CHAPITRE X
Une femme peut devenir syphilitique parce que lourrice.
Nous venons de voir au chapitre précédent qu'elle peut recevoir la syphilis de son nourrisson hérédosyphilitiquÊ : c'est là la cause habituelle, ordinaire de la syphilis des nourrices-
Elle peut eocore la recevoir d\m autre nourrisson auquel elle a donné le sein accideniellement, soit pour rendre service à une amie ou à une voisine, soit parce que^ ayant elle-même trop de lait pour son enfant, elfe cherche à utiliser son trop-plein. Et cela se produit mssi bien dans les bureaux de nourrices, où la syphilis» lous le verrons, n'est pas inconnue, qu'au pays môme les nourrices.
Une femme qui nourrit n'est pas à Fahri de la syphilis irise par les voies banales : elle peut la prendre par ces roies banales au cours même de rallaitemont, ou l'avoir }TisB pendant sa grossesse. Très fréquemment, dans le
iuple, — et même dans le monde, — le mari ne pourant avoir de rapports sexuels avec sa femme dans les lerniers temps de la grossesse ou pendant les suites de
îuches, contracte ù ce moment une syphilis extra-conigale qu'il transmet h sa femme à la reprise des rapports conjugaux.
Th^bi^Ivq^. — Syphilis et D^oni, ik
SYPUILIS ET DÉONTOLOGIE-
Pour ces diverses raisons, une nourrice peut être sypliililique*
On pourrait croire qu'une femme syphilitique, se présentant pour prendre un nourrisson ou pour entrer en place comme nourrice sera impitoyablement refusée. Il n'en est rien.
Il peut se faire d*abord qu*elle ne présente Bucune manifestation actuelle de syphilis, que ses tégumenls et ses muqueuses soient indemnes, qu'aucun ganglioû révélateur n'existe dans les régions suspectes, enfin que son enfant n'offre aucune trace d'hôrédo-syphilis.
Bien plus^ et de ceci j'ai la preuve, il arrive qu ane femme, munie de tous les certificats administratifs, ayant passé la visite médicale prescrite pour les nourrices à la Préfecture de police, soit trouvée dans uo bureau de placement en profession d'une superbe syphilide pigmentaire.
Il arrive encore, et jai vu le fait, qu'une femme mu moins pourvue de tous les certificats administratifs, ayant également passé la visite médicale à la Préfecture de police, pourvue de son livret de nourrice, ayant déjà été présentée à plusieurs familles comme devant faire une bonne nourrice, ait un enfant atteint des lésioai les plus manifestes, les plus grossières et les plus généralisées de la syphilis héréditaire (1).
Ces faits ne sont certainement pas uniques, Ils prouvent que la visite médicale des nourrices à In Pré-^
(i) Je puis encore citer le fait d*\ine malade que j'avais soignée à rhôpital pour des lésions sypïiili tiques secondaires et qui revînt quelques semaines après me consultcîr pour un nourrisson qu'elle avait reçu en garde : elle était poun^e d'un cerUlicat médical et d'un livret de gardeuse, délivrés à une date postérieure h sa sortie de rhôpital et portail encore les adénopathies multiples que je lui avais reconnues pendant son séjour à ThôpitaL
NOUlUttCES SYPKIUTI^IÎES,
fecture de police n'est pas plus uq brevet de sécurité que la visite officielle des prostituées. Ils prouvent que le médecin chargé de choisir une nourrice dans un bureau de nourrices doit apporter à son examen autant de soins et de minutie que si cette femme ne possédait aucun certificat et n'avait subi aucun examen* que si elle arrivait directement de son pays, et qu'en particulieri îl doit rechercher chez elle tous les signes apparents de la syphilis.
Le médecin est donc exposé à trouver dans une famille (1) une nourrice présentant des manifestations syphilitiques, soit que cette nourrice ait été l'objet d'un examen médical insuffisant avant son entrée en place, soit que, prise en dehors d'un bureau de nourrices elle n ait été Tobjet d'aucun examen médical.
La conduite à tenir est très différente suivant les circonstances.
