‹ Syphilis et déontologieChapitre 7 sur 29 · L ANNONCE DU DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

L ANNONCE DU DIAGNOSTIC

doit savoir qu'il est syphilitique, le médecin doit le lui dire» et le lui dire sans tarder, dès qu'il Ta reconnu syphilitique. La franchise, toutes les fois que des conditions particulières ne Tinterdisent pas, est le devoir strict du médecin.

A cette condition seulement, il obtiendra du malade tout à la fois, qu'il se soigne régulièrement, et qu'il prenne les précaulions nécessaires pour éviter de nouvelles contaminations.

Il fera ainsi, aux moments où elle est le plus nécessaire, la véritable prophylaxie de la syphilis.

En taisant connaître à un malade qu'il est syphilitique et en lui remettant la formule du traitement qu*il doit suivre, et des précautions auxquelles il est astreint vis-à'Vis des autres, le médecin n*a pas encore rempli tout son devoir.

11 doit encore^ par une explication franche, atténuer ce que la rigueur du traitement et des interdictions peut avoir d'excessif, l'impression fâcheuse que le diagnostic et les prescriptions peuvent faire sur son esprit. Il doit lui faire connaître la remarquable efficacité du traitement antisyphilitiqne, la possibilité, en le prolongeant suffisamment, d'atténuer ou d'empêcher les manifestations tardives et les conséquences les plus graves de la syphilis, montrer qu'un traitement régulier et suffisant lui permettra de se marier sans craindre de contaminer sa femme, et qu'il pourra alors procréer des enfants bien portants et vigoureux; en outre^ il lui fera remarquer que la syphilis est une maladie fréquente, beaucoup plus répandue qu*il ne peut le croire, puisqu'elle frappe dans les villef environ un homme sur cinq-

SYPHILIS ET DÉ0^rTOL0GIî:,

S'il se trouve en présence d*uii fanfaron ou duo imprudent, à plus forte raison d'un cynique, dont l'attitude lui laisse à penser qu'il négligera le traitement ou qu'il ne craindra pas de répandre la contagion de la syphilis, te médecin insistera sur le danger, l'exagérera plutôt qu'il ne l'atténuera.

En résumé, dans l'énoncé de son diagnostic et dans les recommandations qui le suivront, le médecin se comportera diffère m n[ient suivant les circonstances, suivant les capacités intellectuelles, les qualités morales de son client; il individualisera suivant les cas, de même que suivant les cas il prescrira tel ou tel traitement ; en un mot, il cherchera dans chaque cas particulier les indications à remplir. C'est pour cette raison qu'il me paraît très difflcile de rédiger, 5 l'adresse des sujets atteints de syphilis, une instruction sur les mesures prophylactiques à prendre : la teneur de cette notice, qui est destinée à éveiller les craintes des malades, risque de dépasser le but chex certains, de leur infliger une véritable terreur, alors qu'elle ne suffirait pas à imposer, à d'autres, d'élémentaires précautions : pour remettre à chaque malade une notice appropriée à ses conditions morales et intellectuelles, il en faudrait rédiger un si grand nombre que leur emploi et leur distribution deviendraient des causes d'embarras constants.

La syphilis n'allend pas le nombre des années, même pour pénétrer par la voie génitale, et cela dans toutes les classes de la société.

Le collégien qui, au jour de sortie, est accosté sur le trottoir en face de son collège ou arrêté sur le pas de la porte d'une maison publique, n'est malheureusement pas mis par son âge à Tabri de la syphilis, pas plus que celui dont les instincts précoces, la mauvaise éducation, les lectures malsaines, des conseils imprudemment donnés sur les dangers des rapports sexuels ont conduit à la brasserie ou dans rarrière-boulique de la parfumeuse.

Edmond Fournier (1), dépouillant 10000 observations d'hommes syphilitiques de la clientèle de ville de son père, a trouvé que 5 d'entre eux avaient pris la syphilis à quatorze ans, 16 à quinze ans, 38 à seize ans, 119 à dix-sept ans.

