‹ Syphilis et mariage (volume 2)Chapitre 19 sur 24 · SYPHILIS. — SEPT AVORTEMENTS OU ACCOUCHEMENTS PRÉMATURÉS · texte numérisé non relu

SYPHILIS. — SEPT AVORTEMENTS OU ACCOUCHEMENTS PRÉMATURÉS

X..., âgée de 40 ans, couturière, entre à l'hôpital de Lourcine le 16 juin 1870.

C'est une femme de haute taille, qui paraît avoir joui autrefois d’une constitution robuste, mais qui a été très affaiblie, d’après son dire, par le travail, le chagrin et de nombreuses grossesses.

Elle à toujours joui d’une excellente santé. Elle se flatte même de n’avoir jamais éprouvé, à part ses couches, la moindre indisposition.

Mariée à 19 ans, elle a commencé par avoir trois « superbes enfants », dont deux vivent encore et sont en excellent état. Le troisième, qui était également très bien constitué, est mort en nourrice et paraît n'avoir succombé qu’à une maladie incidente de forme aiguë (probablement pneumonie).

A l’âge de 29 ans, cette femme a contracté la syphilis de son mari, qui venait lui-même de la contracter tout récemment. En même temps elle est devenue enceinte. Cette grossesse a été difficile et s’est terminée par un avortement au cinquième mois.

Comme accidents de syphilis, la malade raconte qu’elle a eu tout d'abord un chancre induré de la vulve, puis bientôt après une éruption de petites taches rouges qui couvraient le corps, les membres et la partie inférieure

du visage. — Plus tard, elle a eu de nouveaux boutons à la peau, des érosions dans la bouche, et surtout une éruption très tenace dans la paume des mains. Cette éruption aurait été qualifiée de psoriasis par un médecin. Elle n’a pas duré moins d’un an.

En raison de ces divers accidents la malade est entrée deux fois à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de M. le D" Gibert. La seconde fois elle y a séjourné près de six mois. Ellese souvient avoir été traitée par un sirop mercuriel, puis par une solution d'iodure de potassium.

Depuis lors elle n’a plus fait aucun traitement, quoique de temps à autre elle ait éprouvé de nouveaux accidents, notamment des ulcérations dans la bouche, des douleurs violentes dans les bras et le dos, des névralgies diffuses et une sciatique bien caractérisée.

Si elle ne s’est pas mieux traitée, dit-elle, c’est que depuis cette époque elle n’a guère cessé d’être enceinte. Et, en effet, depuis lors jusqu’à 1867 elle n’a pas eu moins de six grossesses, qui se sont toutes terminées d’une facon désastreuse, comme il suit :

Cinquième grossesse : accouchement prématuré, à sept mois et demi ; enfant chétif, rabougri, qui meurt le quinzième jour.

Sixième grossesse : accouchement presque à terme ; enfant mort-né.

Septième grossesse : accouchement prématuré à sept mois et demi. — Enfant mort-né. — La mère de la malade, qui l’assistait dans ses couches, lui a dit que la peau de l'enfant «était toute noire et s’en allait par morceaux.»

Huitième grossesse : accouchement prématuré. — Enfant mort-né.

Neuvième grossesse : avortement à trois mois et demi.

Dixième grossesse : avortement à six semaines, accompagné d’une hémorrhagie considérable, et suivi de plusieurs métrorrhagies.

En résumé, donc, dix grossesses, dont trois antérieures à la syphilis, donnant des enfants à terme bien portants ;

— et sept postérieures à la syphilis, aboutissant à quatre accouchements prématurés et trois avortements.

Ces deux dernières années, de nouveaux accidents se sont encore produits, à savoir : une «tumeur » au niveau de la clavicule gauche, laquelle devint volumineuse et très sensible à la pression ; — une éruption croûteuse du cuir chevelu ; — une chute abondante des cheveux. — Ces divers accidents ont amené la malade à Lourcine, où elle a été traitée (service de M. le D' Péan) par des pilules

mercurielles et de l’'iodure de potassium. — Elle est sortie guérie, et même ses cheveux ont repoussé presque intégralement.

Au dehors, la malade a continué la médication pendant quelques mois, revenant de temps à autre aux consultations de l'hôpital où nous l'avons vue alors pour la première fois.

Enfin, il y a un mois environ, elle a senti deux duretés, « comme deux noyaux », qui se formaient dans sa langue. Un troisième noyau s’est bientôt constitué au voisinage des deux autres. Puis, tous les trois se sont ulcérés, et c'est là ce qui l’a décidée à venir de nouveau réclamer nos SOINS.

Aujourd'hui, nous constatons sur l'extrémité de la langue trois ulcérations bien circonserites, à bords adhérents et nettement découpés, à fond grisâtre, bourbillonneux, à base engorgée, rénitente. Ce sont, d'aspect, des types de lésions gommeuses. — Pas d’adénopathie symptomatique. — Nul autre accident.

Traitement : iodure de potassium, à la dose quolidienne de 3 à 3 grammes, progressivement. — Badigeonnages deux fois par jour à la teinture d’iode. — Gargarismes d’eau de guimauve, et pulvérisations sur la langue avec solution iodurée.

Guérison rapide.

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