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SVPHILIS ET DEONTOLOGIE.
Je viens de dire que le client» s*il est loyal, attendra de remplir les conditions imposées par le médecin avant de se marier,
Ofy il peut n'élrc pas loyal.
Pour rare qu'il soit, le type existe du syphilitique quij au risque de contaminer une jeune femme, de faire son malheurj d'avoir des enfants héréditairement infectés, ne veut pas laisser échapper une occasion de faire un beau mariage, de ramasser une belle dot, La vanité. Tin térêt personnel, la nécessité d'éteindredes dettes criardes, de trouver le capital nécessaire pour acquérir une charge ou une part dans une affaire industrielle, tels sont les motifs qui font sombrer des consciences, éteignent des scrupules et conduisent au crime; — car c*est bien un crime moral, encore que ce ne soit pas un crime qualifié parle Code, de risquer de donner la syphilis à celle qui vous accepte comme époux.
Beaucoup, qui ne le soupçonnaient pas en entrant dans le cabinet du médecin, rapprendront de celui-ci* La démonstration du danger faite d'une manière catégorique et nette le leur fera comprendre. La crainte, évoquée à propos, de la contamination de la future épouse, du scandale qui en résultera, dp divorce qui s'en suivra, de Tinfection de Tenfant, des procès à soutenir, des indemnités à payer, des affronts à subir, sera pour d'autres, insensibles aux remords de conscience, le commencement de la sagesse. Avec les uns comme avec les autres, le médecin aura à faire vibrer toutes les cordes sensibles, à user de tous les arguments; il parviendra à son but néanmoins, et les empêchera de poursuivre un projet insensé et néfaste ; il suppléera ainsi à un manque plus ou moins complet de loyauté.
STPnllJTîQrKR CANDIDATS AU MARIAGE, 101
Il se trouvera cependant des misérables auxquels tous ces arguments entassés ne suffiront pas. Us ne veulent rien entendre, rien comprendre, ou plutôt ils enLendenl et ils comprennent, ils savaient et comprenaient déjà avant de venir demander avis au médecin : mais il rentre dans leur rôle de ne sembler ni entendre ni comprendre. Le projet qu'ils ont caressé, ils veulent le mettre à exécution et, quelles qu'en soient les conséquences, ils le mettront à exécution,
A de tels êtres le médecin est en droit d*exprimer son mépris, comme il était en devoir dexposer toutes les conséquences possibles de leur entétementi Le médecin peut les menacer des foudres de la loi ; ils savent que ces menaces seront vaines, ou que si la loi les frappe, ce sera plus tard, lorsque le « coup de la dot » sera joué, ils sont assez roués pour prendre leurs précautions et parer d'autres coups. Ils savent encore que le médecin ne les dénoncera pas : les romans et le théâtre leur ont appris que la loi les protège, en imposant au praticien Tobligation de ne pas révéler leur secret. Inutile donc de les menacer d'aller « tout dire» : ils auraient vite fait de rappeler le praticien au sentiment de la réalité, et de lui demander sll est homme à méconnaître ses devoirs professionnels, peut-être de lui rappeler Texemple de Delpech, assassiné par un client dont il n'avait pas respecté le secret»
Inutile donc de lutter avec de si vils personnages; le médecin y perdrait son temps, sa dignité gagnera à rompre la conversation dès quil aura bien jugé de Tinanîté de ses elîorts.
Le projet de mariage concernant un syphilitique de sa clientèle met le médecin en présence non seulement
de son clienl, mais encore de la famille dudîl syphilitique ou de la famille dans laquelle il projette d'entrer; Tune ou l'autre vieût souvent le trouver avec ou sans Tassenliment du client lui-même*
A tous et à chacun des émissaires qui Taborderont» que va répondre le médecin?
Sa conduite lui est dictée par la loi: de par Tarticle 378 du Code pénal, il est tenu de respecter le secret professionnel. Dans un chapitre précédent, j*ai assez longuement étudié cette question pour n'avoir pas à y revenir.
