CHAPITRE IX
Aucun médecin ne contesleplus aujourd'hui la conla* giosité des manifestations cutanées et muqueuses de la syphilis héréditaire. Reconnue par les anciens auteurs comme Fracastor et Ambroise Paré, elle fut niée à une certaine époque par Ricord; des désastres furent ta conséquence de cette erreur doctrinale.
Contagieuses j ces manifestations ou mieux leurs sécrétions le, sont pour quiconque n'est pas syphilitique ou réfractaire à la syphilis.
L'aphorisme qui précède renferme à lut seul toute la substance du présent chapitre. II nous suffira d'en tirt^r les déductions qu'il comporte.
La première déduction est qu'un enfant hérédosyphilitique ne doit pas être nourri par une femme saine, mais qu'il peut, sans avoir à craindre la contagion, être nourri par une femme syphilitique ou réfractaire à la syphilis.
Une seconde déduction ne résulte plus directement de TaphorismCj mais est la conséquence combinée de cet aphorisme et d*une loi clinique démontrée par Tobservation générale, loi clinique qui peut se résumer de la façon suivante ; une femme qui a donné le jour à un enfant hérédo-syphilitique ne prend jamais la syphilis de cet enfant. Cette loi clinique porte le
XOL'ftRlSSO.NS SYPlllUTlÇtrES. 171
nom de loi de Colles, La déducUoa s'impose ; un kjenfant hérédo-syphililique pourra être nourri par sa
mère sans que celle-ci ail à redouter la contagion. Ces déductions s'appliquent nécessairement, sans
qu'il soit besoin d'y insister, aux enfanU suspects
d'hérédo-syphilis.
Et, de plus, dernière déduction qui résulte tout à la [fois de Taphorisme susdit et de l'observation clinique,
sUes s'a ppliquenl aussi à tout enfant menacé d'hérédo- ^syphilis, c'est-â-dire à tout enfant issu de parents
syphilitiques, si Tun des parents, et à plus forte raison
les deux, en sont encore à la période où la syphilis
peut se transmettre par hérédité.
De la théorie, passons à la pratique et pour cela 'suivons la progression des faits*
Un enfant va naître dans une famille, sa mère a con- Ira c té la syphilis pendant sa grossesse, ou avant sa grossesse; elle présente encore ou a présenté il y a peu de temps des manifestations syphilitiques.
Pendant la grossesse et des la constatation des accidents, le médecin aura soin de poser très catégoriquement la question de la nourriture.
La femme est-elle disposée à nourrir? Tout est pour le mieux, il n'y a qu'à l'encourager dans ses dispositions. Mais encore, est«il nécessaire de Ty faire persévérer, d'empêcher Topposilion de son entourage, et, pour cela, de lui donner quelque raison médicale qui justifie sa détermination.
Ce motif, il l'empruntera à la série de ceux que nous allons rappeler à propos des femmes qui ne peuvent pas nourrir.
La femme peut, en eCTet, par goût, par prétendues
SYPIIILIB ET DéoNTOLOGlE.
nécessités mondaines^ par crainte de ne pas pouvoir suffire à une nourriture, se refuser à l*îJée d'allaiter son enfant* Un refus, si catégorique qu'il soit, ne doit jamais arrêter le médecin.
Si la femme se sait syphilitique, on lui montrera, sans rien exagérer et, au contraire, en atténuant quelque peu la gravité de ce pronostic, qu'elle risque, même après s'être traitée régulièrement pendant sa grossess^e, de donner le jour à un enfant porteur de manifestations contagieuses ; on lui exposera, d'autre part, que Tenfani n'aura rien à redouter d'elle ni elle à redouter de lui, que par contre une nourrice saine serait à peu près sQrement infectée.
Si elle ignore sa propre maladie ou plutôt sa nature, on se basera sur les avantages que les femmes ont à nourrir leur enfant, sur ce fait qu*elles se rétablissent plus rapidement après leurs couches que quand elles ne nourrissent pas; on insistera sur une prétendue « faiblesse de matrice » ou sur les accidents qu'elles ont présentés, prétextant Timpor tance particulière qu'il y a pour elle, en raison de ces accidents, à se rétablir vite.
Le médecin a encore, dans le parti à conseiller pour la nourriture de Tentant, une nouvelle occasion de mettre en pratique la diplomatie dont il a si souvent à faire preuve dans les syphilis féminines.
Le mari sera mis au courant, plus catégoriquement encore que la femme, des dangers que courrait une nourrice saine donnant le sein à son enfant. Non moins catégoriquement, s'il hésite, le médecin lui déclarera que jamais^ sans aucun prétexte, il ne prendra la responsabilité de l'aider dans le choix d'une nourrice destinée à cet enfant.
Dans l'entourage de la femme, des objections ne
ont pas manquer de se produire ; sa mère, la première, 'era remarquer que la grossesse a beaucoup fatigué la jeune fennme, qu'elle est anémique, que le médecin est depuis des semaines obligé de Jui donner des toniques (c'est sous cette étiquette qu'ont été dissimulées les pilules ou la liqueur de Van S^^ieten), de lui faire des injections de sérum (ce sont les injections mercurielles) ; comment dans ces conditions supporterait-elle encore un allaitement? A cela, il est facile de répondre qu'un premierallaitement^ s'il n'est pas anormalement prolongé et si on ne lui ajoute pas d'autres causes d'alTaiblissement, des veilles, des sorties répétées, a rarement fatigué une femme, qu'il est souvent, au contraircj le moyen de faire disparaître beaucoup des troubles engendres par la grossesse; que, d'ailleurs, si la jeune femme n'est pas en état de le supporter, il sera toujours temps de suspendre l'essai ou de donner à Tenfant un supplément d'alimentation.
Bon gré mal gré, il faut obtenir que la mère commence la nourriture: une fois qu'elle aura essayé, il y a bien des chances qu'elle continue avec ou sans l'aide du lait stérilisé. Pour peu qu'elle ait continué quelques semaines, ou bien l'enfant présentera des manifestations syphilitiques, ce qui éclairera la famille, ou bien il restera sain et si, par extraordinaire^ il a dépassé sans encombre la période dangereuse où les manifestations hérédo~5yphilitiqucs peuvent se produire, c'est-à-dire six mois au moins, il pourra être confié à une nourrice.
La môme décision, à savoir» Tallaitement ou la tentative d'allaitement par la mère, s'imposera lorsque |celle-ci tout en ayant dépassé la période d activité des accidents secondaires n'a pas encore atteint Tépoque
ni
SYPIULI^ ET D£0?ïTOL0GIE,
OÙ le médecin est en droit de Tauloriser à se marier et k concevoir, c'esUà-dire lorsque sa syphilis n est pas vieille de six à huit ans pour le moins, ou si, ayant atleint cette époque, elle ne s*est pas jusque-là traitée régulièrement et convenablement*
Elle est encore de mise lorsque le ménage a eu précéderamenides enfants atteints de manifestations hérédosyphilîlîques. Pour permettre, dans un tel ménage» Tallailement d*yn enfant par une nourrice, il faudroii que les accidents secondaires du conjoint qui a le dernier pris la syphilis remontassent à plusieurs années, il faudrait que les deux conjoints se fussent traités de façon systématique et prolongée ; il faudrait surtout, attendre que la venue à terme d*un enfant, né sain et resté indemne de syphilis, eût prouvé que l'infection des parents est suffisamment éteinte pour ne plus provoquer des accidents précoces et actifs de syphilis héréditaire.
L'allaitement par la mère sera encore imposé, même si la mère n'a présenté aucune trace de syphilis, lorsque le père, syphilitique avant la conception de lenfanL, ne se trouve pas dans les conditions d'ancienneté de^ syphilis et de durée de traitement qui peuvent mettra ses enfants à Tabri de Thérédo-syphilis, c*est-à-dir^ lorsque le père s'est marié à une époque où le mariag- * aurait dû, aux termes des préceptes exposés dans ur3 chapitre précédent (Voir p, 99), lui être interdit.
Cette dernière catégorie de ménages est celle q réserve pour l'avenir le plus de chances aux contami nations syphilitiques parle nourrisson. Sans compta que, souvent et pour cause, le médecin est dansl'ign rancc ahsolue de la syphilis du mari, sa tâche es^^particulièrement difficile, et ses conseils sont ausè^
NOUilBJSSONS SYPHILITlQtrES. 175
peu écoutés que ceux qu'il aurait pu donner avant le mariage. Il faut donc qnii parle avec autorité, qy*il montre tout le danger, les chances considérables de rinfecLion de Tenfant, les chances non moins considérables de rinfeclion de toute nourrice autre que la mère cette dernière, fera-t^il remarquer expressément, "étant, quoique indemne en apparence, à Tabri de toute contamination par son enfant, — les conséquences à tous égards déplorables de cette double contamination.
