TRAITEMENT MÉDICAL
Nous n'avons pas l'intention, à cette occasion, de refaire tout le traitement de la Syphilis. Nous nous contenterons de passer en revue, dans l'ordre de leur apparition chronologique, les différents anti-Syphilitiques actuellement connus et, d’en résumer brièvement leurs avantages et leurs inconvénients, dans le cas qui nous intéresse.
A) L’Iodure de potassium.
Vieux médicament qui a résisté aux insultes du temps et aux attaques de ses détracteurs.
Facile à administrer, on lui reconnaît, depuis Ricord, son influence curative certaine, particulièrement dans. les lésions d’un âge avancé de la maladie.
Malheureusement, 1l a ses inconvénients généraux et locaux.
Généraux : ce sont tous les accidents d'iodisme (en particulier l’acné iodique) que l’on connaît ; ce sont ses contre-indications dans les cas de terrain tuberculeux ou d’association tuberculeuse.
Locaux : ce sont des réactions inflammatoires, rares mais importantes : tel le cas d’un malade qui, atteint de Fongus du Testicule droit et d'Orchite scléro-gommeuse du Testicule opposé, présenta, à la suite d'administration de l'iodure de potassium à la dose de 4 gr. pendant quatre jours, un énorme éléphantiasis rouge, douloureux du scrotum — avec signes généraux graves — qui disparurent complètement huit jours après (Observation 58).
Comment administrer l'iodure de potassium ?
Dans un article récent, un auteur américain préconisait, à la suite de ses expériences, l'emploi des petites doses. Nous ne croyons pas que ses recherches sur la Syphilis expérimentale du lapin puissent autoriser à appliquer ses conclusions dans la Syphilis testiculaire de l’homme. Jusqu'à preuve du contraire, nous nous en tenons à la méthode des doses croissantes, rapidement progressives, à partir de 2 gr. jusqu'à 5 et 6 gr. si le malade est tolérant.
Nous nous sommes très bien trouvé de la méthode que nous a enseignée M. Gougerct :
d | c Nous prescrivons, donc, une solution aqueuse concentrée :
KES. eee Etre 50 sr.
Eausdisillée. SR qs. 250 gr.
| cuillerée à café = donc | gr.
Nous conseillons alors au malade de verser dans un verre d’eau très sucrée, autant de cuillerées à café de la solution concentrée et de teinture d’oranges amères, qu'il doit prendre de grammes d'iodure. Il boira le verre ainsi préparé — par petites gorgées — dans la journée. 3
B) Le Mercure.
En ingestion, en friction, en injection, a pu être employé tout seul et compte à son actif d'assez nombreuses guérisons d'Orchi- Epididymite syphilitique. C'est le médicament des accidents précoces de la Syphilis et de certains accidents tardifs particuliers. De sorte que Mauriac pouvait conclure que le traitement mixte KIT et Mercure s'imposait : le mercure prédominant dans le sarcocèle scléreux précoce, le KI dans les gommes testiculaires tardives.
Parmi les sels de mercure, le plus facile à employer, à notre avis, restera le Cyanure de Mercure.
C) Sels arsenicaux.
Mais comme d'assez nombreux cas de Syphilis du Testicule restent réfractaires à ce traitement mixte, dès l'apparition des sels arsenicaux, on eut l'idée de les employer dans la Syphilis du Testicule comme dans les autres accidents syphilitiques. Barraud consacra sa thèse inaugurale au traitement de la Syphilis testiculaire par le Salvarsan et le Néosalvarsan. Il y consigne de nombreuses observations de malades, qui ne guérirent que par ce puissant médicament.
Mais 1l faut se rappeler qu'avec le 914 (à plus forte raison avec l'ancien 606) il y a des cas d’intolérance ; que chez les sujets âgés, ayant un foie ou des reins plus ou moins déficients, il est difficile de l’employer ; et, qu'enfin, c'est un traitement qui peut ne pas satisfaire malade, ni médecin.
D) Bismuth.
Aussi dès l'apparition du Bismuth dans l'arsenal anti-syphilitique, on en généralisa l'emploi dans tous les accidents de cette affection.
Hydroxydes ou iodoquinates peuvent être employés et donnent d'excellents résultats. Mais comme les autres médicaments, il a ses inconvénients, étant donnée la fréquence de la denture défectueuse de ces malades.