En Fétat actuel de la législation et de la jurisprudence, le médecin ne doit révéler h quiconque, et en particulier au père ou au futur beau-père d'un de ses clienLs, que ce client est atteint de syphilis.
Partant de là» un certain nombre de médecins croient, en toute conscience et de la meilleure foi du monde, que, s'ils ne peuvent révéler qu'un de leurs clients a eu la syphilis, ils peuvent du moins faire connaître, si on vient le leur demander» que tel autre de leurs clients n*a pas et n*a pas eu la syphilis. Ce faisant, ils ne trahissent, pensent-ilsj aucun secret^ puisque leur client n'a pas eu à leur faire Faveu d'une syphilis qui n*exislait pas et qu'ils n'en ont constaté aucun signe. On pourrait, à cela, répondre qu'il y a, en réalité, énoncé d'un ftiit négatif et révélation d'une circonstance également négative qui n'a été connue que dans l'exercice de la profession.
Mais surtout, car cela est plus grave, le médecin qui ne répond que quand il peut affirmer l'absence do la syphilis et qui se tait lorsqu'il aurait à faire con* naître l'existence de la syphilis sera vite démasqué ; quiconque aura intérêt à avoir un renseignement pré-
SYPHILm^UES CANDIDATS AD MARIAGE*
cis sur un de ses clients saura sans grand'peine qu'un refus de répondre opposé par lui équivaut à l 'énoncé du diagnostic de syphilis : il n'aura pas révélé de secret en parkmtj mais il eti aura révélé un en se taisant; le résultat est le même.
En matière de syphilis, comme en matière de toute ûutre maladie, le conseil donné par M, Brouardel (1) de s'abstenir de toute réponse, quVUe doive ôtre positive ou négative, et mieux encore de couper court à la conversation avant qu*aucun nom n'ait été prononcé, est toujours de mise, A notre avis, le médecin ne doit jamais et sous aucun prétexte s*en écarter. Quelque pressantes que soient les démarclies faites auprès de lui, il s'en tiendra toujours à cette réponse : « Je ne donne jamais de renseignements sur aucun de mes clients : vous pouvez vous enquérir, vous n'apprendrez jamais que j'en aie donné à qui que ce soit, ni de bons ni de mauvais. Donc, mon silence n'a aucune significa* lîon, ni bonne, ni mauvaise, j>
II est même des circonstances où le médecin ne doit pas faire connaître, ne doit pas reconnaître qu'il a donné des soins à telle ou telle personne qu'on lui désigne : un médecin, passant à tort ou à raison pour s'occuper spécialement de maladies vénériennes, donnerait à supposer que la personne en question avait des raisons sérieuses de s'adresser à lui s'il venait à dire qu'il Ta soignée; il agira donc prudemment en répondant à son interlocuteur qu'il ne fait jamais connaître le nom des personnes qui recourent à lui, qu'il rignore souvent, ne cherche jamais à le savoir, que, d'ailleurs, il ne peut empocher quelquun de venir lui
(t) Brouaudei., le secret médical. Paris, 1893, p. 41.
demander un avis, ua renseignement, voire même un conseil ou une consultation pour une maladie autre que la syphilis, que la présence d*une personne dans son cabinet de consultation ou sa présence à lui dans une maison ne signifie pas que cette personne soit syphilitique et que cette maison soit habitée par un syphilitique.