Outre qu'il fera tout pour obtenir du mari qu'il fasse koigner sa femme jusqu'à raccouchement, il lui déclarera, comme dans les cas précédents, qu'il ne peut iccepter de choisir une nourrice pour l'enfant qui naîtra.
Le mari une fois convaincu, il s'agit d'endoctriner la femmej souvent d*endoctriner son entourage, et cela sans éveiller de curiosités, sans susciter de questions embarrassantes ; avec quelque habileté, beaucoup d'entêtement et pas mal de patience, on y parviendra néaniBoins.
Si les médecins connaissaient Thistoire complète de tous leurs clients, si les accoucheurs étaient au courant le tous les cas de syphilis dans les ménages où ils sont appelés, si les uns et les autres donnaient toujours les conseils ci-dessus et si ces conseils étaient constamment suivis, il n*y aurait,pas lieu d*écrire ici un cha- )itre sur les nourrissons syphilitiques; toute une série le problèmes des plus délicats et des plus embarras- 'sants ne se poseraient pas, des drames parfois des plus émouvants ne se joueraient pas.
Nous sommes loin de là.
Non donnés ou non suivis, ces conseils n'ont pas >orté leurs fruits^
SYPIIILIS ET DÉONTOLOGIE.
En un ménage syphilitique, un enfant est né, avant terme le plus souvent, porteur de manifestations indubitables de syphilis, il est faible, mal venu, il va falloir le mettre dans une couveuse. A peine est-il nettoyé, que déjà on se lamente sur sa faiblesse, et qu*on parle de faire venir la nourrice qui a été retenue pour lui ou d'en aller incontinent chercher une au bureau.
Le médecin qui entend ces réflexions na qu^un parti à prendre : couper court à ces velléités* Sans quoi, il risquerait de trouver la nourrice sur le palier de rescalier au moment où il quitterait son accouchée.
Prétextant^ ce qui se trouve d'ailleurs être la vérité, que Tenfant est trop faible pour téter, qu'il ne peut tolérer que du lait d'ânesse, il déclarera inutile de faire venir une nourrice qui serait sûre de perdre son lait en attendant que l'enfant ait acquis la force de prendre son sein* Ce qu'il faut à un enfant en couveuse, cest une bonne garde qui lui mettra dans la bouche, quand il sera nécessaire, quelques gouttes de lait d*ânesse. Et, passant au fait, d'autorité le médecin en placera une auprès de lui. Cet avorton, d'ailleurs, n'a souvent que quelques heures ou quelques jours à vivre; sa courlc vie lui aurait suffi cependant à infecter une nourrice* Après sa mort, il sera temps de chercher Torigine de sa syphilis, d'instruire le père^ de soigner la mère*
L'enfant a-t-il quelques chances de survivre, moyennant des soins minutieux et un traitement spécifique institué sans larder, le médecin ne s'en tiendra pas à son acte d'autorité; il aura soin, dès le début, de songer à l'avenir; il devancera l'entrée en scène, toujours possible, d'une nourrice que pourrait amener d'office la mère de raccouchée, outrée qu'on prive le malbeu-
NOUHRISSOXS SYPHILITIQUES, 177
feux poupon de la seule nourriture qui lui convient à &on sens^ le laittl^une femme.
Il prendra donc à part le mari, qui déjà sans doute lura compris pourquoi son enfant est en si piteux état; lui exposera, avec les ménagements voulus, Texlrême jravité de la siluation, cherchera avant de formuler son liagnostic à déterminer Torigine de cette syphilis (car Il peut toujours arriver que l'enfant la tienne de sa 1ère seule) ; en tout cas, il déclai^era de façon catémque qu'il s oppose absolument à ce que Tenfant ^oit mis, fût-ce une seule fois, au sein d'une nourrice* D'ailleurs, n'y aurait-il pas une raison médicale îrmelle pour que cet enfant soit confié à une nourrice, }mmentvoudrieZ'VOus qu'une étrangère s'en chargeât ms Tétat où il est? Sa mère seule, et elle seule peut le lire sans aucun danger pour elle {ici énoncer la loi de ïoUes et la commenter), peut avoir assez de cœur pour prendre à son sein, EL, précisément parce que le iuvre enfant est dans un pareil état, elle le fera encore Jvec plus de tendresse que si c'était un enfant comme les autres. Arrangez- vous pour Tobtenir et pour querentourage Faccepte. Sinon ^ votre enfant devra être élevé au lait stérilisé. Quant à moi, je me retirerais immédiatement si je voyais une nourrice dans la maison, iti
Ici, il me faut ouvrir une parenthèse et expliquer la raison d*êire d'une pareille rigueur.
Pourquoi refuser à cet enfant, dont la mère va peutêtre se trouver une détestable nourrice, le secours d*une remplaçante mercenaire? Quelques médecins ont cru pouvoir autoriser, voire mCme engager des parents à prendre une nourrice pour un enfant syphilitique, — je ne parle bien entendu pas des confrères qui, ignorant ou méconnaissant la syphilis, attribuaient à la « gourme >ï
r^ipiHRQF — S^philiB et Déotit, m
.SYPHILIS ET DiOPîTOtOGlE.
les éruptions présenLées par Tenfant. Ils ajoulaienl parfois» el croyaient ainsi donner un conseil à la fois sage et éqnilable» que la nourrice courant le risque de prendre la syphilis, il était du devoir des parents delà payer largement; mais, parfois aussi, ils se faisaieLl les complices des parents en se chargeant d'expliquer^ la nourrice que l'enfant avait des boutons, que ces boutons nécessitaient un traitement, que dans ce but lu nourrice aurait à prendre des tisanes et des dépuratifs (1) et, sous cette étiquette fallacieuse, lui administraient des préparations mercurielles.
Pousser aussi loin que ces derniers la complaisance pour un client, compromettre par une supercherie, si ce n'est par un mensonge, la dignité médicale est, à tous égards, un acte répréhensible.
Non moins répréhensible, à mon avis, quoique plus explicable au premier abord, est rassentiment donaé par le médecin au marché conclu par des parents qui achètent le droit de laisser contaminer une nourrice par leur enfant. Comme le dit très éloquemment M. Four- j nier (2): «Je refuse une nourrice à cet enfant, parce que je ne me crois pas le droit de la lui accorder; parce que je ne me crois pas le droit, pour être utile à un enfant^ de donner la vérole à une femme. La vie môme de
(1) Dans un procès en respoasabUité intenté par une nourrice aux parents de Tenfant qui Tavait contagionnéCi il a été éiRblij que le médecin avait soumis la nourrice au traitement mercurieH sous le prétexte de faire passer par son laiL un dépuratif néces*] saire à Tenfant. Notre confrère, bien qu'asseî malmené par raTocatI delà nourrice, nefut, heureusement pour lui, pas assigné enfespoa*^ sabilité, les parents seuls furent condamnés (Tribunal de la S€iot;,J 3« chambre, 12 août 1856).
[:l] A. FouriMER, Nourrices et nourrissons syphilitiques {EitnH de V Union médicale] Paris, 1818, p, 9,
NÛURR ISSON S SY PHI LIT IQU£S .
Tenfant serait-elle à ce prix (et elle n'y est que trop souvent) Je ne me jugerais pas autorisé, pour le sauver, à risquer la santù d'un autre être, à risquer la santé d'une nourrice en communiquant à cette nourrice une maladie telle que la vérole, maladie grave ei susceptible |e devenir très grave, maladie dont la gravité vraie n'est pas assez connue, et maladie dont la gravité va ^^'exagérant chaque jour, à mesure que de nouvelles ^études nous font mieux connaître la redoutable période tertiaire et nous forcent à lut rattacher les accidents
font la spécificité était restée jusqu'alors ignorée (1). fon, je le répète encore, mille fois non, nous n'avons as le droit, pour sauver un enfant» de donner la vérole une nourrice. »
Après cette protestation indignée, M. Fournier ajoute, quelques pages plus loin (2), que le médecin doit refuser ^de la façon la plus formelle le consentement à tout Hpacte semblable avec une nourrice « pour les deux Vraisons que voici : V Parce que, d'abord, il est peu certain (disons mieux, il est plus que douteux) que la
I nourrice ait accepté en pleine connaissance de cause. On a bien pu lui dissimuler, non pas la maladie de Fenfant, mais la gravité de cette maladie. Certes, pour obtenir son consentement, on a dû moins charger le pronostic que Tatténuer et Tadoucir, Sans doute, on n*a pas trompé cette femme tout à fait, mais on Fa trompée à demi, dans la mesure du nécessaire; voilà la rérité, — 2" Parce qu'en saine morale un contrat n'est "valable qu'autant que la nature des engagements sous-
^P (1) Ceci était écrit OD 1878. Depuis lors, le cadre des manifestations tardives de la sypbilîs s^est ag^randî. Le coDnait-oïi encore dans toute son ampLetJr ?
