‹ Syphilis et déontologieChapitre 11 sur 29 · FIANCÉS SYPHILITIQUES · texte numérisé non relu

FIANCÉS SYPHILITIQUES

venir, indiquera encore quelque mauvaise précaution à prendre et finalement autorisera à regret, mais autorisera, ce qu'il ne peut plus défendre.

En somme, en présence d'un fiancé syphilitique, le médecin n'aura qu'une règle de conduite, Tintransig'eance, qu'un principe à formuler: abstiens loi.

Survenant au cours du mariage, ou constatée seulement après la consommation de celui-ci, la syphilis impose de nouveaux devoirs au médecin. 11 ne s'agit plus pour lui, comme dans la syphilis prématrimoniale, d'une formule simple, facile à retenir, s*appliquant à peu près à tous les cas, dont il a seulement quelque peine à obtenir l'application par le principal intéressé ; il s'agit de situations très variées, très multiples, mettant en éveil sa sagacité et dans le dédale desquelles il a plus souvent à faire acte de diplomate qu'à user de procédés comminatoires.

Très variable est la façon dont le médecin prend contact avec un syphilitique marié, car très variables sont les conditions dans lesquelles ce syphilitique a pris la syphilis et en a soupçonné l'existence.

Ici encore, il nous faut envisager séparément la conduite à tenir suivant que le médecin est consulté par le mari ou par la femme : elle différera radicalement.

La syphilis de l'homme marié peut reconnaître des origines très différentes : elle peut ôtre la suite et la continuation de la syphilis du jeune homme, elle peutêtre la syphilis du fiancé prolongée ou, plus exactement, relardée et ne se manifestant qu'après le mariage. Elle

peut enfin avoir été contractée pendant le mariage, et alors elle est le plus souvent la conséquence de rapports sexuels extra -conjugaux; parfois cependant, elle résulte d'une inoculation purement accidentelle et extragénitale et, quelquefois aussi, elle a été contractée dans les rapports conjugaux, la femme étant syphilitique.

Ce simple énoncé montre que la conduite du médecin pourra être dirigée par le mode même de contamination ; son dernier terme montre que, dans les cas où l'origine de la syphilis n'est pas nettement établie par r interrogatoire, il faudra être réservé dans Texposé du diagnostic, des conditions de développement de la syphilis, et se rappeler que le mari peut porter, en son chancre, la preuve d'une infortune autre que celle qui consiste à avoir la syphilis.

La syphilis de Tbomme marié peut être la suite et la continuation de la syphilis du jeune homme, ai-je dit plus haut.

Envisageons, en suivant l'ancienneté décroissante de Finfection, les diverses hypothèses qui peuvent en résulter.

L'infection remonte-t-elle à une époque déjà éloignée, se traduit-elle par des manifeslalions d'ordre tertiaire, dépourvues de tout caractère contagieux, ne présente-Uelteenun mot aucun danger ni pour Tépouse ni pour la descendance, elle ne commande, du fait de son existence chez un homme marié, aucune prescription spéciale : le médecin devra, bien entendu, faire corinaUre au malade la nature et la cause des accidents dont il est atteint, il lui prescrira un traitement aussi peu compromettant que possible dans sa forme et, si quelqu'une de ses prescriptions risque d'attirer Fat-

SYPHil^lS ET DÉONTOLOGIE,

tention de renloarage immédiat et de provoquer des questions ou des allusions, il lui fera de suite observer que bien des maladies très diverses sont justiciables du mercure ou de Fiodure; il se gardera enfln, quoiqull arrive, de faire connaître à qui que ce soit dans Tenlourage du malade, h moins d'y avoir été autorisé par celui-ci, que la syphilis est en cause.

La syphilis peutj au contraire, en être encore à la période dangereuse, voire môme à la période uUracontagieuse, à ses premières phases. Ou bien ce mari a eu la syphilis quelques mois auparavant, et, non instruit par le médecin qu'il a consulté de Timpossibililé où il était de se marier, ne constatant plus d*aulrc part aucune manifestation apparente après quelques semaines de traitement, il s'est marié sans demander avis; ou bien, il a eu quelque temps avant son mariage un chancre dont la nature a été méconnue par le médecin consulté el> ne voyant ^apparaître aucun accident secondaire, il s'est, de la meilleure foi du monde, fiancé et marié sans retourner demander un avis médical qui lui semblait inutile; ou bien encore, Faccident primitif a été si léger, si bénin d'apparence qu'il n*a pas songé à consulter, si passager qu'il n'en a pour ainsi dire pas eu le temps, et jamais il n'aurait pu, dans sa candeurj penser que cet accident fût un chancre; c'est seulement lorsqu'il vient consulter pour une alopécie en clairières, pour une angine persistante, qu'il se rappelle cet accident et en apprend la signiflcation*

De ces syphilitiques inconscients, mariée par inacL vertance si Ton peut ainsi dire, les exemples sont loi i d'être rares, surtout dans la clientèle hospitalière.

Plus rares, on le comprend sans peine, sont le= syphilis que j ai appelées syphilis de fiancé relardées

LA SYPHIU9 DANS LE MAniAGE.

:ontractées dans le coors môme des fiançailleSj mais le semanifestanl, en raison de la durée de l'incubation lu chancre, qu'après la célébration et la consommation lu mariage^ elles sont particulièrement dangereuses, lie chancre pouvant être pris pour une écorchure banale son début et n'empêchant pas les rapports sexuels à m moment où la jeune mariée est parLiculièrement ipLe et exposée à prendre la sypliilis.