L'interlocuteur s'est-il muni d'une pièce en règle relevant le médecin de l'obligation du secret professionnel, le praticien n'a plus à redouter les rigueurs de la loi; cependant, il peut encore se demander si le malade a pesé toutes les conséquences de la révélation de ce secret, s'il connaît lui-môme toute Tétendue de l'aveu que le médecin va faire en son nom, s*il n'a pas oublié môme quelques accidents de sa syphilis, méconnu ou ignoré leur nature. Il est donc prudent, pour ne pas risquer de dépasser les limites du mandat librement consenti, de ne pas le remplir directement, de soumettre les termes deTaveu àTintéressé lui-même. A son interlocuteur, le médecin répondra, en conséquence, qu*il a pour règle de ne jamais fournir de vive voix des renseignements de ce genre, que 'l'intérêt de tous est qu'ils soient consignés par écrit, qu'il ne peut pas remettre directement une note de ce genre à un tiers, mais qull renverra à son client dans un court délai, et que le client se chargera de la faire tenir à la personne qui vient les demander en son nom. De la sorte, Tesprit et la lettre de la loi sont respectés, puisque le secret est divulgué non pas directement par son détenteur, mais par son possesseur lui-même, et ce dernier est mis à même de savoir exactement dans quels termes et dans quelles limites le médecin, son mandataire, s'est acquitté de sa mission. Inutile de dire que la note en question sera rexpression
«^^-PHlLlTÏQUEg CAJ^DIBATS ALÎ MARI AGE.
exacle de la vérité, sans exagération comme sans allénualion, et que, sans sacrifier la précision, elle oura tout avantage h être aussi concise que possible; elle devra enfin être signée et datée, après avoir été rédigée tsous forme de lettre.
En obser\'ant scrupuleusement les prescriptions de
la loi, le médecin aura rempli un devoir professionneU Et cependant, si son client est un syphilitique, il aura ertainementdes remords de se taîre^ de ne pas se porer au secours de la famille dans laquelle celui-ci va ntrer, de ne pas protéger contre une conta mina lion ertaine ou simplement probable une innocente jeune 'emmCj sa conscience se révoltera contre son impuisancequi lui paraîtra une lâcheté. Peut-être se dira-t-il, contrairement au conseil d'un éminent magistrat (1)» qu'il est assez sûr de sa conscience pour pouvoir la mettre au-dessus de la lui, et, passant outre à Tobservation de celle-ci, comptera, pour se justifier, sur l'excellence de ses intentions et le silence de la justice* A tous égards, ce serait une fâcheuse inspiration t le ^rnagistrat, saisi d'une plaitile en révélation de secret ^professionnel, émanât-elle d'unniisérable, rend roit peut-^ ^fetre hommage au courage du médecin, mais ne serait pas ^Bnoins forcé de le condamner.
" Je comprends l'indignation d'un médecin en présence dun syphilitique dont il ne peut empêcher le mariage, je partage ses sentiments de répulsion pour ce misérable, son impatience d'agir, mais je ne saurais trop l'engager à ne pas violer son secret.
(J) B. La COMBE, Le Sf?cre( professionnel en m^devine. Discours prononcé à l'Aticiience solenneile de rentrée de L^ Cour de Bordeaux, le 16 octobre 1885. Bordeaux, 188îî.
Mon regretté colI<!^gue Juhel Rénoy (1) qui avail bl rompre le mariage d'un de ses clienLs syphililiques, en déclarant au père de la fiancée, mandé par lui, quelft mariage ne devait pas se faire j reconnaissait qu'une telle conduite ne se devait pas enseigner, qu'elle ë èbll bonne que pour les courageux* Je m'incline dcvaBlle sentiment qui la lui avait dictée, mais je consîdèrece courage comme excessif, je me fais une Irop haute idée du rôle social du secret professionnel des médecins pour désirer que Texemple de Juhel Réooy soit suivi,
Est-ce à dire que le médecin ne doit rien tenter?
M. Brouardel (2), interrogé sur la santé d'un de ses clients qu*il savait syphilitique, a conseillé au père df' la jeune flUe qu'il demandait en mariage d'exiger que son futur gendre contractât une assurance sur la vie: la syphilis se traduisait par des accidents tellemenl apparents que le jeune homme en question n"osa affronter l'examen médical préliminaire à rassurance.