Si le nourrisson confié à cette femme ne présente aucun signe d'infection, il n*y a pas d'hésitation sur
^^] Je considère comme un devoir social pour le médecin qui rencontre dans un bureau de nourrices une femme présentant des manifestations syphililiques ou dont l'enfant est hérêdo-syphilitique, de s'opposer par tous les moyens possibles à ce que celle nourrice puisse être placée dans une famille ou même k ce qu'elle reste dans la promiscuité du bureau. Je n'hésiterais pas, pour ma part, à aviser la tenancière du bureau qu'elle a une nourrice dangereusCj — sans spécifier davantage, — qu'il est indispensaLile que cette nourrice soit présentée de nouveau h la visite médicale de la Préfecture en attirant Ta tient ion du médecin inspecteur sur telle manifestation et que, jusqu'à la visite, elle et son enfant soient lenus séparés des autres nourrices et des autres enfants ; je lui déclarerais que sa responsabilité est engagée moralement et pécu- Diairement ; que, d'ailleurs, je signalerais moi-même le fait à la Préfecture de police si elle ne me prouvait pas qu'elle a suivi mou Conseil en me faisant connaître dès le leademain la décision du médecin inspecteur.
le point suivant : il faut immédiatement, sans aucuii délai, enlever Teûfani à sa nourrice.
Mais déjà apparaît une difficulté i Que faire de Yenfant? Il ne présente aucune manifestation apparente: Fexamen le plus attentif ne permet de reconnaître ni syphilides cutanées ou muqueuses, ni roséole* ni adéaopathies, ni même de chancre sur uo point quelconque du corps, dans la cavité buccale en particulier; mais n'est'il pas en incubation de syphilis ? Et qui, pendant six semaines, pourra affirmer un jour que cet enfant n'aura pas le lendemain, voire même dans une heure, une érosion, une papule, première phase d'un chancre infectant, et cela dans la bouche, sur leslèvrest Comment» dans ces conditions, le confier à une nourrice saine ? Il est certain que cet enfant, qui ne peut débuter dans la syphilis que par un chancre, est un peu moins dangereux que l*hérédo-syphilitique dont la plu& prochaine manifestation sera la plus insidieuse de toutes, une plaque muqueuse ; il est certain que le chancre, chez un enfant très bien surveillé, el dont la surveillance est relativement facile puisqu'elle durera] au maximum six semaines, pourra être décelé de suite; mais, encore une fois, ne pourra-t-il pas apparaître unel heure après Texamen, et dès le début s'éroder, êirej représenté par une fissure et déjà jouir de tout sao pouvoir contagieux? Alors, qui exposerait sa femme i donner le sein à ce nourrisson ?
De môme que rhérédo-syphilitique, le nourrisson qui] (1 prJH It^ «cin d*unc femme en période contagieuse de] In HyfihiliH ïw peut être confié à une nourrice saine.; Mnirt, c<ijjtniijt*mcnt à ce qui se passe pour rhérédo Piypliilîtiquc, pour lequel llnlerdiction est définitive et pornumcntOi pour ce nouveau-né en incubation pus
Rsible de «yphilis, rinterdiction est tratisiloirej limitée Pà la durée raaxima de rincubation syphilitique, soit, en ■pratique, à six semaines*
11 ne pourrait y avoir à celte interdicUon qu'une seule exception, ce serait au cas — - parfaitement réalisable dans la pratique, lorsque la famille, cédant aux cris du nourrisson, a devancé l'acceptation de la nourrice par le médecin — ^ où Fenfant n'aurait pris le sein qu'une seule fois, en présence d'une personne soigneuse, et où la nourrice n'aurait touché Tenfant que pour le mettre au sein, où, enfln et surtout, Fexamen le plus minutieux du sein pratiqué peu d'instants après runique tétée démontrerait Tintégrité absolue du marne- Ion et des parties adjacentes.