Quel que soit Vûige de ces syphilis prématrimonîales, [u*elles se traduisent seulement par un chancre ou [u'elles soient parvenues à la période secondaire, il suffit qu'elles en soient encore h la période contagieuse^ la période où elles sont transmissibles h la descen- Idance, pour que la règle du médecin soit 1 racée.

Il faut, sans exception, sans compromission, interlire tout rapport sexuel (1) pendant toute la période )ù le mariage n'aurait pu être permis si le syphilitiquei lu lieu d'être marié, était fiancé — c'est-à-dire, nous Tavons vu plus haut, que quatre ans à partir du début de in syphilis, et dix-huit mois à partir de la cessation les derniers accidents syphilitiques, doivent sètre 'écoulés avant la reprise des rapports sexuels et que ceux-ci doivent être précédés d'un traitement mercuriel destiné à préserver de la syphilis le produit de la conception si celle-ci a lieiK

(1 ) La suspensioD prolongée des rapports sexuels est considérée par les tribunaux comme ime injure grave, susceptible aux termes de rarticle 231 du Code civil, de servir de hase à un jugement de divorce. Mais il faut, pour qu^elle revête ce caractt^re, qu'i^lle soit volontaire, non motivée par une raison majeure; les jurisconsuUes et la jurisprudence (Tribunal de Versailles, 4 juillet 1883) admettent que^ du moment ou le mari s'abstient de remplir le devoir conjugal pour ne pas transmet Ire la syphilis h sa femme, il est excusable et le divorce ne peu t ùtre prononcé contre lui pour ce motif, THiBi^actB^ -« Syphilis et Déon t. y

&YPHJL1S ET DEÛNTOtOGlE.

Certes, sur TefTet de cette prescription, il ne faut pas se leurrer outre mesure : peu d'hommes mariés F observeront* Tout au moias faut-il leur en montrer la nécessité, leur faire voir le danger qu'ils courent d'infecler leur femme, reculer ainsi dans des proportions considérables le moment où ils pourront songer à la possibilité d'une grossesse, leur laisser seulement entrevoir que, s'ils se soignent très régulièrement, la durée de celle quarantaine pourra être quelque peu raccourcie.

La suspension absolue des rapports sexuels n'est même pas suffisante en pareil cas pour préserver la femme de la contagion de la syphilis : le médecin devra conseiller au mari syphilitique^ en période contagieuse, de ne pas partager le lit de sa femme^ qu*il pourrait contaminer par des aUoucbements inconscients, par des embrassements, etc.

Il est relativement facile de prouver à un mari la nécessité de ces prescriptions, leur capitale importance, l'intérêt qu*il a à les prendre et pour lui et pour m femme. Il est plus difficile d'obtenir qu'il les prenne et surtout quMl les fasse accepter par sa femme et plus encore s'il s'agit d'une jeune mariée qui ne manquera pas d'en référera sa mère et de se renseigner sur celle anomalie de rexistence conjugale.

Il importe donc de lui montrer que son intérêt bien compris est en somme de les mettre en pratique j que, s'il infecte sa femme, le scandale sera plus grand encore que de faire lit séparé; que la brouille sera plus imminente encore; qu'il s'expose à une instance en divoroe si sa femme est mal conseillée; qu'il sera, de pla exposé h avoir des enfants syphilitiques et qu'< somme, ce sera, suivant le dicton, feculer pour miel fiauter*

Là SYPHILIS DANS LE MAtlUGE.

Il prétextera donc, pour excuser la suspension des rapports sexuels, d'une indisposition quelconque, d'un soupçon de grossesse, et, |iour faire lit à part, d'un mal de gorge, d'un malaise; il gagnera ainsi du temps et pourra utiliser ce temps à préparer ses plans.

D'après mon expérience, et j'y reviendrai à plusieurs reprises dans le cours de ce chapitre, ce qu'il y a de plus habile de la part d'un mari syphilitique est d'avouer : s'il n'avoue pas, il est obligé de se cacher pour consulter, de se cacher pour se soigner, d'inventer mensonges sur mensonges pour expliquer les successifs accidents de sa syphilis, il se perd dans ce tissu de mensonges, se fait prendre qnelfiuc jour en flagrant délit et n'en paraît que plus coupable; si, au contraire, il avoue, les précautions et le traitement deviennent plus faciles, Texislence toute entière est simplifiée ^ la femme, au lieu d'être une adversaire, peut devenir une confidente, qui le défend contre les autres et le protège contre les indiscrétions.

