‹ Syphilis et mariageChapitre 17 sur 82 · Des cas de cet ordre ont été signalés déjà par nombre de · texte numérisé non relu

Des cas de cet ordre ont été signalés déjà par nombre de

médecins. Je me borne donc à énoncer le fait, sans citer d'exemples

particuliers.

2. P. Diday, Le péril vénérien dans les familles. Paris, 1881, p.196.

pas de même sur la mère? Quoi! Voilà un enfant qui, procréé syphilitique par le fait de son père, va vivre syphilitique pendant plusieurs mois dans le sein de sa mèêre; et vous trouveriez extraordinaire, impossible, que l’infection de l'enfant se transmit à la mère! Un organisme syphilitique est inclus dans un organisme sain, et l’un ne contaminerait pas l’autre ! En vérité, ce n’est pas l'infection de la mère qui, en semblables conditions, constituerait à mes yeux un fat surprenant; pour moi, le fait surprenant serait que la mère restât réfractaire à de tels risques de contagion.

4° Au total, la syphilis par conception n’est que l’analogue de la syphilis qui, au cours de la grossesse, se réfléchit en sens inverse de la mère à l'enfant. Dans l’un et l’autre cas l'infection spéeifique se fait par la même voie, le placenta; dans l’un et l’autre cas elle est le résultat d’une contamination sanguine, qui tantôt procède de la mère à l’enfant dans la syphilis hérédo-maternelle, et tantôt procède de l'enfant à la mère dans la syphilis dite par conception. Or, s’il en est ainsi,

il faut — le bon sens l'indique à priori — que la syphilis par conception obéisse aux mêmes lois que la syphilis héréditaire ; 1l faut surtout — spé-

cifions — qu’elle affecte la même évolution originelle que çette dernière, c’est-à-dire qu'elle diffère par les mêmes caractères anormaux que cette dernière de la syphilis dérivant d’une contagion, puisqu’elle est, elle aussi, une syphilis par contami-

nation sanguine. Eh bien, c’est là précisément ce qui a lieu, comme vous allez le voir.

Le propre de la syvphilis héréditaire, vous le savez, c’est de faire invasion d'emblée par des accidents généraux, c’est de n'avoir pas de période primitive, c’est, en un mot, de rester exempte de ces deux accidents qui constituent le début fatal, nécessaire, de toute syphilis contractée par contagion, à savoir le chancre et l’adénopathie primitive.

Or, ilen est de même, exactement, pour la syphilis par conception. Elle aussi n'admet ni chancre ni bubon au nombre de ses symptômes constitutifs. Elle aussi fait invasion d'emblée par des

manifestations d'ordre général. — Et cette dérogation aux grandes lois qui régissent la syphilis dans

ses formes habituelles trouve certainement sa raison d’être dans le mode spécial qui préside ici à la contamination.

Telles sont, d’une facon assurément très-succincte, mais suffisante, je crois, en ce qui concerne notre sujet actuel, telles sont, dis-je, les considérations de divers ordres qui établissent ce fait indéniable de l'infection possible de la femme par voie de conception.

Le fait admis, 1l nous resterait maintenant à en discuter l'interprétation, si cela ne sortait du cadre où nous devons Ici nous restreindre. Comment ,. ’ . : 7. . . 7. ie .

l'imprégnation syphilitique irradie-t-elle du fœtus

à la mère, dans lordre de cas que nous venons d'étudier ? L'infection maternelle résulte-t-elle du contact d’un ovule fécondé, et se produit-elle soit dans les trompes, soit dans l'utérus, à l’époque où cet ovule n'est encore rattaché à la mère par aucune grelle organisée? Ou bien se produit-elle ultérieurement, ce qui paraît plus probable, par les échanges de la circulation placentaire"? Ou bien reconnait-elle quelque autre mode spécial, inconnu, dont nous n'avons pas encore l’idée ? Sur ce point confessons notre complète ignorance. Nous ne savons rien du procédé, du mécanisme de l'infection, et nous ne pourrions émettre à ce propos que des hypothèses sans valeur.