(2) Â. FouHNisHf loco citato^ p. 11,
crits est nettement déterminée. Or, comment cette nourrice serait-elle éclairée, elle, ignorante, sur la nature des risques auxquels elle consenL à s exposer, alors que nous, médecins, nous ne voudrions formuler, préciser ses risques? Savons-nous ce que deviendra jamais un cas de vérole donné? Et comment alors voulez-vous qu'elle le sache, cette nourrice? i>
Je m'associe formellement aux idées si noblement émises dans ces belles pages.
Quelques médecins ont cru pouvoir donner à un enfant hérédo-syphili tique une nourrice à la coodilion de soigner cet enfant, de traiter localement les manifestations contagieuses qui pourraient se produire* l'n des syphiligraphes les plus renommés de TÉcole Je Lyon, Dîday (1), conservait la nourrice d'un hérédosyphilitique — sans avertir cette nourrice, autre erreur que je réfuterai plus loin — et cautérisait les plaques muqueuses de la bouche au fur et h mesure qu'elles apparaissaient. Malgré Tautorité dont a joui Diday, je considère cette pratique comme absolument néfaste, aussi néfaste que celle qui lui faisait couvrir de collodion le chancre d'un homme syphilitique le matin de son mariage pour qu'il puisse déflorer sa femme le soir. C'est aller bénévolement au-devant des pires aventures.
Parfois encore, on a cru pouvoir conseiller rallailement des hérédo-syphili tiques en se servant d*appareîls qui protègent le sein de la nourrice contre le contact des lèvres du nourrisson, ou mieux encore, comine celui qu'avait imaginé M. Founiier, qui pcrraellenl d'aspirer le lait dans une cavité intermédiaire au seia
(l) DjoAY, Mémoires et comptes rendui de U Société de^ Sckncfi m é^îc:î hs tie L^on^ 1 SG 8 »
PÎOimRISSONS SYPHILITIQUES. IBl
le la nourrice à b bouche de l'enfant sans relour poslîble en arrière. Quelque perfectionnés que soient ces Enstruments, ils sont sujets à se détériorer; la nourrice ïeut les avoir cassés ou égarés au moment d'une télée {ui se fera à sein découvert, elle peut les trouver jênants et, à la première négligence, elle sera contajionnée. En présence d*un danger aussi grand et aussi téel, les mesures radicales sont seules acceptables; il ne saurait y avoir d'hésitation ici : pas de nourrice Kaine pour un enfani syphilitique.
Et ce qui était une règle absolue pour un enfant érédo-syphili tique à manifestations apparentes dés la aîssance, va rester une règle non moins absolue pour n enfant hérédo-syphilitique dont rinfeclion se traduit ar des accidents tardifs.
Arrivons à Texamen de ces faits* Ils vont nous offrir autres problèmes à résoudre.
Atténuée du fait de Tancienneté de la syphilis des arents, du fait du traitement suivi, ou naturellement peu intense, Tinfection héréditaire de Tenfant ne s'est pas traduite dès la naissance, ou bien elle a été mécon-nue à ses premières manifestations : peu importe. Toujours est-il que cet enfant de syphilitique, nourri par une nourrice mercenaire et saine lors de son entrée dans la maison, présente des lésions indubitablement syphilitiques.
Que pour le présent ces lésions soient ou non de rordre de celles qui peuvent transmettre Tinfection, il n'y a pas à faire de distinction : elles sont syphilitiques, donc elles peuvent, si elles ne sont déjà contagieuses elles-mêmes, s'accompagner de lésions émettant des agents virulents, et le sang de ce nourrisson syphili-
ÎSS
SYFHlï-ÏS ET DÉONTOLOGIE.
lîque est, selon toute apparence, encore virulent. Le diagnostic global de syphilis suffit, indépendamment des localisations el de la forme de cette syphilis, à établir que cet enfant est un foyer de contagion; du moment qu'il est porté, il faut exiger la mise en œuvre de toutes les précautions que nous allons indiquer (1)*
La syphilis étant reconnue chez un enfant, le pre^ raier soin du médecin sera de rechercher si la nourrice en est ou non atteinte. Outre qu'il trouvera parfois dans Texamende celle-ci la conflrmation de rorigine héréditaire de la syphilis du nourrisson, il déduira toute sa conduite de ce fait capital : la nourrice a été contaminée par Tenfant, ou bien elle n'a pas été conb-
(i) Je n'envisage ici que la situation des enfants reconnus syphilitiques. 11 B*en faut cepetitlont que le diagnostic de syphilis s'impose toujours sans hésitation chez un nourrisson : îl est lelîeB ou le lies lésions des régions fessièrcs et génitales, de la cavité buec4iîe» qui laissent dans le doute même les médecins les plus versés dans la connaissance desdei matoses infantiles et de Thérédo-syphilis. En pareille occurrence, il importe de ne pas se prononcer à la légère, on ne peut risquer que la oourrice soit contaminée par une lésioa dont la nature syphilitique n'est ni démontrée ni démontrable; oû ne peut, d'autre part, priver du bénéfice de rallaitement par une nourrice un enfant dont la maladie n'a rien de contagieux et seni guérie dans peu de jours.
Dans la plupart de ces cas^ rhésitation est de courte durée ; après quelques jours d^observation, le diagnostic sera tranché dans un sen» ou dans raulro. Il n^y a donc qu'à patienter : suspendre l'allaitement sous un prétexte on sous nn autre, mais le suspendre réellement et radicalemeïit, conserver la nourrice el lui conserver son lait en lui faisant rider les seins artiriciellenient, au moyen d'un tire-lai l ou par la succion d'un jeune animal ; lorsque le diagaostie e^t tranché définitivement, Tenfant est remis au sein si les craintes do syphilis n*élaient pas fondées; si au contraîi'c !ft diagnostic d'bérédo-syphihs s'est confirméi on agit comme lesc«s où ce diagnostic est établi d'emblée.
linée par renfant. Pour le présent comme pour Tavenir, là est le nœud d'une foule de problèmes. ^^ Examinons le cas le plus simple, celui où la nourrice ^B été contaminée* Je dis que c*est le cas le plus simple» P^iarce qu'il est généralement plus facile de trouver la syphilis que de prouver son absence, el aussi parce que formule qui résume la conduite à suivre est plus letle, plus précise, immédiatement applicable, sans les lllermoiemenls et les incerlitudes que va exiger et lire naître la constatation de l'intégrité actoclle de la lourrice.
La nourrice est donc bel et bien syphilitique : elle
aorte sur ses seins, sous la forme d'un ou plusieurs
chancres indurés, la preuve de sa syphilis et de son
îrîgine; plus rarement, sa syphilis se traduit par un
'chancre de la lèvre ou de la main, ou par une roséole,
.accidents dont la chronologie par rapport à ceux de
rae Tenfant peut seule établir la filiation exacte.
Pour Tenfant, le médecin fera une prescription approiriée à son état, comportant h la fois des soins locaux lei un traitement général. A la nourrice, il ordonnera [pour ses boutons quelque médication anodine, dont {renoncé ne puisse éveiller ses soupçons, car il ne [peut directement lui révéler, il ne peut encore à ce moment lui faire connaître de quelle maladie elle et son nourrisson sont atteints : il révélerait le secret de son client, secret dont à ce moment — je répète avec intention cette restriction — il n'a pas le droit de faire usage, qu'il n'a môme pas le droit de laisser deviner.
Il n'en est encore en effet qu'aux préliminaires de ce ■qui peut devenir un drame. Son rôle médical, strictement médical, n*est pas terminé. Se rimaginerait-il, que
le père de Tenfantp conscient ou încoascienl de la gravité de la 5iluaUon, le détrotaperait avant de le laisser partir en lui demandanl ce qo*a au juste reofant, et ce qu'il va falloir faire avec la nourrice.
Le devoir* striclement médical, du médecin est, visà-vis des deux malades qu*il a examinés, de les traiter et, comme Fun deux est un nourrisson, c'est encore le traiter que de lui assurer ralimentation qui lui coqvient ; le devoir, strictement médical, est encore d'empêcher ces deux malades de propager leur maladie.
Le traitement de Tenfant est assuré par la prescription qui a été remise au père. Reste encore à assurer son alimentation, à traiter la nourrice, à empêcher qu elle ou son nourrisson ne produisent de nouvelles contaminations. Ces trois derniers termes sont intimemeûl connexes : on va le voir.
