V. — FONGUS
Observation 58. — Fongus du Testicule droit. — Orchi-Epididymite du Testicule gauche cédant mal au traitement (Cochin) (Photogr.).
S..., âgé de 45 ans, de nationalité polonaise, ne parlant pas le français, entre à Saint-Louis pour une ulcération des bourses et du front.
Il est impossible d’avoir des précisions sur le passé du malade ou sur le début des lésions actuelles.
Il présente actuellement sur la face antéro-externe du scrotum gauche qui est aminci, déplissé, rouge violacé, une vaste ulcération, dépassant la taille d'une pièce de deux francs ; à peu près circulaire, à bords nets à pic, à travers laquelle saillit une tumeur jaunâtre parsemée, dans sa partie inférieure, de gros bourgeons rouges, tomenteux, mûriformes, non saignants, tandis que plus haut elle est encore bridée par un pont de tissu brunâtre qu’elle semble avoir fait éclater.
Cette tumeur représente le testicule avec ébauche de Fongus. La glande très
es —
augmentée de volume, 10 cm. de long sur 9 cm. de large, est ovoïde, lisse par ailleurs ligneuse et indolore.
Du côté opposé :
Le testicule gauche plus volumineux encore, constitue une masse ovoïde, uniforme, dure, indolore, dans laquelle on ne peut plus reconnaître aucun des éléments habituels. Nulle part on ne peut pincer la vaginale,
Des deux côtés, le canal déférent reconnaissable très haut, est normal : le cordon est souple, la prostate bien délimitée,
Sur la région frontale gauche, on voit une vaste ulcération des dimensions d'au moins une pièce de cinq francs dont les bords en pente douce, sont rouges grenat et vermoulus, délimitant dans sa profondeur, une petite surface où l'os est à nu.
La réaction de Bordet-Wassermann est très positive.
On commence le traitement par cinq injections de Cy de Hg qui produisent une néphrite albumineuse simple, on le continue par du Novarsénobznzol intra-veineux.
À la troisième dose que le malade tolère fort bien, l'os frontal n’est plus à nu, le fongus se déterge, l’ulcération scrotale diminue. Le traitement au 914, est continué à doses croissantes et élevées. À partir de la cinquième injection cependant, l'état du malade reste stationnaire. Bien plus, il semble qu'après la huitième piqûre, l’ulcération scrotale augmente, tandis que la gomme frontale est en bonne voie de cicatrisation.
L'état ne s’améliorant pas au bout de quinze jours, nous conseillons l’iodure de K. On fait prendre au malade 4 gr. de KI pro die. Au quatrième jour, la température s'élève, l’état général est mauvais, le malade abattu ne mange pas. Localement apparaît un énorme œdème éléphantiasique des bourses, qui sont rouges, douloureuses, impressionnantes.
Bien entendu, on cesse l'iodure.
Ces symptômes locaux généraux rétrocèdent complètement en quelques jours* L'on assiste alors, soit par suite du choc, soit par une véritable sensibilisation de l'organisme à l'égard des traitements antérieusement suivis, à une amélioration locale rapide. Le testicule s’aplatit, l’ulcération scrotale diminue tous les jours, et un mois après, bien que l’on cessât tout autre traitement local en général, le testicule droit méconnaissable était devenu petit et souple, coiffé d'une tête épididymaire presque normale. L’ulcération s'était cicatrisée en partie, il ne persistait qu’une fistulette en cul de poule adhérente à la glande, au milieu d'un placard scrotal encore infiltré.
Du côté opposé, l'évolution avait été différente.
À la suite de l’iodure, le testicule gauche avait augmenté de volume, au point que l’on craignait une dégénérescence, puis au bout de quinze jours, 1l se mit à diminuer légèrement.
C'était maintenant un œuf de poule lisse, rénitent en avant, dur en arrière, au-dessus duquel on sentait la tête épididymaire sensible, tandis que nulle part on ne pouvait pincer la vaginale. Nous décidâmes alors de faire faire une exploration sanglante.
En voici le compte rendu :
Incision de la vaginale très adhérente à la surface du Testicule. Le testicule, très augmenté de volume, a dans son ensemble un aspect jaunâtre. Sa consistance est irrégulière.
Incision de l’albuginée. I n’y a pas de substance propre du testicule, on tombe ‘dans une masse dure, d'aspect jaunâtre, d’allure gommeuse, dont on prélève un fragment pour examen histologique.
Examen microscopique (Dr Giroux) :
Masse nécrotique sous-jacente à une albuginée épaissie: scléreuse et dissociée par des amas inflammatoires, à disposition dans l'ensemble plutôt périvasculaire, foyers à lymphocytes et à cellules épithélioïdes sans disposition vraiment régulière comme dans la Tuberculose.