En résumé, voilà quatre médicaments ; lequel choisir ?
Disons tout de suite que l'iodure de potassium ne peut être employé seul, ou plutôt qu'il ne l'est jamais. Mais nous nous empressons d'ajouter qu'à l'instar de beaucoup d'auteurs, nous croyons que, surtout dans les formes gommeuses, c'est un adjuvant, sinon nécessaire, du moins excellent, des autres traitements.
Pour le choix des autres médicaments, c'est question de tempérament du malade et du médecin.
D'une part, le choix du traitement impose un examen complet du sujet (foie, rein, cœur), des considérations matérielles (situation, commodités) ; d'autre part, c'est une question d'habitude chez le médecin.
En ce qui nous concerne, nous avons vu des Orchi-Epididymites syphilitiques céder au Muthanol ; nous avons plusieurs observations de guérison par le Quinby ; nous avons deux observations d'amélioration, d’ailleurs lente, par le Cy Hg. ; mais la plupart de nos malades ont été traités au Novarsénobenzol intra-veineux (1).
C'est, à notre avis, de beaucoup, le médicament de choix.
Dès que le Diagnostic d'Orchi-Epididymite syphilitique est posé, nous faisons le jour même au malade, 0 gr. 02 de Cy Hg, et commençons dès le lendemain le traitement au 914. Lorsque nous soupçonnons une forme à tendance gommeuse, nous prescrivons, en même temps, de l'iodure. De cette façon, l’on arrive à obtenir des guérisons quasi miraculeuses. Dès le lendemain de la première injection l'amélioration est évidente. Elle est régulière, progressive et rapide. La sensibilité apparaît dans les
(1) Un seul a été soigné au Sfovarsol, dont l’action nous a paru, dans ce cas, particulièrement lente. (Observ. 60.)
zones les moins infiltrées, les plaques se ramollissent, les bosselures s’affaissent : l'épanchement, s'il existe, diminue, et les testicules les plus déformés prennent peu à peu leur configuration normale.
A la fin de la série de huit ou dix injections, la restitutio ad integrum est à peu près complète ; seuls persistent, plus ou moins longtemps, des noyaux cicatriciels, surtout épididymaires.
La maladie n’est plus, au grand étonnement du malade (qui malheureusement guérit trop vite), et quelquefois du médecin, qu'un mauvais souvenir.
En résumé, pour le traitement de l'Orchi-Epididymite syphihtique, on possède au choix trois médicaments : le meilleur le 914 ; un bon le Bismuth : le moins bon le Mercure, tous associés, si possible, à l'iodure de potassium.
Comme dans les autres localisations de la Syphilis, le traitement doit être intensif, régulier et prolongé.
Intensif, c'est-à-dire poursuivi à doses croissantes et élevées.
Régulier, car comme nous l’avons vu, un traitement irrégulier ou insuffisant risque d'activer les lésions et de les disséminer. Une Orchi-Epididymite monotesticulaire peut devenir ainsi bitesticulaire.
Prolongé, parce que le malade, s'il guérit rapidement de son atteinte testiculaire n'en reste pas moins un Syphilitique. Parce que enfin, sa Syphilis testiculaire pourrait récidiver.
A. Cooper a vu quatre récidives successives chez le même individu. Curling écrit que l'Orchi-Epididymite syphilitique est sujette à récidives si elle est mal traitée. Tédenat signale des rechutes en cas de traitement incom- plet ou irrégulier. Hallopeau enfin, a publié une observation de récidive, malgré le traitement.
Pour notre part, nous n'en avons vu que deux cas. Dans l'un, il s'agissait peut-être d’un rappel à l’âge adulte, d'une Orchi-Epididymite syphilitique héréditaire ayant évolué dans l'enfance (voir Syphilis héréditaire tardive):
Dans l’autre, c'était un malade qui nous consultait pour une grosse tumeur du Testicule droit apparue depuis deux mois (gomme comme l'a montré l'opération) et qui racontait que, deux ans auparavant, il avait présenté pareille atteinte, qu'un traitement par des injections, reçu à Saint-Louis, avait très rapidement guérie (Observation 81).
Un cas particulier :
Traitement d’épreuve.
Comme nous l'avons dit, il doit être rapide et intensif, Maximum de traitement pour minimum de temps. Nous associons, donc, en les alternant, les médicaments :
Nous associons Bismuth et Novarsénobenzol (plus exceptionnellement Cy Hg) en injections à l'iodure per os.