Vis-à-vis de ces jeunes gens, imprudents ou vicieux, peu importe, auxquels l'apprentissage de l'amour a été si funeste, quel est le devoir du médecin ?

D'abord les soigner, les traiter, les éduquer sur les dangers qu'ils courraient en ne se soignant pas ou en

(1) E. Fournier, A quel âge se prend la syphilis? Presse médicale, 4 avril 1900, p. 164.

Thibibboe. — Syphilis et Déon t. l\

se soignant malt sur les dangers quils peuvent faire courir à leur entourage, à leurs parents^ à leurs jeunes frères et sœurs surtout, leur dire aussi que la syphilis ne les met pas à Tabri des autres maladies vénériennes, de la blennorragie surtout, et qu'ils feront bien d'y prendre garde.

Les sermonner plus longuement, leur faire uoe leçon de morale, ne servirait de rien, sinon à les éloigner du médecin qui serait ainsi sorti de son rôle* Seul, le médecin de famille, s'il a avec eux des relations assez suivies, s'il a depuis longtemps pris sur eux un ascendant moral, peut entrer dans celte voie, à la condition d*y ûive discret et réservé, de rester affectueux et d*éviter toute sévérité intenipestive.

Il importe, en effet, que le médecin conserve ou gagne la confiance de ces jeunes clients, pour pouvoir les diriger dans leur traitement et leur donner tous les conseils nécessaires, surtout ceux qui ont trait à leurs relations avec leur famille.

Us n'ont encore ni la responsabilité civile, ni ta responsabilité pénale que leur conféreront dans quelques années leur âge et le Gode. Leurs parents ont sur leurs biens et leurs personnes une autorité des plus étendues. Je ne sais s'il existe un jugement ou un arrêt fixant, avant Tâge légal de la majorité, Tépoque où le jeune homme devient possesseur de ses secrets^ Tâge où ils cessent de pouvoir être révélés sans son autorisation.

^P Quelle que soit sur ce point l'opinion des juristes, il serait contraire à la dignité médicale d'aller dénoncer ces jeunes gens sans leur consentement, de révéler

I leurs parents qu'ils sont atteints d*une maladie vé cnne* — Je ne parle pas des tiers, quels qu'ils soient

d'institutions, patrons ou autres, vis-à-vis desquels la question ne se pose môme pas, car elle est résolue par les règles qui gouvernent la conservation des secrets médicaux.

Or, il est du plus haut intérêt pour ce jeune homme, qui a toute Tinsouciance de son âge, qui se hâtera bientôt de suspendre tout traitement^ qui peut être atteint à courte ou à longue échéance de manilestations diverses réclamant un traitement régulier et un traitement qui a bien des chances de ne pas être institué si les accidents actuels sont restés ignorés des siens, que quelqu'un parmi ses proches soit averti de ce qui le menace. Il est du plus haut intérêt pour son entourage que les précautions prophylactiques qui lui sont indiquées soient exécutées fidèlement, et cependant la promesse qu'il a faite risque d'être vite oubhée, comme aussi la plupart de ces précautions lui paraîtront superflues.

Pour ces raisons, le médecin a le devoir de prévenir les parents du jeune homme^ mais il n'a le droit de le faire qu'avec son assentiment.

La crainte d'une réprimande, d'une punition, d'une exalîon fera bien souvent hésiter ces jeunes clients. C'est précisément pour cette raison que le médecin ne doit pas, par des remontrances intempestives, en faire présager de plus sévères encore. Tout au contraire, il doit faire ressortir qu*une faute avouée est déjà à moitié pardonnéeet que, exposé comme il Test à voir sa maladie se révéler par des signes extérieurs apparents, des éruptions surtout qui la dénonceraient immédiatement, la chute des cheveux, des taches sur son linge, le jeune homme a tout intérêt à ne pas attendre que SB maladie soit constatée par ses parents, mais au

contraire à averlîr ceux-ci. « D'ailleurs, ajoutera-t*îl, je me chargerai d'écrire à monsieur votre pèrCj cela vous évitera un aveu pénible à faire. »