Absence de cellules géantes. Le tissu fibreux de l'albuginée se continue avec un tissu scléreux inflammatoire nécrotique.
Cette nécrose se caractérise par la persistance des travées ass et des fibres élastiques. Dans cette nécrose, les éléments cellulaires conservent un certain temps leur forme et prennent l'aspect fibrinoïde. s Observation 59. — Fongus syphilitique du Testicule vraisemblable-
ment héréditaire, réveillé à l’occasion d’une Orchi-Epididymite
urinaire (Cochin).
]..., âgé de 70 ans, a été pris, il y a une dizaine de jours, de fièvre et de fortes douleurs dans la bourse droite rouge et augmentée de volume. Malgré le repos et la révulsion, ces signes augmentent, pour rétrocéder, il y a 48 feures avec l'ouverture de la bourse et l'issue d’une matière purulente.
Le malade, ancien infirmier encore très vert malgré son âge et RTE nie avoir eu la Syphilis. Sa femme est morte en couches. Il a eu six enfants, dont cinq sont bien portants, mariés, pères de famille. Un seul, étant mort en bas âge. |
Pupille de l’assistance, n’a pas connu ses parents. À toujours été bien portant, mais à l’âge de 14 ans, à l’occasion d’une châte sur le périnée, le malade aurait eu une Orchite fistuleuse gauche ayant entraîné la fonte du testicule, et soignée par des pilules.
© [lya trois mois, est entré dans le service où il a été prostatectomisé(en un temps): Peu de jours après l'opération, se déclare une Orchi-Epididymite droite qui dure quinze jours, et le malade quitte l'hôpital apparemment guéri. Il y rentre un mois après.
Actuellement :
La peau scrotale présente à droite, une couleur rouge violacée, œdémateuse à la périphérie, un aspect lisse, tendu, inflammatoire au centre.
À son milieu, une ulcération de la taille d’une pièce de 0 fr. 50, régulière, à bords nets, rouges, à pic, par laquelle fait à peme hernie (1 cm.) une substance jaune clair, recouverte d’une croûte adhérente brun foncé. Cette ébauche de fongus et l’adhérence du scrotum fixent l’ organe sous-jacent, dont les contours se dessinent à l'œil nu.
Et de fait, la palpation qui nulle part n’est douloureuse, montre qu'il s’agit du festicule, pas très augmenté de volume, faisant hernie au centre, adhérent à ses extrémités et coiffé à sa partie postérieure par un Epididyme gros, lisse, régulier à la queue, souple et petit à la tête.
Le canal déférent est plus gros et plus dur que normalement. Il y a une funiculite importante.
Le malade vide spontanément sa vessie, ses urines sont claires, pas de résidu, et le testicule rectal est négatif.
Du côté opposé, le testicule gauche n'est plus représenté que par un petit moignon indolore appendu au canal déférent.
L'examen complet du malade ne nous a absolument rien révélé.
La réaction de Hecht est négative.
Et cependant, nous pensons à un fongus syphälitique réveillé par un Orchi- Epididymite urinaire chez un malade ayant eu en son jeune âge, une Orchi- Epididymite gommeuse, et nous commençons le traitement.
KI per os; Cy Hg intra-veineux alternant avec Quinby intra musculaire.
Les premières injections semblèrent confirmer notre Diagnostic, au grand regret du malade qui se refusait à toute idée de Syphilis.
L'inflammation disparut, la croûte tomba, l'ulcération diminua et aussi les sécrétions, qui s’en écoulaient.
Mais cette amélioration certaine ne persista pas, l'état apparaissait stationnaire, bien plus, les bords de l'ulcération devinrent exubérants, et formaient une collerette à travers laquelle sortait au milieu d’une sérosité purulente, augmentée par la pression testiculaire, un tissu mortifié, jaune clair, fragmenté, pareil à l'étoupe, qu'on pouvait attirer au dehors sans aucune douleur.
La castration est alors décidée. Elle se fait très simplement et quelques jours après, le malade guéri quitte l'hôpital.
Examen histologique :
L'Epididyme est soudé par du tissu inflammatoire au testicule, qui adhère à la peau.
Il est le siège de lésions inflammatoires et scléreuses. £
En un point près du voisinage de l’Epididyme, on trouve un reste de testicule reconnaissable, constitué par des tubes revenus sur eux-mêmes, à parois considérablement épaissies et dont l’épithélium de revêtement a en partie disparu. Le tout est plongé dans un tissu inflammatoire constitué par des lymphocytes.
Fongus :
La masse testiculaire proprement dite, très atrophiaue, est Han par un immense fongus.
