‹ Syphilis et déontologieChapitre 5 sur 29 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

FAUT-IL FAIRE CONNAITRE A UN SYPHILITIQUE QU'IL EST ATTEINT DE SYPHILIS?

Le médecin qui vient de constater Texisience de la syphilis chez un malade doit-il lui faire connaître la nnaladie dont il est atteint?

A cette question, qu'à dessein je pose en termes très généraux, il semble au premier abord qu'on doive répondre par Taffirmative : la prescription du traitement antisyphilitique, dont les modes et les agents sont à eux seuls des indices révélateurs pour la généralité, les précautions que la prudence la plus élémentaire obligent à prescrire au malade pour éviter la contagion autour de lui, ne peuvent, en apparence au moins, se justifier que si le patient a conscience des dangers qu'il court et qu'il fait courir.

Et cependant, dans la pratique, il est telle et telle circonstances dans lesquelles le devoir strict du médecin est de ne pas révéler l'existence de la syphilis ou d'en différer la révélation.

Tout d'abord, il doit éviter de faire connaître ou soupçonner un pareil diagnostic à une femme mariée, à mpinsque l'introduction delà syphilis dans le ménage ne provienne de son fait : au chapitre de « la syphilis dans le mariage », cette question sera étudiée avec toutes les déductions qu'elle comporte.

ftYPÎlïLIS ET DEONTOLOGIE,

Il convient donc, en présence d'une femme soupçonnée syphilitique, de procéder à son examen avec prudence et ménagements, de redoubler de sagacité lorsquelediagnosLicestéUblijdeneielui faire connaître que s'il porait cerlain qu'elle n'est ni mariée ni dans une de ces situations qui méritent autant de ménagements que le mariage ou si, étant mariée, elle a contracté la syphilis dans des relations extra-conjugales. Et encore, dans celte dernière hypothèse, faut-il, avant dénoncer catégoriquement le diagnostic, que le mode de transmission de la syphilis ait élé précisé très exactement, que Texistence en ait été constatée chez celui qui est accusé de Tavoir transmise, faut-il se méfier des ruses féminines qui, pour arracher au médecin un mot redouté ou espéré, entassent savamment mensonges sur roueries.

Autant il convient, en face d'une femme honnête, d*ôtre réservé sur le diagnostic de la syphilis et même sur les questions qui peuvent montrer ou faire croire qu'elle est soupçonnée, autant il est nécessaire de faire connaître sans ambages et sans restrictions la situation et toute la situation aux femmes qui se livrent au commerce de Tamour, quelle que soit leur place dans Féchelle sociale et leur valeur marchande. Certes, surtout lorsqu'il s*agit de prostituées de bas étage, le diagnostic! sera plus d*une fois accueilli avec une indifTérence profonde et les recommandations qui en suivront Ténoncéi ne modifieront pas leur genre de vie et n'empêcheront pas ces inconscientes dépravées de propager la syphilis; le médecin ne peut cependant se dispenser de faire connaître le danger : son silence le rendrait complice de sa cliente d'occasion.

Avec les malades de cette dernière catégorie, lej

LANNOPÎCE DIT DIAGNOSTIC.

diagDostic sera mieux compris, les précautions auront peut-être plus de chances d*èlrc observées que Ténoncé en sera plus simple et plus net; leur intelligence est li'op rudimentaire pour que des ménagements soient nécessaires : il n'y a pas à craindre de commotion morale vive, on peut doncj sans inconvénients, leur faire connaître d'emblée la nature de leur maladie,

ÏChez les femmes plus intelligentes, dont le système nerveux peut être impressionnable, qu'une émotion violente peut toucher vivement, il faut procéder avec quelque ménagement, étudier leur état moral avant de leur faire connaître positivement la maladie dont elles sont atteintes : pour certaines, en effet, la syphilis peut si brusquement modifier les conditions d*existence, que la simple appréhension de son existence U'ovoque des troubles ncrveuxgraves* Je dirai plus loin les précautions et les ménagements nécessaires lorsque ^je parlerai de Ténoncé du diagnostic de la syphilis chez ^B'homme.