Ainsi le malade reçoit en quinze jours, dans ses veines, quatre injections de Novarsénobenzol (0 gr. 15, 0 gr. 30, 0 gr. 45, ee 60); dans ses muscles, quatre injections de Bismuth (la teneur en sel variant avec la formule), sans compter un nombre important de grammes d'iodure par la bouche.
Dans la règle, ce traitement est admirablement toléré.
Résultats.
On peut les diviser en trois groupes :
IT groupe : Cas cédant facilement.
2€ groupe : Cas cédant léntement où imcompletement. 32 groupe : Cas ne cédant pas au traitement.
À) 1% groupe. — Cas cédant facilement : C'est la grande majorité des Orchi-Epididymites syphilitiques.
Elles cèdent plus où moins vite, quel que soit le médicament anti-syphilitique employé.
Nous venons de voir un malade atteint depuis de longs mois d’une petite plaque de blindage du testicule avec hydrocèle légère. Cette longue évolution stationnaire semblait s'expliquer par le fait que le patient, sur le conseil de son pharmacien, prenait de temps à autre, des dépuratifs — à
base d’iodure |
B) 2° groupe. — Cas cédant lentement ou incomplètement :
1° I] faut se rappeler que les lésions épididymaires sont plus longues à guérir que les lésions testiculaires.
Un malade, chez lequel les irrégularités du testicule s'étaient complètement effacées à la fin d’une première série de 914, n'a vu disparaître un nodule de la tête épididymaire qu’au bout d’un an de traitement tenace et sévère
(Observation 61).
2° Quand une Orchi-Epididymite syphilitique cède lentement au traitement, nous changeons de médicament ; parfois, nous les alternons : d'autrefois, nous les associons. On active ainsi assez. souvent la guérison.
De même quand la rétrocession d’une Orchi-Epididymite syphilitique subit sans cause un arrét.
Le malade, dont nous rappelons plus haut les accidents iodiques locaux, après une amélioration certaine au début, présenta durant au moins trois semaines, un état stationnaire et ce, malgré un traitement au 914 et Cy Hg. En désespoir de cause, on prescrivit l’iodure qui, ingéré pendant quatre
Jours, amena les accidents que l’on connaît ; mais à partir de ce moment, bien que tout traitement anti-syphilitique fut cessé, la guérison se poursuivit activement et sans arrêt. L'iodure, soit directement, soit indirectement par le choc, qu'il avait provoqué, sembla avoir sensibilisé le malade aux médicaments antérieurement absorbés (Observation 58).
Quand enfin, l'Orchi-Epididymite syphilitique cède incomplètement à tous les traitements syphilitiques employés, c'est qu'il s’agit vraisemblablement d'association pathologique (quelquefois gonococcique, surtout Tuberculose exceptionnellement Cancer) qu'il faut rechercher : ou qu'elle rentre dans le :
C) 3° groupe. — Cas ne cédant pas au traitement.
Ïls ne sont pas exceptionnels. Ils sont embarrassants. Quand on ne les connaît pas, on croit avoir fait un faux Diagnostic ; quand on les connaît, on risque de passer. à côté du vrai.
Ne cèdent pas au traitement :
a) Les formes suraiguës,
b) Les formes particulièrement scléreuses (Haricocèle surtout),
c) Les gommes très étendues recouvertes d’une coque albuginique.
Dans quatre observations d’une Orchi-Epididymite syphilitique, qui ne cédaient pas au traitement, doutant du Diagnostic, nous fimes faire une biopsie : Dans les quatre, il s'agissait d'énorme gomme ayant noyé tout le parenchyme testiculaire. En effet, si le traitement anti-syphilitique agit sur le tissu d'inflammation périgommeux, il reste, bien
entendu, complètement impuissant à l'égard du tissu de nécrose.
d) Il y aurait enfin des Orchi-Epididymites syphilitiques très rares mais certaines, sur lesquelles le traitement reste sans prise.
On peut se demander si dans ces observations le Diagnostic de Syphilis ne devrait pas être réformé et s'il ne s'agirait pas là d'une autre inflammation chronique X.…., qui s'en rapprocherait.
Dans tous ces cas ne cédant pas au traitement médical ordinaire, le médecin doit s’effacer devant le chirurgien.