L'aveu est, j*en conviens, plus difficile h faire acce|)ier par une jeune mariée, plus difficile à provoquer de la part d'un jeune marié, qui n'a pas encore eu le temps de gagner la confiance de sa compagne, qui ne sait comment celle-ci recevra une confidence à laquelle son éducation ne la prépare peut-être pas et dont, peut-être, elle va s'empresser d'aller faire part à sa mère. Il y a ici une situation complexe, encore mal assurée, mal définie ; le médecin ne peut à lui seul trancher la question, mais il peut se permettre de donner des conseils généraux et de proposer des arguments qui en facilitent la solution*

Le cas n'est pas pendable, fera4-il observer : le jeune p.Qmm^ ignorait^ en se mariant^ £|ull fût contagieux,

SYPHILIS ET DlilONTOLOfilE,

OU même qu'il filt malade; celle maladie se transmet le plus souvent dans les rapports sexuels, mais elle peut aussi se Iran s mettre par des contacts accidentels, par les contacts les plus innocents; si donc le mari ne veut pas avouer qu'il a pris la maladie d'une maîtresse ou d'une liaison accidentelle, il peut forger une his toire de syphilis exlra-génilale pour l'édification de laquelle le médecin le documentera; le mari, en faisant son aveu, aura soin d'atténuer les dangers de la ma ladie, les dangers de contagion, tout en les lâîssont entrevoir. Pour arrêter les termes de cet aveu, — lu chose est d'importance, — il fera bien de demander avis à son père qu'il aura rais en toute conflance au courant de la situation et qui est encore ici son plus sûr confident et son plus fidèle conseiller. Suivant les circonstances, suivant les relations antérieures au mariage, suivant les caractères et les tendances morales, suivant la confiance que les époux ont déjà l'un pour Tautre, le mari engagera ou non sa femme à mettre ses parents dans la confidence, fera ou non auprès d'eux une démarche; mais, sur ce point, il faut être parlieufièrement réservé, tant que la femme n'est pas infectée.

Ce sont là conseils et simples conseils que le médecin peut et doit donner à son client, pour Taiderà sauver une situation qui risque de devenir grave; une fois qu'il les a donnés, le médecin n'a pas à les renouveler, ni à y insister : libre au client de ne pas les suivre et de ne pas profiter de l'expérience de ceux qui ont vu de nombreuses fois les inconvénients du silence et de la dissimulation !

U est un autre conseil que le médecin doit doon^ à son client, et celui-ci impérieusement^ c'est à surveiller la santé de sa femme, de la faire examina

tA SYPHILIS DvVIVS LD MAftIAGE*

un médecÎQ au moindre symptôme suspect, voire ne de provoquer un examen médical s*il n'existe aucun symptôme fonctionnel appaj^cnl; c'est, en outre, si sa femme est actuellement enceinlej de la faire soumellre dès maînlenanL à un traitement spécifique, qu*elle présente ou non des traces d'infection syphilitique.

Ce dernier point ne saurait faire de doute: bien que la transmission de la syphilis par conception se fasse, h mon avis, beaucoup moins fréquemment que ne l'admettent quelques auteurs, la contamination de la mère par un fœtus issu d'un père syphilitique ne peut être niée : ne se fit-elle pas^ il n*en resterait pas moins la possibilité pour l'enfant de naître syphilitique d'un père syphilitique lui-même, et, encore une fois, la nécessité de traiter la mère pendant sa grossesse, ce qui est le seul moyen de traiter le fœtus.

Enceinte ou non, la femme de notre syphilitique présente des manifestations spécifiques. De ce fait, il n'y a plus lieu de formuler une des prescriptions primordiales que nous avions à imposer au malade, celle de faire Ht à part, de prendre les précautions nécessaires pour éviter de contaminer sa femme. Simplifié ror ce point, lequel peut paraître capital à certains niaris au point de vue du qu'en dira-t-on, le problème reste entier sur tous les autres points : il y a toujours intérêt à avouer, ÎI y a même intérêt encore plus grand à avouer, parce qu'il va falloir traiter cette femme et qu'il est quelque peu immoral de mercurialiser une femme en lui cachant pourquoi on la mercusiallse, et plus encore en lui cachant qu'on la mercurialîse* Je reviendrai sur ce point en parlant de la

134 SYPHILIS ET DÉONTOLOGrE,

conduite à Icnir dans le cas où le mari a contracté la syphilis pendant le mariage,

La syphilis contractée au cours du mariage par le mari^ dans des aventures exlra-conjugales liabituelles ou accidentelles, est chose fréquente^ beaucoup plus fréquente que la syphilis du jeune homme ou du Gancé se prolongeant après le mariage.

Les maris atteints de syphilis extra-conjugale sool ou bien des hommes coutumiers de relations extraconjugales, qui ont trop d'occasions de prendre la syphilis pour se tenir constamment sur leurs gardes; ou bien les victimes d'une relation passagère (au cours d*une maladie de leur femme, d'un voyage, d'une période d^instruction militaire, à la suite d'un joyeux festin, etc), dont le souvenir n'est pas perdu et dont les conséquences possibles n'ont pas cessé de les inquiéter. Les premiers» s'ils ont continué d'avoir des relations conjugales régulières, infectent leur femme peu après Tappanlion du chancre auquel ils nont d'abord guère prêté attention; les seconds^ se tenaal constamment enobservationj s'inquiètent à la première alerte, suspendent tout rapport conjugal et viennent généralement consulter le médecin avant d'avoir con* taminé leur femme.

Des uns et des autres, le médecin reçoit en général et, sinon, provoque presque toujours facilement la confidence de Forigine de la syphilis j s*il ne l'obtient pas péremptoire, il soupçonnera la vérité à des réticences, à des explications embarrassées et ne tardera pas à être fixé sur la moralité de son client.

Quelle que soit cette moralité, il ne doit pas moins protection et conseil; son devoir est, en tout cas, de

conseiller les moyens propres à conserver ou à rétablir la paix d'un ménage dont le malheur est peut-être encore réparable.