^ Chez l'homme, les raisons pour lesquelles on doit dissimuler le diagnostic de la syphilis ou tarder à le I ^faire connaître sont diffère nies,

H Pour trouver l'analogue de la situation de la lemme ^nuariée à laquelle on doit laisser ignorer qu'elle est ^syphilitique, il faut que se réunissent toute une série de conditions dont la coïncidence est bien invraisemblable : syphilis d'origine extra-conjogale chez la |Bfenime, contamination du mari, ignorance complète ^^ par celui-ci de tout ce qui concerne les maladies vénériennes et leur traitement; bien que j'aie vu une fois lu moins un mari remplissant toutes ces conditions, [je ne crois pas qu'une telle situation puisse jamais

le Fie

SYPHJLiy ET DEOT^TOLOGIE.

devenir une cause d'embarras pour un médecin; 1 inconscience (pour employer une expression honnèle) du principal intéressé permet au médecin de se tirer iacilement des difficultés qui pourraient être considérables dans d'autres circonstances, ou plutôt supprime toutes ces difficultés.

Sans que Y € inconscience » du naarî soit poussée à ce pointj il est cependant des cas où il y a avantage à ce qu'un mari ignore, temporairement du moins, qu'il est atteint de syphilis, c'est lorsqu'il a été infecté par sa femme contaminée elle-même, par une voie extra-génitale, par exemple en donnant accidentellement le sein à un enfant hérédo-syphili tique-

Le premier mouvement d'un mari apprenant qu'il a reçu la syphilis de sa femme, est daccuser sa femme de ravoir trompé; il y a donc, dans les cas auxquels je fais allusion, réel intérêt à pouvoir, en même temps qu'on le met aju fait de sa maladie, lui en exposer la J genèse ; pour cela, il est nécessaire que la femme ait été entendue et examinée et que les antécédents aient été soigneusement relevés.

Il convient d'ailleurs d'ajouter que, même dans les cas où il ne peut être question de contamination extragénitale, et alors que la femme l'aurait prise dans des aventures extra-conjugales, le devoir du médecin est encore d'insister sur la possibilité, la facilité de la contagion extragénilale de la syphilis.

Pour ces motifs, le médecin, consulté par un homme marié pour des accidents syphilitiques qui ne peuvent être expliqués par Taveu d'une contamination extra-conjugale ou par une infection extra-génitale, agira prudemment, sinon en différant le [»rononcé de son diagnoslic, tout au moins en l'entourant de quel-

L ANNONCE nu DIAGNOSTIC.

ques précautions oratoires, qui puissent plus lard servir à trouver un terrain d'excuse pour la femme ou de conciliation.

Les motifs qui, dans un nombre de cas plus considérables qu'on ne saurait le croire au premier abord, obligent à dissimuler, temporairement du moins, le diagnostic de la syphilis à un homme qui en est atteint, sont surtout d'ordre psychique*

Il s'en faut, en effets de beaucoup que tous les

malades accueillent avec la même tranquillité d'esprit

là nouvelle qu'ils sont syphilitiques,

^^ Chex certains sujets de la clientèle hospitalière, qui

^Kont habitués à entendre parler couramment ei à mots

^■pon couverts de la syphilis et qui, d'ailleurs, la confon-

ï^dent généralement avec la blennorragie, le nom de

^.syphilis produit à peine d'impression, et plus d'un, qui

^^ été vivement ému en apprenant qu'il a la gale, reste

indifférent lorsqu'on lui annonce qu'il a, par surcroît,

■Qa syphilis,

. 11 en va, en général, tout autrement, en ville surtout,

^^rnnis même à Thôpilal : les médicastres qui s'annon- ^Bent dans les édicnles des voies publiques connaissent bien cette terreur de la syphilis et en profilent pour la diagnostiquer chez tous ceux qui s'aventurent dans ^^eurs arrière-boutiques et pour les gorger de remèdes ^Boûleux.

^P II n'est pas sans intérêt d'insister ici sur l'état moral du malade qui vient consulter pour un accident s} phili tique.