Pour assurer ralimentation d'un enfant, la meilleure des conditions est de le mettre au sein d'une bonne nourrice. Or, il en a présentement une, bonne peut-être, sufGsante en tout cas. Et, sa mère n'ayant pas commencé à le nourrir, il ne peut en avoir d*antres, parce que toutes celles qu*il aura, si elles ne sont pas syphilitiques ou réfracta ire s à [a syphilis comme sa mère, il y a de grandes chances, sinon certitude, qu'il les infectera. Donc, en toute logique, il faut lui conserver celle qu'il a ; sinon, il sera nourri artificiellement.
A conserver celte nourrice, il y aura, si l'on veut bien compter, trois avantages : l" Tcnfant aura une nourrice; 2° il n'en infectera pas une autre; 3"* la nourrice n'infectera pas un autre nourrisson. Et^ de suite, en apparaît un quatrième ; il sera possible de la soigner.
Mais, s'il est possible de soigner la nourrice, il ne sera pas toujours facile de le faire. Comment, en effet,
NOU n Rlf^SONS s YPH 1 1 ITIQUE H .
ire accepter par celle femme, si paysanne el si bornée oil-elle, qu'elle doit se soigner si on ne lui dit pas pouruoi? On peut bien, penseroni quelques-uns, lui dire u'elle a des dartres, qu'elle a besoin de dépuratifs : êtes table moyen, avec lequel le médecin compromet a dignité dans un mensonge et engage sa responsabité; que la femme apprenne plus tard qu'on Ta leurrée, ue le médecin s'est fait le complice de ses maîtres,
I elle poursuivra devant les tribunaux tout le monda, et lera condamner tout le monde, y compris le médecin. I En outre, cette femme syphilitique aujourd'hui sera pocore contagieuse dans quelques mois, lorsqu'elle iqui Itéra sa place pour retourner au pays, elle contaminera son mari, cela n'est pas douteux, ses enfants I à peu près aussi sûrement, par ceux-ci peul-èlre |fcd*autrcs enfants; elle pourra devenir Torigine d'une de ^^es épidémies de syphilis qui sont loin d'être exceptionnelles aux pays de nourrices et que Ton a vu frapper successivement douze et quinze personnes^ parfois plus encore.
Que la nourrice soit prévenue de la puissance contagieuse et longtemps contagieuse de sa maladie et de tels „ accidents deviennent si non impossibles, du moins plus ^pares : s'ils se réalisent, la responsabilité n'en revient ^plus au médecin, mais à la nourrice, qui n'a pas tenu compte suffisamment des avertissements.
Donc, à consei-ver la nourrice et, si faire se peut, à la conserver au delà des limites de la nourriture comme tf nourrice sèche», et à lui faire connaître la nature de sa maladie, on gagne tout pour l'enfant, et on réalise, tant vis-à-vis des intéressés immédiats que de la Société en général, la plus utile des prophylaxies.
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SYPHILIS ET DÉONTOtOGIE.
Telles sont les raisons slrictemenl médicales, qui doivent guider le médecin, celles dans lesquelles il puisera la cou vieil on nécessaire pour ne pas se laisser émouvoir par les objections égoïstes que va sans doute lui faire son client.
Car tous ces beaux raisonnements, cette conviclion inébranlable peuvent se trouver contrecarrés par la seule volonté du client, — ici le père de renfanl, —qui se refuse à laisser savoir à la nourrice que Tenfanta la syphilis. Son secret est à lui^ il veut le garder, et le médecin ne peut en disposer*
Avant de voir comment le médecin, tout en demcyrant respectueux observateur du secret médical, peut dégager sa responsabilité en face d'une volonté formelle, voyons quelles objections vont lui être présentées et comment il les rétorquera.
Après avoir^ sans tarder, sans hésiter, fait connaître au père la nature de la maladie qu'il vient de constater chez son enfant, après avoir^ s'il ne la connaissait déjà» recherché la source exacte de la syphilis, après avoir provoqué ou seulement recueilli du père Taveu de sa syphilis prématrimoniale ou extra-conjugale, le raédecin lui annoncera que la nourrice est contagionnée; il lui montrera que Tétat de cette femme nécessite un trailement qu'il n'a voulu prescrire sans avoir eu un entretien avec lui, père de famille* tï lui déclarera qu'ilya,dece fait, des décisions sérieuses à prendre et qu'il convient de les envisager de suite^ de les arrêter sans tarder.
Déclarer à une nourrice qu'elle a la syphilis, qu elle l'a prise de son nourrisson, c'est lui dire, sans presque voiler» que le père de ce nourrisson en a été atteint, lui révéler un secret que ce père n'a fait connaître qu'en
PîOURBISSONS SYPHILITIQUES. 187
rembtant au médecin, et du coup le faire tomber dans le domaine public où II entrera par roffice. Si puissants |iie soient les arguments médicaux pour justifier et
iposer sa révélation, ils auraient sans doute à ce molent peu d'effet sur l*esprit du père. Mieux vaut lui lontrer ceux qui le frapperont le plus, en visant son Intérêt personnel.
La nourrice ne se sait pas encore syphilitique, mais 5rapêchera-t-on jamais cette femme de s'en douter? &mpèchera-t-on que quelque amie, quelque payse plus fusée ne lui ouvre les yeux et ne la dépêche chez un lédecin dont ce sera le devoir strict de lui dire toute la rérité? Et alors, peut-être demain, peut-être dans quel- |iies heures, le secret de la minute actuelle ne sera plus m secret : il sera connu de roffîce, il pénétrera dans le lïabinet d*un homme d*afTaires, d*oLi il sortira sous la forme d'assignations, puis un procès le fera connaître irbi et orbî-
Ce procès, la nourrice le gagnera, parce que les nourrices gagnent toujours les procès aussi clairs que serait celui-là et obtiennent en dommages- intérêts des sommes respectables.
En supposant que la nourrice ne soit pas sur ses fardes actuellement et que personne ne l'engage dans un procès immédiat, ce sera pour plus tard, après sa rentrée au pays^ lorsqu'elle aura infecté son mari, alors que peutêtre elle sera morte de syphilis et que son mari en fera devenu infirme, et le chiffre des dommages-inté- "rêts en sera accru, à moins que le bonhomme de mari, plus malin et moins malade^ ne les regagne et au delà par un chantage prolongé et savant.
Au point de vue de sa propre considération, il y a donc pour le père — et il le comprendra avec un peu de
SYPHILIS ET DÉONTOI.OGIE.
réflexion— moins à craindre de divulguer à la nourrice que de lui dissimuler la nature vraie de sa maladie; celte divulgation, le médecin pourra se charger de Ir faire, car il peut, lui tierce personne et médecin, la faire plus facilement^ en insistant sur Fintérêt médical de cette divulgation et sur Tinulilité qu'il y a pour la nourrice à faire savoir à tous qu'elle a été infectée.
Pécuniairement encore, le père gagnera à la di\iilgation de ne pas courir les risques d'un procès, coûteux par ses frais, coûteux parles dommages-intérûts auquel il sera condamné,
Qu*il ne croie pas cependant se tirer d'affaire sans bourse délier : en offrant, sans hésiter, une indecnoité à la nourrice, et une indemnité raisonnable, il réparera dans une certaine mesure le tort, peut-être considérable, qu'il aura causé à cette femme : il accomplira un acie de justice, auquel un honnête homme ne peut se dérober. Il défendra, en même temps, ses intérêts bien compris, car il prendra la nourrice par son côté faible et mettra peut-être une sourdine à ses bavardages.
Engager le père à indemniser la nourrice peut sembler sortir des attributions médicales ; le raêdeciu reste cependant dans son rôle, parce que ce < conseil d^ami », au bon sens du terme, Faidera à sortir d'une situation d'ordre essentiellement médical, où trop d 'intérêts véritablement médicaux se trouveraient compromis si elle ne se dénouait comme elle doit se dénouer.
Mais, après avoir ajouté qu'il y a tout avantage h terminer rapidement Taffaire, le médecin, suivant le conseil de M* Fournier, se récusera ; il se gardera bien de suivre l'exemple donné par Diday, qui alla discuter avec le notaire de la nourrice les conditions d'une tran-
saction (1) : il n'a charge que des intérêts médicaux de son client et non de ses intérêts pécuniaires, auxquels il n'entend souvent pas beaucoup et qu'une intervention directe pourrait compromettre. Il laisserait peut-être quelque peu de sa dignité dans un marchandage qui regarde les hommes d'affaires et, si le père croit prudent de se garantir contre une réclamation ultérieure par un reçu en règle, qu'il laisse aux hommes de loi le soin d'en indiquer la teneur.
La tâche du médecin n'est, au reste, pas encore finie. Il faut encore conserver la nourrice, ou du moins s'efforcer de le faire. A cela, les parents qui ont accepté les deux mesures précédentes, l'aveu et l'indemnité, ne font pas d'objections. En feraient-ils qu'il suffirait de leur rappeler que l'enfant a tout avantage à être nourri au sein et que, d'autre part, ils ne peuvent risquer d'infecter encore une nourrice, qu'enfin la nourrice, quoique syphilitique, n'expose, de ce fait, leur enfanta aucun danger.