Comme au jeune marié victime d'une syphilis remontant à la période prématrimoniale, il formulera la nécessité de suspendre les relations conjugales pendant un temps suffisant, d'éviter tout contact dangereux, il montrera la sécurité incomparablement plus grande que donnerait la séparation des lits. Ici, il y a depuis plus ou moins longtemps véritable possession d'état, il y a des habitudes plus ou moins anciennes, plus ou moins régulières, des besoins réciproques plus ou moins impérieux, et le mari manque rarement de se récrier qu'il ne pourra jamais, malgré toute sa bonne volonté, observer longtemps la prescription. Elle n'en doit pas moins être nettement exprimée et le médecin ne doit admettre aucune exception, aucun subterfuge : si le malade y recourt, ce sera à ses risques et périls, sous sa responsabilité et sans l'assentiment du médecin; le danger est, pendant toute la période contagieuse, trop grand pour que le médecin puisse se faire le complice d'une contamination presque fatale.

La suspension des rapports conjugaux sera en général assez facilement obtenue pour un temps limité; sous un prétexte quelconque, indisposition, fatigue ou autre ; sa prolongation pendant des mois, ou plus exactement des années, est plus difficile à réaliser.

Pour y atteindre, sans qu'elle éveille des soupçons trop faciles à concevoir et à confirmer, le malade aura souvent tout intérêt à en faire connaître, sans tarder outre mesure, le vrai motif, à avouer à sa femme qu'il est atteint de syphilis.

SYPHILIS ET DEONTOLOGIB.

Il né s'agit plus ici d'une jeune mariée, avec laquelle les cou versa lions de ce genre îsonl pa ri icu lit rement délicaLcs, mais d'une femme ayant déjà quelque notion de Texistenee des maladies contagieuses d*origine sexuelle; de plus, le mari la connaît mieux, sait comment elle est susceptible d envisager ces questions, conçoit sur quel lerrain il peut porter la conversation, comment il peut l'engager, soupçonne comment elle sera acceptée. C'est h lui seul 6 juger de la manière dont il procédera.

11 est des femmes qui acceptent sans diflîcullé l'idée que leur mari ait une maîtresse; elles ne peuveal s'étonner qu'il en ait reçu la syphilis. Il en est qui pardonneront sans grand'peine une infidélité dont leur mari est déjh assez puni par la maladie, et qui ne lui pardonneraient pas de les avoir infectées par impru* dcnce. Il en est d'autres qui accepteront par résignation la preuve de Tinfidélilé de leur mari, mais voudront avoir, aux yeux de celui-ci et à leurs propres yeuXj un semblant d'excuse à leur pardon, qui tiendront à laisser TiUusion qu'elles ne se croient pas délais* sées, et auxquelles il faudra permettre d ad mettre que cette syphilis n'est pas d'origine sexuelle. Il en est encore qui ne pardonneraient jamais à leur mari d'avoir été prendre la syphilis d une aulre Temme, el auxquelles il faut de toute nécessité faire croire qu'elle est d'origine extra-génitale et purement accidentelle. Aux premières, le mari fera l'aveu complet, et ce sera pour lui la meilleure manière d*obtenir le pardon.

Aux dernières, il fera savoir et comprendre de quelle maladie il est atteint, mais expliquera son développement par une ronlamination accidentelle^ et

LA SYPHILIS DimS LE MARUGE.

|e médecin pourra Taîder à bdlir le roman d'une contagion extra gciiilale, par un siège de cabinets d'aiâanceSt une Iburchctlc mal lavée» des draps d*hôtcl, etc. Il est, d'ailleurs, des cas de syphilis dans te mariage où ^a contaminalion est purement accidenlelle : chaque lédecin en connaît et peut au besoin en inventer s'it 5st, après Taveu, interrogé par la femme de son client ïur la maladie de celui-ci.

Il y a, je Tai déjà dit et j'y reviens, un intérêt capital pour le mari à ce que sa femme sache de quelle raladie il est atteint : elle se mettra d'elle-même en jarde contre l'infection, en évitera les divers modes, )rotégera son entourage contre les causes de contamination, protégera son mari contre les indiscrétions et, rendant hommage au sen liment de confiance qui lui a lie té l'aveu, elle lui pardonnera sa faute, alors qu*elle la lui aurait reprochée vivement, qu'elle s*cn serait îeut'ètre fait un argument pour demander le divorce s*il lui avait caché sa maladie et si elle Tavaii plus tard Rapprise fortuitement; l'aveu fait de la femme une ^Btlliée^ parfois Hère d'avoir pardonné, le silence en Hfeit souvent une ennemie ou augmente sa défiance. [Sur ce point, mon expérience est absolument affirmative. La honte ou la crainte d'une explication qui est rarement bruyante ne doit pas compromettre la sécu« [ rite de l'avenir,

^m Que le conseil d'avouer paraisse ou non avoir ^chance d^ôtre suivi, le médecin a encore à donner celui de surveiller la sanlé de la femme, de provoquer un examen médical circonstancié : à moins qu'il n'y ait Il pas eu de rapports conjugaux depuis la première apparition du chancre, il y a tout avantage à examiner les organes génitaux des femmes de maris syphilitiques;

des règles Lrop abondantes ou douloureuses, des perles blanches peuvent servir de prétexte h cet examen qui (ixera de suite un point important

Les précautions ù prendre dans les circonstances usuelles de la vie commune sont, en effets moins rigoureuses si la femme est infectée î par contre, la quesUoii des aveux, dont la solution pourrait lUrc différée si la femme est indemoe, se posera plus impérieuse dès qu^elle sera reconnue malade.

