‹ Syphilis et déontologieChapitre 16 sur 29 · LES · texte numérisé non relu

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jours de même lorsqull s'agit d'affections vénériennes. Il y a là une situation dont le médecin n'est pas responsable, mais qu'il doit déplorer, et à laquelle il peut d'ailleurs pallier dans une mesure importante pour peu qu'il y prête attention et veuille s'en donner la fteine.

Tout d'abord, en ne haussant pas la voix pendant

ses interrogaLoireSç il attirera beaucoup moins raiten-

lion des autres malades» soit à la consultation, soit

Hans les salles; il pourra même, pour peu qu'il ait un

auditoire un peu nombreux et qu*il baisse légèrement

la voix au moment où il aborde les questions les plus

spéciales et où il énonce son diagnostiCj cmpèclier que

^Ks autres malades ne soient mis au fait delà maladie

^e leurs compagnons.

[l y a plus et mieux h faire dans les consultations liospitalières: avec quelque attention, en dressant convenablement le personnel chargé d'introduire les malades, on peut, à moins que les locaux ne soient très mal disposés ou le nombre des consultants très consiilérable, parvenir a examiner séparé ment chaque malade, exactement comme dans une consultation privée. On atteindra plus facilement, même lorsque les consultations sont très nombreuses, ce but qui est Tobjectif de É>ut médecin soucieux de sa dignité, lorsque, au vois iage de la salle de consultations et communiquant directement avec elle, on pourra faire disposer des logettes ou alvéoles séparées^ analogues aux cabines des établissements de douches, dans lesquelles les malades se déshabilleront et se prépareront, pendant Bexamen de ceux qui les précèdent, à se présenter devant le médecin.

des hospitalisés, il est plus facile

SYPHILIS ET DEONTOLÔÛm,

encore de faire rexamen et rînterrogatoiTe ÎDdjviduellement, h la coûdîlion que le malade soit en élat de se lever: il suffit de rexaminer dans un eabiaet séparé. Il doit, du reste» toujours en être ainsi lorsqu'on doit faire déshabiller complèleraenl un malade, homme ou femme : Texamen y gague non seulement en déccnœ, mais encore en facilité et en rapidité*

L'examen des femmes au spéculum ne doit jamais se faire que dans un cabinet séparé de la salle commune, en présence d*une surveillante ou infirmière el des élèves du service, mais il doit être individuel el on ne doit, sous aucun prétexte, tolérer la présen d*auires malades dans le cabinet dexamen*

Lorsqu'un malade syphilitique doit être examiné dans la salle commune, soit qu'il ne puisse se lever, soit qu'il s'agisse d'une femme dont il y a lieu de rei pecter la pudeur et qu'il n*y a pas nécessité d^examiflei au spéculum, l'interrogatoire sera fait discrètemcnl. sans éclat de voix, sans réflexions bruyantes, el on aura soin de dissimuler la vue du malade à ses voisins soit au moyen de rideaux soit en faisant entourer soa lit par les élèves du service.

Le malade venu h la consullatîon a été examiné, t< diagnostic a été établi; suivant les cas, il en a été ou non averti; il faut encore lui faire lesrecommandalions appropriées sur les moyens capables d'éviter de nouvelles contaminations (Voy, les chapitres conceniâîil les ouvriers syphilitiques, les domestiques syphïliliques, etc.), et lui remettre une ordonnance.

Pour celle dernière partie de la consultation, il n y a pas h faire de différences entre le consultant de l'hôpital et le consultant de la ville. Le diagnostic ne devra

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pas figurer sur le feuillet portant Tordonnance ; il devra môme y figurer moins encore que pour un client de ville, parce que le consultant est moins instruit» moins soigneux peut-être, ou plus insouciant, et qu'on Texposerait à divulguer inconsciemment sa maladie s'il venait à égarer son ordonnance ou à l'ouvrir sans défiance devant son patron. On devra de môme s'abstenir d'y inscrire de mentions relatives aux nom, domicile du malade, pour lesquelles la plupart des imprimés hospitaliers réservent une place: le contenu, généralement révélateuFj de l'ordonnance ne doit pas pouvoir être rapproché du nom de celui auquel elle a été délivrée. II convient môme de ne pas mêler aux prescriptions pharmaceutiques les recommandations relatives h la prophylaxie des maladies vénériennes : ces recommandations^ dont il est utile de remeltre au malade renoncé formel, devront toujours lïgurer sur un imprimé spécial, complètement séparé de la feuille d'ordonnance.