Il reste, par contre, à obtenir le consentement de la nourrice.
Pour y réussir, le mieux est d'agir le plus rapidement possible ; sans tarder, le médecin mettra, avec l'assentimentdelafamille,lanourriceaufaitde sa maladie, sanslui laisser le temps de s'effrayer, de s'enquérir, de recevoir de mauvais conseils ; puis, il lui fera connaître qu'elle sera convenablement indemnisée, et enfin qu'elle a tout intérêt à rester dans la inaison où elle sera soignée, tandis que partout ailleurs elle serait dangereuse, dangereuse pour son mari, dangereuse pour tout nourrisson qu'elle
(i) DjDAY, Le péril vénérien dans les familles, Paris, 188i,p. 435.
yieDdraît à allaiter, que par conséquent son départ k priverait du bénéfice qu elle comptait légilimemenl trouver en se plaçant.
Telle est la conduite à tenir par le nriédecin, tel est le résultat qu'il doit chercher à obtenir. M- Fouruier le résume en trois mots dans la formule qu'il conseille de proposer aux parents : Auoaer, payer ^ conserver la nourrice.
En tout ou partie, le médecin peut échouer dans ses négociations laborieuses* Que lui reste-t-il à faire?
Il a échoué sur le premier point : impossible d obtenir des parents — du père — qu'ils fassent counaître à la nourrice le nom ou, à défaut du nom, la nature véritable de la maladie dont elle et son nourrisson sont atteints. Ils sont dans leur droil, au point de vue légal, sinon au point de vue moral.
Le médecin — je me suis assez catégoriquemeiil expliqué sur ce point- — ^ne peut s'associer à une au&si mauvaise action; il ne le peut ni comme honnôte homme, ni comme médecin ayant quelque souci de le santé publique. Et pourtant, il est enchaîné par le secret professionnel, car dire à la nourrice qu'elle a h syphilis est implicitement mais nettement lui faire savoir que l'enfant dont elle a pris cette maladie et le père de cet enfant sont syphilitiques. Peut-être même le père qui se refuse à cet aveu sait-il à quel point le médecin est lié par la loi sur le secret professionnel -^ on a eu soin de le lui apprendre dans le roman et à la scène — et escompte-t-il son silence.
Le médecin se taira, il dira môme à son client, si coupable qu'il le suppose, qu'il respectera son secret; la nourrice viendrait-elle Tinterroger, il ne se per-
eltra aucune allusion» il refusera de répondre, pureenl et simplement,
H lui reste pourtant un droit, c'est celui de se retirer. elle est la conduite que conseille M. Fournier. Le déart brusque, la cessation des soins du médecin qui ourra même en aggraver là signification en refusant oute ordonnance et toute prescription, ne sont pas seulement une protestation platonique contre la conduite de clients plus qu'indélicats; ils éveilleront sans oute des soupçons dans Tesprit de la nourrice : c*est ême là leur objectif principal.
Que, mise ainsi sur ses gardes, la nourrice vienne trouver le médecin, lui demander si la maladie qu'il a onslatée est dangereuse, il ne se départira pas de son ilence. II lui répondra seulement que, étant ou mieux yant été le médecin de ses maîtres, il ne peut rien ui dire; mais, ajoulera-t-ilj allez consulter un autre édecin. Et certes, celui-ci reconnaîtra la syphilis; il st le médecin de la nourrice et non celui de ses maîres, il peut donc lui répondre.
Le deuxième terme du programme, Tindemnité, conerne une obligation morale pour les parents : si ceuxci ne le comprennent pas, le préjudice éprouvé par ta nourrice étant d'ordre pécuniaire et non d*ordre médical, le médecin pourra regretter de ne pas s'être mieux fait comprendre et déplorer Tobnubilation morale de ses clients* Il n'encourt de ce fait aucune responsabilité. Il se contentera d'enregistrer un document humain.
Reste la troisième terme, le maintien de la nourrice auprès de Tenfant. A tous égards, il est regrettable
SYPHIMS ET DÉONTOLOGIE.
de ne pouvoir robtenir : d'abord au point de vue des intérêts pécuniaires du client et en raison des procès qui suivent le plus ordinairement le départ des nourrices dans ces conditions; puis au point de vue de rintérôl social et en raison de la contamination possible de Ten ton rage de la nourrice (1), si surtout ce dépari a précédé les explications données parle médecin à cette nourrice: enfin au point de vue de la santé de lenfant et en raison de Ti m possibilité qu'il y ù. de le confier à une nourrice saine.
Ici reparaît le rôle du médecin. Bien qu'à proprement parler^ il ne s'agisse plus que de mesures exclusivement IhérapeuUques, et que la question n'ait plus de rapports directs avec la déontologie, il convient d'en dire quelques mots.
L enfant peut être mis au sein d'une nourrice syphilitique. Ce serait la solution idéale médicalement parlant, mais combien peu pratique. Il faudrait d*abord trouver une nourrice ayant eu la syphilis; or, il ne s'en trouve pas dans les bureaux de nourrices, ou du moins il ne s en devrait pas trouver et, de fait» au jour où le besoin s'en fait sentir, on n'en découvre pas. Dans les hôpitaux spéciaux, il est toujours délicat pour un chef de service de souligner et de certifier la syphilis de ses malades en les plaçant comme nourrices infectées» et cependant le médecin est seul à pouvoir désigner les femmes remplissant ces conditions. Enfin, dans les famillesj on éprouvera toujours quelque répulsion à prendre comme nourricej une femme qu'on sait syphilitique, cela à cause de la conduite qu'on lui supposera,
(i) Je ne parle pas ci de la possibilité de rinfecUon d*autTes nourrissons par cette nourrice: si elle lait un procès à ses maîtres^ eUe sera, de ce iait, mise dans riaipossibililé do se replacer.
NOURB1SS0N9 SYPHILITIQUES. 19ÎÏ
peuUôlre à tort, à cause de ses bavardages possibles sur son origine et sur ses qunlitcs spéciales.
IDans la pratique donc, la nourriture par une femme Bsi en réaliLé interdite aux petiis syphilitiques. Il reste |e choix entre les divers procédés d'alimentation artificielle : nourriture par une ânesse ou par une chèvre, procédés difficilement réalisables et fort dispendieux, nourriture au moyen du lait de vaclie naturel ou ^coupé, pris au verre ou au biberon; Teraploi du lait ^Btérilisè soit industriellement soit sur place^ a, dans ^Kes dernières années, singulièrement modifié les con- ^^uilions de Tallaitement artificiel, lui a donné une presque sécurité qui était inconnue auparavant; s'il présente encore des aléas, leur importance est considérablement réduiie; il a supprimé dans la pratique urbaine les quelques tentatives d*allaitement par les ilncsses et les chèvres, qu'on ne trouve plus guère que ans les syphi licornes.
Ce qui précède concerne les cas où nourrice et nourisson sont tous deux reconnus syphilitiques au lomcnt de l'examen, la syphilis de Tune dérivant de syphilis de Tautrcp
Or, Finfection de la nourrice par un nourrisson syphilitique n*estpas fatale : Fenfant peut n'avoir pas eu aux ^égiony dangereuses, la bouche et le nez, de lésions spécifiques suintantes; la nourrice peut aussi n'avoir ^t n*avoir eu, pendant que duraient les lésions spéci- 'fiques de Tenfantj aucune érosion, aucune écorchure, aucune solution de continuité, si faible soit-elle, des téguments de la région mammaire. La coïncidence des îeux effractions épidermiques, qui est nécessaire pour jue la syphilis se transmette, a pu d'autant mieux ne
TmmîzndE, — Syphiîis et DéonL 13
pas se réaliser que le début des manifestations bérédosyphilitiques de Tenfant est plus rapproché de leur constatation par le médecin.
Voici donc d*une part un enfant hérédo-syphililique, d'autre part une nourrice chez laquelle Texameo le plus attentif ne permet pas de découvrir la moindre trace actuelle de syphilis ; en particulier, la région mam maire ne montre aucune ulcération si minime soitelle, le volume des ganglions lymphatiques de raisselle n'a rien d'anormal, la cavité buccale et spécialement les lèvres, les ganglions correspondants du cou sont absolument intacts»
Que faire ?
Il faut commencer par une mesure diamétralement opposée à celle qui, en cas d'infection de la nourrice, s'imposait dans Tintérét de l'enfant.