J'ai déjà dit qu'un mari pouvait prendre la syphilis? d'une manière accidentelle, par la voie exïra-génitale^ sans qu'il y ait à suspecter un contact sexuel» En pareil cas, la contamination ne peut le plus souvent pas êlin; soupçonnée, Taccident initial est très fréquemment méconnu, la syphilis est diagnostiquée à la vue d'accidents secondaires qui remontent souvent à un temps assez long et, le plus généralement, la femme est déjà infectée lorsque la syphilis du mari est reconnue.

En pareil cas moins que jamais, le malade ne doit pas dissimuler à sa femme la nature de sa maladie. 11 doit, dès le diagnostic posé, le lui faire connaître; attendre serait une faute : les réticences, les tentatives de dissimulation donneraient à supposera la femme que son mari a des raisons de lui laisser ignorer de quelle maladie il est atteint, elle en induirait presque fatalement et avec une grande apparence de raison que cette maladie a une origine inavouable.

Le médecin pourra d'ailleurs, sur la demande du .malade, expliquer à sa femme Toi-igiue de sa maladie, et il puisera dans sa conviction scientifique une force plus grande pour lui démontrer qu'elle n*a pas de reproches à faire à son mari, que celui-ci a eu le grand

tA SVPIill.lS D.VNS LE MAB1AGH.

lalheuT de contracter la syphilis dans des condilions flout à fait accidentelles, que précisément parce qu'il [s'agissait d'une contamination accidentelle i! ne poussait la soupçonner, et que son ignorance, parfaitement justilîable, a été la cause pour laquelle très incons- Iciemment il Ta à son tour contaminée, que cet enchaïinement de circonstances est précisément la preuve qu'il n*a rien à se reprocher, n'ayant rien redouté et ^^nc pouvant rien redouter.

^P Le mari qui prend la syphilis de sa femme n'est pas ~un mythe- Il a spécialement droit à toute la compassion du médecin, parce que, prise dans ces conditions, r la syphilis est un malheur qui généralement (!) n'ar- ^vive pas seul.

^m L'interrogatoire du malade a mis, presque toujours, ^le médecin en garde contre les difficultés de cette situation parliculicre, a révélé Tinconscience du per- I sonna ge, sa crédulité.

■ Sans abuser outre mesure de cette dernière, il faut

" savoir en user et, loin de jouer le rôle de Y « ami

dévoué ï> qui dévoile tous les malheurs, en profiler

^pour les dissimuler. C*est en pareil cas qu'il faut, avec

^Konviction, accuser le contact de la partie malade avec

■Ttin objet inanimé souillé de pus syphilitique, le siège

des cabinets d'aisance d'un hôtel, par exemple, qu'il

faut chercher, dans des déplacements ou dans des cir-

conslances accessoires, une explication qui soit facile

[1} Je dis généralement, car on pcuL voir, eL j'ai vu des maris "prendre la syphilis de leur femme, veuve d*un premier mari syphilitique, ou de leur femme ayant eu avant le marîag:e une syphîlia d'origine inconnue, mais certainement extra- génitale. De même, des nourrices, infectées par leur nourrisson hérédo-sypbili tique, peuvent contaminer lei^r mari.

ito

a accepter. Et, pour terminer; le médecin conseillera, pour éviter de conlamiiier la femme et ne pas resposer à une grossesse do al le produit serait infecté» la suspension absolue des rapports sexuels, suspension qui, de la part de la femme, sera certainement subie sans diffi cultes.

La syphilis des femmes mariées réserve au médecin des difficultés multiples sur lesquelles il doit être éclairé et dont la solution mettra à Té preuve sa patience, son tact et son habileté diplomatique.

Les difficultés commencent dès la première consultation, pour se poursuivre pendant un temps souveul fort long. Dès cette première consultation, une parole imprudente, une question mal posée peuvent compromettre la paix d*un ménage, ou tout au moins affaiblir la confiance de la cliente dans son médecin,

Dès les premières phases de Finterrogatoire, le médecin doit entrevoir toutes les difficultés, toutes les faces du problème et déjà en résoudre plus d'une.

Cette cliente^ qui vient seule le consulter, qu'il na jamais vue auparavant, le médecin ignore qui elle esi, quel est son état civil, et il lui importe beaucoup de 1« connaître : la tenue, le langage, la manière d'engager la conversation peuvent mettre le médecin sur ses gardes, et bientôt il sera fixé par une phrase, par un mot prononcé spontanément ou adroitement provoqué plutôt que venu sur une interrogation directe- Une autre question préjudicielle se pose : la malade îgnore-t~elle ou soupçonne-t-elle le nom et la nature de la maladie dont elle est atteinte? 11 faut que le médecin le devine, et qu'en tout cas il ne dise un mot, ne pose une question qui puisse éveiller ratlention si

LA SYPHILIS DANS LE MAftlAGE.

la malade est inconsciente, conOrmer ses soupçons si

elle est sur la voie de la vériié; il faut, pour cela, du

tact et de la réflexion.

Les choses sont plus simples si, au lieu de se trouver

en face d'une inconnue, le médecin est consulté par ttine de ses clientes habituelles, dont il sait les roueries

ou rinsoucjance, dont il peut soupçonner les malheurs [conjugaux ou rinconstance.