" Pour les malades hospitalisés, il est un autre im^ primé dont les révélations sont autrement plus graves, parce qu'il ne reste pas entre les mains du malade, mais rentre, à sa sortie, dans les bureaux de la direction de rhôpitaU c'est la « pancarte » sur laquelle sont inscrits les nom, prénoms, âge, domicile du malade et dont une case, précédant celle où signe le médecin, est destinée è recevoir le diagnostic de la maladie,

H y a quelques années encore, les pancartes dans les hôpitaux de Paris étaient imprimées d'un seul côté et placées comme elles le sont encore à une des extrémités du lit de chaque malade, disant à tout venant son idendité et son état civil. Actuellement, elles ont deux faces : Tune, sur laquelle sont énoncés le nom et FétaL

Civil du malade, est destinée à servir de verso; sur raulrcque la disposition des cadres deslînés à recevoir les pancartes permet seule de lire, sont inscrits soa Heu de naissance, son doraicïle, et se trouvent les emplacements réservés au diagnostic et à la sig-Daturedu chef de service. Pendant le séjour du malade à rhôpital* ces emplacements restent en blanc, et il n'y a ni grand inconvénient ni grand avantage à ce que les visiteurs puissent apprendre que le malade occupant tel Jit est né à tel endroit et demeure en telle rue.

Lorsque le malade quitte Thôpital, la pancarte est présentée au chef de service qui est invité à remplir ou h faire remplir la case réservée h T indication du diagnostic. Elle est ensuite remise au directeur de Fhôpitah et le diagnostic indiqué par le chef de service çsi inscrit par un employé sur le certificat de séjour à Th^)pital si le malade en réclame un, il est porté, en loutcas* sur le registre administratif (dit registre des enlrêei) sur lequel sont catalogués tous les malades avec leurs nom, domicile, état civil; à ce registre se reporte toute personne qui veut entreprendre une recherche sur le mouvement des malades dans rétablissement, etdaulre part, un index alphabétique permet de retrouver tacilemenL toutes les mentions concernant une personne donnée, La pancarte est, en outre, conservée un ceddiw temps aux archives de l*hôpital.

Ces développements un peu longs étaient nécessaires pour faire comprendre le mécanisme et la portée de ce rouage administralîf, en apparence anodin, qu^estU < pancarte ». Us montrent qull est en fait ou quil peutdeveniruninstrumentde dénonciation, qu*ilfailcoLv naître à toute une série d'employés appelés à manipuler la pancarte, et plus tarda toute personne venant à con-

s\)Uer le registre des entrées, la maladie qui a été diagnostiquée à la sortie des personnes hospitalisées.

Que cette maladie soit une pneumonie, une fièvre typhoïde ou une fracture de jambe, il n'y a, sauf rarissimes exceptions, ni grande indiscrétion, ni souvent grande malice a connaître ou à faire connaître ce diagnostic.

II n'en est plus de même lorsqu'il s*agit de syphilis ou de bicnnorrhagie.

Le directeur d'un hôpital est, par sa profession, snu d'observer la discrétion et de respecter les secrets |u'it apprend. Récemment encore, un arrêt de la Cour le cassation annulant une ordonnance du juge d*iosruction de Bordeaux (1) décidait que le directeur 'une maternité ne pouvait être contraint de faire Connaître ù la justice le nom et le domicile des 3mmes accouchées dans son hôpilal de telle à telle laie et consacrait ce principe qu'un directeur d'hôpital ^st tenu d'observer le secret professionnel dans les cas [ui concernent la sécurité des malades et Thonneur des l'a mil les,

La discrétion que les arrêts de juslice imposent au directeur d'un hôpilal lorsqu'il est requis de déposer sur les faits concernant les malades soignés dans cet hôpital est, à plus forte raison, obligatoire pour lui vis-â-vis du public : il n'a pas le droit de faire connaître à la première personne venue la maladie pour laquelle un de ses pensionnaires a été soigné; à Paris, l'Administration de r Assistance publique fait très strictement observer celle règle.

Les employés de bureau qui, sous les ordres des

^(() Cour de cassa tioîij Chambre criruîneUe, 14 mars 1805. Dalloz^ TmtiiEROB. Syplulis et DconL 17

SYPHILIS ET DÉÔNTOLÛGïE*

direcleurs d'hôpitaux, sont chargés de tenir les regislrés et de conipulser les pancartes, sont astreints aux inémes obligations, It serait exagéré de croire qu'ils sy conforment toujours, qu'ils ne tirent pas parfois profit ou plaisir de la divulgation d*un diagnostic.

A supposer même que les bouches soient closes, il n*esl pas difficile de supposer que les pancartes ou les registres puissent fixer les regards de quelque perso [i ne étrangère à Tliôpital, entrée par hasard dans les bureaux ou profitant de la distraction d'un employé. 11 se peut que quelque agent de la police judiciaire, imposant une volonté que des magistrats réprouveraie;il, consultât ces registres qu*il regarde comme purement administratifs.