Le subterfuge est légitime^ car il s'agit là d'un conseil banal, que tout médecin, voire même toute personne étrangère à la médecine, pourrait donner à un père de famille. Il mérite d'être employé, mais encore faut-il que la syphilis soit récente ou s'exprime par des manifestations actuelles; sans quoi, elle passerait inaperçue du médecin examinateur delà compagnie d'assurances*
L'acceptation par une compagnie d'assurances est une manière de certificat de bonne santé actuelle.
Dans ces dernières années, la question s*est élargie: des médecins, effrayés par les progrès de la syphilis et
(1) Juhel Rénoy, Vie professionnelle et dei^oirs du médecin^ Paris,
(2) BrouardeLj Le secret médic&L Paris, 1S93, p. Bl ,
SYPHI1.it IQtîE s CANDTBATfi AU MABIAGE. 107
la blennorragie, et par leurs dangers pour le présent
l^avenir des familles, constatant d'autre part que les
F^nsîdérations relatives à la santé des futurs jouent un
Me trop effacé dans les préliminaires des mariages {1),
*ût tenté d'introduire dans les mœurs l'habitude de
joumettre à un examen médical les candidats au
lîariage, de leur faire passer une sorte de revision,
livec la sanction d'un cerlificat de santô.
Il y a dans cette tentative une belle part de préoccu-
liîon humanilaire et sociale. Il me semble cependant
le sa réalisation ne serait pas sans difûcultés. Est-ce le
lédccin delà famille qu'on chargera de cet examen ?S1I a
lié consulté par son jeu ne client pour tous ses accidents
5néricns, ce sera parfait; mais beaucoup de jeunes gens
it précisément pour habitude de s'adresser, lorsqu'ils
>nt ou se croient atteints de maladies vénériennes à un
lédecin qui ne les connaisse pas, le médecin de leur
imille i gn orc donc 1 eu r passé gén ita l ; com m e la syphili s ,
lême h sa période contagieuse, ne se traduit souvent
lar aucune lésion apparente, il lui faudra alors s'en
ipporter aux déclarations de l'intéressé. Et si cet
ïtéressé est décidé à tout risquer pour faire la conquête
Tune dot, il ne reculera pas devant un mensonge ou
une série de mensonges! Si Texamen, comme le conseille
Jullien (2) pour la constatation de Taptitude des anciens
blennorrhagiques au mariage, est fait par un médecin
inconnu du malade, la même difficulté va se représenter-
Autant la certification de Texistence ou de la non-exis-
ïuçe de la blennorragie aiguë et même chronique est
>ossible, puisqu'elle repose exclusivement sur la
présence ou l'absence d'une sécrétion palpable, dans
(JJ Ca^alis^ La scienee et ie mariage. Paria, lÔÔO. ' (2) JuLMiN, Blennorragie et mariage, Paris, i898»
7 '.H *T?'5TIUS' ÎT 2t.T?!^T^CjîKtE
jiT l'^îlf^ 1* 2il.:r-:s!:: c»î 7»tT-:> zz, zi:or*Xî«5:caraclérisliquc, < 1"^-: -1 *>". i.:i.:iLr* i-* il:*- ■*- -i-tL^rs de la période ■:'ji."-;ijr-*:i/n*- -ti -iz, ^-i^^t i -îr- m n'a pas ca la syphilis: c est li :i-r :tiiL'zy\-r: --k liqi**!*-* les syphiligraphes v^-* 'o-ri'tllrrzi*-': ôbLL^e:* e^. r-r^ê-seace de malades i â:it«»^ie:iL* »ioitr:xL iiioertiîis d'avoir ca un chancre, Ec^tUiLt Ccp«^aia2.t to:iti? Ie:ir î»aae Tolonté, parfois :rAz:Lft toi tr Ir ir ToLo3.tê â gui ier le médecin: celui-ci n'en reste pas sioîos dân.s un embarras profond, faute d'an stij^âte pLvsiq-ie persistant, constant ou même simplemei.t fr4».:iient. Mae serait-ce si respert médical en mariâmes se trorivaît en présence d'un candidat qui ne lui fournirait que des renseignements sujets à caution? Bien plus, des oftIcLnes s'ouvriraient, ayant la spécialité de « certificats de santé » pour syphilitiques, à l'usage des sj-philitiques sans scrupules.