Le premier examen ou rinterrogatoire plus poussé

[ont fait constater l'existence de la syphilis, d'une

syphilis indubitable, en pleine période secondaire et

contagieuse. Suivant toute apparence, cette syphilis

est d'origine conjugale, elle a été communiquée par le

lari.

Le médecin va-t-il formuler par écrit le traitement ^approprié et remettre Tordonnance à sa malade? Certes, il est dans son droit d'agir ainsi, puisqull esi consulté par cette femme, qu'il lui doit un traitement, et, s'il ajoute à cette ordonnance des conseils d'hygiène et de prophylaxie, il aura fait tout ce qu'il fait pour la généralité de ses clients syphilitiques* Et cependant, en agissant suivant son droit, il aura méconnu ce qui est son devoir-

En effet, munie de son ordonnance, cette femme syphilitique va la faire exécuter par son pharmacien^ peut-être faire chercher les médicaments par un domestique et chacun sâura, dans Tofûcine du pharmacien et parmi ses gens à elle, qu'elle a la syphilis. Il faudra donc, tout au moins, la prévenir que Tordonnance en question est de celles qu'il ne faut pas laisser traî- [ner, que les médicaments sont de ceux dont on n'avoue pas l*usage li ses amis et connaissances; ce sera lui

un

SYPHILIS ET DéONTOtOGIE.

dire qu'elle a la syphilis et, par déduction logique el formelle, que son mari la lui a donnée. Le médecin aura dooc été, vis-à-vis de la femme, le dénonciateur de son mari.

C'est là un rôle qui ne lui appartient pas, d'abord parce que la dénonciation, même voilée, n'est pas dans les iiabjtudes du médecin, ensuite parce que, dans le cas présent, il y a un intérêt majeur à ce que la femme ne soit pas mise d'emblée, sans préparation et saoK explication contradictoire, au fait delà situation.

Certes^ les partisans de régalilé absolue des deux sexes trouveront que cette manière d'agir, qui esl traditionnelle en médecine el qui n'est sans doute pas près d'être abandonnée, consacre pour Tliomme ua privilège exorbitant; ils prétendront que, puisqu'on fait bien savoir au premier homme venu qu'il a la syphilis sans se méfier qu*il a pu la recevoir de sa femme, on peut bien faire connaître à une femme qu'elle a h sjqjhilis, même reùl-elle prise de son mari. Raisonnement inexact puisqu'il doit, au contraire, être de règle de dissimider Torigine de la syphilis aux hommes qui ont été contaminés par leur femme.

Ces protestations, comme beaucoup de celles qui sont élevées par Técole en question, ne tiennent pas compte des difîérences qui existent entre la situa tioa d'une femme syphilitique et celle d'un mari syphilitique; elles ne tiennent pas compte de l'éducation différente des deux sexes en matière de maladies vénériennes; elles ne tiennent pas compte surtout des conditions sociales spéciales à la femme.

Une femme qui apprend brusquement qu'elle a été infectée de syphilis par son mari ne serait certes pas couvent tentée, çginme }e mari (jai apprend J'in fidélité

e sa femme, d'aller tuer Tinfidèle d'un coup de pisolet; maïs elle aurait vile résolu de se séparer de lui

u de divorcer, elle ne sortirait peut-être du cabinet du médecin que pour courir chez son avoué, engager une procédure immédiate; elle se livrerait tout au moins à es récriminations dictées par une trop légitime snscepiibilité, et le bonheur du ménage serait définitivement t inéluclablcmcnt troublé : elle serait, autant et peuU tre plus que son mari, la victime de sa propre exaspération.

Écartez, reculez ce choc, évitez les effets irrémé-

iables d*une révélation subite, des conseils imprudents

onnés par Tcntourage au moment de ce choc, atténuez

abilement la secousse morale par une explication et

out pourra s'arranger : le ménage jouira d'une paix

plus ou moins complète, tout au moins la joslice

n'aura pas été saisie, Topinion publique n'aura pas été

en éveil, la tranquillité et Ta venir des enfants ne

seront pas compromis.

Voilà tout ce que le médecin doit entrevoir avant de formuler un traitement, de donner un conseil, de conclure sur un diagnostic.

Il s'abstiendra donc de remettre une prescription pharmaceutique qui puisse être révélatrice^ il se contentera d*une ordonnance très banale cadrant avec le siège des accidents pour lesquels il aura été consulté; il indiquera^ sans s'y appesantir outre mesure, la écessilé de prendre quelques précautions pour éviter la contagion des accidents buccaux ou pharyngiens; mais surtout il insistera sur la nécessité de revoir la malade au bout de quelques jours pour être fixé sur la nature un peu douteuse des accidents actuels ou poqp juger de reflicacilé du IraitemenL prescrit»

El cela n'est pas tout, et cela n'est môme pas !e prîncipaU Son objectif devra être de prendre contael avec le marL S'il le connaît, s'il a pu dans la conversation surprendre une indication positive, il le convoquera; s'il n'a pu obtenir de sa clicnle son nom et sou adresse, il ne la laissera pas partir sans avoir trouvé un prétexte pour qu'elle revienne le voir avec son mari ou pour qu'elle lui envoie celui-ci. Pour cela tous les prétextes sont bons, pourvu qu'ils soient acceptables 1 1 qu'ils ne semblent pas dictés par le désir de demander au mari des renseignements sur sa santé ; un de ceux que l'on peut invoquer le plus facilement est la nécessité de donner au mari des instructions précises sur le procédé d'application d'un trailement topique sur la gorge ou quelque autre organe intéressé par la maladie.