Cette nourrice saine, il faut lui retirer son nourris^ son; cela, quel que puisse être Tintérét de Tenfanl, dans son intérêt propre, à elle nourrice. Et le Id retirer sur Theure, A partir du moment où la syphilis est reconnue chez un enfant, cet enfant ne doit, sous aucun prétexte, prendre le sein de sa nourrice restée saine.
Les objections ne vont pas manquer de la part de la famille. Il faut donc que le médecin soit, sur ce point» armé pour répondre, et armé d'arguments à la fois médicaux et juridiques.
Il existe, en effet, dans la jurisprudence, un arrêt de Cour d'appel de la plus haute importance. Cet arrél* rendu par la Cour de Dijon à la date du 14 mai 1868. déclare que a le médecin qui, sciemment, laisse ignorer à une nourrice les dangers auxquels Texpose rallaikment d'un enfant atteint delà syphilis constitutionnelle,
)euL être déclaré responsable du préjudice causé par la rélicence ». Dans ;raffaire qui s'est terminée par 'cet arrêt, le D' B... n'a dû d'être acquitté qu'à ce quedit encore rarrèt, « la responsabilité ne peut toutefois ôtre encourue qu'autant que le préjudice est le résultat înconteslable du fait de celui auquel on en demande la réparation,.,. qu*il n*est pas certain qu'à cette époque du ÏO février (où le médecin avait constaté la syphilis de l'enfant) elle aurait pu échapper à la contamination, lors Imême qu'avertie du danger par le médecin elle eût [eussitôi cessé l'allaitement, et qu ainsi il n'est pas démontré que la rélicence regrettable du D' B... lui eût causé préjudice »< Cet arrêt, bien souvent commenté, [remonte à une époque où l'obligation du secret pro* fessionnel pour le médecin était moins strictement interprétée par les tribunaux qu'elle ne Test actuellenienl ; il est vraisemblable qu'à Theure présente il ne , se trouverait plus un tribunal, ni une Cour d'appel, )0ur reprocher à un médecin de n'avoir pas révélé un i secret professionnel. Il n'en résulte pas moins que la Ijustice a pu considérer comme regrettable, presque comme tombant sous ses coups, la dissimulation à une femme de la nature de la maladie de son nourrisson et qu'il pourrait se présenter telle ou telle circonstance où le raédecinj n'étant plus enchaîné par l'obligation du secret, succomberait dans un procès .en responsabilité civile*
N'aurait-il pas à craindre les foudres de la justice, le médecin a ici un devoir de conscience à remplir envers une femme courant un danger dont il est seul à connaître et à pouvoir apprécier l'importance; il a, pour voir les choses de plus loin, un véritable devoir social à remplir, parce que cette femmcj si elle est
SyPini.tS ET néoNTOLOGIEt
contaminée et si, par suite des mêmes errements, ell reste dans Tignorance de sâ propre maladie, pourm causer des contaminations syphilitiques multiples et faire souche d'iiérédo-syphilitiques,
Jecilaisplasliaullesparolesindignéesde M, Fournier à la pensée qu'on puisse risquer, même pour sauver Tenfi^nt, de donner la vérole à une femme, en lui confiant un nourrisson hérédo-syphilitique. C'est encore J le confier à cette femme que le lui laisser. I
La question me paraît jugée; je m'étonne seulement^ ici encore, que de bons esprits, des syphiligraphes expérimentés comme Diday^ aient pu avoir quelque hésitation.
II y a cependant, pour tout autre qu*un médecin* une raison d* hésiter dans le cas présent. Voilà une femme qui, depuis plusieurs jours, peut-être plusieurs semaines — cela s*est vu — nourrit un enfant porteur de manifestations syphilitiques; elle a bien eu le temps de prendre la syphilis : si elle ne Ta pas prise, elle ne la prendra pas, et même, ajoutera parfois le père de famille, si elle ne Va pas prise, c'est qu^elIe Ta déjà eue et, de déduction en déduction, il va peut être tenter une diversion et accuser cette femme d'avoir donné à son enfant la syphilis qu'elle n'a pas. Un autre père de famille, raisonneur et fort de son expérience persôiinelle, rappellera qu'il a pris la syphilis la première fois qu'il a eu un rapport avec une femme syphilitique; comment voulez-vous que cette femme n'ait pas pris la syphilis de mon enfant la première fois qu'elle lai a donné le sein ?
Certes, oui; la syphilis se prend souvent au premier contact avec une femme syphilitique, voire même au premier contact avec une femme; mais elle peut aussi
!«0UERISS0]M9 SYPHILITIQUES»
ne se prendre qu'au n -J-1*"" contact avec une femme yphilitique, si grande que Ton suppose la valeur de n. De même, la nourrice peut ne la prendre qu'a la a -j~ l™"" lélée ; mais si, par malheurj Tenfant venait de faire sa n"^*' tèlée !
Le père de famille ne manquera pas dlnvoquer IMntérètde son enfant, habitué au lait de sa nourrice, qu*on va priver, au moment même où il est le plus malade, de cet aliment, le seul qui lui convienne. A cela, on lui objectera qu'il a déjà bien de la chance que la nourrice ne soit pas partie en voyant Tapparence pitoyable du nourrisson, plus repoussant encore pour une paysanne que redoutable au point de vue médical, qu elle n^aitpas crié partout son dégoût. A-t-iI réfléchi aux conséquences de ce départ, sont-elles plus graves que ralimenlation de Tenfant au lait stérilisé qui va lui être donné et qui a déj^ élevé lanl d*enfanls, de y phili tiques comme d'autres?
Qu'il sache bien, d'ailleurs, à quoi il s'expose, lui père de famille, si cettefemme prend la syphilis, si elle peut prouver — et cela ne lui sera pas très difficile — qu'elle a été contaminée par lenfant à une date postérieure à celle 00 la syphilis de l'enfant a été reconnue! Pécuniairement, au moins, s'il ne sait pas entendre la voix de sa conscience, il lui en coûtera plus encore que si celte femme était aujourd'hui môme atteinte de syphilis.
Le père de famille s'en tôle- t-il à laisser continuer lallaitemeut par la nourrice, le médecin sera toujours à même de mettre sa responsabilité à couvert, et par un moyen très simple. Au lieu de partir brusquement, sans remettre d'ordonnance, et en annonçant sa décision de cesser toute relation avec le client comme dans le
ï?lYPHïLtS ET DEONTOLOGIE,
cas où la nourrice était déjà infectée, il laissera, an contra îrej une trace écrite de son passage dans Ja niaison. Et pour cela, il rédigera une ordonnance, Deeetle ordonnance. M* Fournier donne le type d*une façon très précise. Elle doit comprendre d'abord la prescription médicamenteuse appropriée à Tétat de Tenfant, puis^ entre cette prescription et la signature^ afin qu'elle ne puisse être détachée sciemment ou inconsciemment, la recommanda lion suivante: impossibilité absolue de contiauer Ta liai te ment par la nourrice. Une fois Tordonnance rédigée, datée et signée, la remettre au père de famille en le priant de la lire.
La conduite proposée au médecin par M, Fournier dégage entièrement sa responsabilité. Elle la transfère au père de famille qui ne peut plus dès lors ignorer son devoir-
Elle a pour corollaire — comme dans les cas où, la nourrice étant infectée, le père de famille se refuse à lui faire connaître la nature de sa maladie — la cessation de tous rapports ultérieurs entre la famille de renfanl et le médecin. Celai-ci^ en se retirant, fera connaître qu'il cnLend rompre, ne voulant en aucune façoa accepter ou paraître accepter la moindre part de complicité et de responsabilité dans ce qui adviendra parla suite. S*ila quelque raisondecraindre queses dernières paroles ne soient pas bien comprises ou aient passé inaperçues dans Témotion de son départ, il confirmera le jour mômcj par lettre recommandée, son inlenlioû de cesser ses soins et, suivant Tusage, joindra la note de ses honoraires, sans indiquer dans cette lettre les motifs de sa retraite.
Effrayée peut-être par son départ^ ou s'étonnant au bout de quelques jours de ne plus revoirie médecin et
NOURRISSONS SYPHlLtT!QDES- 190
le voir persister les boutons de Tenfant, mal soigné m même non soigné par ses parents, la nourrice Vient-elle trouver le médecin, lui demander ce qu'a son nourrisson; le médecin se gardera de lui faire une réponse évasîve, suscef>tible de la laisser dans une quiélude dangereuse. Il lui répondra simplement que, ayant soigné Tenfant comme naédecin de la famille, il n*esL pas en droit de lui donner le moindre renseignement sur la santé de cet enfant; qu'elle demande aux ^parents ou qu'elle aille consulter un autre médecin! ^B Et cet autre médecin ne connaissant pas la famille ^Bdu nourrisson, n'ayant reçu d'elle ni confidence ni l^miission médicale, sera en droit de lui donner un conseil, le seul conseil de mise en la circonstance, celui de [cesser incontinent la nourri ture* Ce qui résultera de le conseil sera la conséquence de Fentôlement des )areDts : à eux en remontera la responsabilité, quoiqu'il idvienne,
La question est donc tranchée pour le médecin
lorsque lesparentsont refusé de suspendre Tallaitement
louj du moinSf il a cessé de prendre part à sa solution.