Privé ainsi du sein d'une femme saine^ le nourrisson encore sain d'une femme syphilitique se trouve placé dans les mômes conditions que rhérédo-syphilitique; il sera, comme ce dernier, nourri soit par une chèvre ou une ânesse, soit par une femme anciennement syphilitique et ayant dépassé la période contagieuse {cette dernière condition est ici de rigueur), soit mieux encore, élevé au lait stérilisé» Inutile de faire ici un exposé de ces divers modes d'alimentation, de leurs avantages et de leurs inconvénients ; il a été fait déjà à l'occasion des nourrissons hérédo-syphilitiques (Voy, p. 193)* Disons seulement que l'enfant dont il est ici question sera, en généra!, dans des conditions bien meilleures que le nouveau-né hérédo-syphîli tique ou suspect d'hérédo-syphilis pour supporter Talimentation artîflcîelle : plus vigoureux, mieux constitué, n'étant pas originellement taré, il a bien des chances pour n'éprouver aucun dommage, même s'il est réellement infecté ;
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la syphilis acquise de Fenfance a, on le sait, une gravité beaucoup moindre que la syphilis hérèdilaire.
L'aiimcnlalion artiflciellc sera, cela va sans dire, intégralement et d(5(înitivement continuée si, au cours de la période de surveillance, apparaît un accident syphilitique ou une lésion suspecte,
A Texpi ration de celle période, il adviendra souveot, si Tenfant est habitué à son mode d*alimentatîon et s'il le supporte bien, que les parents préféreront le continuer, pour leur propre sécurité, et par crainte de nouvelles mésaventures. Si, au contraire, l'enfant pîîtît de la privation du sein, le médecin pourra et devra le confier à une nourrice saine.
Toute autre est la conduite à tenir lorsque la syphilis de la nourrice est découverte après Tinfection de TeDfant, le plus souvent alors à Toccasion de rinfecUonde Tenfant et lorsque le médecin recherche la cause de celle-ci.
Ici, il faut conserver la nourrice toutes les fois que cela est post^ible, et la conserver le plus longtemps possible. Il y va de l'intérêt de l'enfant dont la syphilis ne peut s'aggraver du fait de la syphilis de sa nourrice et qui, en la conservant^ continue de trouver un lait auquel il est habitué et qui, d'autre part, s*il en est privé, va se trouver — car il est évident qu*on ne peut plus le confier à une nourrice^ h moins qu'on M découvre pour lui, à point nommé, une autre nourrice syphilitique — exposé à tous les aléas d*un allailemenl artificiel.
Certes, il est cruel pour des parents de découvrir tout à la fois que leur enfant est atteint de syphilis et qu'il Ta reçue de la façon la plus innocente et la plus
NÛURftlC£«i
înatLeudue de la femnie qui lui donne le seia ; leur premier mouvement, bien natureK a chance dV^lre pour jeter dehors la créature qui apporte ainsi la maladie, peut-être la honte dans leur maison.
11 n'est cependant pas difficile de leur démontrer que Fintérêt de leur enfant — et il doit pour le moment primer tous les autres — est dans le parti qu'on leur propose. Pour garder la nourrice et pour lui conserver son lait, il leur faudra passer par-dessus bien des diffi*cultes, surmonter peut-être bien des répugnances ; les unes et les autres rentrent dans les obligations des parents vis-à-vis de leurs enfants.
Et d'abord, pour conserver la nourrice, ils agiront prudemment en ne lui faisant pas de reproches, qui seraient d'ailleurs inutiles, qui seraient peut- être déplacés. Avoir la syphilis, leur fera-t-on remarquer^ n'est pas un crime ; on peut la prendre le plus innocemment du monde ; cette femme esl-elle donc coupable de l'avoir gagnée en donnant le sein à Tenfant d'une de ses voisines atteint d'hérédo-syphilis ? Serait-elle même plus coupable pour l'avoir reçue de son mari, voire de son amant, auquel elle doit Tenfant qui a fait d'elle une nourrice ? On ne peut même pas lui reprocher de l'avoir donnée à l'enfant, car elle est de très bonne foi en ignorant qu'elle l'a.
Au surplus, s'il y a intérêt capital pour Tenfant h conserver la nourrice, il y a aussi intérêt pour les parents. A qui confieraient-ils l'enfant ? A une autre nourrice qui serait syphilitique? Alors, à quoi bon en changer ? A une bonne d'enfants, à laquelle il faudra imposer toute une série de précautions pour empêcher qu'elle ne s'infecte, qui ira raconter que l'enfant a des boutonS} qu'il a une mauvaise maladie, qu'il a déjà
donné à une nourrice ce mal qu'il tient bien sûr de son père? Sans compter que la nourrice qui aura perdu sa place ou qui Taura quittée à la suite d'une scène, en dira tout autautf criera partout que renfaot la empoisonnée, traduira même peut-être les parents en justice ou organisera un chantage en règle.
