pronostic moins grave qu'on ne le croirait à priori.

Témoin ce fait du professeur Fournier : Un malheureux malade, affecté d'un effroyable lupus naso-guttural, qui avait détruit le palais avec le voile du palais et dévoré tout le pharynx, portait, en plus (et cela depuis une époque indéterminée, mais lointaine), un testicule atrophié par la Syphilis. Ce testicule offrait tout au plus le volume d'une très petite noix : 1l était, de plus, extraordinairement irrégulier de forme, et enfin il présentait au palper une dureté telle qu'on aurait pu, sans grande exagération, le comparer à un caillou. Or, contre mon attente, encore, ajoute M. Fournier, il arriva ceci, c'est que le traitement spécifique prescrit en vue du lupus (frictions mercurielles et iodure) exerça une action vraiment inattendue sur ce testicule rabougri et dégénéré. Ce testicule assurément ne reprit pas le volume qu'il avait perdu, mais il reprit une forme à peu près régulière ; et, ce qui est plus surprenant encore, il recouvra, partiellement pour le moins, sa souplesse physiologique. »

Quand les lésions parenchymateuses testiculaires aboutissent à la nécrose, à une gomme ramollie, évacuée à l'extérieur (à plus forte raison, s'il y a fongus}, les fonctions sont plus gravement et aussi plus sûrement compromises. Le traitement spécifique ne pourra jamais refaire les tubes spermatiques détruits par le processus nécrosique. Le Pronostic dépendra donc de l'étendue de la mortification. Il ne faudra pas espérer récupérer un testicule dont le parenchyme n'est plus qu'un magma gommeux.

Mais même lorsque les lésions sont circonscrites, l'azoospermie, peut être complète. Tout dépend de leur siège : qu'elles détruisent, par exemple, le corps d'Highmore ou la tête épididymaire, qu'elles se trouvent sur la voie d'évacuation des spermatozoïdes et la fonction est à jamais compromise.

30 Ce que nous venons de dire jusqu'alors, s'applique aussi bien à la Syphilis classique qu’à la Syphilis occulte. La Syphilis classique, pendant longtemps latente, oblige

tôt ou tard le malade à consulter, donc à se traiter. La Syphilis

occulte, au contraire, toujours silencieuse, reste toujours igno- : rée du malade et très souvent du médecin.

Son traitement prophylactique est le traitement de la Syphilis en général.

40 Toutes ces considérations d'extension, de stade, de siège des lésions, de forme, valent pour la Syphilis héréditaire comme pour la Syphilis acquise.

Elles sont même plus importantes dans la première que dans la seconde. Dans la Syphilis acquise de l'adulte, l'arrêt de la sécrétion testiculaire entraîne l'azoospermie, la frigidité même ; mais il est exceptionnel qu'elle provoque des troubles organiques secondaires. Dans la Syphilis héréditaire au contraire, ce sont les troubles généraux qui dominent, c'est une déviation complète de tout l'organisme, d'autant plus terrible que celui-ci est moins développé et que les lésions passent tout à fait inaperçues chez l'enfant.

Mais quels que soient l'âge, le siège, l'étendue des lésions, quelle que soit la forme ou la cause de la Syphilis, le pronostic dépend, avant tout, du traitement : bien conduit, il peut réserver des surprises.

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