A-t-il, au contraire, obtenu gain de cause sur cepoint, sa tâche est loin d'être terminée, lia encore à s^occuper
et à se préoccuper de l'enfant, et aussi de la nourrice. De Tenfant d'abord. Avec lui, tout est simple. C'est un hérédo-syphilitiqueet un nourrisson, mais un nourîsson qui n'a plus de nourrice et ne peut plus on voir, tout au moins ne peut plus avoir de nourrice saine. Nous avons vu plus haut comment un enfant hérédo-syphilitique peut être alimenté ; par une nourrice saine^ par une ânesse, par une chèvre, ou simpleent à la tasse ou au biberon, avec du lait de vache
SVplllLtS ET DÉONTOLOGIE,
stérilisé* Je n'ai pas à y revenir. Nous verron^i cependant clans un instant que» peut-ôtre dans un avenir prochain, sa situation va se modifier : elle se modiOera non pas de son fait, mais du fait de sa nourrice, et en se modifiant, elle va devenir celle de renfanl syphilitique ayant une nourrice syphilitique; nous connaissons également cette situation.
Avec la nourrice, nous nous trouvons, au contraire, dans une situation nouvelle quil faut envisager daes le présent et dans laveoir*
Situation nouvelle, en effet, et qui ne peut être exâctement comparée à aucune autre, sauf, sous certains rap^ ports, à celle d'une femme mariée qui a eu réccinment des relations avec un homme syphilitique autre que sod mari.
Cette nourrice, qui ne présente aucune trace de syphilis, mais qui vient d'être exposée, du fait de son nourrisson, à devenir syphilitique, peut être syphilitique DU ne pas Fêtre, et personne actuellement ne saurait dire si elle 1 est ou si elle ne Test pas, ou mieux si elle le sera ou si elle ne le sera pas.
Il se peut en effet que, ayant été contagionnée au cours de sa nourriture, elle soit encore dans la période d'incubation du chancre, dans cette période où aucun phénomène, aucun trouble local ou général ne décèle la germination du virus. Dans ces contacts, j'allais dire dans ces rapports rauUiquotidiens, qu'elle a eus avec son nourrisson, lequel a été fertile et contagionnantî Nul ne peut le soupçonner.
Pour qu'elle puisse être déclarée indemne, il va falloir laisser passer tout le temps de la durée maximade l'incubation de la syphilis, soit six à sept semaines, comptées à partir du dernier rapport, c'est-à-dire de h
NDURniSSONâ SYPHILITIQUES,
dernière tétée. L'apparition d*un chancre la tranchera vraigemblablcnicnl plus Lot, car, somme toute, cette femme a de grandes chances d'avoir éié contagionnée, et d'avoir clé contagion née lors d'une tétée antérieure h la dernière; mais la sécurité, en cas de non-développement du chancre, ne sera complète qu'à partir de cette date ultime.
Si, au cours de la période d'observation, cette femme
ieot h présenter un chancre syphilitique, et c'est au mamelon qu'on le verra le plus souvent apparaître, rcnfant pourra lui être rendu, dès que le diagnostic sera établi sans discussion possible... à la condition qu'elle
ît conservé son lait jusque-là.
Resle-L-elle, par contre, indemne de syphilis pendant ule la durée possible de rincubation du chancre, elle
ourra,sansaucundanger,prendre un nourrisson sain,., condition encore qu'elle ait conservé son lait pen-
ant ces six à sept semaines.
Donc le premier cas, le bénéfice sera pour l'en faut,
\}i retrouvera sa nourrice. Quant aux parents, ils auront encore à satisfaire aux deux premiers termes des devoirs que M. Fournier trace aux parents d'un hérédohyphilittque ayant infecté sa nourrice : avouer et payer.
e temps écoulé depuis la constatation de la syphilis
e l'enfant aura permis au médecin de préparer les
roies, aux parents de réfléchir et de s'accoutumer à cette idée.
Dans le second cas, l'enfant est défmitivement privé
e sa nourrice, du moins en temps que nourrice, car il peut arriver que la nourrice ayant perdu son lait ne cherche pas à se replacer ou qu'elle trouve plus avantageux de rester dans la maison comme ^ nourrice sèche ï».
Pour réaliser ce programme eo partie double, donlles aUernalives ont du moins Ta van ta ge de résener tous les droils des parties — enfant, parents, nourrice — el dont chacune sera favorable à une au moins des parties, sinon à deux, il est une condition première indispensable, c*estde conserver la nourrice, de la conserver au domicile des parents et en observation, qu'on lui laisse le rôle de bonne d'enfants ou qu'on roccupe à quelque autre besogne; il en est uneseconde, subordonnée à la première^ moins indispensable, mais avantageuse ^ bien des égards, c'est de lui conserver son lait» ce qui peut être réalisé au moyen d'un lire-lait ou au moyen de la succion par de jeunes animaux, de jeunes chiens par exemple, mais jamais, au grand jamais, par un enfant*
La condition première ou indispensable, la conservation de la nourrice, est plus facile à réaliser que lorsqu'elle est infectée. Le médecin n'a plus, si elle reste indemne, — ou n'a pas encore^ si la syphilis apparaît tardivement, — à demander aux parents d'avouer et le seul sacrifice pécuniaire li leur imposer pour h moment est de lui maintenir ses gages au même prix que si elle nourrissait. Quand aux parents ils devront décider, suivant que la nourrice sera ou non soigneuse et soumise, susceptible de ne plus donner le sein el de prendre les précautions voulues, s'il convient qu'elte continue à s'occuper de Tenfant, ou s'il est préférable de lui donner quelque autre charge dans la maison.
C'est seulement vis-à-vis de la nourrice que le médecin doit agir avec quelque peu de diplomatie : il faut ne pas l'effrayer, tout en prenant garde qu'elle ne s'a\îse pas de donner le sein à l'enfanLj il faut aussi la faire patienter le temps nécessaire pour être lïxé définitive-
NOORHISSONS SYPHILITIQUES,
ent à son sujet. On lai représentera que Fenfant est
tteînt d*une maladie qu'elle pourrait contraclcr, qui
ourrait lui déformer le sein, empéclier définiLivemf^nt
a nourriture, que de plus Tcnfant a besoin de prendre
es médicaments qui ne peuvent utilement lui ôlre
onnés que dans du lait d'ânesse et largement dilués,
ue la maladie de TenfaDt étant passagèrCj il pourra
ans doute reprendre le sein dans quelques jours,
u'elle recommencera alors — mais seulement lorsque
e médecin lui permettra — à nourrir Fenfant; rien n'est
lus facile, que de conserver sou lait jusque-là, il lui
suffira de dégorger elle-même ses seins ou d'allaiter un
jeune animal ; d'ailleurs, ses maîtres lui conserveront
ses gages; elle ne voudrait certainement pas quitter,
arce qu'il est atteint passagèrement de boutons, un
enfant qu'elle a déjà allaité et qui redeviendra plus
tard un beau nourrisson. Si elle doit rester auprès de
Fenfant et le soigner, on lui recommandera toutes les
précautions utiles pour éviter la contagion par les
diverses voies banales, bouche, mains, etc*
La nourrice, pour une raison ou une autre, n accepte pas ces conditions. Soit méfiance, soit confidence entendue, soit commérage, elle sait ou soupçonne ce quila menace. Bref, avant que soient expirés les délais d'incubation de la syphilis, elle quitte sa place, et, à ce moment, elle n'a ni sur les seins, ni ailleurs, trace de chancre. Comme elle a conservé son lait, son premier soin va être de chercher à se replacer en qualité de nourrice.
Elle risquera d'infecter un nourrisson dès rapparition du chancre.
Y a-t-il quelque moyen à employer, quelque tenlalive à faire pour empêcher semblable accident?