L'assentiment du jeune homme obtenu, il faut, sans tarder^ aviser le père — à défaut du père, uo frère aîné, le tuteur ou un parent d'âge respectable, ou la mère- S'il est possible, il sera toujours préférable de l'entretenir de vive voix, pour pouvoir lui expliquer exactement la situatiou, et faire, s'il est nécessaire, son éducation sur la syphilis* Sinon, lui écrire, et en peu de phrases lui faire comprendre nettement ce dont il s'agit, la nécessité d'un traitement régulier, de précautions auxquelles il doit se prêter pour ne pas laisser répandre la contagion autour de lui. Sans se faire Tavocat du jeune homme, on devra, s'il existe quelque circonstance susceptible de Texcuser, la signaler brièvement. En tout cas, il faut tâcher de faire comprendre au père que son fils est un malade, que son devoir, à lui père, est de Taider à sortir de la situation où il s'est mis*

L'impression produite sur le père par celte communication est le plus souvent, pour ne pas dire toujours, des plus désagréables. Mais le sentiment qui Fa dictée au médecin est toujours — ou à peu de chose près toujours — appréciée très équitablement, et, comme le dit IVL Brouardel (1)^ auquel j'emprunte la règle de conduite ci-dessus, le père de famille est toujours reconnaissant au médecin qui lui fait connaître la vérité sur la maladie de son fils.

Quelle attitude ce père de famille prendra- t-îl vis-àvis de son fils? Peu importe au médecin qui a rempli

(1) Brouabjîel* Le êecret médicaL Paris, 1803, p* 122*

JEUNES GENâ Î^YPlULITlQUEfl.

son devoir à la fois à Tégard de son jeune cHant, de Ba famille et de la Société. Notons seulement que cette oLLilude est variable, mais souvent accompagnée de reproches plus ou moins vifs, plus ou moins violents, plus ou moins justes : bien souvent les jeunes gens qui prennent la vérole avant d'être sortis du lycée ont été l'objet d'une surveillance paternelle plus que sommaire, plus d'un chasse de race; tel père qui s'emporte conlre le conduite de son fils, qui lui reproche d'avoir pris une maladie honteuse, a eu lui-même dans sa jeunesse cette même maladie, et s'il ne Ta pas prise aussi jeune, c^est parce que la chance Fa favorisé lors de ses premières amours. Eu prévision d'un débordement excessif de reproches, le médecin aura parfois à rappeler que ceux qui échappent à la syphilis ne sont pas toujours ceux qui s'exposent le moins à la contracter, qu*elle n*est souvent qu'un accident et qu'il n'est pas juste de crier ^^haro aux blessés»

^P La situation est plus embarrassante lorsque le père Raccompagne son flls dans la visite qu'il fait au médecin.

Si le père ne soupçonne rien, ne se doute pas de la nature du malaise ou de l'indisposition dont se plaint son CIs, il convient de ne l'effrayer en rien, de ne pas attirer son attention sur son origine vénérienne. Profilant d*un moment de distraction du père, d'un mouvement, du passage dans une porte, le médecin fera comprendre au jeune homme qu'il a tout découvert et lui dira de revenir le consulter hors la présence de son père. Dans cette deuxième visite, il lui exposera les raisons pour lesquelles il convient de faire à son père aveu de sa maladie et de ne pas prolonger une comé-

SYPHILIS ET t»ÊONTOLOGIE.

