‹ Syphilis et mariage (volume 3)Chapitre 15 sur 21 · LONG AU DELA DES DERNIÈRES MANIFESTATIONS SPÉCIFIQUES · texte numérisé non relu

LONG AU DELA DES DERNIÈRES MANIFESTATIONS SPÉCIFIQUES

Une troisième condition que je considère comme indispensable en l'espèce, c'est qu'un temps plus ou moins long se soit écoulé sans accidents spécifiques entre les dernières manifestations présentées par le malade et l'échéance fixée pour le mariage.

C'est-à-dire : avant d'avoir droit de songer au mariage, il faut que le malade soit resté exempt de toute manifestation diathésique pendant un temps suffisamment prolongé. C'est à ce laps de temps écoulé sans aucun incident spécifique, sans aucun réveil de la syphilis, que je donne le nom de période cV immunité.

Or, cette période d'immunité constitue une garantie nécessaire, indispensable, pour l'admissibilité au mariage, et cela à des titres divers :

D'abord, elle a une signification ; elle atteste que la diathèse a passé sa période aiguë, j'entends cette pé-

il!

riode particulièrement redoutable où les poussées syphilitiques se succèdent à brève échéance, voire parfois d'une façon subintrante, et ne sont pas moins dangereuses par le nombre que parla qualité contagieuse de leurs manifestations.

En second lieu, ce temps plus ou humus long passe sans accidents permet de juger le degré d'apaisement delà diathèse. C'est un témoignage de la non-activité, delà sédation actuelle de cette diathèse.

Sans doute, il est possible que l'absence d'accidents pendant un certain stade ne soit qu'une trêve accordée par la maladie, laquelle, à un moment donné, reprendra Ions sos droits. Mais il est possible aussi, au cas où un traitement énergique a été nus en vigueur, que cette Irève soit le début d'une paix définitive. Comment débuterait, si oo n'est île la sorte, une paix définitive?

En tout cas. il est indéniable — et cela de l'aveu général— qu'une immunité prolongée constitue un bon signe, un signe qui correspond à une détente de la maladie, qui en atteste la décroissance, le déclin au moins provisoire. Et, si cotte condition favorable se trouve en outre doublée de la garantie d'une médication suffisante, il y a lieu d'espérer que la diathèse a définitivement impose silence à ses manifestations, La sécurité est donc acquise pour le mariage.

Tout cela est tellement vrai qu'un médecin prudent ne permettra jamais le mariage à un sujet syphilitique qui sort à peine d'une poussée syphilitique. Pour ma part, jamais je ne laisserais un de mes clients se marier au lendemain d'un accident spécifique quelconque, si

CONDITIONS d'admissibilité AU MARIAGE. H3

minime d'ailleurs que lui cet accident. Et cela pour deux raisons : parce que, d'abord, la production d'un symptôme syphilitique quelconque témoigne que non -seulement la diathèse subsiste, mais subsiste en pleine activité de manifestations; — et, en second lieu, parce que, dans de telles conditions/il est impossible de présager ce qui va suivre. D'autres déterminations morbides ne vont-elles pas surgir dans un avenir prochain, ou bien le calme va-t-il se faire? Le temps seul peut juger la question. Donc, attendre est de rigueur en pareille occurrence.

Tout au contraire, si un client se présente à moi en me disant. : » Voila deux ans, quatre ans, six ans, dix ans, que je n'ai plus rien ou », ee loup silence de la maladie me mei bien autrement a l'aise. Je sens que j'ai affaire a une diathèse entrée en voie de sédation, à une diathèse qui a passé sa période aiguë, qui ne reproduira pas ces pha es secondaires si dangereuses pour la contagion et. l'hérédité, etc.. Conséquemment, mes appréhensions en ce qui concerne le mariage se trouvent diminuées d'autant.