Si, par extraordinaire, le mari a assisté à la consultation, le médecin profitera d'un moment d'inattention de la femme ou du passage dans Touverture d'une porte pour lui glisser à l'oreille T injonction formelle de venir lui parler en dehors de la présence de sa femme.

Donc, sur invitation directe, sur demande transmise par la femme, quelquefois même spontanément et parce qu'il soupçonne la nature des accidents pour lesquels sa femme est venue consulter, le mari se présente au médecin.

Un interrogatoire sommaire ou des aveux spontanés confirment rapidement ce que celui-ci a soupçonné, à savoir l'origine conjugale de la syphilis de la femme et r origine extra-conjugale de la syphilis du mari.

Après avoir fait connaître au mari qu'il a constaté chez sa femme des signes indubitables de syphilis,

lais qull lui en a dissimulé jusqu'à présent la nature, le lédecin lui exposera, s*il ne la connaît pasdéjà, toute la jravité de la situation, la nécessité de soigner à ta fois les deux conjoints pendant un teuaps fort long, la nécessité de ne pas e?Êposer sa femme à une grossesse dont les conséquences ne pourraient manquer d'être déplorables. Il lui déclarera qu'il est possible de traiter la femme des préparations mercurielles sans éveiller outre lesure son attention, à une condition j c*est que lui, lari, s'y prêle, qu'il aide sa femme à se traiter et [U*il est, lui médecin, prêt à en faciliter les moyens ^n attribuant à la maladie actuelle un caractère diathéliquc, un nom banal h déterminer; mais, d*autre part, s*empressera de montrer au mari toutes les difficultés de ce traitement long et assidu, toutes les difficultés de mensonges durant autant et plus longtemps [ue le traitement, toutes les inconséquences auxquelles ;s mensonges le conduiront, Fimpossibilité à peu ïrès absolue de jouer pendant des années celte lamenible comédie. Il serait donc plus simple de faire conlàître à la femme la maladie dont elle est atteinte, il le serait plus rassurée sur sa propre santé que si on li fait une série de cachotteries; il serait loyal îussi de ne pas dissimuler la nature des médicaments |ui vont lui être donnés ; il serait, enfin, plus habile le lui faire savoir de suite la nature de cette maladie^ plutôt que de lui laisser le soin de la deviner et la [possibilité de la surprendre dans Tavenir.

En résumé, le conseil sera, comme pour tous les maris syphilitiques : avouer et soigner.

Ce conseil paraîtra à plus d'un mari im]}ûssible à suivre, pour les raisons qui ont déjà été rappelées plus haut ( Voy. p. 130) ; le médecin leur montrera néanmoins

Thibisbi^e, — Syphilis et 13 coût . |Q

SYPHItlS ET DÉONTOLOGIE-

les moyeûs de le mellre à exécution toul en ménageant leur amour-propre et, s'il est nécessaire, celui de leur femme, en voilant habilement Forigiiie première de rinfection.

Que le conseil soit ou non suivi, il faut, dans cel entretien avec le mari régler de concert une série de points sur lesquels l'accord doit être fait de suite et qui seront la base de la conduite h tenir vis-à vis de la femme : thème pathologique sur la nature et sur Torigine de la maladie, sur Télat du mari, sur les motifs de la suspension des rapports conjugaux, voire même thème pathologique à Tusage des parents de la femme qui pourraient prendre inquiétude de sa santé, mode de traitement de la femme par voie buccale ou hypodermique, précautions à prendre pour la proiection de l^entourage immédiat.

Sur ces divers points, le médecin édiQera complè* temeni le mari, le mettra à même de jouer son rôle avec le moins de défaillances possibles. Désormais, mari et médecin sont alliés ou, si Ton veut, complices et ils ne doivent pas se contredire,

J*ai prononcé le mot de complice et j'y reviens* II est certain qu'en acceptant de traiter une femme atteinte de syphilis sans lui faire connaître ni le nom ni la nature de cette maladie, sans lui faire connaître la nature des médicaments qu'on lui ordonne, plus encore en dissimulant sous une étiquette banale la véritable nature de cette maladie, le médecin commet une série de mensonges, que dans d'autres circonstances il considérerait comme indignes de lui et comme gravement répréhensibles.

La conduite cependant est, ici, justifiable^ et cela pour plusieurs motifs.

D'abord, pour conGriner un diagnostic d'importauice, B a été obligé de provoquer les confidences et les aveux du mari : il a ainsi lié partie avec lui et ne peut plus trahir son secret. Pour ne pas être engagé vis-à-vis du mari, il eût fallu qu*il le laissât hors de cause, mais alors c'était compromettre gravement les intérêts de la femme en exposant celle-ci à se lancer dans une procédure scabreuse.

En second lieu, cette règle de conduite, le médecin ne Fa acceptéequ*à son corps défendant, parce qu'il ne pouvait faire autrement, parce que le mari, devenu son commettant, n'a pas voulu, contre son propre intérêt bien compris, mettre ou laisser mettre sa femme au courant delà situation. Pour cette raison, le médecin agira prudemment en développant tous les arguments qui plaident en faveur de l'aveu ; il pourra même, s'il se trouve en présence de maris trop cyniques, titre amené à leur faire connaître son avis par écrite voire à rompre toute relation.