Tous ces arguments convaincront, à moins d entêti ment et de parti pris irraisonné, les parents les moii clairvoyants.
Le dernier, la crainte de se voir accuser par elle, alors qu'ils sont, par eux-mêmes et surtout dans k personne de leur enfant, les victimes de la maladie qu^elIe a communiquée à celui-ci, les révoltera. Et, cependant, il faut bien leur montrer que cette accusation est possible, qu'elle a bien des chances de se produire, que la nourrice va, dans son ignorance et dans sa mentalité de paysanne, la considérer comme absolument naturelle.
Cette femme qui a été examinée par un médecin dans son pays, par un autre médecin à la Préferfore de police, qui a son livret en règle, cette femme qui a été vue par le médecin de la famille, à laquelle personne n'a jamais rien trouvé à reprocher, cette femme qui n'a jamais éprouvé de mal, jamais eu aucune indisr position, à laquelle personne n'a vu le moindre boutoo, on Faccuse d*avoir donné à Fenfant une maladie qui se traduit par un bouton sur la lèvre* Pourquoi donc lui chercher querelle ? dira-elle. Si on veut à toutes forces la faire partir de sa place, qu'on le lui dise donc, ajou* tera-t-elle, elle s'en ira bien, mais qu'on n'aille pas Iw reprocher le bouton que Tenfant a sur la bouche bouton n'est rien, il va bientôt guérir. Et, si elle elle-même une érosion sur le sein, elle ne manqua
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NOURRICES SYPHTLITIQOE^, 217
pas de reiourner la proposilion, de prétendre que c'est le bobo de Tenfant qui a causé Técorchure.
La syphilis n'a-t-elle élé diagnostiquée qu'à Tapparilioii des accidents secondaires chez l'enfant, il ^a être encore plus difficile de convaincre la nourrice (ue c'est bien elle qui a infecléle nourrisson. Celui-ci îst, en effet, courert d'accidents sur la peau et dans la bouche et on veut lui faire croire qu*elie lui a donné une maladie que personne n'a reconnue chez elle» dont elle ne présentait aucune trace à son entrée et dont le ijnédecin la prétend alteinte pour lui faire du tort. Et si jn lui fait constater sur sa muqueuse buccale une plaque syphilitique, ou sur son cou des macules de syphilide pigmenlaire, elle n'en sera que plus convaincue que Tenfanl si malade lui a bien communiqué la maladie dont elle ne présente que des traces aussi légères.
Plus d'un citadin, intelligent, mais étranger aux choses de la syphilis, raisonnerait comme cette pay-
^^anne.
^B Et le raisonnement qu'elle a fait, son mari le fera à
^Ron tour. Et tous deux vont, si on ne les arrête à temps, courir chez un homme d'affaires et entamer un procès. |Heureux encore si ce procès se déroule sans tarder, i'il ne s'engage pas à une époque éloignée où les 'Éiiwiifestations de la sj^hîlis chez la nourrice et chez ^'enfant se seront effacées et où Texpert sera dans Timpossibilité d'établir la chronologie et rancienneté relative des deux infections !
^p Ce procès, les parents ne peuvent le désirer ; ils ne peuventj même pour être plus sûrs de ne pas le perdre, brusqueries choses, faire savoir que leur enfant est syphilitique, poursuivre une nourrice au fond bien
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innocente et, par-dessus le marché, priver leurenfanl de sa nourrice. Mais il menace, ce procès ; il est de stricle prudence qu*ils le prévoient dès maînteoant el que sans tarder ils préparent leur défense. Le médeein qui a soigné 1 enfant sera, devant la justice, lié parle secret professionnel, il ne pourra déposer sur les phénomènes qu*il a observés chez Tenfant, moins encore sur ceux qu'il a observés chez la nourrice ; mais 11 peut, et c'est là le conseil que m'a donné M* Brouardel dans un cas de ce genre à propos duquel j*ai fait appel à son expérience et à ses lumières, consigner dans une lettre qu'il adressera aux parents Tobscrvation de Tenfant et la description des accidents qu'il constate actuellemeat chez la nourrice ; de cet exposé, qui est identiquemenl celui que pourrait faire un expert commis actuellemeni par le tribunal, résultera le plus souvent la preuve de la succession des deux syphilis ; plus tard, les parents pourront, si la nourrice leur intente un procès, verser aux débals cette pièce capitale ; les experts que le tribunal désignera pour Téclairer sur les questions techniques de la cause y trouveront précisés et datés les faits essentiels qui leur permettront d'asseoir une opinion et de former la religion des juges.
