ROLE PRÉCIS DU MÉDECIN
tions spéciales qui nous occupent, il en est beaucoup
assurément (disons même la très-grande majorité, ce ne sera que justice) qui se présenteront à vous avec la double intention de savoir au juste à quoi s’en tenir . sur leur état, et de se soumettre à l'arrêt que vous prononcerez, c'est-à-dire de renoncer à un mariage projeté si vous leur défendez ce mariage. De ceux-ci vous n'avez pas à vous défier. Mais il en est d’autres aussi d’un tout autre genre ; et ces derniers, plus nombreux que vous ne sauriez le supposer a priori, ne viendront à vous qu'avec la volonté bien arrêtée tacitement de n'en faire qu'à eur tête, quoi qu vous se leur
5jà vu nombre de sujets syphilitiques se marier ‘a di jutes les prohibitions médicales. Fe ne Ame se faire une idée de l'indifférence dédai € rofessent certaines gens à l'égard des prescriptions : al Le Aou qui nous occupe. Qu'on en juge par le a! iva à util ement & sa place ici, je crois. de ” os plus savants et estimables confrères, le D' X... est cone homme, fils d'une famille de ses intimes, pour des S yphilis secondaire, consécutifs à une contagion récente,
Sachant, d'autre part, qu'il est actuellement question d’un mariage pour ce jeune homme, il s'empresse d’ ajouts à Sa ption une longue a mariage, et essaie
L projet matri-
tueuse, il va “à mère de ce jeune I ess i lui évèle la ma-
ladie de son fils et lui expose la situation terrib e hs pourrait résulter d'un mariage en semblables conditions. Il la quitte peRcnen convaincue, en apparence tout au moins. e
Comme réponse, il reçoit quelques semaines pied ard une de faire mme,
un avis, un conseil, qu'ils attendent de vous ; c’est un consentement, un acquiescement à leurs projets, qu'ils
vitation à toute la cérémonie, soirée de contrat, messe, diner, etc.
Inutile de dire l'accueil fait par notre confrère à cette ironique missive.
Mais l’expiation ne pouvait se faire longtemps attendre, et elle fut dure, comme vous allez le voir.
Trois mois plus tard, le jeune couple se présente chez le D' X... sous prétexte de « visite de noces ». Après les politesses d'usage, le mari change tout à coup la conversation et réclame quelques conseils médicaux pour sa femme, qui d'abord présente les premiers symptômes d'une grossesse et qui, de plus, porte à la lèvre depuis quelques semaines un « léger bouton ».
Or, examen fait, ce « léger bouton » n’était rien autre qu'un chancre Syphilitique, chancre manifestement transmis à la jeune femme par son mari, lequel n'avait pas cessé depuis quelques mois d’être affecté de syphilides buccales et en était encore affecté actuellement.
Ilest presque superflu d'ajouter que ce chancre fut suivi d'accidents de syphilis constitutionnelle.
En outre, huit mois plus tard, la jeune femme accouchait d’un enfant chétif, petiot, malingre, qui se couvrit bientôt de syphilides et ne tarda pas à succomber.
Autre exemple du mêne genre :
Un jeune homme contracte la syphilis et vient réclamer mes soins à ce propos. Quelques mois plus tard, encore affecté d'accidents secondaires, il m’annonce qu'il se trouve engagé « presque malgré lui » dans un mariage, lequel mème doit être très-prochain. J’insiste énergiquement près de lui pour le faire renoncer à un tel projet; je lui dépeins les dangers auxquels il va s’exposer, lui et sa future famille ; j'essaie de le convaincre de l’immoralité, de la culpabilité d’un tel acte, etc. — Néanmoins il se marie, et je ne le revois plus d’un certain temps.
Quelques mois plus tard il accourt chez moi dans un véritable état d’affolement et de désolation. Il a contagionné sa femme, me dit-il, et il vient me demander mes soins pour elle. Je trouve en effet cette jeune femme en plein état de syphilis. Je prescris un traitement, une hygiène, etc., et surtout je recommande expressément au mari d'éviter à tout prix, en pareille situation, la possibilité d'une grossesse. Je lui explique surabondamment qu’une grossesse serait un second désastre, car elle ne pourrait qu'aboutir, suivant toutes probabilités, soit à un avortement, soit à la naissance d’un enfant syphilitique.