die dans laquelle ni jeune client ni médecin ne pourraient Jouer un rôle séant*

Plus délicate est la situation lorsque le père, soupçonnant son fils d'avoir pris une maladie vénérienne, ramène au médecin auquel il demande un avis formel. Strictement, il serait plus correct de prier le père de se retirer pendant Texamen et de ne lui en faire connaître le résultat qu'après avoir obtenu du fils rautorisatioo de lui révéler. Mais le père de famille qui amène de force un ff bambin qui vient de faire des frasques * n'admet sauvent pas que ce « bambin» mérite tant d'égards; il a, lui père de famille, la responsabilité des actes de son fils, l'autorité sur lui, et, somme tonte, a bien, suppose- t-il, le droit dêtre éclairé sur une maladie qu'il soupçonne, dont il sait déjà Torigine; opposerait-on à ses prétentions une fin de non-recevoir, il n'en considérerait pas moins son fils comme coupable, ne lui reprocherait pas moins vivement sa maladie, et sans doute nelui faciliterait ni le traitement ni la prophylaxie. Il vaut donc mieux^ dans Tintérêt encore du patient et de sa famille, se prêter à une consultation dont la mise en scène gagnerait à être différente, — remarque faite que cette manière d*agir ne s'applique qu'aux tout jeunes gens et non à ceux que leur âge ne permet plus de traiter en enfants.

Le jeune homme a quitté le lycée; il est devenu € étudiant j>, et, conquérant plus de liberté, il a aussi des appétits sexuels plus développés et plus justifiables, des occasions plus fréquentes aussi de prendre la syphilis. Cependant, il a conservé une attache avec sa famille, il vit toujours avec elle, c'est-à-dire qu'il expose ses frères et sœurs, ses parents, à la contagion

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directe de son mal; de plus, c'est au foyer maternel qu*il sera soigné s'il lui survient du fait de ce mal quelque accident le retenant au lit ou à la chambre.

Que doit~il faire vis-à-vis de ses parents ? Que doitil leur avouer? Il demandera sur ce point conseil au médecin, ou, s'il ne le demande pas, le médecin aura à lui suggérer une ligne de conduite.

En règle générale, il y a avantage, et très grand avantage, à ce que le père de famille — ou quiconque en tient lieu — soit mis au courant de la syphilis de s^on Ois.

Avantage au point de vue médical et thérapeutique, parce qu'il aidera à la mise en œuvre du traitement, que le malade n*aura plus à lui dissimuler. Avantage médical aussi parce que, du fait de la syphilis, peuvent survenir inopinément des accidents graves, mais de diagnostic difficile et d'allures imprécises ; or, ces accidents, surtout s'ils intéressent le système nerveux, risquent de ne pas être traités aussi rapidement et aussi vigoureusement qu*il le faudrait s*il n'y a, dansTentou* rage du malade, personne qui puisse révéler l'existence de la syphilis au médecin appelé à le soigoer; à supposer même que le malade soit en mesure, au moment de leur éclosion, de faire connaître ses antécédents, le médecin aura, à ce moment, plus de facilité pour prescrire et faire exécuter le traitement approprié, si le père est au fait de la maladie de son fils et s'il Taide à se soigner au lieu d*être un témoin soupçonneux dont il redoute la présence et les interrogations.

Avantage au point de vue de la prophylaxie, parce que les précautions à prendre pour éviter la dissémination familiale seront plus faciles à réaliser quand le malade aura un complice dans ce foyer familiaL

Avantage moral, enfin : le père» auquel son fils aura prouv*'^ sa confiance en lui révélant la na nia die qu'il n prise, sera moins porté à la hii reprocher que s'il TapprenJ lardivemenl, s'il en trouve la preuve dans la chambre ou dans la malle de soû ûIs, sous la forme d'une boîte de pilules ou d'un Ilacori de liqueur de van Swielen, ou enfin s*il est amené à le soupçonner à l'éclosion d*un accident grave ou apparent de la période secondaire.