Des facteurs nombreux le commandent. Le médecin oit en tenir compte, et, par conséquent, il a dû chercher à les démêler dans le cours de son examen, pour

SYPHILIS ET DÉOIHTOLOGIE.

pouvoir répondre au mieux des intérêts de son client lorsque celui-ci, passant du rôle d*inculpé à celui d'inquisiteur, lui demande : « Eh bien î docteur, ai-je !a syphilis? *

Le jeunesse est insouciante et mal instruite des choses de la syphilis. Le collégien d'hier, qui a pris la vérole le lendemain de son baccalauréat avec une fille de brasserie, sait bien, de quelques camarades plus âgés» qu'il y a des « maladies de femmes », mais lorsqu'il voit quelque trois semaines après son premier coït apparaître un bouton sur la verge, il ne peut croire que ce bouton soit le résultat de son unique frasque, moins encore qu'il soit le prélude d*une maladie grave. S'il consulte un médecin pour ce bouton ou pour une quelconque des manifestations secondaires, le mot de € syphilis » n'aura pas pour lui grande signi fi cation » et ne lui causera qu'une médiocre émotion; sa seule crainte sera que sa famille n a[iprenne et son incartade et sa maladie (Voy, le chapitre a Les jeunes gens syphilitiques», p. 67)* A celui-là, il faudra non seulement dire très franchement qu'il a la syphilis, mais encore lui expliquer très nettement ce qu'est la syphilis, et ne pas craindre de lui en montrer toutes les conséquences; il ne croira d'ailleurs qu'une faible partie de ce que le médecin lui dira» mais aura d'autant plus de chances de le croire que les explications lui auront été données nettement et sans exagération (Voy. encore sur ce point le chapitre ci-dessus indiqué).

En avançant en âge, Thomme s'instruit des maladies vénériennes; les confidences de ses amis, les conversations avec les médecins qu'il connaît ou rencontre^ les exemples qu'il a devant les yeux, lui inculqueni quelques notions de la syphilis. Et, le jour où il en es

L ANNONCE DU 0IAGNO3T1C.

liieint, il arrive souvent qu'il est au fait non seulement le ce qu'il a dû prendre^ mais encore de ce dont il est 'menacé.

Cette science est, au reste, des plus variables, d'exactitude très souvent contestable. Les lectures par lesquelles elle se complète au dernier moment sont loin d'être puisées aux meilleures sources, et, devant la crainte de l'immédiat diagnostic, le patient les interprète de très différentes façons.

Pendant rinlerrogaloire et Texamen, des réflexions, une réponse précipitée à une question incomplètement formulée, d'autres fois des réticences mal dissimulées à propos de la question la plus significative, souvent un mouvement de physionomie à peine esquissé permettent le plus souvent au médecin déjuger de ce que son client sait, ignore ou redoute. Ce sont là autant d'indices qu'il doit noter pour cHre en mesure, à la fin de Texamen, de compléter les connaissances pathologiques de ce chcnt, pour pouvoir redresser ses erreurs, calmerses craintes excessives ou modérer un optimisme dangereux pour l'avenir,

A rhomme ignorant de la gravité de la syphilis, de ses conséquences immédiates ou éloignées, il y a tout avantage à dire nettement et sans hésita lion le diagnostic, dont il faut compléter l'énoncé par celui de notions sommaires sur la pathologie, le pronostic et le traitement de la syphilis, quitte à modifier cet exposé suivant l'impression qu'en éprouve le patient au fur et à mesure qu'on lui en déroule le long et triste fil*

Le client qui a vécu avec des syphilitiques, qui a fréquenté en milieux médicaux» celui surtout qui a eu la triste fortune délire les romans où il est question de

TniPiEfiOB. — SypïuliB et Déoiil. 4

syphilis et de syphilitiques (1), ou encore des livres de paLholog^ie vénérienne, esid'un maniement plus difficile- Avec lui, le médecin doit user, de diplumaLie parfois» de doigté toujours; avant de parler, d'émettre son opintou diagnostique, il doit s*étre rendu compte de la profoncleur et de Texactilude des connaissances de son interloculenr en syphiligraphie, il doit s'être rendu compte suitout de &ion étatcérébral et de son étatinoral actuel : une erreur d'inierprétation sur ces divers points, une parole imprudente peuvent avoir, sur la santé morale et physique du patient, sur son exislencemême, les conséquences les plus graves.