En écrivant sur une pancarte le diagnostic de sypti* lis ou de hlennorrbagie, le médecin devient donc le premier agent» le complice avant la lettre, des indiscrétions que peuvent commettre ceux qui la liront*

Dans les hôpitaux généraux, ce diagnostic ne doit jamais j à mou avis, sous aucun prétexte, figurer snr une pancarte*

Dans les hôpitaux spéciaux de vénériens, les încoiivénienls précédents n'existent plus : du moment oùuîî malade entre et reste dans ces hôpitaux, il est réputé véiicrien (1) î le diagnostic précis de la maladie dont il ^^ atteint n'a plus guère importance; il suffit de faire savoir qu*il a été traité dans rétablissement poorconi-

[i] C'est précisément la un des argumenls capitaux conlrelacoH* servation des services exclusivement réservés aux véfiéne«Si W dehors des services annexés aux dispensaires de saluhrittS et i|'i'» quoiqu'on dise et qu*on lasse, auiont toujours quelque clio^e de l^i prison, ii ne doit y avoir ni service hospitalier ni cousu tUitïOtî « destination et à caractère purement vénéréologiques, dont 1 efltitc soit déjà un brevet do maladie vénéneiinc.

meltre une indiscrétion, révéler un secret que le diagnostic ne peut guère aggraver ; la discipline du personnel administratif y est également plus sévère et son attention plus éveillée sur les inconvénients des indiscrétions. Il n'y a donc pas plus de scrupules pour le médecin d'un hôpital de vénériens à inscrire le diagnostic sur les pancartes que pour le médecin d'un asile d'aliénés à libeller les certificats administratifs qui lui sont périodiquement réclamés.

Dans les hôpitaux de vénériens, il y a même un intérêt réel, dont les malades sont les premiers à profiter, à indiquer très exactement sur les pancartes l'affection pour laquelle ils ont été traités : les malades font à l'hôpital des séjours successifs et parfois multiples ; le médecin peut retrouver en consultant les pancartes l'indication des maladies ou des accidents qui ont nécessité ces séjours successifs.

A ce point de vue, la pancarte devient un élément, très imparfait, mais cependant quelquefois utile, de statistique médicale ; si le récolement et la conservation en étaient confiés à un personnel exclusivement médical, elle échapperait à tous les reproches et ne risquerait plus d'être l'instrument d'indiscrétions ; mais elle devrait alors être plus détaillée, renfermer une série d'indications médicales valables en raison de leur multiplicité et de leur degré d'exactitude.

Elle deviendrait ainsi une manière d' « observation, clinique *. Les essais de statistique médicale faits il y a quelques années dans les hôpitaux de Paris ont été acceptés avec trop d'indifférence pour qu'une nouvelle tentative de ce genre ait chance de réussir. Les statistiques ne valent que par le soin qu'on apporte à en recueillir les éléments. Les chefs de service qui veulent

mo

s'y livrer peuvent toujours exiger de leurs élèves la rédactioa d'observations où ils puisent les éléments de statistiques personnelles, autrement utilisables que les statistiques officielles de modèle uniforme^ mais de qualité variable et conlestable.

Les « observations » des malades dans les hôpitaux

sont trop souvent al>andonnées sans contrôle dans les salles à la curiosité de tous. Les médecins et les élèves devraient cependant se souvenir qu'elles constituent des documents secrets; elle3 renferment souvent des indications dont la révélation serait infiniment plus grave que celle du diagnostic d'une maladie. Tel qui les déroberait ou qui en prendrait copie pourrait en faire son profit et causer un préjudice considérable aux malades dont elles relatent 1 histoire et au médecin qui les a rédigées. Elles devraient donc être soigneusement serrées et mises à Tabri de toute indiscrétion. En publiant une observation, ~ celte remarque s'applique non seulement aux observations des malades d*hôpitalj mais encore à celles des malades de ville, bien que les maladies de ces derniers soient beaucoup moins souvent roccasion de travaux scientifiques, — le médecin doit soigneusement s'abstenir de fournir aucune indication permettant de reconnaître l'identité de son malade ; le nom ne doit y figurer que sous une initiale ; le domicile ne doit jamais être indiqué, ou, s*il présente un intérêt au point de vue médical en raison de conditions telluriques spéciales, il doit être signalé d'une façon suffisamment peu précise pour ne pas per* mettre l'identification du malade. Si une photographie, surtout une photographie représentant les organes génitaux, est annexée à l'observation, celle-ci doit être

encore plus scrupuleusement expurgée et débarrassée de toute mention permettant de découvrir le nom du malade. Quant aux photographies représentant des lésions du visage, leur publication doit être faite avec la plus extrême circonspection ; les régions qui ne sont pas le siège de lésions et qui peuvent servir à reconnaître le modèle seront supprimées sur la planche, ou rendues méconnaissables par des retouches et des surcharges. Ces règles, qui doivent d'ailleurs être observées quelle que soit la maladie figurée ou décrite, sont encore plus strictes toutes les fois que la syphilis est mentionnée, à titre principal ou à titre accessoire, dans une observation.

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