Contre les bandits qui ne craignent pas d^apporte^ une syphilis active et virulente en marge de leurcoa.^ trat de mariage, l'obligation du certiGcat médical serai sans action : ils y trouveront, à moins d*étre porteuirs de manifestations criardes, le moyen de se faire d'uxi médecin un complice inconscient.
Après ces critiques, je m'empresse d'ajouter que 1^ mise â la mode de l'examen médical prématrimonial » du certificat de santé et de non- virulence syphilîtîqi^^ serait, si la réalisation en était possible, un exceller»*' procédé de prophylaxie générale de la syphilis ; a ^ certain nombre déjeunes gens, mal instruits deschos(^^ de la vérole, ne se sachant pas contagieux» seraient ain^^ mis au courant, de la façon la plus nette, des danger*'* qu'ils courent et font courir; des contagions conjugal inconscientes seraient évitées, des enfants seraient m h Tabri de Thérédo-syphilis.
SYPHILITIQUES CANDIDATS AU MAniAGE.
C'est en instruisant les pères de famille, en apprenant fceux qui ont des filles à marier les dangers delà
Ijphilis et sa fréquence que le médecin aura chance de sussir à faire pratiquer cet examen, d'écarter las fphilitiques du mariage. Lorsqu*un projet d'union Pésente quelques chances de réussir» il est d'usage le les deux chefs de famille se communiquent respec* renient, par Tinlermédiaire de leurs notaires, Tétat de 1rs fortunes ; pourquoi n'y joindraient-ils pas Tétat santé de leurs enfants, état dressé par la seule perine ayant la compétence nécessaire pour le faire, isl-à-dire par leur médecin? Je n'admets pas, pour ma ^rt, le conciliabule entre les médecins des deux parties, ilorisés par leurs commettants respectifs à se communiquer tous les renseignements nécessaires : je Tai ejà expliqué, le commettant ne sait souvent pas au
luste l'étendue du mandat qu'il décerne. Du moment BÙ il est en possession de son <r bordereau de santé », Itabli par son médecin, il en peut faire tel usage qui li conviendra, et le médecin qui Taura certifié n'est cposéà aucune récrimination. Si le bordereau renferme
îes valeurs douteuses ou mauvaises, le client n'en fera
is usage; mais, que les médecins le sachent bien, cette
ivision pré ma tri moniale, la délivrance de ces certificats,
sur ménageront force ennuis, force déboires, brouilles et
lifficultés avec les clients qui auront eu la malchance de
irendre la syphilis, avec les parents de ces clients ; ils en îendront peut-être à regretter les errements actuels, et
ne seront soutenus dans leur tâche souvent ingrate que
par le sentiment des services rendus à la chose publique.
Quelques-uns ont été plus loin : il ne leur suffit pas lue le médecin fournisse à la demande de ses clients
tio
SYPMILtS ET DÉONTOLOGIB.
les renseignements bons ou mauvais qu il a recueilli* sur sa sonté : ils veulent que le médecin soit, parkiot, dans le cas particulier du syphilitique aspirait an mariage, dégagé du secret professionnel, qu'il puissei tout venant se déclarant disposé à lui donner sa QUe pour épouse, faire connaître que ledit client estatol de syphilis.
