CHAPITRE XIV SYPHILIS ET SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS
Les sociétés de secours mutuels, qui assurent à leurs membres les soins médicaux et la fourniture des médicaments, chargent généralement un médecin et uo pharmacien de leur choix de donner les premiers et de préparer les seconds.
Le médecin doit ordinairement écrire son ordonnancé sur une formule comportant Tindication de la maladie^ formule dont souvent môme il adresse un double au président de la société.
Le pharmacien, à titre justificatif, joint à son relevé de fournitures, les ordonnances du médecin ou leur copie.
S'il est facile au médecin de dissimuler la nature d'une manifestation syphilitique sous un nom tiré de son siège analomique ou de ses symptômes, il lui est plus difficile de prescrire une préparation mcrcurielle ou iodo'potassique sans Tappeler par son nom, d'autant que beaucoup de sociétés de secours mutuels imposent à leurs pharmaciens un tarif ou une séfie de prix dont rapplicalion suppose connu le nom duinédi* cament fourni. Et, lorsqu'il remarque sur une orsloU" nance ou une note d'apothicaire la mention d*unepi^' paration mercurielle, le président de la société à^ secours mutuels est aussi sûrement fixé sur la
SYPBILIS ET MUTUALITÉ,
de son sociétaire que si le diagnostic de syphilis élait Scrit en tontes lettres. II o'a pourtant pas qualité pour 'y être initié, pas d'obligations légales de ne pas le divulguer*
Assurément, parmi les hommes dévoués qui assument la gestion des sociétés de secours mutuels, il en est — c'est de beaucoup le plus grand nombre — dont la délicatesse est assez vive, le souci du bien- fa ire assez développé pour qu'ils conservent par devers eux le secret ainsi suriïris et trouvent tout naturel de soigner toutes les maladies de leurs sociétaires, la syphilis comme les autres.
Le médecin, cependant, sait par expérience qu'il doit compter sur les exceptions; il peut môme se trouver en face d'une exception notoire. Il agira donc prudemment en dissimulant, toutes les fois qu'il le pourra^ la nature de la médication, ou en prescrivant des médicaments dont l'usage ne soit pas exclusivement réservé ^Bux syphilitiques, par exemple les solutions de sublimé, la pommade mercurielle, en ajoutant aux solutions 'd'iodure de potassium de Tiodure de sodium ou un ^bromure qui eu atténue le caractère révélateur. Il devra, ^Kn tout casj prévenir le malade que les médicaments ^■qull lui ordonne ont une notoriété particulière et, si "le malade en manifeste le désir, ne pas les inscrire sur son carnet personnel et lui remettre, sur un feuillet séparé, une ordonnance que le malade fera exécuter à Bées frais chez un pharmacien de son choix. Il serait préférable encore, lorsque le médecin a la confiance du président de la société, qu'il fût autorisé à ordonnei' iédicaments destinés au traitement de la syphilis lur ordonnance ne portant pas Tindication du nom du lalade, et que le pharmacien pût porter sur son relevé
que la fourniture a été faile à un membre de la sociélé sans faire connaître le nom de celui-ci.
Il y a donc, suivant les conditions particulières^ suivanl les règlements des sociétés, des solutions variables à adopter, en partant de celte idée que le médecin doit faire tous ses efforts pour que la syphilis de son malade ne soit pas divulguée.
Gertaîoes sociétés de secours mutuels ont encore dans leur règlement on article portant qu'elles ne doivent ni soins médicaux ni médicaments à ceux de leurs membres qui sont atteints de maladies vénériennes.
Les médecins attachés à ces sociétés parvîendroQl quelquefois à faire modifier un règlement qui va à rencontre des vrais principes de la mutualilé et qui cadre mal avec une prophylaxie publique bien entendue des maladies vénériennes.
S'ils sont obligés de se soumettre à de pareilles prescriptions, il arrivera d'abord que d'eux-mêmes les vénériens s'élimineront à peu près complètement de leurs consultations. Quelques-uns cependant, oubliant ou feignant d'oublier le règlement, ou ignorant la nature de leur maladie, atteints qu'ils sont de syphilis d'origine extra-génitale ou de manifestations tardives de la syphilis, réclameront d'eux des soins et une ordonnance à faire exécuter chez le pharmacien de la société*
Sauf aux malades atteints de chancre syphilitique des organes génitaux, ce qui violerait trop ouvertement le règlement, le médecin pourrait toujours remettre cette ordonnance, en voilant le mieux possible la nature des remèdes.
En ce qui concerne les malades atteints de syphilis d'origine extra-génitale, ce ne serait évidemment pas