Le père de famille qui, à la nouvelle de la syphilis de son fils, le chasse du foyer ou le déshérite est, je crois bien, devenu un mythe. Parfois une scène vio* lente, des reproches vifs, ou un refroidissement plus ou moins prolongé dans la tendresse suivront la rêvé* latiou de la vérité/et ce ne seront pas toujours les pères qui auront dans leur jeunesse fréquenté le plus aux lieux où se prend la syphilis, ni mOme ceux qui l'auront prise eux-mêmes qui seront le plus indulgents pour leurs enfants. Le plus souvent, le père qui « soupçonnait bien quelque chose » ne sera pas étonné d'apprendre que son fils a été « touché » et^ sans le féliciter d'une aventure qui peut compromettre sa santé et son avenir, il le considérera et comme un malade et comme un malchanceux qu'il faut aider à se soigner; il trouvera dans l'aveu une marque de confiance et d'affection et souvent le remerciera d'avoir fait cet aveu.

Le fils sera, mieux que le médecin, en mesure de préjuger raccueil auquel il doit s'attendre. Mais, sauf le cas où cet accueil devrait être d'une sévérité rîgoureusCj le médecin doitengager le jeune homme à faire, sans tarder, connaître la situation à son père.

Il est des cas — c'est au malade à se faire juge du parti à prendre — où Taveu, présenté comme un témoignage de confiance, sera mieux accueilli venant du fils;

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'il en est d'autres où le médecin, ami de la famille et conseiller écouté, sera, au contraire, mieux en situation de faire accepter par le père de famille l'annonce de la maladie de son fils. En tout cas, le médecin sera souvent, après Taveu fait, appelé à éclairer le père sur cette maladie, sur ses conséquences, ses dangers, sur les mesures diverses à prendre. Il devra, puisqu'il n*y a plus rien de secret vis'à-vis de ce père, répondre en loute sincérité aux multiples questions d'ordre médical quil ne manquera pas de poser.

Le médecin a, en vain, conseillé au jeune homme de

nnettre son père dans la confidence de sa maladie ; pour

une raison ou une autre, la crainte d'une scène violente,

oloignement de ses parents auxquels il veut bien

parler mais non écrire, il s'y est refusé.

Quelques mois se sont passés sans encombre, lorsque survient une manifestation syphilitique, hémiplégie, paraplégie, néphrite, ou autre, qui retient notre malade au lit et l'oblige à suivre, sous les yeux de ses proches, un traitement antisyphilitique, La mise en i œuvre dutrailementva présenter des difficultés, obliger ^B des Câchoteries, à des mensonges sans nombre; si f bien dissimulés sous des dehors anodins et des noms ' d'emprunt qu*en soient les agents, il va éveiller des soupçons, provoquer des questions auxquelles on ne pourra répondre que par de nouveaux mensonges et au risque de conlradictions répétées. L'intérêt de tous* du malade comme du médecin, et de l'entourage, est de ne pas prolonger cette comédie et de mettre au fait de la Situation un des proches qui deviendra ainsi un complice et aidera puissamment à la guérison en facilitant traitement. Ce rôle revient de droit au père de famille,

s'il est présent et capable de s'y prêter, sinon à un frère alnéj à quelque autre parent rapproché, à un ami intime, ou à la raère de famille, souvent même mieux à la mère de famille qu*à toute autre personne : on ne saurait croire combien ^ en présence de son fils devenu malade pour avoir foulé aux pieds les principes de morale qu*elle croyait lui avoir conservés, une mère, même imbue des idées religieuses les plus sévères, trouve en son cœur de trésors d'indulgence.

Dans ces circonstances, il n'y a pas à hésiter; il faut montrer au malade quel profit, quelle tranquillité d'esprit il retirera d*une confidence qui d'ailleurs n*étonnera pas celui auquel elle sera faite, et, le priant de choisir lui-même autour de lui la personne que soa caractère, sa discrétion et son affection désignent pour le rôle de confident, lui proposer de servir d'intermédiaire dans cette circonstance. Avec discrétion, mais en des termes qui ne peuvent laisser aucune ambiguïté, en présentant d'ailleurs les faits sous leur jour purement médical et en faisant ressortir qu'il parle au nom et avec Tassentîment du malade, le médecin dira la cause des accidents actuels, l'importance et en même temps Tefficacité du traitement, les précautions qu'il peut être nécessaire de prendre au point de vue de la contagion ou au contraire le caractère non contagieux des accidents présents ; enfin, faisant appel à la discrétion de son confident, il lui dira sous quel dehors et sous quelle étiquette ces accidents peuvent être présentés aux autres personnes pour ne pas éveiller dlnutiles soupçons sur leur origine.