De celte prétention, les motifs sont honorables ;j&| répète que dans la vie d'un médecin il est peu de d constances plus pénibles que celles où il se recoanaft impuissant à empêcher Tunîon moralement coupable d'un syphilitique et d'une innocente créature ; j'adraelSt et je vais dans les pages suivantes le démontrer une fois de plus, que cette impuissance va compromettre la sanlè et les intérêts de cette créature, qu*elle va compromettre rexistence d'enfants auxquels elle pourrait donner le jour, la santé de ceux auxquels elle donnera le jour, j*admets que, par suite, des intérêts particuliers et môme jusqu'à un certain point Tintérét social sont en jeu (l).
Mais ces intérêts particuliers, cet intérêt général, à quoi et pourquoi sont- ils sacrifiés ? A Tintérêt péca» nîaire du misérable qui va infecter cette jeune fille et sa descendance? Cela est incontestable, et ce serait odieux et immoral, s'il n'y avait pas un autre intérêt.
Or, cet intérêt, supérieur et indéniable, est l'intérêt général bien compris. Supposons que, pour ce cas particulier, le secret cesse d*ètre imposé au médecin, la lai qui Ten relèvera ne sera point ignorée, elle sera connue
(1) J'ai déjà, au comme ncemenl de ce livre, dans le chapitre coQsact'é au secret professionnel j montré les inconvénients qull y aurait, pour la Société , à relever le médecin de ce secret, dans le cas signalé ici. La question est assez importante pour que, aii nsf|utî de répétitions, je développe eacore ici les argumeiitâ contraires à cette mesure.
M tel
^K>ii seulement des médecins^ des magistrats et de tous H^^ aaxîliaires de la justice, mais encore de ceux qui ^uidient les lois pour mieux leur échapper ou enseigner le^s moyens d'y échapper. Les mêmes personnages qui courent après les dois sans se soucier de contaminer ïitie femme sauront qu'ils ne doivent plus compter sur ^^ protection résultant du silence du médecin, ils se S^rderonl bien de s'adresser à un praticien donscien- ^ïeux dont ils auraient 5 redouterun jour le témoignage; ^U courront, à la moindre menace de chancre, vers Uelque guérisseur interlope dont ils penseront pouvoir cheter le silence, ou bien encore, pourplus de sécurité, s se soigneront eux-mêmes, ou ne se soigneront pas, 'autres, honnêtes mais timorés, s'imagineront que mais ils ne pourront se marier s'ils ont été reconnus syphilitiques : ils s'abstiendront d'aller consulter pour n accident vénérien banal et, une fois guéris d'une balaile ou d*un herpès préputial, s'imagineront avoir eu la phîlis, craindront qu'un médecin ne la découvre et, nalement, ne se marieront pas. D'autres encore, atteints e syphilis bénigne, retenus par la crainte de confier [eur secret à un médecin, ne se soigneront pas au début e leur maladie et, voyant les accidents disparaître complètement, resteront dans Tignorance d'une maladie qu*ils ne manqueront pas de communiquer plus lard à leur femme. Plus d'un, enfin, qui a eu la syphilis plusieurs années auparavant, ne voudra pas s'exposer à ce que sa maladie soit connue dans son entourage, et restera célibataire par honte. Sans compter que le médecin aura grand'peine à se protéger contre les indiscrets qui, sous couvert d'un mariage en perspective, viendront provoquer ses couDdences et en tireront des profits divers.
En somme, syphilis non trollées, coniamînaUons syphilitiques inconscienteSi augmentation du nombre des célibataires, diminution corrélative de la natalité^ enfin chantages cl compromis malpropres ou dangereux, voilà à quoi aboutirait une mesure, en apparence légitime et protectrice* Les inconvénients en seraient, et pour les individus et pour la Société, autrement nombreux et fréquents, souvent tout aussi graves que ceuxqu^elle aurait eu la prétention de prévenir.
Elle protégerait un individu pour en frapper un autre aussi durement.
Gardons donc le secret professionnel intégral, même vis-à-vis des syphilitiques candidats au mariage. Mais lâchons de prévenir, par Téducation des pères de famille et par des expédients honnêtes, les conséquences de notre silence dans quelques cas particulièremeûl douloureux et impressionnants.