Pour donner à cette pièce toute sa valeur, il y aura avantage à ce qu'elle soit rédigée et signée par deux médecins, après examen fait en commun de Tenfant el de la nourrice.
Cette précaution prise, il restera au médecin à faire eoniiattrc h la nourrice, avec les ménagements voulus, iprelle est atteinte de syphilis el qu'elle Ta communiquer h Tenfant-
léV «ilcnce, au premier abord et pour la tranquillité du luonicnl, parott préférable; il évite ou semble éviter
NOURRICES SYPeiLlTlQ0Ê8.
bien des difficultés, mais cesl pour en créer d'autres. S'il n'oblige pas h discuter avec elle la grave quesiion de l'ancienneté comparée des deux syphilis, s'il évite tout procès immédiat, il peut donner occasion à des bavar- „ dages gênants et dangereux pour les parenls, et il a ^■surtout, si la nourrice est de caractère processif, pour "inconvénient de retarder Touverlure d'une action judiciaire qui, si elle se produit, olTre d'autant plus d'incerti- Ktudes et de dangers qu'elle est plus tardive- Le silence consUtue, en plus, dans cette môme hypothèse d*un procès futur, un argument à Tencontre des parents, Icar il peut être interprété comme la preuve de la conpivence des parents avec le médecin, dans le but de laisser ignorer a la nourrice que son nourrisson Ta infectée. Enfin, au point de vue purement médical, il »est répréhensibte, parce qu'il empêche de traiter la pourrice laquelle est, aux yeux du médecin, une malade (ligne de ses soins et parce qu'il la laisse sans avertissement sur les dangers de sa maladie pour elle et pour les autres, pour son mari, pour ses enfants à venir, pour tel nouveau nourrisson qui viendrait à lui être confié.
H Le médecin exposera donc à la nourrice, hors la présence des parents, qu'elle est atteinte d'une maladie contagieuse exigeant des précautions, nécessilant un traitement long, pouvant se transmettre par les rapports sexuels et par hérédité, que cette maladie est la môme que celle de Tenfant et que, certainement, pour des raisons péreniptoires d'ordre médical, elle a été la première malade et elle a communiqué la maladie à J'enfant.
■ C*est là le point délicat de l'entretien, et la tournure de la conversation variera suivant la manière dont la
SYPHILIS ET DéONTOLOGtE.
nourrice accueillera celle révéla tîoa. Avec de la souplesse, de la bienveillance el de rhabileté, on peid arriver h convaincre rinterloculrice du bien fondé de celle allégation médicale, lui rappeler ou lui faire dévoiler quelque incidenl pathologique passé inaperçu qui fait remonter sa maladie plus loin qu'elle ne pourrail supposer; parfois on peut découvrir la vraie source de la contagion qui jusque-là avail seulemenléLé soupçonnée. Si la nourrice reste incrédule, il convient de lui conseiller de demander Tavis d*un autre médacm, à la consullation d'un hôpital; si elle semble éprouver quelque désir d'intenter un procès, on lui répclera que, sur le point en question, les opinions ne sauraient différer, que les tribunaux lui donneront tort, que d'ailleurs elle peut aller demander conseil à un avoué*
L'entretien ne se terminera pas sans qu'on lui ait fait connaître rintenlion de ses maîtres de la garder el de la faire soigner, en môme temps que la nécessité où elle est de se soigner pendant un temps assez long, rimpossibilité où elle est de prendre un nouveau nourrisson et sans Favoir assurée qu'elle ne court aucun risque à continuer de nourrir l'enfant qui lui est cnndé.