Enfln, il aura pour excuse que cette situation fausse ne se prolongera sans doute pas longtemps; c'est, en effet un fait d'observation qu'une femme infectée par son mari, alors même que celui-ci a pris les précautions les plus minutieuses et les plus prolongées pour lui dissimuler la nature de sa maladie, arrive tôt ou tard à la soupçonner, etj l'ayant soupçonnée, à la connaître à moins qu'elle n'ait quelque raison pour reculer devant une démonstration formelle. Les exceptions à cette règle sont rares : les femmes qu'elles concernent font pendant aux maris infectés par leur femme sans le savoir; on peut être sûr que, si elles avaient été aver* ties qu'elles avaient la syphilis, elles n*auraient fait de l'avis qu'un profit médiocre ou, au contraire, en

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seraient venues de suite, par bêtise, aux conséquences les plus extrêmes ei les plus fâcheuses pour ellesmêmes.

Il arrive parfois au médecin d'être consulté par une femme mariée qui soupçonne qu'elle est atteinte de syphilis et qui veut absolument et à tout prix être fixée sur la nature et la cause des accidents qu elle présenta.

Ces clientes sont particulièrement tenaces et d'ua maniement difficile.

Fort heureusement, un certain nombre d'entre elles sont des névropathes syphiliphobes, chez lesquelles on ne peut constater la moindre trace de syphilis. À celles-là, il convient d'ordonner un traitement fort simple, dirigé uniquement contre leur état nerveux, et surtout de ne pas prescrire de traitement mercuriel: la moindre préparation hydrargyrique dont on leur conseillerait Tusage deviendrait une preuve écrite qu'elles sont syphilitiques et leur servirait à construire un roman, peut-être à édifier tout un échafaudage de pe^ sécutions et d'accusations.

D'autres sont bel et bien syphilitiques et présentent des accidents indiscutables, qu*elles veulent faire voir et constater, pour lesquels elles réclament un diagnostic et un traitement. Se méfier d elles : leur insistance peut avoir pour but de se faire délivrer un certificat avec lequel elles se livreront à quelque chantage, S*il lui est possible de différer la prescription d'un trailemenl spécifique en se retranchant derrière la difficulté du diagnostic, le médecin fera sagement de profiter de cette circonstance; sinon, il rédigera son ordonnance de façon qu'elle ne puisse être comprise par le premier venu, il

mploiera pour désigner les composés hydrargyriques es dénomina lions latines ou des notations chimiques. Cette cliente, qui insiste pour savoir si oui ou non Ile est syphilitique, peut f}trc une femme mariée en islance de divorce ou ayant déjà vis-à-vis de son mari es griefs graves et toute prèle à engager une instance n divorce : si elle est réeliement syphilitique, elle 'aura plus d'hésitations. Lorsque le médecin connaît u soupçonne cette situation, il resteradans une réserve bsolue tant que le diagnostic pourra présenter Tombre 'une incertilude; une fois le diagnostic établi et si intéressée lui demande de le certifier, il lui montrera 'imprudence qull y a pourelle à s*engagerdanscetle voie, a diftîcullé qu'elle aura à démontrer l'origine conjugale e sa syphilis, les accusations auxquelles elle s'expose son tour, la possibilité de demandes reconventionnelles i elle n'apporte au tribunal la preuve absolue de es allégations ; il rengagera à consulter son avoué ur ce point précis, lui suggérera que les constatations un expert commis par le tribunal auraient aux yeux es juges beaucoup plus de poids que le certificat d*un édecin inconnu de la justice» mais surtout il sabsîendra de lui délivrer un certificat avec une attestation portant qu elle est atteinte de syphilis (Voy. le chapitre suivant, p. 167).

La constatation d'accidents tertiaires n'a plus la même importance que celle des accidents secondaires ; ils ne sont plus contagieux et, de plus, ils ne permettent pas de dater d'une façon aussi précise le début de la syphilis; ils peuvent, en outre, guérir par un traitement de durée relativement courte.

Pour toutes ces raisous, la conduite du médecin est

singulièrement simplifiée lorsqu'il est consulté par mt\ femme mariée, atteinte d'accidents tertiaires.

Dans la grande majorité des cas^ il la traitera et l guérira sans prononcer le nom de syphilis, sans laisse] soupçonner Texislence de celle-ci, sans avoir mèmi besoin de préciser les antécédents par un înterrogaloi trop minutieux : il suffira de désigner ces accîdeo sous un nom peu compromettant, ulcère ou eczémi chronique s'il s'agit de lésions cutanées, dénominalioi purement analomique s'il s agit d'accidents viscérau de prescrire les médicaments nécessaires sous um forme qui ne soit pas révélatrice par l'entourage»

Si la malade avait ou prenait quelque soupçon de h nature de son mal, si surtout elle semblait disposée à incriminer son mari, il serait facile de lui expliquer — quiestvrai — quHl s'agit d'une infection très ancienne de date inconnue^ d'origine inconnue et qu'il y a ta de manières innocentes de prendre la syphilis qull serait complètement inutile de recliercher où, quand et comment elle a pu la prendre ou la recevoir, qu'il ei hors de propos d*accuser son mari quand elle ne peul trouver ni fournir de preuves contre lui.

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