Les questions soulevées par le projet de mariage d'un syphilitique ne sont pas moins embarrassa nies lorsque le candidat syphilitique est une femme.
L'hypothèse est moins fréquente que la première; elle doit cependant être envisagée, car elle est parfois réalisée en pratique.
Une femme peut être devenue syphilitique par des modes divers : elle peut avoir eu des relations sexuelles en dehors du mariage, elle peut avoir été infectée par un premier mari dont elle est veuve ou divorcée, elle peut avoir été infectée par Tenfant conçu d'un père syphilitique (syphilis par conception), elle peut avoir été infectée par une voie extra-génitale quelconque, allaitement, contamination accidentelle : ce sont là autant de circonstances qui ont une influence non pas
sur le conseil technique que lui doit le niédectn, mais
sur la manière dont ce conseil sera donné el présenté.
Le conseil technique, il est, pour quelques médecins,
^^ien simple : une femme syphilitique ne doit pas se
^pnarier ni se remarier. Et de cette formule simpliste, la
I raison est, pour eux, très nette, c'est qu'une femme
' syphilitique risque toujours de voir ses enfants à venir
tteints ou entachés de syphilis» et cela quelle que soit
"ancienneté de sa propre syphilis, et alors même qu*elle
e pourrait plus èLre contagieuse pour son mari ; on
eut donc s'attendre, en cas de grossesse, aux consé-
uences terribles de la naissance d'un enfant héj'édo-
lyphilitique, consécjuences de tous ordres et tout aussi
edou tables que si la syphilis provenait du père.
Que cette crainte soit souvent justiflée, cela n'est pas
nier. Qu'elle puisse se rt^aliser plus longtemps encore
ne si la syphilis était apportée dans le ménage par le
ari, cela encore n'est pas à nier, mais qu'elle doive
e prolonger pendant toute l'existence de la femme, il
erait exagéré, à mon avis, de le soutenir*
La clinique montre en effet que, dans un ménage de
yphilitiques (avec une s), les enfants sont de moins en
moins exposés à naître syphilitiques à mesure que la
1 syphilis des époux devient plus ancienne, qu'il arrive
un moment où les grossesses se terminent par la nais-
^^ance d'enfants sains : de cela, les exemples abondent,
^pCe qui est vrai d'un ménage de syphilitiques devra être
plus vrai encore d un ménage où la femme est seule
1 syphilitique ; el, de fait, c'est ce qui arrive,
^m En poussant les choses aussi loin qu'il est légitime
^^t utile de le faire, j'estime, après avoir compulsé un
grand nombre d'observations, qu'on peut nutoriser h se
marier une femme dont la syphilis remonte à huit ans^
Thidierob, — Syphilis et Déonl* 8
STrHILIS ET DÉONTOLOGIE.
qui n'a plus eu d'accidents syphilitiques (1) depuis au moins quatre ans et qui a subi un traitement spécifique suffisant, c'est-à-dire une mercurialisatioii de trois ans et demi à quatre ans de durée.
J'ajouterai que rautorisation du mariage ne doit être donnée qu'à une condition : c'est que, dès le début des grossesses, la malade reprendra le traitement mercuriel et le continuera pendant la grossesse suivant les indications qui lui seront formulées.
Dans ces conditions, une femme syphilitique peut se marier : elle ne court pour ainsi dire, pratiquement, aucun risque. La sécurité sera plus grande encore, si, depuis son infection^ elle a déjà eu un ou plusieurs enfants sains ou une série de grossesses dont les produits ont de moins en moins pâti de sa syphilis.
J'ai dit qu'à ces conditions le médecin pouvait consentir au mariage; je ne pense pas qu il puisse le laire sans avoir nettement montré les inconvénients de Vu nion projetée, sans Tavoir même déconseillée en principe.
