‹ Syphilis et mariageChapitre 21 sur 82 · DANGERS RELATIFS A L'ENFANT · texte numérisé non relu

DANGERS RELATIFS A L'ENFANT

plégie, et tous symptômes attestant d’une façon non douteuse une encéphalopathie spécifique. Tout d’abord, ces nouveaux phénomènes sont favorablement influencés par un traitement intensif (mereure à l’intérieur, frictions mereurielles, iodure à hautes doses, révulsifs, ete.). Mais une recrudescence se produit, et celle-ci très grave, avec accidents comateux qui emportent rapidement la malade.

Voila, Messieurs, ce à quoi peut aboutir la syphilis des jeunes mariées; et de tels spécimens n'ont certes pas besoin de commentaires.

Second point : Un homme qui aborde le mariage avec des antécédents syphilitiques peut devenir dangereux pour ses enfants.

I. — Jusqu'à une époque voisine de la nôtre, l'hérédité paternelle de la syphilis était un fait accepté sans conteste, d’une facon presque unanime., On ne mettait pas en doute qu’un père syphilitique ne püût, ne dût même engendrer des enfants syphilitiques. C’était là une opinion généralement admise, et la science semblait définitivement fixée sur ce point.

Or, les choses ont bien changé de face dans l'époque contemporaine. Des observations nombreuses, des travaux importants ont surgi de divers

côtés, ne tendant à rien moins qu'à restreindre singulièrement l'influence paternelle dans la transmission héréditaire de la syphilis”. Pour plusieurs auteurs l'hérédité paternelle de la syphilis ne serait plus qu'un fait rare, presque exceptionnel. Encore n'est-ce pas tout, car on est allé plus avant dans cette voie. On est allé jusqu’à récuser radicalement l'influence paternelle dans la transmission de la maladie, et à dire : « L'influence du père est nulle, absolument nulle, pour la transmission de la syphilis au fœtus. L'enfant d’un homme syphilitique naît sain, exempt de syphilis, et bien portant >».

Vous concevez, Messieurs, quelle importance a la question pour le sujet spécial qui nous occupe actuellement. Car, en face d’un client syphilitique qui vient nous consulter pour savoir s’il peut ou

1. CuizerteR, De l’hérédité de la syphilis (Mémoires de la Sociéte de chirurgie de Paris, 1851, t. IV, p. 230).

Notra, Mémoire sur l’hérédité de la syphilis (Archives générales de Médecine, 1860, t. I).

Carrier, De l’hérédité syphilitique (Archives générales de Médecine, 1602/1110)

Durac (J.-E.), De l’hérédité de la syphilis (Thèses de Montpellier, 1866).

Mineur (H.), Essai sur l'hérédité de la syphilis (Thèses de Paris, 1867).

Owre (Adam), Sur l'étiologie de la syphilis héréditaire. — Publications diverses, de 1868 à 1878. Analyse dans les Annales de Dermatologie et de Syplhiligraphie, publiées par À. Doyon, t. V, p. 388. — Association française pour l’avancement des sciences, 7° session, Paris, 1878.

STURGIS (F.-R.), Note sur quelques points d’étiologie de la syphilis héréditaire (Analyse in Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie, publiées par A Doyon, 1879, t. IX, p. 119).

Etc., etc,

non se marier, notre responsabilité serait considérablement, prodigieusement allégée, si nous avions par-devers nous la certitude que cet homme, bien que syphilitique, ne peut en rien être préjudiciable à ses enfants. Cela va de soi.

Examinons done cette question avee tout le soin, toute la sollicitude dont elle est digne.

Or, pour contenir une part de vérité, les doctrines nouvelles qui ont été introduites dans la science relativement au caractère inoffensif de l’hérédité paternelle, ces nouvelles doctrines, disje, contiennent des exagérations manifestes, et plus que des exagérations, des erreurs absolues, considérables, des erreurs dangereuses au point de vue social, dangereuses à tous égards, et qu’il importe en conséquence de combattre énergiquement.

Pour ma part, en effet, d'après ce que j'ai vu par moi-même, comme d’après nombre d'observations qui m'ont été fournies soit par mes lectures, soit par d’obligeantes communications, je tiens pour constant qu'un père syphilitique, en puissance d’une syphilis encore jeune et vivace, peut être éminemment préjudiciable à ses enfants. Et cela, je suis en mesure d'en fournir les preuves, comme vous allez le voir.

D'abord, à raisonner les choses théoriquement et de par l’analogie clinique, comment admettre un seul instant que l’état d’un père syphilitique puisse être inoffensif pour sa progéniture? Quoi! Alors

que. nous voyons à chaque moment et d'une façon si manifeste l’hérédité paternelle se traduire sur l'enfant par tant et tant de ressemblances de tout ordre, alors que nous la voyons s’attester non-seulement par des analogies physiques ou morales, mais encore par des analogies pathologiques des plus saisissantes, nous pourrions croire que cette hérédité ne s’exercerait pas à propos d’une maladie telle que la syphilis, d’une maladie diathésique par excellence, permanente et chronique par excellence, imprégnant assez profondément l'organisme pour affecter tous les systèmes vivants et proroger parfois ses explosions morbides jusqu'à des échéances pour ainsi dire illimitées! Une maladie de ce genre, nous pourrions l’accepter comme indifférente héréditairement du père à l'enfant! S'il en était ainsi, ce serait là, en vérité, une anomalie plus qu'étrange, vraiment extraordinaire; ce serait là une dérogation monstrueuse à tout ce que nous connaissons relativement aux lois générales de l’hérédité.