Si la nourrice n'était pas partie brusquement, et si le luéclecin avait été prdvemi à temps qu^elle se dispo- Stiit à parlir, il aurait pu se mettre en travers, montrer encore une fois aux parents le danger qui les mena' Çail ; riafection d'un enfant, le remords qu'ils en auraient, la découverte de la sypliilis chez la nourrice par une famille qui sera mise au courant de leur secret, peut-être une action judiciaire en responsabilité întenlée par la nourrice; il aurait pu leur montrer qu avec un peu d'argent ils gagneraient quelques jours qui suftiraient à leur tranquillité, peut-être même leur coosciller de faire à la nourrice un demi-aveu qui ronrait mieux amenée à composition*
Tout cela n'est plus possible: la nourrice a emporté peut-être le germe de la maladie, peut-être aussi le secret des parents. Le médecin doit se reconnaître impuissant* Il n*a pas la ressource d'aller dénoncera la police la nourrice qui a fuij de rcmpêclier de se replacer-
Et cette môrae police , qui devrait protéger la santé publique, qui a la charge et la prétention d'empêcher la propagation de la syphilis, va, si cette nourrice vient la trouver, lui délivrerun certiOcat lui permettant de se placera nouveau comme nourrice (1)1
(l)La quesUon des nourrices en incubation de syphilis est parmi les plus graves qui se posent aux autorités churgi^es de veiller suf la santé publique. M. Fournîer a appelé spécialement l*atlcntîonîiur elle dans une leçon reprotiuito par la Semaint^ médicale (tH86* p. 41*3) et dans un rapport h FAcadémie de médecine sur la propbylaïie publique de la syphilis {Annales tf hygiène publique et dt* méthcine léfjâiej juillet 1887), Dans ce rapport, U proposait, pouf empiiclier qu'une nourrice puisse être replacée après avoir allaite nn enfant atteint de sypliîlis, que tout parent prenant une nourrice dans un taureau s'engageât à lui fournir è la un de la nourriture ufl
Nourrissons syphilitiques. 205
Implicitement, tout ce qui précède ne s'ai)plique qu'aux nourrissons élevés dans leur famille, et dans des centres où les médecins sont assez nombreux pour que la famille de Tenfant ait son médecin, et que la nourrice puisse, si elle le désire, aller demander conseil et protection à un autre médecin.
La syphilis est pourtant loin d'être Tapanage des petits citadins et des familles pouvant faire les frais d'une nourrice sur lieux.
certificat médical ainsi libellé: « Je, soussip:né, certiûe qu'il n'est pas à ma connaissance que les parents de TenfanlX..., auxquels je donne mes soins depuis..., soient affectés d'aucune maladie héréditaire qui puisse être transmise à la nourrice chargée d'allaiter cet enfant. » Le caractère inquisitorial de ce certiûcat, qui présentait de très graves inconvénients au sujet des secrets médicaux des familles et que les parents syphilitiques auraient facilement éludé en allant pourToccasion chercher un nouveau médecin, ne lui donnait aucune chance d'être exigé par un règlement administratif. La Commission retira sa proposition avant la discussion du rapport.
M. DuvERNET, médecin inspecteur des nourrices, à la Préfecture de police, a demandé à l'Académie de médecine, le 10 mars 1891 (Voy. Annales de Dermatologie, mai 1891, p. 387) d'appuyer une proposition aux termes de laquelle les parents, eu choisissant une nourrice, s'engageraient à lui fournir, lors de sa sortie, un certiûcat attestant que son nourrisson n'est atteint d'aucune maladie contag^ieuse. Cette mesure serait facile encore à éluder, car les parents qui se sauraient entachés de syphilis ne s'adresseraient plus aux bureaux de nourrices ; elle prêterait encore à bien des objections. Elle n'est d'ailleurs pas édictée.
Tout se réduit, à la Préfecture de police, en fait de protection contre les nourrices en état d'incubation syphilitique, à ceci : toute femme ayant donné le sein à un enfant syphilitique est ajournée à deux mois, à partir du moment où elle a cessé de donner le sein, pour un nouvel examen, et c'est seulement après cet examen qu'elle peutêtre admise à se placer de nouveau comme nourrice ; toute nourrice sur lieux qui, sortie de place, n'est pas munie d'un nouveau certificat médical, doit être renvoyée à la visite de la Préfecture de police avant d'être autorisée à séjourner dans un bureau de nourrices. •^ Tout le monde est d'accord pour déclarer ces mesures insuffisantes.
Beaucoup de petits syphilitiques sont au contraire élevés loia de leurs parents, dans des campagnes où il n*existe qu*un seul médecin : il est le niédecin de la nourrice et les parents de Tenfant Font pria de surveiller le nourrisson, de le soigner s'il vient à torakr malade ; il se trouve donc avoir pour clients et renfait et la nourrice, détenir les secrets et de la nourrice et des parents*
L'enfant, bien portant jusque4à, est atteint înopiniment de manifestations syphilitiques : la nourrice esl encore indemne en apparence, le médecin va-Ul attendre la venue des parents pour leur demander leur avis, va-t41 laisser infecter la nourrice et peut-être les nourrissons commensaux du petit sj^iliiliLique ea permettant de continuer Fallaitement de ce dernier*
II s'exposerait, certes, à une grave responsabilité, llû'a pourtant pas le droit de divulguer le secret des parents, ses clients.
Il lui reste la ressource d'imposer à la nourrice, et de la façon la plus formelle, la suspension immédiate de l'allaitement, en prétextant une maladie contagieuse, ou un trouble de santé, mais sans prononcer de nom, pas même celui de gourme qu'on lui reprocherait peut-être dans Tavenir»
Ayant pris cette mesure conservatoire, ainsi que diraient les légistes, il doit se hâter de prévenir les parents, les prévenir que l'enfant est malade, qu'il est obligé de faire interrompre l'allaitement et les prier de venir d'urgence causer avec lui. Les ayant ainsi avisés par dépêche, il pourra leur renouveler l'avis par lettre recommandée adressée au père; mais dans celte lettre, se garder de prononcer le nom de syphilis, car elle peut être décachetée^ lue par la mère, ou être adressée à un
ffOUBRlSSONS SYPHILÏTIQUES.
la syphili
de
Ignore ia sypniiis de sa femme; c voix et sur place, hors la présence de la nourri ce, que
Éfera Tenquête étiologique, que sera énoncé le dialostic, que sera formulée la conduite à suivre; mais, en s de résislance des parents, la prescription de cesser lUaitement leur sera remise écrite.
Les parents se refuseraient-ils à reprendre leur enfant, et la nourrice ne le leur aurait-elle pas déjà ^Kendu, que le médecin, si la scène se passe en une ^wcalitc où il n*est pas possible de consulter un autre Pftonfrère, serait bien en droit, lui médecin de la nourrice, de lui faire connaître la nécessité de ne pas contiluer Tallaitement. D'ailleurs, un procès s'ensuivra sans, ïoute et la nourrice sera fixée par les experts et par le jugement : le médecin n'aura alors plus rien à Un dissimuler et pourra continuer de la soigner»
C'est encore sur place et de vive voix que seront exposés aux parents leur devoir et leur intérêt au cas
Ipù la nourrice aura été contaminée.
Il y a quelques années, Tadministrationde FAssistance publique recommandait à ses médecins inspecteurs de he pas faire connaître aux nourrices que les enfanis qu^elle leur avait confiés étaient atteints d'hérédo-sypliilis: elle espérait ainsi éviter des procès. Je ne crois pas que ce but ait été atteint, et peut-être mûme des contaminations multiples ont*elles été la conséquence de ce \ silence et roccasion de procès plus nombreux et plus onéreux. Injustifiable au point de vue de ses résultats, , ce .silence ne pourrait être basé que sur la nécessité de ■respecter un secret; mais, dans Tespèce, à qui appartient le secret de l'enfant trouvé? Si la question se posait devant les tribunaux, il est vraisemblable iju'il serait attribué au tuteur légal de reniant, c'est-à-dire
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au directeur de TAssistance publique, lequel a le droit d*en déléguer Tuspge à ses représentants directs elen particulier à ses médecins inspecteurs, à la condition qu'il y aille de l'intérêt du mineur qu'il représente (1). Or, à propos des enfants nourris au sein et ayant infecté leur nourrice, nous avons vu que l'intérêt de Tenfant est de conserver sa nourrice; l'intérêt d'un enfant trouvé syphilitique, pour lequel on ne trouve pas à point nommé une nourrice syphilitique, qui, par suite, doit être élevé au biberon, est encore de conserver, pendant l'élevage au biberon, les soins de sa nourrice, la seule personne qui soit susceptible de se dévouer à lui.
(1) Un jugement du tribunal civil de la Seine en date du 21 janvier 1889, rendu dans une instance engagée par une nourrice conta minée par un enfant assisté, contient les considérants suivants : « Attendu que, quelle que soit la complexité des devoirs qui incombent au médecin en semblable occurence, ceux qu'il a vis-àvis de l'enfant ne sauraient lui faire oublier ceux qu'il a à l'égard de la nourrice; .... qu'au surplus les règles de la délicatesse professionnelle aussi bien que celles des contrats interdisent au médecin d'exposer, sans aucun prétexte, une personne saine au danger, même hypothétique, d'une contagion, sans l'avoir préalablement avertie, et mise en demeure d'accepter ou de refuser le risque à courir. »