Sa cliente sait-elle qu'elle a eu la syphilis, il lui sera facile de lui expliqueras motifs de ce conseil, ou ceux de son interdiction, de lui montrer dans ce dernier cas qu'elle ne peut passer outre, par raison de conscience ou par raison d'intérêt bien compris.
(i) Je dis accidents syphîUtiqueâ et non pas seulement acçidenU syphilitiques contagieux^ maïs je m'empresse d'ajouter que je pose des principes aussi rigoureux parce qu'ici Textrême prudence est nécessiaire. Tous les médecins qui ont étudié rhérédité syphilitique ont vu, comme moi, des femmes qui, immédiatement a^ant leur grossesse ou dans le cours même de leur grossesse, avaient. préseulé dos manifestations indubitables de syphilis, donueï* le jour à des etifsnts sains, reslant sains peudant loute leu:!^ Êx^isience.
Mais,
SYPHILITIQUE 5 CAK&1DÀT5 AU MARIAGE. 1 1 5
précisément, les femmes qui reçoivent la
syphilis de leur premier mari ou celles qui la prennent par voie accidentelle sont souvent laissées dans Fignorance de leur maladie et dans l'inconscience du danger qu'elles présentent pour un mari sain. Que leur ignorance soit absolue ou relative, il faut au médecin beaucoup de diplomatie et de tact pour arriver à leur faire K tendre qu'elles ne peuvent pas^ qu*elles ne doivent s se marier ou se remarier, sans cependant leur dire vrai motif de cette abstention, sans révéler un secret mt il est délenteur.
En invoquant des maladies antérieures, des troubles utérins qui pendant quelques années rendraient une grossesse difficile ou dangereuse, en évoquant la possibilité de la transmission aux enfants de troubles constitutionnels — ici Tarthritisme et Therpétisme ont beau jeu et bon dos — dont un traitement approprié et sufOsaniment prolongé amènera la disparition et empêchera la communication héréditaire, le médecin parviendra presque toujours à faire abandonner le projet de mariage.
S'il échouait, il lui resterait comme dernière ressource la possibilité de dire à cette femme ou de lui laisser clairement entendre qu'elle a la syphilis; si elle a été contaminée accidentellement et s'il n'y a aucun secret à lui confier, une femme qui veut se marier est bien en droit de vouloir être mise au courant des véritables risques qu'elle apporterait dans le ménage. Si elle doit la syphilis à son mari décédé, — si elle en était divorcée, elle n'ignorerait rien, — le médecin, dont soin me toute elle est bel et bien la cliente, est, je crois, en droit de lui dire de quelle maladie elle est atteinte, elle, sans avoir à lui faire connaître qu'elle a reçu la
\Uj
syphilis de son mari. Le médecin nurait-il quelque! scrupule à dévoiler le secret d'un raartj quelque craintcl de le laisser percer dans la conversation, comme il n'eii| doit pas moins protection et conseil à cette femme quî,[ je le répète^ est sa cliente, il peut rengager h consulLerj un autre médecin, en lui recommandant de faire coo-l naître à cet autre médecin tels ou tels accidents qu*ellej a elle-même consiaLés et qui éclaireront sa religion; il peut même faire plus et mieux, aviser le médecia auquel il adresse sa cliente que celle-ci a présenté des accidents syphilitiques indubitables dont il le prie de j faire connaître la nature à Tintéressée,
Ces situations délicates — j*en ai connu, et je ne leîj invente pas de toutes pièces — ne se produiraient pas si les femmes infectées par leur mari n'étaient pas laissées dans rignorance de la nature de leur maladie: je m'expliquerai plus loin sur les avantages qu'il y aj pour le mari à ne pas dissimuler à sa femme qu'elle estj infectée, et su ries conseils que le médecin, dans rintérétl des ménages comme dans l'intérêt commun, doit don ner en cas de contagion conjugale ; la situation à' laquelle je fais allusion ici vient à Tappui de Topinion que, je soutiendrai alors.