Done, la syphilis du père ne saurait rester inoffensive sur le produit de conception ; voilà ce que préjuge la théorie, voila ce à quoi aboutit en l’espèce une légitime induction basée sur des éléments d'observation commune. |

Mais en pareille matière, sur un sujet à la fois si difficile et si sérieux, nous ne saurions nous suflire de comparaisons, d'induections, de raisonnements à priori. Ce sont des faits et des faits précis qu'il

HÉRÉDITÉ PATERNELLE. b7

nous faut. Consultons done la clinique, et voyons ce qu'elle nous apprend. |

Commencons par faire la part la plus large possible (en regrettant de ne pouvoir la faire plus large encore) aux partisans de la doctrine que nous allons combattre, et disons avec eux :

Oui, il est vrai, absolument vrai, qu'on rencontre en pratique quantité d'homines qui, ayant contracté la syphilis avant leur mariage, ont eu des enfants sains, indemnes de syphilis, leurs femmes étant elles-mêmes restées saines et indemnes.

Des exemples du genre s’observent à chaque instant dans la pratique de ville. MM. Ricord, Cul lerier, Notta, Charrier, Durac, Mireur, et tant d’autres que je passe sous silence, ont relaté des cas de cet ordre aussi authentiques, aussi convaincants que possible.

Pour ma part, mon observation personnelle concorde pleinement avec celle des auteurs que je viens de citer, et je trouve dans mes notes (à ne parler que des observations contrôlées par moi de visu) 87 cas dans lesquels des pères syphilitiques, mariés à des femmes saines et restées saines, ont eu des enfants sains, absolument exempts de toute manifestation syphilitique, de toutsymptôme suspect”.

1. Voy. Pièces justificatives, note 1.— Inutile de répéter ce que j'ai déjà spécifié dans une note précédente, à savoir que, depuis l’époque

Je répugne presque à relater 1e1 des cas particuliers, tant la chose est commune et banale. Cependant il est telles et telles observations dans lesquelles la non-influence du père sur l'enfant se traduit d’une façon si manifeste, si éclatante, que vous me pardonnerez bien de vous en citer quelques-unes, pour fixer absolument vos convictions à cet égard.

Un malade de notre regretté confrère M. Charrier était affecté de la syphilis depuis plusieurs années, quand il devint père, exactement à la même époque, de deux enfants, l'un né de sa femme, à laquelle il avait communiqué la syphilis, et l’autre né d’une maitresse, exempte de tout antécédent spécifique. Or, qu'arriva-t-1l? C’est que, de ces deux enfants, lun, l'enfant légitime, vint au monde avec la syphilis, et que l’autre, l'enfant naturel, naquit et resta sain”.

Conclusion formelle, 1rrécusable : alors que la mère estsaine, l'influence syphilitique du père peut être nulle sur le produit de conception.

Autre exemple, celui-ci dù à M. Mireur : Un homme se marie après onze mois de syphilis et devient père (sa femme restant indemne) d’un bel enfant, absolument sain. Or, cet enfant était telle-

où ces lignes ont été écrites, nombre de cas semblables se sont présentés à mon observation, en confirmant de tous points le résultat sus-énoncé, résultat indéniable, authentique, avéré.

1. CHarrier, De l’lérédité syphilitique (Archives générales de Médecine LOU LL D 027)

ment sain, il était si peu entaché du moindre vice spécifique, qu'à l’âge de deux ans il contracta la syphilis; et de qui? De son pere! Le père portait à la bouche une érosion secondaire; et, comme il embrassait souvent son enfant sur la bouche, :il lui communiqua de la sorte un chancere de la lèvre’.

Mais il y a plus, et voici deux ordres de faits plus curieux encore, en ce qu'ils comportent un élément additionnel, à savoir : l'explosion d'accidents syphilitiques sur le père, soit postérieurement à l’époque de la conception, soit au moment même de la conception. Eh bien, cependant, en dépit de cette circonstance aggravante, les enfants ont pu échapper à l’hérédité syphilitique, quoique infection paternelle fût encore manifestement persistante ou même se traduisit par des symptômes actuels, contemporains de la procréation. Vous allez me eomprendre.

Ainsi :

1° Il est d'observation fréquente de voir des pères syphilitiques engendrer des enfants sains, et présenter ensurte tels ou tels accidents de syphilis, témoignages non équivoques de la persistance de la diathèse à l’époque où la conception s’est produite.

Exemple :

Un de mes clients, svphilitique depuis une dizaine d'années, se marie exempt de tout phé-

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