Toujours est-il que l'infection se produit dans ces conditions particulières, et que souvent, fort souvent, les femmes en sont victimes. Cela seul nous suffit pour le sujet que nous avons en vue. Retenons donc le fait, et laissons ,de côté l’interprétation.

Eh bien, ce fait, Messieurs, je dois vous dire maintenant qu’on n'en tient pas un compte assez sérieux dans la pratique. On le néglige, on n’y prête guère

r. C’est là ce que professe, par exemple, M. J. Hutchinson, qui a même donné à ce mode d'infection de la mère par l’enfant la dénomination expressive de fœtal-blood contamination (contamination par le sang fœtal). — Voy. mémoire cité, Medical Times and Gazette, 1876. — J'ai longuement discuté toutes ces questions dans mes Conférences sur la syphilis par conception, qui seront bientôt livrées à la publicité et dont un sommaire a déjà été reproduit par la Semaine médicale (janvier 1889).

En Qt

attention; somme toute, on ne l'estime pas à sa valeur pronostique en ce qui concerne le mariage. En autres termes, on ne craint pas assez la syphilis par conception, comme conséquence possible de lunion d'un sujet syphilitique avec une femme saine.

D'une part, en effet, les malades (qui se font si souvent juges en leur propre cause, de par linstruction sommaire qu'ils doivent à quelques conversations ou quelques lectures) ne connaissent pas cette syphilis par conception et raisonnent de la sorte : « Quel dommage pourrais-je faire encourir à ma future femme? La syphilis, assure-t-on, ne se communique que par un accident suppuratif, par une plaie ; elle ne se communique même pas par le sperme. Eh bien, je m’observerai, je me surveillerai; et, si le malheur veut qu'il me revienne quelque accident qui pourrait être contagieux, je m'abstiendrai, j'en serai quitte pour nabstenir jusqu’à parfaite guérison. De la sorte, ma femme n'aura rien à redouter de moi. » Et ils se marient sur cette donnée. Les malheureux n’oublient que la syphilis par conception, qu’au surplus ce n’est pas leur métier de connaitre. .

D'autre part — et ceci est bien autrement grave

la syphilis par conception passe encore, aux yeux de quantité de nos confrères, pour une « rareté », pour une « exception », dont il n’est guère à tenir compte. Il est à cela une excellente raison, c’est qu’à priori on n’y croit pas ou l’on n’y croit guère, qu'on ne s’en préoccupe pas, qu'on ne la recherche pas,

et qu’on la laisse passer inaperçue quand elle se présente. Son cas est celui de tout état morbide sur lequel l'attention n’est pas fixée. Observait-on des ataxies locomotrices avant Duchenne (de Boulogne)? Tandis que l’ataxie est devenue la maladie de la moelle la plus commune depuis que ce grand initiateur Pa signalée au publie médical en tant qu'individualité morbide bien définie.

Que l’on veuille bien ajouter créance à ce mode de contamination et qu’on se donne la peine de le rechercher, tout aussitôt les choses changeront de face, et ce que l’on considère encore aujourd’hui comme une rareté deviendra un fait presque courant. J'en puis juger par expérience personnelle. Tant que Je n'ai pas eu Flattention spécialement appelée sur ce mode spécial de contaminalion, j'ai pu croire comme tout le monde — et je m'en accuse — que la syphilis par conception n'était qu'un fait isolé et vraiment exceptionnel. Mais du jour où j'ai voulu être éclairé sur la question, du jour où je me suis mis à rechercher la syphilis par conception, je Pai trouvée, et je l'ai trouvée, je puis le dire, communément. Il ne se passe guère de mois ici sans que j'aie l’occasion de vous en montrer un exemple. En ville, je la rencontre également avec un réel degré de fréquence, surtout chez les jeunes mariées, dans les premiers mois ou la première année du mariage, le plus souvent à la suite d’une fausse couche. Si bien que,

de par ce que j'ai vu, je suis autorisé à m'inscrire

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