Il est, à la vérité, des liommes de très réelle, parfois môme de très haute intelligence, qui, ayant pris la syphilis à une source ou à une autre, suspecte ou nont et soupçonnant son existence, se remémoient ce que des conversations antérieures leur ont appris sur les maladies vénériennes, et cherchent par des lectures faites avec discernement et intelligence, à se documenter avant d'aborder un médecin : froidement, ils ont étudié leur propre cas, froidement, ils Tout raisonné et ont

(1) Les romans qui^ dans ces dorniùres aï) nées, ont été consacrés à la peinture, généralement exacte d'ailleurs, de la sj^hilis et de ses tristes conséquences sur le système nerveux et sur la descendance, ont été inspirés par une idée très louable^ celle de montrer les dangers de rinrection sypliifitiquo, de faire Téducation publique sut- €6 Bujct si mal connu des masses et même des classes iotelligentes, de contribuer ainsi à la prophylaxie publique de 1» syphilis. Je ne sais si ce buta été atteint, j'Ignore combien de syphilis cette littérature a empêché d'éclore; mais je sais combîi^ii ont été déplorables ses effets sur le moral des sujets qui, ayant lu ces livres, ont dans la suite contracté la sypbtUs ou se sont rappelés qu'ils rayaient eue : plus encore que la lecture déjà si ma ï saine des livres de médecine, ces rooaans ont provoqué réclusion de phénomènes nerveux, parfois très graves^ xle crises de neurasthénie, el ont été roceasïon du suicide de nombreux syphilitiques.

L ANNONCE DU DUGNOBTïC,

pesé toutes les conséquences de la maladie qu'ils sDUpçonnaieat, et eovisagé aussi rimporlance d*un Iraiiement régulièrement et longuement suivi* Avec des clients de celte trempe, il ne faut pas hésiter : du moment où le diagnostic de syphilis est sûrement établi, il faut, pour conserver leur confiance, le leur faire connaître et répondre en toule franchise, sans dissimulation comme sans exagération, aux questions accessoires qu'ils ne manquerontpas de poser pour compléter leur

ucation en matière de syphilis et éclairer les points restés douteux pour eux.

Mais les clients de ce genre sont et seront toujours rares. Il faut se garder de prendre pour tels nombre d'hommes, non dépourvus d'intelligence, mais d esprit moins pondéré — quoique ce soit souvent dans cette calégorieque rentrent les hommes adonnés aux sciences exactes — qui, craignant d'avoir pris la syphilis et ayant pour cela des raisons plus ou muins valables, ont dévoré tous les livres, bons ou mauvais, traitant de la syphilis qu'ils ont pu se procurer, en ont retenu des notions d'exactitude douteuse, se sont fait sur la contagion, sur la symptomatologie, en particulier sur les manifestations nerveuses, sur le pronostic, les cEfeLs du traitement, la fatalité et Ja pérennité des conséquences héréditaires, des idées erronées* A ces malades encore, il faut, dès le diagnostic assuré, le faire connaître très précisément, mais il faut aussitôt corriger Timpression qu'il produit par des explications précises sur la nature vraie de la syphilis, ses réelles conséquences au point de vue de l'avenir et de la race, enfin et surtout sur les résultats vrais de son traitement et les conditions de ce traitement; et, de plus, il faut s'attendre à des interrogations sansfin^ entremêlées de raisonnements d'appa-

STfPtriLIS ET DÉONTOLOGIE,

rence mathé ma tique, dans lesquels il est parfois difficile au médecin de garderie dernier mot.