Les difficultés pratiques auxquelles prélude la constatation de la syphilis chez la femme n'existent pas

eulemenl pour la femme adulte et mariée ; elles exislenl déjà chez la jeune fille.

En réalité, les jeunes filles qui contractent la syphitis appartiennent dans rimmense majorité des cas, à la catégorie des prostituées, prostituées clandestines ou lurveîlléeSj prostituées d'occasion ou de profession. Qu'elles soient conduites h la prostitution par le vice, la paresse, la misère, les mauvais exemples ou par toute autre cause, elles ne relèvent plus guère de l'autorité paternelle, soît qu*elles s'y soient soustraites t ne cherchent pas de s'y soumettre à nouveau, soit que cette autorité paîernelle soit déchue de ses droits ou mérite d'en êlre déchue. Elles relèvent ou de la police, ou des œuvres si méritoires de relèvement. A ucun titre» le médecin ne peut les livrer à la première, il peut les engager à s'adresser aux secondes, mais à titre de philanthrope plus qu'à titre de médecin.

Même à celles qui sont à peine sur la pente de la prostitution, qui ne se sont livrées que par occasion, il serait mal venu de conseiller d'aller dire à leurs parents qu'elles ont la syphilis.

Nous n'avons donc pas à nous préoccuper, au point de vue purement déontologique, de ces catégories de malades,

A une mère qui amène sa fille de force devant un médecin en lui disant que cette fille s'est mal conduite l qu*elle a dû prendre quelque mauvaise maladie, le médecin ne doit pas répondre ; non seulement il violerait le secret professionnel, mais il y aurait grandes chances pour que la jeune personne échappât de suite à la surveillance de sa mère et tombât dès le soir aux plus bas fonds de la prostitution.

Parmi les surprises que réserve la syphilis et contre llmprévu desquelles le médecin doit toujours se tenir en garde, il en est peu d'aussi grandes que celle produite par sa constatation chez une jeune fille de bonne famille j de conduite irréprochable, que rien ne semblait désigner à ses coups. El cependant cette éventualité se réalise parfois, non pas seulement dans ces épidémies familiales, dérivant d'un enfant hérédo-syphîlitique, ou d'un jeune homme ignorant sa syphilis, mais dans des circonstances où rien au premier abord ne met sur la trace de Toriglne, où parfois même l'enquête la plus approfondie reste sans résultats.

Du fait même qu'elles se développent sans qu'aucune circonstance puisse l'expliquer, il résulte que ces syphilis ne sont pas soupçonnées par l'entourage des malades : le médecin les constate à Foccasion d'un chancre extra-génital, occupant la lèvre ou plus rarement le doigt, ou encore à l'occasion d'une roséole, d'une éruption secondaire quelconque, d'une céphalée, d'une angine.

Comme toujours lorsqu'il s'agit d'une femme, le médecin, dès qu'il a le soupçon du diagnostic^ doit peser ses paroles, mener son interrogatoire avec une extrême prudence, afin de ne laisser rien deviner de ses soupçons, non pas à la jeune malade qui ne saurait les comprendre, mais à sa mère ou à la parente qui généralement est présente à Fexamen.

Une fois le soupçon confirmé et le diagnostic porté, reste à déterminer la porte d'entrée ; la recherche du chancre en ses divers sièges extragénitaux possibles, c'est-à-dire la recherche des lésions qui peuvent durer encore ou avoir longtemps duré au visage ou à ta langue, à la gorge, aux mains, au cou, peut quelquefois

onduire à supposer l'origine ; mais rioterrogaloire ne eut le plus souvent être poussé assez loin dans un remier examen pour donner quelque certitude à ce sujet.