.1 ajouterai que cette période d'immunité me satisfera bien plus encore, au point de vue ou nous l'éludions actuellement, si elle a coïncidé avec une suspension prolongée du traitement spécifique. Car alors elle prend une signification plus accentuée; elle atteste que la maladie, même abandonnée a son impulsion propre et indépendamment de toute action répre sive du traitement, n'a pas eu tendance a reproduire ses manifestations. Et cela n'est pas sans un intérêt majeur. Nous Foubnieb. — Sypli. et Mar. H

savons en effet qu'il est certaines syphilis qui, tout à la fois dociles et rebelles à l'action de nos remèdes, semblent guérir dès qu'on les traite pour reprendre un essor nouveau peu de temps après la suppression du traitement (1). 11 faut se méfier de ces dernières et ne pas oublier qu'en l'espèce une immunité prolongée en dehors de toute intervention thérapeutique constitue seule une garantie véritablement sérieuse par rapport au mariage.

Ce point résolu en principe, à savoir la nécessité d'une certaine période d'immunité complète avant le mariage, je prévois bien qu'ici encore, comme tout à l'heure, vous allez me demander des chiffres, réclamer une mesure précise, et me dire : « Quelle doit donc être pour vous la durée exacte de cette période d'immunité, de

(1) Il est très-positivement un certain genre de syphilis auxquelles on ne peut, pour ainsi dire, lâcher la bride au delà d'un certain temps sans qu'elles reprennent un élan nouveau. Tant qu'elles sont soumises au traitement spécifique, elles restent muettes. Mais ce traitement vientil à être suspendu, presque aussitôt — ou tout au moins après un certain temps — elles reproduisent des symptômes nouveaux. Il faudrait, en quelque sorte, les traiter toujours pour les condamner au silence.

Or, au point de vue qui nous occupe, quelle garantie présenterait, en pareil cas, une immunité exclusivement due à une influence thérapeutique permanente? Laisserons-nous marier un malade affecté d'une syphilis de ce genre, en nous basant sur la garantie d'une immunité longtemps prolongée et d'un traitement longuement poursuivi ? Mais il pourra se faire que, le jour où le traitement sera suspendu, des accidents nouveaux se reproduisent, avec toutes leurs conséquences, avec tous leurs dangers. Donc, en l'espèce, le mariage ne pourra, ne devra être toléré qu'à la condition spéciale d'un long stade passé sans accidents en dehors de toute intervention thérapeutique .

Les formes de syphilis auxquelles je fais allusion ici ne sont pas absolument rares. Il faut s'en méfier en pratique; car elles sont incompatibles avec le mariage, tant qu'elles conservent leur caractère vivace et leur tendance à de perpétuelles récidives.

cette sorte de stage expérimental que vous exigez du malade? »

Or, ici encore comme précédemment, je ne vous satisferai qu'à moitié, en me bornant à vous répondre ce que j'ai seulement le droit de vous répondre, à savoir que :

1° Une mesure fixe, précise, serait impossible à déterminer. Force est, par la nature même des choses, de s'en tenir ici à des moyennes approximatives, assez larges comme limites.

2° Plus longue sera cette période d'immunité, plus rassurante elle se présentera à tous égards, spécialement en ce qui concerne la question du mariage.

3° Enfin, pour fixer un minimum, je crois d'après mon observation personnelle qu'il serait imprudent d'abaisser la durée de ce stade d'immunité complète au-dessous de dix-huit mois à deux ans.

Dix-huit mois à deux ans passés sans accident aucun, sans réveil aucun de la diathèse, me semblent un minimum de strict nécessaire à exiger rigoureusement de tout sujet syphilitique avant de lui permettre accès au mariage.

D'ailleurs, notons bien que la durée de ce stage d'immunité morbide reste naturellement soumise à des conditions variables. Elle devra être plus longue ou plus courte suivant les divers malades, et ce sera affaire au médecin de la proportionner aux exigences de chaque cas particulier. Il est évident, par exemple, que nous serons autorisés à la réclamer plus longue, si les derniers accidents présentés par ie malade ont été de na-

ture grave, ou bien encore si la diathèse en général a revêtu un caractère menaçant. Et inversement aussi, nous pourrons nous départir d'une sévérité semblable dans des conditions précisément contraires.

Mais je m'aperçois qu'avec les considérations de ce genre nous allons empiéter sur le quatrième point de mon programme. Réservons-les pour ce qui va suivre..

Quatrième condition : Caractère non menaçant de la

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