Plus dangereuse encore serait Terreur qui ferait confondre avec les hommessupérieursdela première des catégories précédentes, certains hommes qui se disent — qulls le croient ou non — des « esprits forts •, capables de tout entendre. Ils ont lu aussi des livres de médecine, ils ont même étudié toute 3a pathologie, ils ont sur la syphilis des idées plus ou moins exactes, mais ils ont surtout sur ses conséquences tardives des idt^es très ancrées : ils savent quelle ne guérit jamais^ cela, disent-ils, leur est égal; mais ils savent aussi, et à cela n*oseïit dire qu'ils sont indilTérents, qu'elle aboutit au tabès et à la paralysie générale. Le retour persistant de ces deux mots dans la conversation, le ton d inquiétude qui contraste avec les affirmations du patient doivent mettre le médecin en garde. En leur répondant* 1 pensera toujours que ces malades qui « peuvent tout entendre » ne pourront entendre le diagnostic de leur maladie sans se trouver mal. Le temps seul peut quelquefois atténuer TefiFroi du premier moment et leur éviter la syncope lors du prononcé du JugemenL II est de bonne pratique, avec ces malades, dedifférer celui-ci; sous un prétexte quelconque, la nécessité d'un nouvel examen, le peu de netteté des signes, on les renverra * au prochain jour »* lequel pourra » suivant les cas» être la huitaine^ ou plus proche; mais, pendant cette manière de délibéré, il conviendra de prendre des mesures conserva toi res» c*est-à-dire de faire toutes recommandations utiles pour éviter la contagion. Et si, i au prochain jour », Tétat moral ne paraît pas permettre encore le prononcé du jugement^ il y aura lieu à « remise », mais sans abuser de ce moyen dilatoire

l'annonce du DIAQI^OSTIC. 53

ILes malades de celte dernière catégorie rentrent éjà dans la classe des «nerveux i, des « phobiques t.

En voici une aiiire, où la phobie se démasque dès la première phrase de Tin lerroga Loire.

Il s*agiL d'un homme, dâge moyen le plus souvent» qui après un coït suspect s*est examiné chaque jour et a fini, au temps réglementaire, par voir apparaître un boulon sur la verge. Il la examiné^ réexaminé \'ingtfois» entrant dans les vespasiennes pour jeter un nouveau regard sur ce boulon et finalement arrive chez un médecin au commencement de sa consultation ou plus souvent en dehors de ses heures de consullation, insistant pour être reçu de suite; son agitation, son air égaré, la précipitation de ses questions et de ses réponses, tout dénote une préoccupation vive* II a lu — qu'il Tavoue ou qu'il le nie — toute la série des livres sur la syphilis qui se trouvent h la devanture des libraires, et cela de longue date, bien avant d'avoir des raisons de la redouter. Peut-être même a-t-il depuis longtemps, sa phobie s'étendant à toute la pathologie, dévoré tous les livres de médecine qui lui tombaient sous la main. Et, précisément, dès le premier coup d'œil, son bouton révèle tous les caractères du chancre, la pléïade ganglionnaire inguinale s*ébauche ou est constituée. A ce malade, il serait d'extrême imprudence de déclarer d'emblée ou de laisser supposer qu'on le croit atteint de syphilis* Il est de respèce de ceux qui vont se tuer en sortant du cabinet du médecin. Il convient donc, comme le précédent, de le renvoyer, sous un prétexte suffisamment plausible, à un jour ultérieur pour lui faire connaître le diagnostic. Et, le jour où il semblera possible de lui donner co&aaissance derarrét, il faudra apporter dans celte communication les méaa-

SYPHILIS ET DlïONTOLOGîE,

gements les plus grands. L'intervalle entre la première visite et celle-ci sera, d'nillcurs» mis à profil par k médecin pour étudier le caractère, les sentiments de son malade, et trouver le tlièmc convenable 6 développer qui lui fasse le mieux accepter la falalitc de sa maladie et prévienne toute idée de suicide, que le malade ait on non dans la première entrevue laissé percer une semblable préoccupation»