Sûr à la fois de son diagnoslie et de la vertu de sa malade, — ce dernier point demandant une perspicacité toute particulière, car il ne faut à aucun prix se tromper sur luîj — le médecin se doit de ne pas faire connaître à la malade de quelle affection elle est atteinte; sous un prétexte quelconque, il prescrit un traitement local et un traitement général, après avoir recommandé d'éviter tous les contacts, embrassements ou autres dans lesquels la maladie pourrait ge iransmettre et demande à revoir la malade au bout de quelques jours* Pendant cet intervalle, il complétera son enquête, non plus auprès de la malade, maïs auprès de son pèrCj qu'il convoquera sous un prétexte habile, ou auprès de sa mère. Après leur avoir fait part de prétendues hésitations sur le diagnostic, il cherchera à se renseigner sur Tenlourage immédiat, habiluel ou accidentel de la jeune fille; s'il a eu, de par le siège du chancre, quelque indice sur le mode possible de contagion ^ il suivra les I ^pistes qui s'offrent ainsi à lui,

^p Cette enquête verbale ne va pas sans d'une part ^édifier le médecin sur la vertu de sa malade, sans d'autre part éveiller des soupçons dans Tesprit du père 'OU de la mère.

■ Lorsqu'il est suffisamment convaincu de rorigine "parfaitement innocente de cette syphilis, le médecin peut démasquer plus ou moins complètement son diagnostic, le laissant soupçonner d'abord, puis le donnant comme probable.

Reste à expliquer à Tinterlocuteur Torigine de cette

SYPHILIS ET I>EONTOLOGIE.

syphilis. Ici, le médecin doit faire preuve et de tact et de prudence; il lui faut d'abord ne corapromettre jamais une personne dont il a reçu les confidences ou qu'il a soignée pour des accidents syphilitiques, ensuite, éviter de diriger une accusation, justifiée ou non, sur une personne dont la syphilis ne pourrait être démasquée sans scandale (homme marié ou femme mariée) » enfin ne pas suggérer imprudemment l'idée de poursuites judiciaires ou de dénonciations qui seraient aussi dangereuses pour Taccusateur que pour l'accusé.

Il doit suffire, en effet, au père de famille que, sa fille ayant eu le malheur d*être infectée, sa maladie soit reconnue, qu'elle ne devienne pas Toccasion d'autres contaminations autour d'elle ; à ce malheur, qui peut-être la condamnera au célibat, il ne faut pas ajouter encore une foule de scandales et de désastres de tout genre.

Parfais, cependant, l'être qui a contagionné une pure jeune fille est tellement abject qu'on en vient à regretter les motifs qui empêchent de le poursuivre et de le faire condamner.

Il serait trop long d'énumérer toutes les circonsr tances dans lesquelles se produisent ces syphilis, qui méritent par excellence le nom de syphilis insont ium^ Il suffira d'en citer quelques-unes : ici, c'est une jeune fille dont le frère, revenant de la ville où il est étudiant, a encore une plaque muqueuse suintante sur la lèvre; ici, une autre qui a tenu dans ses bras et couvert de baisers l'enfant d'une de ses amies, qui est au début d'un coryza hérédo-syphilitique ; là, la demoiselle de la maison qui a bu dans le verre mal lavé dans lequel un laquais avait goûté du vin ; là encore, une jeune fille dontia femme de chambre, atteinte de plaques syphili-

tiques, a emprunté Tirrigateur ; c'est parfois une jeune fille que son fiancé, en pleine efflorescence de plaques muqueuses, a embrassée sur le cou, une autre qu'un commis de magasin, porteur d'un chancre de la lèvre, a saisie dans un escalier et couverte de baisers — comptant, suivant une croyance populaire, se guérir de la syphilis en la donnant à une fille vierge.

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