Dans cet entretien, le médecin ne doit pas oublier (]u'il se U'ouve en présence d'une femme, le plus souvent d'une femme mariée; il évitera donc soigneusement de mettre en cause son mari, alors même qu'il aurait hi conviction morale de Forigine conjugale de un HyphiliH.
En parla ni, dan» ce chapitrej de nourrices sj^^hiUtif]uejip j'ai eu en vue, cela se conçoit du reste, de
femmes n*ayant pas dépassé la période contagieuse de la syphilis. Après quatre ou cinq ans d'infection et, à plus forte raison, plus lard encore, on peut admettre que la syphilis ne présente plus guère de pouvoir contagieux : elle n*est dangereuse, en pratique j que s'il
tiste des lésions superûcielles des muqueuses. Il est, tertes, plus prudent de ne pas prendre pour un enfant indemne de syphilis et même de ne pas conserver jour lui une nourrice chez laquelle on constate des
races de syphilis ancienne, ou chez laquelle on relève les antécédents suspects; mais, il serait excessif de soumettre Tenfant qui quitte son sein à une période
'observation quarantenaire, comme celui qui a télé une nourrice en activité de syphilis secondaire; il suffirait d'avoir constaté Tintégrité parfaite des mamelons et de la cavité buccale de la première nourrice pour pouvoir remettre le nourrisson au sein d'une femme , gaine.
tUne mère, syphilitique avant sa grossesse» doit ourrir son enfant, ou Télever artificiellement. Sur ce point, il n*y a pas de discussion.
Il en est de naème d'une mère devenue syphilitique ^ku début ou dans les premiers mois de sa grossesse : ^^'infection du produit est de règle alors, ou, à défaut de ilnfeclion, son immunisation syphilitique in utero.
Au cas ou la mère contracte la syphilis dans les derniers mois do sa grossesse, la conduite à tenir est beaucoup plus embarrassante. Sa détermination suppose résolue une question préjudicielle d'importance capitale : le fœtus d'une femme contaminée dans les derniers mois de sa grossesse — à supposer que son père n'ait pas été syphilitique au momcat de la fécon-
SYPHILIS ET DÉONTÔLOGtE,
dation — est-il ou non syphiltUque ou immunisé contre la syphilis ? Or, cette question n'est pas définitivement résûlae. Fournier déclare bien n'avoir jamais vu un enfant sain prendre la syphilis de sa mère pendant rallaitement- Mauriac, par contre, élève des doutes sur Timmunisalion d'un enfant dont la mère aurait élé infectée dans les deux derniers mois de sa grossesse, et, fait plus grave, on a cité quelques observations de femmes atteintes de lésions syphiU* tiques de la vulve ayant infecté leur enfant an momenl de raccouchement.
En présence de faits et d'affirmations aussi contradictoireSi le médecin ne saurait être trop prudent : Tenfant né dans de telles conditions ne saurait, cela est hors de discussion, être confié à une nourrice; d'autre part, il a des chances, d'autant plus faibles que la syphilis de sa mère se rapproche plus du début de la grossesse» d*élre indemne de syphilis et de ne pas être immunisé contre elle. Je conseillerais, pour ma part, de s'en rapporter à la formule de Mauriac, de faire nourrir par sa mère tout enfant né plus de deux mois après rinfection maternelle, et de nourrir artificiellement les enfants dont les mères auraient été infectées dans les deux derniers mois de leur grossesse.
La mère qui nourrit son enfant peut contracter la syphilis un temps variable après son accouchement. Les occasions de le contaminer sont alors plus fréqiienlos encore que dans rallaitement par une nourrice mcrcenairn, la mère étant plus tentée qu'une nourrice mercenaire de le couvrir de baisers. La conduite à tenir Êit la m^mo que dans le cas où un enfant est allaité par untî nourrice Hyphilitique, Si Fenfant est déjà
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infecté, la mère continuera à le nourrir. Si, au contraire, il est encore indemne, elle suspendra Tallaitement ; mais, comme il peut être en incubation de syphilis, il sera tenu en observation pendant six à sept semaines avant d'être conOé à une nourrice saine.