Les phobiques de fond et de tempérament ne sont pas seuls à tomber dans un profond désespoir ea s'entendant déclarer syphilitiques : certains sujets, sans être entachés d'une névropalhie aussi profonde et ausf^i indélébile, se trouvent, au moment de l'invasion de la syphilis, dans un état moral ou dans des conditions sociales ou autres, tels que la crainte d'être atteint de celte affection trouble gravement leur équilibre psychique et nerveux ; la certitude les plongerait, comme les précédents, dans un étal névropathique des plus redoutables» susceplible de les conduire aux pires résolutions* Ainsi en est-il parfois chez les sujets surmenés par des soucis d'affaires, par de grandes entreprises commerciales, chez des jeunes gens qui entrevoyaient dans un prochain mariage la réalisation de souhaits depuis longtemps caressés ou la possibilité d'une situation brillante qui se trouvent brusquement brisés, chez des hommes mariés dont les conséquences d'une aventure exlra-conjugale isolée démentent tout un passé sans faiblesse et des senliments d'affection réelle pour leur femme* En pareil cas, bien des indices peuvent encore mettre le médecin, pendant l'examen môme, sur le qui-vive et lui faire soupçonner la gravité de la situation : le désespoir du malade^ son agitalion, le caractère inquiet et impérieux de ses questions.

LANNONG?: IJU DIAGNOSTIC:.

l'aveu de la sitoatîon pénible daos laquelle il se trouve et des conditions dans lesquelles est survenue la maladie. Toutes les fois que de tels indices altireronlsonaltenlion, le médecin devra être prudent dans renoncé de son

I diagnostic, savoir le réserver sous prétexte d'une knquôte ultérieure nécessaire et gagner du temps, I Chez un fiancé à la veille de se marier, la situation le complique de la nécessité de rompre toute tentative pe mariage si ledit fiancé est nettement syphilitique ; le choc psychique résultant de la révélation de la syphilis menace d'être intense et tout d'abord redoutable : il faut gagner un peu de temps» ne fiVt-cc que quelques heures, pour permettre au patient de se ^retourner, de dénouer clans son esprit les difficultés de ^ka situation. En pareil cas, lorsqu'elle est possible et 'acceptée, Tintervention d^un médecin ami du patient, que son âge, sa situalion personnelle, ses relations antérieures autorisent à parler avec une affectueuse commisération et qui connaît les cordes sensibles à faire vibrer, sera souvent d*un grand secours (Voy, le chapitre sur « les Fiancés syphilitiques », p. 120).

( Il s'en faut que le syphilitique porteur d'un chancre soupçonne toujours la nature du « bobo j» ou du * bouton » pour lequel il vient consulter. Plus dun n'allacliait aucune importance à ce « bobo », et il est bien surpris d'apprendre de quoi il s'agit. L'interrogatoire du malade, TindilTérence qu il manifeste renseigneront suffisamment le médecin et Fempêcheront de faire connaître son diagnostic sans avoir préparé le malade à cette révélation; il y aurait inhumanité, voire môme danger de provoquer un choc moral trop violent, une syncope peut-être grave, surtout s il s'agit d*un homme

d*uû cerlàin ùge, à lui dire brusquemeot et sans transition qu'il est atteint de la syphilis.

Les ménagements à apporter dans Ténoncé du diagQOstic de la syphilis sont de mise et de nécessité, dans les cas précédents, vis-à-vis d'hommes instruits et intelligents. A mesure qu'on descend dans Téchelle sociale, les motifs qui les imposent deviennent de moins en moins impérieux ; néanmoins, malgré que les gens du peuple et les malades de la clientèle hospitalière ne lui sachent pas toujours gré des égards qu'il leur témoigne, un médecin qui se respecte apportera toujours une certaine modération à énoncer un diagnostic de syphilis, à moins toutefois qu'il ne se trouve en présence d'une de ces brutes qui ne comprennent que ce qu'on dit sans détours et sans ménagement.

Ces brutes, d'ailleurs, se rencontrent dans tous les mondes; même dans la clientèle bourgeoise^ il est des hommes auxquels on ne fera admettre la véracité de son diagnostic que si on l'énonce crûment et d'emblée» et si, loin d'en atténuer les dangers, on les leur fait connaître dans toute leur ampleur. Ceux-là ne sont pas difficiles à reconnaître.