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espèrent vous arracher. Ce consentement, en effet, les soulagerait fort vis-à-vis de leur conscience, vis-à-vis d'eux-mêmes; sans compter encore qu'au cas échéant, si les choses venaient à « mal tourner », il leur servirait d’excuse et de décharge.
Or, pour en venir à leurs fins, pour forcer vos convictions, les prétendus consultants de cette dernière catégorie ne manquent jamais de déserter presque aussitôt les questions médicales pour vous entrainer à leur suite dans des considérations d’un genre tout différent. Ils ont cent raisons à leur service pour plaider leur cause et vous amener à partager leur sentiment.
Celui-ci, par exemple, «aura donné sa parole » ; il est « engagé, engagé formellement, et vous ne sauriez le contraindre à revenir sur la foi jurée ».
Celui-là invoquera une nécessité matérielle, urgente. Comptant sur la dot de sa future femme, il vient d’ache-
Néanmoins, deux mois plus tard, la jeune femme devient enceinte. — Je la traite alors avec d'autant plus d'énergie, et j'ai le bonheur d'éviter l'avortement. — Puis, lorsque je crois être sûr d’obtenir un accouchement à terme, j'énonce l'obligation formelle, absolue, pour la mère d’allaiter son enfant. « Du moins, dis-je au mari, faites en sorte d'éviter un troisième malheur. Gardez-vous de confier votre enfant à une nourrice, car il est presque probable que cette nourrice recevrait de lui la vérole ». M. Ricord, consulté à ce propos, confirme les craintes exprimées par moi etinsiste énergiquement sur l’absolue nécessité de l’allaitement par la mère.
Quelques mois s’écoulent sans que je revoie cette famille. Puis, un jour reparaît le père, m'amenant d’une part son enfant que je trouve couvert de syphilides, et d'autre part une nourrice à laquella cet enfant avait été confié ! Ainsi que je l’avais bien prévu, cette nourrice avait été contagionnée et portait sur l’un des mamelons un chancre induré des plus typiques.
En résumé, donc, triple transgression des avis médicaux, et triple désastre, à savoir : infection d’une jeune mariée, naissance d'un enfant syphilitique, et contamination d’une nourrice.
ter une charge, une étude, un fonds de commerce, etc. « Si vous le forciez à rompre, ce serait pour lui la ruine, la faillite, le déshonneur ».
Tel autre, plus habile, vous prendra par les sentiments. « J’aime une jeune fille, vous dira-t1l, et j'en suis aimé ; nos deux familles, nos vieux parents placent dans ce mariage leurs plus chères espérances ; une rupture nous déchirerait le cœur à tous ». Etc, etc.
Toutes ces raisons (copiées sur nature, reproduites textuellement, je vous en donne ma parole), toutes ces raisons, dis-je, et tant d’autres que je passe sous silence n'ont rien à voir, Messieurs, avec la situation que nous sommes chargés, nous médecins, d'apprécier. Seraientelles aussi bonnes qu'elles sont détestables, ces raisons-là ne nous regardent pas ; elles n’ont aucune valeur pour nous, médicalement. Qu'’elles soient donc non avenues près de nous. Je vous le répète, sachons nous dégager en pareilles circonstances de tout ce qui ne touche pas à la clinique ; ne quittons pas notre terrain, et bornons-nous à juger par des arguments pathologiques une question qui, pour nous, ne doit pas sortir de la pathologie pure (1).
Je vais plus loin, et je dis même que nous serions coupables, véritablement coupables, d'agir autrement, j'entends de nous laisser aller à une détermination qui aurait pour base des considérations étrangères à notre art. Et la preuve, c'est l'embarras que nous aurions à légitimer notre conduite si un malheur venait à se produire, si un client auquel nous aurions permis le
(1) Cf. Langlebert, La syphilis dans ses rapports avec le mariage. Paris, 1873, p. 10.