À la périphérie lésions de sclérose très prononcées portant sur les nerfs et sur les vaisseaux. Les nerfs sont atteints d’endonévrite très accusée, les vaisseaux de périartérite avec grosse endartérite oblitérante.
Toutes ces lésions parsemant un tissu inflammatoire, sans que nulle part il yait une plage de nécrose ni gomme nette.
Le Fongus lui-même est constitué de granulations abondamment vascularisées, par des bourgeons charnus, par un tissu dont la surface paraît s’épidermiser.
À la surface du tissu de granulations et à l'intérieur des vaisseaux de nombreux polynucléaires, qui plus bas, sont progressivement remplacés par des lymphocytes et des plasmazellen, de sorte qu'il n'y a pas de limite nette entre le fongus et la masse testiculaire.
Conclusion : les lésions vasculaires et nerveuses, les foyers inflammatoires, paraissent donc en faveur d’une Syphilis testiculaire.
Observation 60. — Fongus du Testicule droit. Association Blenno- Syphilitique probable (Cochin).
L.., F..., âgé de 28 ans, entre dans le service pour « abcès » de la bourse FPE : »
A la suite d’une Blennorragie contractée, il y a deux mois et demi, le malade
présenta le 13 janvier dernier, une Orchi-Epididymite droite, qui nécessita un repos au lit de dix jours dans un service voisin.
Le 1er février, soit sept jours après, alors que l'appareil testiculo-épididymaire droit semblait être redevenu normal (un noyau à la queue épididymaire excepté) le malade s'aperçoit que sa bourse droite augmente à nouveau de volume, quoique restant indolore. Très rapidement, dit-il, il s’y forme une sorte d’abcés du volume d’un œuf de pigeon, qui l’oblige à venir consulter.
Actuellement à l'examen alors que le testicule gauche est parfaitement normal, le testicule droit présente en avant une tuméfaction fluctuante, rouge, peu douloureuse sur le point de s'ouvrir sur la face antérieure du scrotum.
En arrière d'elle, à peine séparée par une région dure et indolore, on sent un Epididyme dont le corps et la queue surtout, sont augmentés de volume sans trop, très durs et sensibles.
La tête, au contraire, est souple, on la pince facilement, maïs non sans douleur.
Le cordon est le siège d’une grosse funiculite, et le canal déférent est plus dur et plus gros que du côté opposé.
La prostate présente un cadre droit un peu plus ferme tandis que la vésicule, du même côté, apparaît légèrement perceptible.
Les urines claires dans le deuxième et troisième verres sont louches avec gros filaments purulents dans le premier. L'examen du pus uréthral a démontré la prèsence de gonocoques.
Rien à l'appareil respiratoire.
Aucun antécédent, et en particulier le malade affirme ne pas avoir rencontré le tréponème.
Deux jours après, la fuméfaction testiculaire est ponctionnée.
Il en sort un liquide séro-purulent dans lequel on n'a pas trouvé de Baailles de Koch. Dès le lendemain, s'installe au lieu de ponction, une fistule sur la face antérieure du scrotum.
Six jours après, par l'ulcération scrotale qui a grandi peu à peu, au point d'atteindre la taille d’une pièce de un franc, apparaît une masse bourgeonnante, qui saille légèrement à la surface. Rouge, irrégulière, peu saignante, indolore, c'est un Fongus testiculaire entouré par des bords à pic, ourlés, violacés.
Sous le fongus qui en dépend, la palpation Permet de reconnaitre le testicule qui est petit et qui a conservé une certaine sensibilité. :
Les annexes de la glande restent ce qu'ils étaient à l'entrée du malade à l'h6pital.
L'examen du sang pratiqué, il y a quelques jours, donne le résultat suivant :
Hecht : faiblement positif.
Wassermann : très faiblement positif.
Calmette : négatif.
On soumet le malade au traitement par le Siovarsol : trois comprimés à 0 gr. 25 pendant huit jours. N
L'ulcération scrotale et le fongus diminuent progressivement, mais lentement, si bien que onze Jours après, 1l existe encore une ulcération bourgeonnante de la taille d’une pièce de 0 fr. 50.
On commence le traitement novarsénobenzolique, trois jours après, la première injection de 0 gr. 15, la cicatrisation est complète.
Le testicule nettement diminué, recouvre peu à peu à consistance et sa sensi-
bihté.
La queue épididymaire reste indurée. Il y a encore des gonocoques dans le pus uréthral.
Voici donc une observation intéressante à plusieurs points de vue :
1° L'association presque certaine d'Orchi-épididymite blennorragique et syphilitique ;
2° Rapidité de la formation du Fongus en rapport probable avec la ponction de la gomme ;
3° L'influence curative lente du Stovarsol, contrastant avec la remarquable efficacité de 914.