Toutes les fois que les conditions sociales du consultant l'exposent particulièrement à transmettre sa maladie par des contacts accidentels, et qu'il ne semble pas suffisamment soigneux, intelligent ou consciencieux pour prendre les précautions nécessaires, il faut également brusquer la révélation du diagnostic, et ne pas le quitter sans lui avoir fait connaître la nature de sa maladie, ses conséquences, la responsabilité morale et même pécuniaire qu'il encourt s'il ne se soumet pas

LaM^OXCE du OtÂCKOSTIC.

ux prescriplioDS d'hygièoe et de prophylaxie dont on lui remet la formule écrite : ainsi en est-il par exemple, pour les nourrices, les soufOeurs de verre, les domestiques, etc.

Il est des malades auxquels, à moins qu'ils ne soient d'une impressionnabililé excessive, il convient de faire connaître nettement et sans retard le diagnostic; ce sont ceux qui, pour des moUfs divers, ont consulté uccessivement plusieurs médecins. Que ces confrères aient été d*accord pour nier ou pour affirmer la syphilis, ou que leurs opinions aient été partagées, le médecin qui est consulté après eux doit, s'il est en présence d'un cas indubitable de syphilis» dire positivement au patient son opinion et, autant que possible» faire connaître très exactement les éléments sur lesquels elle se base. II y gagnera d'inspirer confiance au malade, de soustraire celui-ci à des hésitations qui font perdre un temps utile pour le diagnostic, qui souvent Ténervenl et lui font rejeter à longtemps toute médication, qui peuvent même — dans les cas oà par exemple le chancre n'est pas suivi d'accidents secondaires ncltement appréciables — lui faire méconnaître complètement sa syphilis etrexposerà tous les dangers ultérieurs de la syphilis non traitée. Il est à peine besoin d'ajouter que le diagnostic sera formulé et expliqué dans des termes tels que ce malade ne puisse y trouver l'expression ou le prétexte d'un blûme pour les confrères qui ont émis une opinion opposée : la difficulté particulière du diagnostic, le peu de netteté des signes et surtout la possibilité de modifications survenues dans ces signes, qui sont devenus plus nets ou sont apparus depuis Texamen fait par ces confrères, voilà les thèmes

SYI^HILIS ET DÉOiNTOLOCÎE*

— très vrais d'ailleurs dans un grand nombre de cas

— sur lesquels le médecin pourra broder pour expliquer la divergence des opinions émises par ses confrères.

Le diagnostic dn chancre syphilitique présente, d'ailleurs» fort souvent, des difficultés très réelles. Le schéma habituel de ce diagnostic, apparition de la lésion un temps assez long après le coït supposé infectant, unicité de la lésion (1). caractère superficiel de rulcération, induration de sa base, adénopathie multiple et indolente, est très souvent incomplet ou compliqué d'éléments surajoutés et accidentels. L'hésitation est non seulement possible, mais forcée. Il est tout aussi grave de déclarer syphilitique un malade qui ne Test pas, de Tobliger à un traitement mercuriel prolongé et de briser peut-être des projets de mariage, qu'il est dangereux de déclarer indemne un malade porteur d'un chancre, de le laisser sans traitement et de lui permettre la libre pratique qui aboutira peut-être à des contaminations multiples.

En certains cas douteux, la confrontation avec le sujet présumé infectant, l'évolution de la lésion locale, ultérieurement Tapparition de manifestations générales permettent seules de fixer le diagnostic. Il faul donc

(1) Dieïi qu'il ne s'agisse pas ici d'exposer les éléments du diagnostic du chancre syphilitique, je profite de Toccasion pour rappeler combien est erronée Topinion courante d'après laquelle le chancre syphilitique est une lésion unique. Cette opinion qui a pour raison d'être et pour excuse Ta bus de la schématisation et de l'emploi des tableaux comparatifs et dichotomiques dans rexposé des caractères diiïérentiels du chancre syphilitique, cause un nombre considérable d'erreurs de diagnostic. Le chancre syphilitique, c'est là ce que Ton ne saurait trop répéter, est unique quatre fois sur cinq^ mais une fois sur cinq il est double ou niuUlplef et quelquefois très multiple.

vàjmosic& Dc màemmïïv:*

exiger du malade tm complémeal d'iarormation el d'observalioa, remeltre à plusieurs jours le prononcé du diagnostic.

Suivantrintelligeûcedu malade, la tâche du médecin « toujours déticale en pareil cas, sera plus ou moins malaisée. Toujours, il devra s'efforcer de faire comprendre les raisons de ses hésita lions, rimportnnco qu'il y a à trancher cette question de fnçon délinitivo avant de commencer le traitement. Si légitime qno

Isoîl rimpatience du malade désireux d'Ôlre fixé et ûv ne pas compromettre sa guéri son par une oxpeclntion inulilCj le médecin ne peut cependant pas risquer de i se priver d'un moyen de contrôle important ; il nep«;ul, y en effet, oublier que le traitement précoce atténue Ich premières manirestations de la syphilis an point de len fuue passer inaperçues, et supprime ainsi un dci*

P cléments majeurs du diagnostic.

Des circonstances extrinsëquegf surtout rimminenec des fiançailles, du mariage, rendent parfoiJ4 cei h/milii*

Plions vraiment dramatiques ; le médecin doit alofi user de toute sa diplomatie, en même IcmpH qu^ dn m fermeté, pour garder le malade en observation t« lumpu y nécessaire et obtenir que^ saoïi rompre défifiitivi;rii#tjill| il traîne les choses en longueur Uint que le if iji({iioiilti! présentera quelque ambiguïté. Maii itUNllr 4im qilff dans un sens ou dans Taulre le éiBgmMMcêêfÊ tfumUfu , il le fera connaftre au paUent «t'Qoe bçiMi formirlM,

H La période initiale de la ByfAtiVm eut aiU^ irié t^ ihn W gnostîc peut tout à la fois préiMlfr tê fltêë 4#r 4itU

cultes et éveiller cba le flnbdr h piM 4^Mifl#|###r« tii ^de craintes, par wvHê^ rtdiiiiT éé h pêfi Ah fféA^^^ê

le plus de laet ÛÊmê mm ImmuMUm ; k mému§^ i^H^ l^#

SYPHILIS ET DliONTOLOCiE.

accidents appartiennent à un slade plus avancé, le malade a, eo effet, rinstinct qull a moins à redouter de la maladie et aussi» s'il s*agit d'un homme marié, les circonstances dans lesquelles il Ta contractée étant plus lointaines, plus souvent encore indécises, il a à la fois moins de remords et plus d'espoir de se faire pardonner.

Il serait cependant inhumain et dangereux de faire coiinaltre à brûle-pourpoint à un malade atteint de roséole, de plaques muqueuses ou d*alopécie secondaire que Taccident pour lequel il vient consulter, et dont il ne soupçonnait aucunemcnl la nature, est une manifestation syphilitique. Avant de prononcer le mot fatidique, le médecin doit, soit en se hasant sur les indices qu'il a déjà recueillis dans rinierrogatoire, soit en faisant adroitement parler son client, se rendre compte de ce que celui-ci sait ou soupçonne sur la maladie dont il est atteint, ce qu'il sait ou redoute de la syphilis* Si son inconscience, si surtout ses dispositions morales^ ses tendances névropathiques ou ses conditions sociales comportent des ménagements, il devra en mettre parfois tout autant que s'il était en présence d'un sujet porteur de chancre induré.

Chez un homme marié, la découverte de manifestations secondaires provoque souvent plus d'émotion encore que celle du chancre; le patient aura peut-être quelque difficulté à comprendre que ces accidents sont de nature syphilitique, car il n'ignore généralement pas que le premier symptôme est un chancre, et précisément il ne peut admettre que ce chancre ait passé inaperçu; mais, une fois convaincu qu'il a eu un chancre, comme il sait que le chancre est particulièrement redoutable comme source de contagion, U est

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